Satprem
Carnets d"une Apocalypse Т.17 (на французском)

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  Satprem
  Carnets d"une
  Apocalypse
  
  tome 17
  
  1997-1998
  
  
  
  19
  
  1 janvier 1997
  
   Cette vision de X... Sujata se demande si ce n"est pas l"essence de ce " livre " que je balbutie (et qui se balbutie dans mon corps) et au Wagon noir ". Je me suis dit: il n"y a rien de tel que la mort pour apprendre à vivre !
  
  *
  
   Vision de X: Satprem avait vu une nuit, comme sur la pelouse près de sa chambre, un beau cygne blanс" -- en pleine nuit. (Il l'avait vu de ses yeux physiques.)
   Je ne sais plus si Satprem l'avait photographie, mais je voyais entre mes mains une photo de ce cygne (aux ailes à moitié déployées, je crois), tout blanc, au milieu du noir de la nuit. La photo était prise comme de l'intérieur de la chambre de Satprem. Et je crois qu'il s'agissait de RETROC VER ce cygne, c'est pour cela qu'on me montrait cette photo.
  
  *
  
  
   On veut délivrer l'âme de la Nuit
   (ou l'âme qui est dans la Nuit)?
   (dans l'Inconscient)
   (dans la Matière).
  
  *
  
   Nuit du 31 au 1er janvier. Au milieu de la nuit, je me suis réveillé avec un fragment de paroles qui, je crois, venaient de Mère-Sri Aurobindo. Le début de ce fragment m'a échappé, mais j'ai noté tout de suite le reste:
   ..." ou une action qui lentement illumine. "J'ai une sorte d'impression que le début disait : " une action trop forte (rapide) qui brise la coquille (terrestre ?): " une action qui lentement illumine.
  
   * Un des chapitres de La Clef des Contes, Éditions Robert Laf- font, 1997. [N.D.E.]
   ** C'est l'âme, ou même l'âme libérée (Hamsa en Inde).
  
  20
  
   Je me suis demandé s'il s'agissait de la Terre, ou de mon propre corps, ou peut-être même de ce dernier livre (mystérieux), de l'action de ce livre en gestation?
   On n'arrive guère à croire que l'action terrestre puisse aller "lentement " ґ-- il n'y a que des explosions, des bombes, des meurtres et des assassins partout.
   Et l'Inde ?... trahie.
  
  4 janvier 1997
  
   Mère disait : " Il faut accepter d'être imbécile pendant pas mal de temps. "
   Eh bien, maintenant, je sens que c'est cela qui arrive. (Je le sens progressivement depuis quelque temps.)
  
  5 janvier 1997
  
   La résistance bâtit l'intensité qu'il faut pour briser la Résistance.
  
  12 janvier 1997
  
   (25 décembre-12 janvier)
   (Jour de Vivekananda)
  
   Terminé ce matin ce mystérieux " Bigorneau " (!)
   Impression d'être complètement annulé (depuis mon réveil ce matin... avec quelques " trous " dans la nuit).
   Je continue de m'interroger sur l'" utilité " de ce Bigorneau... (et sa valeur ou sa source). Pourtant j'ai essayé d'être aussi pur que possible.
  
  21
  
  22 janvier 1997 ile pendant i arrive. (Je briser la (!) uis mon huit). ce Bigor- yé d'être
  
  Conversation avec Sujata
  
  Rencontre intime à quatre
  Mère transmet à Sri Aurobindo les questions
  de Satprem
  
   Nous étions dans une chambre, assez intime, et Mère était assise -- je crois que c'était un siège à deux, vous savez, un peu comme pour le Darshan.
  
   Oui.
  
   Mais je crois que c'était plus grand. Ou bien c'était ça, ou bien c'étaient deux fauteuils séparés, je n'arrive pas à vous dire. Plutôt deux fauteuils séparés.
  
   Côte à côte ?
  
   Non, je crois bien, voilà: supposez que Mère est ici (geste) dans son fauteuil. Là-dedans, là, un peu à distance, il y avait Sri Aurobindo dans son fauteuil.
  
   Oh! derrière, un peu derrière.
  
   Non-non, même ligne.
  
   Même ligne.
  
   Vous étiez assis par terre, par terre ou sur le tapis, devant Mère.
  
   Oui.
  
  22
  
   Et moi, je me trouvais devant Sri Aurobindo.
  
   Ah!
  
   Et puis, c'est l'image qui m'est restée, c'est ça qui m'a fait prendre conscience: vous posiez des questions à Mère, et Mère transmettait vos queries, vos questions, à Sri Aurobindo.
  
   Tiens!
  
   Et Sri Aurobindo répondait, et Mère vous donnait la réponse (rires). Et c'est tout.
  
   Curieux.
  
   C'est tout.
  
   Mais tu ne sais pas mes questions?
  
   Non, ce qui m'est resté fixé dans la conscience, c'est que j'ai compris que vous posiez des questions à Mère, et puis j'ai vu Mère tourner la tête vers Sri Aurobindo. Autrement, il vous regardait quand vous parliez et c'est à ce moment que j'ai compris, j'ai vu, que Sri Aurobindo était là, et lui (riant) il répondait à Mère, et moi j'étais devant nous aussi, nous étions à la même distance, quoi, ça faisait un carré, nous quatre.
  
   Oui.
  
   Le sommet d'un carré. Voilà, c'est tout.
  
  (silence)
  
   Évidemment il y a des questions, beaucoup de sortes de questions.
  
  23
  
  (silence)
  
   Mais ma question de toujours : " Est-ce que je fais ce qu'il faut ? "
  
   Ça, je ne sais pas.
  
   C'est ma perpétuelle question.
  
   Je n'ai pas l'impression que c'était ça, vous ne parliez pas de quelque chose de personnel. Ça, c'est personnel.
  
   Oui, ça doit être la question: la Terre, toujours, oui, l'Inde, la Terre.
  
   Je n'ai pas le souvenir de l'Inde non plus. C'étaient des questions plutôt générales, vous savez.
  
   Oui.
  
   Universelles, si j'ose dire, ou mondiales.
  
   Oh oui ! Oh oui ! C'est une grande question, c'est LA grande question: comment vont-Ils s'y prendre?
  
  (silence)
  
   Parce qu'il n'y a pas de doute, il y a une assez considérable partie de cette soi-disant humanité qui doit disparaître.
  
   " In a great world bare and bright " [Dans un grand monde nu et lumineux"].
  
   Non, c'est indigne d'être... c'est simplement de la substance maléfique et qui répand son poison partout.
  
   * A God's Labour, Le Labeur d'un Dieu, Sri Aurobindo. [N.D.E.]
  
  24
  
   Sa contagion malsaine.
  
   Oh! C'est plus que malsain. C'est un poison. Un cancer.
  
  (silence)
  
   Voilà. C'était gentil quand même ?
  
   Oui.
  
   Mon image?
  
   Ah oui ! J'aurais bien voulu voir ça.
  
   Mais vous étiez là.
  
   Oui, ma Douce. Oh, j'espère bien que je suis là dans un coin ou dans un pli de la robe de Mère ! J'aimerais bien disparaître là, comme ça. Pas maintenant, je veux aller au bout du travail, mais quand ce sera fait : pfuit!
  
   Vous savez, quand on aura fini notre travail, on s'en va, quoi!
  
   Non, mais j'aimerais bien disparaître, tu comprends? Qu'il n'y ait plus un atome de tout ça, de moi. Que ça fonde fonde-fonde-fonde, oh!
  
   Comme j'ai dit hier, j'ai écrit sur Vivekananda, non? Hier, j'ai mis tout simplement la date, deux dates: he left his mortal sheet [il a quitté son enveloppe mortelle). I trouvé ça trop brutal quand j'ai relu, alors j'ai dit qu telle date Swami Vivekanada's soul was freed from the earth bondage, disappeared into the white Ray'. C'est
  
   *On 4 July 1902 Swami Vivekananda's soul was set free. From earth he slipped into the white Ray. [Le 4 juillet 1902, l'âme de Swami Vivekananda fut libérée. Il passa de la terre au Rayon
  
  25
  
   pas mal, non? Tout d'un coup.
  
   Oui, c'est ça que j'aimerais, moi, disparaître tout d'un coup. Oh! oui, c'est comme si j'avais vécu des millénaires, et de quelles vies!
  
  (silence)
  
   Vous voyez, moi aussi j'ai dû vivre des choses, mais la différence c'est que vous, votre être a gardé toutes les traces.
  
   Ah! des empreintes terribles.
  
   Des grooves [sillons] qui se sont formés, moi, c'est tout oblitéré.
  
   Oui, Mère m'a dit qu'elle avait tout nettoyé en toi.
  
   Heureusement.
  
   Tout le passé. Et moi, il a été marqué au fer rouge.
  
   Vraiment ashed [brûlé] comme vous dites.
  
   Ah! Mais je rends grâce parce que c'est à cause de ça qu'il y a une détermination farouche de...
  
   Oui, changer tout ça.
  
   Ah oui !
  
  (silence)
  
   blanc]. " Mother's Chronicles, Book Five, Mirra Meets the Re- volutionary (Les Chroniques de Mère, tome 5, Mirra rencontre le révolutionnaire). [N.D.E.]
  
  26
  
   Mon Dieu !
  
  23 janvier 1997
  
   J'ai remis à Sujata, aujourd'hui, ce " Bigorneau " des millénaires malheureux et qui voudrait bien changer. Elle commence sa dactylographie.
   Je ne sais ce qu'il y a là-dedans, mais ça porte beaucoup de vies.
  
  26 janvier 1997
  
   Le centre de l'univers est innombrable, autant que chacun de ses points.
   Un point peut changer tout l'univers.
  
  Février
  
  1 février 1997
  
  29
  
   Conversation avec Sujata
  Bigorneau
  
   Viens près de moi.
  
   Nous sommes le 1 février, c'est le mois de Mère qui commence, 97.
  
   Oui, ma Douce, Oh! Oh ! Tu m'as parlé tout à l'heure, mais j'étais dans un autre état.
  
   Qui.
  
   N'est-ce pas, alors tout fonctionne d'une façon un peu particulière, tu sais, alors c'est comme si j'avais compris sans comprendre ce que tu me disais.
  
   (silence)
  
   Tu pourrais essayer de... tu as lu aussi la quatrième page de couverture?
  
   Oui.
  
   Oui. Alors qu'est-ce qu'il faudrait ajouter ou...
  
   Je ne sais pas, j'ai eu l'impression que tout ce que vous dines, c'était le monde tel qu'il était, tel qu'il est, et le moyen de pouvoir en sortir, n'est-ce pas ?
  
   Oui.
  
  *La Clef des Contes, éditions Robert Laffont, 1998. [N.D.E.]
  
  
  
  30
  
  Mais, vous laissez avec la possibilité : ou bien ça coule ou bien ça émerge. Mais moi, je voudrais être plus positive que ça. Vous le dites: si on lit attentivement votre texte, vous dites qu'il y a ce miracle dans la matière même, qui veut son miracle, et qu'en dépit de tout, ce miracle travaille pour... N'est-ce pas, c'est dit, mais on ne reste pas avec cette impression de positif.
  
  Oui.
  
  Parce que vous dites: ou bien on coule.
  
  Oui.
  
  N'est-ce pas, c'est presque votre dernier mot, alors ce n'est pas ça. Moi je sens, personnellement, qu'il faut dire un peu quel genre de monde on envisage, quand on sera sortis. Pourquoi sortirait-on si c'est pour encore tomber (riant) quelque part qui n'est pas si... Si c'est simplement cette lourdeur, ce pilonnage, ce feu, volcan, ce n'est pas tellement attrayant, vous comprenez ?
  
  Oui.
  
  Ça, c'est le processus, tout ça, mais qu'est-ce qui est après ? Je ne sais pas si je m'explique...?
  
  Si, tu t'expliques, oui.
  Quelque chose de l'avenir.
  
  Quelque chose de l'avenir, exactement. Comment les hommes, ce que vous appelez si bien " les crustacés ", les hommes actuels, comment ils devraient être dans leur vérité corporelle, et toute leur vérité, n'est-ce pas.
  
  Oui.
  
  31
  
   La Vérité de la Terre même, qu'est-ce que c'est ? Oui, en fait la Vérité même de la Terre, qu'est-ce que c'est ?
  
   Oui.
  
   (silence)
  
   Sri Aurobindo avait parlé, il avait bien dit : " A last fierce spasm of the Nations and... " Oui, je ne me souviens pas, mais il a bien parlé d'un " last fierce spasm of the Nations ".
  
   Oui, vous voulez que je vous le retrouve?
  
   Oui.
  
   (Sujata va chercher)
  
   Je crois que c'est In the Moonlight. Voilà:
  
   "It comes at last, the day foreseen of old,...
   The City of Delight, the Age of Gold.
  
   The Iron Age is ended. Only now
   The last fierce spasm of the dying past
   Shall shake the nations, and when that has passed,
   Earth washed of ills shall raise a fairer brow.
  
   This is man's progress...
   The body with increasing soul to fill,
   Extend Heaven's claim upon the toiling earth
   And climb from death to a diviner birth... "
  
   In the Moonlight, Collected Poems, Sri Aurobindo.
  
   (traduction)
  
  
   " Il vient enfin, le jour prévu d'antan... La Cité des Délices, l'Âge d'Or.) 31
  
  32
  
   L'Âge de Fer est fini.
  Seul, maintenant,
  Un dernier spasme féroce du passé mourant
  Secouera les nations, et, une fois tombé,
  La Terre, lavée de ses maux, lèvera un front plus vrai. ...
  
  C'est la marche en avant de l'homme...
  
  Pour emplir le corps d'une âme grandissante
  Etendre le droit du Ciel sur la terre douloureuse
  Et passer de la mort à une naissance plus divine. "
  
  Ça, vous le dites, n'est-ce pas, dans votre livre, c'est là. Mais il faut dire qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que ce sera quand on aura traversé.
  
  Oui.
  
  Comment sera la terre, comment seront les êtres, les nouveaux êtres.
  
  Oui, " a last fierce spasm ". Relis-voir.
  
  Je le lis ?
  
  Oui.
  
  " ... of the dying past
  Shall shake the nations, and when that has passed,
  Earth washed of ills shall raise a fairer brow...
  
  ...This is man's progress; for the Iron Age
  Prepares the Age of Gold. "
  
  (traduction)
  
  ... du passé mourant Secouera les nations, et, une fois tombé,
  
  
  
  33
  La Terre, lavée de ses maux, lèvera un front plus vrai.
  
  C'est la marche en avant de l'homme; car l'Age de Fer Prépare l'Age d'Or...
  
  (silence)
  
  Je peux vous le laisser, si vous voulez, ?
  N'est-ce pas, il dit très clairement:
  
  " The old shall perish; it shall pass away,
  Expunged, annihilated, blotted out;
  And all the iron bands that ring about
  Man's wide expansion shall at last give way. "
  
  (traduction)
  
  Le vieux périra, il disparaîtra,
  Nettoyé, annihilé, effacé;
  Et tous les liens de fer qui entravent
  Le vaste épanouissement de l'homme cèderont enfin.
  
  " The iron " what [quoi] ?
  
   Bands. Vous savez les bandes de...
  
  C'est pris dans quel sens, ces bands?
  
  Ce qui vous enserre.
  
  B.a.n.d ? ou pas b.o.n.d?
  
  Non-non, pas bond, band. Bands, oui. Répète ça.
  
  * La traduction est de Satprem, sauf les phrases en italiques. [N.D.É.] 33
  
  34
  
   "And all the iron bands that ring about
   Man's wide expansion shall at last give way. "
  
   (silence)
  
   N'est-ce pas, vous, vous avez accès à ce monde de l'avenir que nous, nous n'avons pas. Nous pouvons, si on me demandait d'écrire un peu, je prendrais Sri Aurobindo, je prendrais Mère, ils ont donné certaines descriptions, un peu, de comment ça sera, mais pour vous, ce n'est pas du tout ça, ça doit vous venir.
  
   (silence)
  
   C'est... dans cette page de couverture, je parle d'un autre type d'être.
  
   Oui, un autre type d'être sur cette terre.
  
   Répète ma phrase.
  
   "... le Miracle de la Terre est le mystère d'une petite cel- lule souriante et nue qui pourrait bien nous faire sortir de cette galère et donner naissance à un autre type d'être sur cette Terre brigandée et dévoyée de son Sens. "
   Un autre type d'être, oui, mais quel serait... C'est la ques- tion: un autre type, mais quel genre de type ? Un peu les caractéristiques ou...
  
   Ah-ah, oui.
  
   N'est-ce pas, on voit une tête, deux jambes, deux bras, une poitrine, avec des yeux, des oreilles, un nez, une bouche, tout ça ne change pas : l'apparence. Mais si j'ai bien compris, c'est la nature du corps qui change, n'est-ce pas, c'est ça qu'il faut un peu expliquer.
  
  35
  
   Oui, la conscience du corps.
  
   La conscience du corps.
  
   Le pouvoir du corps.
  
   Le pouvoir du corps, la volonté qui est dans le corps, la respiration différente, n'est-ce pas. Il y a certaines choses à dire sur le prochain corps, c'est ce que je sens : que ça manque. La nature du prochain corps. La terre libérée de ses... ce qu'on vit maintenant. Comme dit Sri Aurobindo, elle le sera, mais comment ?
  
   Oui.
  
   Vous êtes fatigué.
  
   Non, ce n'est pas ça, je suis très annulé. C'est comme si je comprenais sans comprendre.
  
   Et moi je ne suis pas bonne pour des explications.
  
   Non, il n'y a pas besoin. C'est-à-dire que tout à l'heure, quand tu es venue, j'étais pris dans quelque chose, alors j'ai...
  
   Vous étiez ailleurs.
  
   Oui, je n'ai pas tout de suite, j'ai enregistré sans... sans bien... sans que ça rentre assez.
  
   Vous aviez dit que vous aviez la même sensation, senti- ment, que ce n'était pas la fin, qu'il restait quelque chose pour compléter, c'était ça ma sensation.
  
   Oui, je reste aussi avec cette sensation.
  35
  
  
  36
  
   Là, je vous explique un peu plus en détail ce que je sens moi, mais vraiment, ce n'est pas à moi de dire tout ça. Ça doit venir.
  
   Oui.
  
   Parce que je brouille, peut-être, avec tout ce que j'ai dit.
  
   Non-non, pas du tout, ça rejoint ce que je sens, mais je n'arrive pas à le... mon mental est très, très annulé, tu comprends?
   C'est une vision d'après qu'il faut.
  
   Oui, oui c'est ça.
  
   Quand cette grande imposture s'écroule.
  
   Oui, oui, oui, c'est le beyond, c'est l'au-delà de ça.
  
   Oui, ça correspond à une sensation que j'ai. Tout ça n'est guère mentalisé, tu sais.
  
   Oui. Non, tout au long de Bigorneau, il y a des éléments qui disent, mais ce n'est pas dit avec... Comment dire? Il y a des phrases qui viennent pour dire autre chose. Des phrases, comme ça, vous comprenez, mais il faut... Moi, comme lectrice, j'aurais bien aimé comprendre à la fin tandis que cette autre chose ramassée, qui rentrerait profondément, là on lit " Le Wagon noir ", " Jean l'Idiot ", dans chaque chose il y a quelque chose de la vie présente qui brouille un peu les choses - brouille l'autre chose.
  
   Oui.
  
   On est pris dans l'histoire de Bigorneau, les expériences de Bigorneau, on est pris là-dedans, c'est si bien, c'est si touchant et prenant qu'après on est un peu... Évidemment, moi je l'ai dactylographié au fil des jours, je ne l'ai pas lu comme ça, comme un livre.
  
  36
  
  37
  
   Oui.
  
   Et puis chaque lecteur, c'est différent.
  
   Oui, mais c'est ça, j'avais la sensation qu'il manquait quelque chose, qu'il y avait quelque chose qui devait venir encore. Je ne sais pas, ça ne s'est pas encore, pas formé, si tu veux, pas... pas formé. Ou je ne l'ai pas laissé se former, si tu veux.
  
   Oui, oui.
  (silence)
  
   Et ça devrait pouvoir venir à la suite. Oui, oui, c'est un dernier chapitre... pas nécessairement long, n'est-ce pas, deux-trois pages peut-être. N'est-ce pas, leur galère a coulé, il y a peut-être des res- capés, vous savez. Et alors où vont-ils ? Qu'est-ce qu'ils font? Qu'est-ce qu'il leur arrive, aux rescapés ? Je pense un peu à mon rêve de Mère: certains nagent, et d'autres - pas d'autres : il n'y avait que vous, avec quelqu'un d'autre, qui êtes arrivés dans un petit bateau à rames, dans ce grand océan, mais une fois arrivés là? ça, c'est seulement le... Ce n'est pas nécessaire de s'arrêter.
  
   L'Île de Mère".
  
   L'Île de Mère, mais même ça, ce n'est pas complet, ça ne me satisfera pas, c'est-à-dire qu'il y a un certain nombre de gens qui se réfugient, mais ce n'est pas ça. Qu'est-ce qu'il y a ?
  
   Voir Carnets d'une Apocalypse, Tome 1,4 janvier 1956. [N.D.E.] 37
  
  38
  
   Pourquoi ? Pourquoi leur bateau a coulé Mais bon, nous sommes sauvés, mais qu'est-ce que nous allons faire après ?
  
  Oui.
  
  Comment serons-nous ? Comme vous avez dit si sim plement et magnifiquement, c'est après, c'est ce qu'il y a au-delà.
  
  (silence)
  
  Quel genre de vie mèneront ces êtres ? Vous comprenez? Moi, je ne le connais pas.
  
  (pause)
  
  Qu'est-ce que vous dites?
  
  C'est après ce " last fierce spasm ".
  
  Oui.
  
  Après, ceux qui auront traversé et survécu par leur âme.
  
  Oui, oui, voilà.
  
  Comment?
  
  Comment ce sera à ce moment.
  
  Comment auront-ils incarné cette âme ?
  
  39
  
  9 février 1997 (matin)
  
   Vu un cavalier dans le ciel.
   (J'ai raconté à Sujata.)
  
  *
  
  Conversation avec Sujata
  
  Le Cavalier du ciel
  
   Nous sommes dimanche aujourd'hui, 9 février. Qu'est- ce que Dhoum a vu? Il va tout me dire. (Satprem rit)
  
   Mon Dieu, non, c'est une image brève, mais enfin ça m'a frappé. C'était donc vers une heure du matin, parce que j'ai ouvert les yeux à ce moment-là. Et alors j'ai vu dans le ciel un cheval, un cavalier.
  
   Un cavalier?
  
   Oui.
  
   Oh!
  
   Probablement c'était un ciel de nuit où il y avait des nuages blancs, et entre ces nuages blancs qui étaient comme des cercles ou des... Des nuages très blancs, et entre ces nuages, il y avait des taches bleues. Et ça, c'est comme une image, j'ai vu ce cavalier qui passait, et je m'étonnais : c'est comme s'il passait entre les nuages, comme ça. Je voyais surtout queue du cheval, une grande queue, et cet homme, cet la être qui allait allègrement, tranquillement - pas tranquil- lement, enfin, il galopait.
  
   Le cheval était blanc ? 39
  
  40
  
   Je ne pourrais pas dire, ma Douce. Ce qui m'a frappé, c'est ce cheval qui galopait dans le ciel. Et l'homme, l'être qui était là, c'est comme si je le voyais de dos parce que j'ai vu le...
  
   Ah oui ! La queue.
  
   C'est-à-dire que j'ai pris conscience au moment où je le voyais de dos, tu comprends?
  
   Oui.
  
   Tout d'un coup, je l'ai vu passer comme ça, comme jouant, tu sais comme un cheval qui galope à travers des... pas dans les nuages, n'est-ce pas, là où il y avait des interstices. Des nuages très blancs contre un ciel bleu foncé. Je ne pourrais pas dire si c'était le jour ou la nuit - j'avais l'impression que c'était la nuit.
   C'est tout.
   Et alors, quand j'ai regardé ça, en ouvrant les yeux je me disais : mais c'est comme une image de cinéma. Je ne comprenais pas, simplement je me disais : c'est comme une image de cinéma, c'est comme dans un film. Parce que ce n'était pas, évidemment, terrestre.
  
  (silence)
   Ça m'a surpris, comme ça. Et... si, j'ai gardé une impression indienne.
  
   Hou!
  
   J'avais une impression indienne, que ce cavalier était indien, je ne sais pas pourquoi, je ne pourrais pas te dire parce que ça, c'est après. Après, je suis resté à regarder ça et j'avais une impression que c'était indien. Mais je ne pourrais pas dire, ça, c'est simplement après, si tu veux. 40
  
  41
  
   Mais j'ai pris conscience dans le sommeil, dans la vision, quand déjà il avait tourné le dos et puis il galopait et je voyais la magnifique queue du cheval. Il galopait mais on ne pourrait pas dire que c'était un galop forcené du tout, un galop puissant et... Ça devait être grand parce que moi je le voyais tout petit depuis la terre, n'est-ce pas.
  
   Mais c'est beau, hein! Quand on voit des choses comme ça. Ah! comme c'est beau. (Riant) I am envious [je suis jalouse]. Non, vraiment...
  
   Je n'ai pas l'habitude de choses fanciful [fantaisistes], moi. Pas du tout. Je suis le contraire de l'homme des fan- taisies, dans ma conscience, je n'ai jamais voulu voir que la réalité, pas les imaginations. Je me souviens de mon premier gourou qui me disait : " Mais votre tort (il m'a dit ça avec beaucoup de force) votre tort à travers toutes les vies, ça a été de ne pas imaginer les choses, pourquoi vous ne vous servez pas de votre imagi- nation? " Et ça m'a choqué, parce que, justement, je n'ai jamais voulu me servir de mon imagination. Sauf pour un livre. J'ai dit ça à Mère, je me souviens, j'ai raconté à Mère, j'ai dit : " Mais enfin, il m'a dit ça ! " Et j'étais choqué.
  
   Et Mère ?
  
   Oh, Mère m'a dit : " Oui, c'est ce que j'appelle se raconter des histoires. " (Rires)
  
   Vous ne vous racontiez pas des histoires?
  
   Non, jamais. C'est vrai, jamais.
  
   Et à moi non plus. (Riant) Vous ne me racontiez pas des histoires, je m'en suis plainte à Mère (Satprem rit) vous vous souvenez ? 41
  
  42
  
   Non, c'est vrai, je voulais la réalité. J'ai dit une fois, je me souviens, à mon frère Pierre, je lui ai dit : " Toi, tu prends tes imaginations pour la réalité, moi je veux changer mes imaginations en réalité. "
  
   (Riant) Oui, exactement, oui, vous voyez, toute la dif férence.
  
   Oui.
  
   C'est ça, il " prenait " beaucoup [ses imaginations pour la réalité].
  
   Ah oui ! Mais enfin tout ça c'est pour te dire que ça m'a surpris.
   De voir ce galop.
  
   Voilà.
  
   Bien, bien, c'est intéressant.
  
   Je pourrais... c'est après que je me suis dit ça.
  
   Mais la sensation reste, n'est-ce pas.
  
   Je ne sais pas, ça, je ne pourrais pas te dire du tout, parce que manifestement c'était... ça n'appartenait pas, ce n'était pas sur un pays. Enfin je n'en sais rien, je n'en sais rien.
  
   Oui, et c'est que ça se passait dans le ciel. Mais c'est quand même, c'est beau de voir des trucs pareils.
  
   Má ! C'est tout, ma Douce. 42
  
  43
  
   12 février 1997
  
   Terminé " Bigorneau " (deuxième partie). 票 Le matin de ce jour, au réveil, j'ai vu un Occidental (assez trapu) à qui j'offrais mon bol de lait caillé quotidien (que je mélange à du riz). Il m'a dit : " c'est consistant ". Après, j'ai pensé que ce devait être mon Bigorneau (!)
  
   23-24 février 1997
  
   Conversation avec Sujata
  
   Le vieux palais
  La végétation autour de la jambe de Sujata
  
  (Au début de ce rêve de Sujata, Satprem et elle se
  trouvaient dans un vieux palais luxueux où ils
  recevaient la famille de Sujata)
  
   Puis je suis sortie, et en sortant par la porte, je vous ai vu, vous, et...
  
   Dehors?
  
   Dehors, c'était comme une sorte de terrasse, aussi très jolie, peut-être couverte, je ne sais pas. C'était pour aller d'un côté, des appartements à l'autre côté. C'était relié par une véranda, quoi. C'était plus qu'une véranda, c'était une petite terrasse. Et c'était à peu près devant votre chambre, ouvert, donc. Et je vous ai vu, vous embras- siez quelqu'un, et quand je suis sortie, j'ai vu que c'était Sejda. Vous étiez en train de l'embrasser sur le front. Et quand je suis arrivée, c'était très bizarre, je sentais une 43
  
  44
  
  drôle de sensation; alors j'ai regardé mes pieds, c'etait surtout un pied: c'était tout couvert de végétation. Je ne comprenais pas, j'ai regardé, et puis je vous ai re- gardé, et j'ai trouvé... j'ai dit : " Mais qu'est-ce qui ne va pas ? " Vous aviez des yeux, vous savez: sunken. Vous disiez : " Mais qu'est-ce qu'il y a ? J'ai dit: Mais vos yeux sont si rentrés, c'est surtout un œil, je crois, celui-là." J'ai montré, c'était rentré comme ça (geste).
  
   Creusés, comme à l'intérieur ?
  
   Oui! Comme si c'étaient des yeux creusés, c'était surtout un œil qui était tout au fond. J'ai même montré avec mon doigt, presque comme si ça rentrait.
  
   Oui, c'était comme une phalange, toute une phalange qui...
  
   Presque, presque, ça devait être plus d'un centimètre en tout cas.
  
   Qui rentrait dans l'oeil, comme une cavité.
  
   Oui, j'ai dit : " Mais qu'est-ce qu'il y a, vous n'allez pas bien?" Vous avez dit : " Non, non tout va bien. "J'ai dit : " Mais alors pourquoi les yeux comme ça ? " Je ne sais pas ce que vous avez dit. Rajabhai aussi était quelque part, je ne sais pas, je n'ai pas gardé un souvenir précis. Ensuite je suis partie parce que je voulais vous nourrir. Vous aviez besoin d'être nourri (Sujata rit). Oui, vous étiez maigre aussi, mais maigre, vous l'êtes toujours, n'est-ce pas, alors c'est seulement les yeux qui m'ont beaucoup frappée. Puis je suis rentrée (descendue probablement) dans une chambre qui n'était pas luxueuse du tout, c'était une sorte de cuisine, vous comprenez. Ily avait beaucoup de filles là-dedans. Et puis Bhodi, et puis mes sœurs, aussi, je crois, et les filles de l'Ashram que
  
  44 etc. E A son Oui, avai Juse Oui cuis Jai m'e bea fai ver ar Qu de cr Ex Ta C N ja E pas
  
  45
  
  j'ai connues, qui étaient en train d'arranger les légumes, etc. Et je sentais encore un peu de gêne.
  
   À ton pied.
  
   Oui, alors j'ai regardé et, figurez-vous, cette végétation avait grimpé très haut.
  
   Jusqu'en haut des cuisses?
  
   Oui, oui, en tout cas ça dépassait les genoux, presque les cuisses. (Riant) J'ai dit : " Qu'est-ce que c'est que ça ? ! " J'ai donné un coup de pied pour en sortir, j'ai réussi à m'en débarrasser. Alors il y avait une fille qui riait-riait beaucoup. J'ai dit (je ne sais pas pourquoi ça m'est resté), j'ai dit : " Ah Mandiri, si ça t'arrivait à toi (riant), tu verrais comme... " Une très gentille fille que j'ai connue à l'Ashram, elle s'appelait Mandiri. Alors voilà.
  
   Qu'est-ce que c'est que cette végétation, c'était un genre de creeper [plante grimpante] ou quoi ?
  
   Évidemment, qui montait. Tout d'abord c'était là (geste), j'ai dit : " Mais... "
   C'était le talon, tout d'abord ?
  
   Non-non, le haut du pied, et puis après ça a monté (Sujata rit). Alors je ne sais pas ce que c'est, tout ça.
  
   Eh bien la végétation, c'est la force de la Nature, n'est-ce pas. Ça ne me donne pas une impression mauvaise.
  
   Je ne voulais pas quand même être comme la statue à Sravanabelagola, Mâhavali. Vous savez, à Sravanabelagola. Nous sommes allés voir la statue tout en haut. Il s'appelle Mâhavali. 45
  
  46
  
  Ça veut dire ?
  
  C'est un Jain, il s'appelait comme ça.
  
  Ça veut dire " vali " ?
  
  Ça veut dire qui a beaucoup de force, de puissance.
  
  Et il y avait aussi une végétation autour d'elle [la statue]
  
  Oui, c'était dessiné comme ça.
  
  Eh bien tu vois, c'est ce que je sens, moi, quand tu as vu ça, cette végétation qui montait, c'est pour moi une force de la Nature.
  
  C'était tout vert!
  
  Oui, (Sujata rit) tu vois sa tête un peu shrunken [ra- bougrie] la végétation doit être...
  
  Très vigoureuse, hein!
  
  Oui, c'est ça, les forces de la Nature.
  
  Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais voilà ce que j'ai vu.
  
  Eh bien moi, je n'ai plus du tout des forces de la Nature naturelle.
  
  Elle est remplacée par la nouvelle force.
  
  Eh bien, je ne sais pas...
  
  La force de la nouvelle conscience. 46
  
  47
  
  Je ne sais pas.
  Qu'est-ce que c'est que ces yeux très creusés ?
  
  Oh! out. Oh oui, ça m'a tellement frappée.
  
  Mais l'œil lui-même avait une couleur ?
  
  Je ne saurais pas vous dire. Seulement, très profond, vous comprenez, c'était rentré très profond. Je vous ai même montré. Ça devait être un centimètre.
  
  Aussi profond qu'une phalange ?
  
  Oui, mais la mienne, pas...
  
  Une phalange de ton petit doigt.
  
  Oui, peut-être. En tout cas c'était sûrement un centi- mètre, dedans.
  
  Ce matin je me sens en effet, je n'ai pas bien dormi, mais je me sens très-très loin de tout.
  Évidemment, on ne voit pas beaucoup Mère. On sait, mais on ne voit pas.
  
  Ni on ne la touche.
  
  Ni on ne la touche. J'ai vraiment la sensation d'être dans des siècles je ne sais où.
  
  Très loin.
  
  Très loin. (silence) 47
  
  48
  
  C'est-à-dire, ce que j'ai vu : moi je prends toujours les choses très matériellement, pratiquement. Alors j'ai pensé que vous n'étiez pas bien portant, c'est ça, les yeux étaient comme ça, mais c'est peut-être l'expression matérielle d'un état intérieur qui...
  
  J'ai l'impression de quelque chose qui est très-très... ce sont des siècles, quoi. Dans une espèce d'éternité et d'infini qui regarde.
  
  Qui regarde une grande profondeur du temps.
  
  Oui, oui, une grande profondeur du temps. Je ne sais pas, ma Douce, je ne sais rien, en vérité.
  
  Oui, et puis en fait c'était l'oeil droit. L'autre aussi était un peu enfoncé, mais c'était l'oeil droit qui était beaucoup plus enfoncé.
  
  Qu'est-ce que ça veut dire : droit ?
  
  Droit, ça veut dire l'avenir.
  
  Oui.
  
  C'est-à-dire que votre conscience n'était pas trop tournée vers le passé, mais plutôt vers l'avenir.
  
  Oui, c'est ça, ma conscience n'est pas du tout tournée vers le passé, mais j'ai l'impression que je traverse des siècles pour regarder devant. Et je regarde toujours devant, jamais derrière. Mais c'est comme si, oui, comme si mon être ou mon regard traversait une immensité de temps.
  
  Oui.
  
  En fait c'est un état permanent, comme si je regardais 48
  
  
  
  49
  
  de très loin, mais pas un regard tourné en arrière, jamais, Dans ma vie, je n'ai jamais regardé derrière, j'ai porté ce qui était derrière, mais je n'ai jamais regardé ce qui était derrière. Mais j'ai porté, oui, j'ai porté, j'ai la sensa- tion d'avoir porté des siècles et des siècles. Ça, ça m'avait beaucoup frappé, cette fois-là où j'avais rencontré Sri Auro- bindo, et je lui avais dit avec une... j'avais dit (pleurant) avec une telle intensité: il y a des siècles de chagrin dans l'homme !
  
  Des siècles, des millénaires.
  
  Il y a des siècles de chagrin dans l'homme.
  Pourquoi ? Je devais être très vieux.
  
  Il n'y a pas de doute qu'on est des anciens.
  
  Oui, ma Douce, en tout cas, la force de ta nature, c'est ça. C'est cette divinité que tu as vue à Sravanabelagola, qui était tout entourée de feuilles de la Nature, c'est l'énergie de la Nature. Tu as une extraordinaire énergie pure de la Nature. De la Nature pure, n'est-ce pas, la vraie.
  
  Mais lui, il était statique dans un seul endroit, et il faisait la tapasya, alors la nature pouvait...
  
  (Riant) Oui, mais toi tu fais ta tapasya active.
  
  Alors, ça ne devrait pas être possible?
  
  Non, toi, tu n'es pas statique, mais c'est l'énergie pure de la Nature. Elle est divine la Nature, n'est-ce pas. C'est Mère.
  Bien, ma Douce. 49
  
  Mars
  
  53
  
   4 mars 1997
  
   Terminé la lecture des épreuves de ce " conte "...
   Maintenant, une autre phase.
  
   7 mars 1997
  
   On est de plus en plus dans le Tremblement de terre - il n'y a rien à dire d'un tremblement de terre. Il faut tra-ver- ser.
  
  *
  
   Je voudrais tant que l'on sorte de ce système indéfiniment désastreux-Vous donner tout ça, jusqu'à la Victoire finale de Mère sur tout ce Malheur et ce Mensonge humain.
  
  *
  
  Soir
  
   Après un certain nombre d'heures ou d'années ou d'expé- riences infernales, je crois avoir trouvé une autre manière de " visser la bouche " - il faut bien visser ( ! ) Mais... voyons. Les expériences sont brèves ou longues. C'est plus écrasant mais peut-être moins déchirant.
   C'est fou, en vérité.
   Mais on Les aime.
  
   Je me souviens, quand j'ai vu ce formidable cheval, je lui vissais la bouche ou lui mettais un " frein " avec une sorte de " davier " de dentiste ou " pince " en acier nickelé !! (Il s'était allongé sur le flanc, gentiment, pour que je puisse faire mon " opération "!) " 53
  
  54
  
  8 mars 1997
  
   La difficulté, ce sont des heures de chaque seconde.
   Et chaque seconde...?
  
  11 mars 1997
  
  Ça devient féroce.
  On ne sait rien.
  C'est Toi, c'est à Toi.
  
  *
  Soir
  
   C'est encore une autre façon de " visser la bouche " -le mouvement long! A force de se tromper, on arrivera peut- être au mouvement juste...
   Quand on arrivera au " mouvement juste ", on sortira peut-être tout d'un coup des abysses infernales...?
   Comment supporter la mort du vieux Poisson tout en vivant de l'autre façon ?
   Au bout, on le saura.
  
  12 mars 1997
  
   Je me demandais autrefois (il y a plus d'une décade) " comment visser la bouche d'un volcan ? " Je me disais cela avec désespoir, un peu, et impuissance.
   Je crois que je suis en train d'apprendre exactement cela. 54
  
  55
  
  Vers le 13 mars 1997
  
   Je ne sais comment, au cours d'une conversation télé- phonique (!) avec Théa (cette disciple américaine qui a un remarquable don de vision, et qui est sincère), Théa a dit à X, ici : " en 85, je suis allée à Pondichéry (pour la dernière fois, je crois), je me suis assise près du Samadhi, et j'ai vu le corps de Mère: toutes les cellules comme des points d'or mais ce n'était 'pas complet' "... en 85.
   Cela me laisse songeur.
  
  *
  
   Je me souviens, " autrefois " (peut-être en 84...) je me disais : Mère et moi, on est en train " d'user la tombe " des deux côtés, Elle du dedans et moi du dehors - et on va la sortir de cette tombe. C'est peut-être la tombe terrestre que l'on est en train d'user.
  
  17 mars 1997
  
   Hier soir, une agonie terrible. On traverse la mort par tous les " pores " de la peau, tous les os ou les particules d'os, et peut-être tous les atomes - (je me souviens de Mère: " c'est pire que de mourir ".) Comment arrive-t-on à tenir le coup... je ne sais pas. La pleine intensité de cette traversée mortelle semble grandir chaque jour, et les heures de chaque seconde...
   Pendant, certainement plus de trois heures sans désem- parer. On sent qu'un " rien " vous ferait lâcher, quelques secondes de fléchissement - mais il y a une telle foi, ou surtout volonté de " la Victoire de Mère ", la fin de tout ce Malheur et ce Mensonge sordide - l'Autre Chose, l'Autre Monde, l'Autre Terre... 55
  
  56
  
   Mais c'est si précaire, si fragile dans cette Puissance, terrible, formidable, qui pourrait tout mettre en miettes, et qui ne le fait pas parce que, simplement, Ça attend le Moment.
   Il faut durer.
   Mais une grâce extraordinaire a fait (et fait tous les jours) que je puisse m'endormir rapidement : tout d'un coup je décroche.
   Hier soir j'ai décroché " de neuf heures à onze heures du soir, je me suis réveillé, l'agonie était partie, mais alors... ja mais je n'ai eu d'expérience pareille: je baignais tout entier, tout mon corps, un bain vraiment, dans l'Amour, un Amour si tendre, si fabuleux, enveloppant, pénétrant, physique, Et toute cette longue agonie, c'était pour passer là-dedans.
   Ça... c'est l'Autre Vie, la prochaine Vie, la prochaine Terre, le prochain être. Il boira ça, il baignera dans ça, il respirera ça, il sera nourri et mu par Ça.
  
  
  Nuit du 18 au 19 mars 1997
  
  (mais c'était près du réveil, le matin). Donc, le 19 mars au matin.
   J'étais à la porte de l'entrée de Land's End (près de la chambre de l'ouest) mais peut-être juste un peu à l'intérieur, avant les marches où nous nous asseyons le soir avec Su- jata. J'étais debout et je voyais un ciel très bleu, d'un bleu soutenu, sans nuage (pas bleu pâle, mais bleu assez foncé) et dans ce ciel, comme la lune, j'ai vu un visage tout rond, très blanc (vraiment comme la lune) qui restait suspendu là pendant très longtemps, immobile-c'était si matériel que je ne croyais pas rêver mais voir physiquement, et c'était très long. J'ai même appelé Sujata qui était dehors (comme sur les marches) pour lui dire : " tu as vu ! ? " (C'est ma question qui m'a " réveillé "). Elle avait vu. C'était un visage très blanc qui ne semblait pas européen : masculin, comme 56
  
  
  
  57
  
   un homme d'une cinquantaine d'années, assez fort, sans expression aucune, immobile, comme figé là dans le ciel à la place de la lune, et je ne voyais ni cheveux, ni barbe, le visage était tout découpé comme la lune. Ce qui m'étonnait pendant que je regardais cela, c'est que c'était très long de temps et très figé ou immobile, là, et étonnamment matériel. J'ai raconté cela ce matin à Sujata (et j'ai failli oublier cette " vision " parce que c'était comme un fait et je l'avais raconté dans le sommeil à Sujata, donc c'était fait). Tout de suite Sujata m'a dit avec certitude et précision, comme si elle savait : " C'est une vision védique. C'est Chandra, le Dieu de la lune, Soma, l'Ananda. " Puis elle a ajouté : " Ananda, Soma, c'est la base de la création. Le fait que vous ayez vu cela maintenant, cela veut dire que ça se ma- térialise, c'est physique. Et c'est maintenant que cette vision védique se montre et se matérialise "... J'étais un peu stu- péfait de l'autorité de Sujata et de la précision de ce qu'elle disait... Evidemment, elle savait.
  
  *
  
  Soir
  
   P.S. Sujata dit que cette vision l'a " beaucoup frappée " - et je ne comprends pas très bien pourquoi...
   Mais ça devient si TERRIBLE...
   Cette Terre devient si ignoble (et cette Inde surtout) oh!...
  
   22 mars 1997
  
   Que l'on puisse sortir de ce Vieux Malheur.
   Il faut tra-ver-ser.
  
  58
  
  23 mars 1997
  
  Soir
  
   Le soir chaque soit le corps est comme au bout d'une agonie et les dernières minutes avant de m'allonger sont...? Par ume grâce, la plupart des soirs, j'arrive à m'endormir ou à " décrocher " en dépit de cette espèce de supplice ou dimpossibilité (comme si je ne savais plus comment res pier). Je décroche et je m'en vais je ne sais où. Mais hier soit j'ai décroché et je me suis retrouvé très consciemment et très subitement dans un Noir comme rien n'est noir, en ce monde (on dit " comme du charbon" mais c'est comme l'essence du Noir). J'étais " dehors "  , marchant sur un chemin que je ne voyais pas, je ne voyais même pas mes pieds ni rien -- du Noir absolu. Mais je savais que de chaque côté de ce " chemin " il y avait un précipice. Et je marchais dans ce Néant Noir comme un aveugle sans savoir où mes pas se posaient.
   C'était une vision un peu terrible et si concrète.
   Puis, à un moment plus tard, je me suis retrouvé dans une mue éclairée où des gens allaient. Alors je me suis réveillé et j'ai vu d'où je sortais.
   J'étais peut-être dans la mort ?
   Mais tout de même, je marchais.
  
  24 mars 1997
  
   Pour la dix millième fois (ou est-ce la cent millième ?) fai trouvé une nouvelle " formule " pour visser la bouche de ce volcan, et naturellement c'est exactement le contraire de ce que j'ai essayé depuis x années. Mais cela semble moins déchirant (pas moins écrasant). 58
  
  59
  
   Chaque " formule nouvelle " est une espèce d'aventure dangereuse.
   En fait, tout cela est une aventure dangereuse, du début à la " fin ".
  
  Conversation avec Sujata
  
  Le Noir
  
   Oui, ce n'est rien d'intéressant du tout, ni d'agréable, mais je ne sais pas, c'est une expérience que je n'ai jamais eue.
  
   Cette nuit ?
  
   Oui, oui, tu sais comment c'est le soir, n'est-ce pas, on est vraiment comme au bout de... de quoi? Je ne sais pas. Et puis normalement, quand je m'allonge - c'est terrible de s'allonger, mais enfin il y a une grâce et puis... je décroche et puis je m'en vais. Je ne sais pas où je m'en vais. Mais alors cette nuit, également ça a décroché, mais je me suis retrouvé subitement, consciemment dans un endroit, de- bout, sur un chemin, un endroit noir, mais noir comme je n'ai jamais vu du noir, comme l'essence du Noir. Il y avait un chemin : je ne le voyais pas, je ne voyais même pas mes pieds. C'était un noir que je n'ai jamais vu. Et je savais simplement que de part et d'autre, de chaque côté de ce chemin il y avait un précipice, et je marchais là sans rien voir. Tu comprends la nuit... la nuit c'est clair à côté de ça.
  
   Oh oui !
  
   Voilà, c'est tout. Et puis j'ai marché quand même, je ne sais pas comment parce que j'étais aveugle ! Et alors, au bout de quelque temps, je suis arrivé ou je suis tombé dans un endroit comme une rue qui était éclairée. Alors là, tout d'un coup j'ai pris conscience d'où je sortais. 59
  
  60
  
  (silence)
  
   Mais il y a quand même une grâce, n'est-ce pas, que dans cette obscurité, l'obscurité totale...
  
   Eh bien, j'étais debout, je marchais!
  
   Oui, vous marchiez, et sans tomber dans le précipice ni d'un côté ni de l'autre.
  
   Non, mais c'était... je ne sais pas... je n'ai jamais...
  
   C'est une grâce.
  
   Je n'ai jamais connu ça. Parce que c'était physique, n'est-ce pas.
   On dit souvent abstraitement " la nuit " de ceci ce... mais ça, c'est autre chose.
  
  (silence)
  
   Ça ne m'est jamais arrivé comme ça, alors je voulais te...
   On a très souvent dans les expériences la sensation du " noir ", n'est-ce pas, mais ça tu es dedans, tu marches, et puis quoi ? Et ce n'est pas comme de voir du noir : c'est qu'on est dans un noir si, si... il n'y a pas de mots.
   C'est tout.
   Et ça a duré, n'est-ce pas.
  
   Ce n'est pas juste quelques pas que vous avez faits.
  
   Non!
  
   Vous avez bien marché là-dedans.
  
   Oui, et puis tout d'un coup, je suis arrivé dans un endroit qui était comme une rue, enfin, éclairée. Alors là j'ai tout 60
  
  61
  
   d'un coup réalisé d'où je sortais.
  
  (silence)
  
   Alors vous avez compris le sens ?
  
   Eh bien je ne sais pas.
  
   Qu'est-ce que c'est que cette noirceur ?
  
   C'est la mort. J'imagine qu'un mort, un mort conscient, eh bien il est là-dedans. Un mort qui serait conscient.
   C'est un néant noir, mais je te dis, tous nos mots du monde que nous connaissons, ce n'est rien, n'est-ce pas, pour dire ce noir-là, et quoi ?
   Je ne sais pas, je ne sais pas.
  
  (silence)
  
   C'est la nuit du 23 au 24, donc.
  
   Oui, oui, eh bien c'était juste quand... il y a cette grâce qui fait que d'habitude je décroche et puis je m'en vais je ne sais pas où, mais probablement on m'emporte. Mais là, subitement j'étais là-dedans. Et j'étais là-dedans conscient, quoi.
  
   (Riant) Pourtant c'était presque la pleine lune cette nuit !
  
   Mais je n'ai jamais vécu ça. On comprend, psychologique- ment, on a des expériences où on ne voit rien, on ne com- prend rien, on ne sait rien, mais il n'y a pas de psychologie là-dedans, tu comprends ? C'est au-delà de tout ce que la conscience humaine connaît, ou peut vivre.
  
   Mais est-ce que vous avez le souvenir : vous aviez eu une expérience aussi, vous étiez dans une chambre toute 61
  
  62
  
   obscure, vous ne voyiez rien et vous n'aviez qu'un bâton dans la main, et avec ça vous frappiez pour comprendre.
  
   Ah, pour comprendre, oui.
  
   Pour comprendre.
  
   Mais là je n'avais rien, ce n'était pas une chambre, c'était comme dehors. Mais un dehors où ? Je ne sais pas, je n'avais pas de bâton, rien. Et je ne voyais pas de mur, tu comprends, tout était ce noir, le noir c'était le mur. Mais un mur où on... ce n'est pas un mot, le mur, n'est-ce pas.
  
   Mais avec la sensation qu'il y avait des précipices.
  
   Oui, ça c'était comme su, de chaque côté. Je ne pourrais même pas dire la largeur de ce chemin, rien, n'est-ce pas c'était...
  
   Et vous ne voyiez pas vos pieds non plus.
  
   Je ne voyais rien.
  
   Même pas où les pieds se posaient.
  
   Rien, je ne savais pas où je posais mon pied. C'était comme un néant noir, mais... enfin, on ne peut pas mettre de mots là-dessus.
   Voilà, ma Douce, eh bien, ce n'est rien de... Mais je voulais te le dire parce que je n'ai jamais eu d'expérience comme ça. C'était physique.
  
   Oui, oui.
  
   Ce n'était pas un état de la psychologie humaine. Il y a des états de la psychologie humaine qui peuvent être très noirs, n'est-ce pas. Mais c'était au-delà, c'était en dehors de la psychologie humaine, en dehors de l'humanité humaine, 62
  
  63
  
   de tout ce que l'humain connaît.
   Voilà, je voulais te dire, ce n'est pas agréable, mais c'était... oui.
  
   Frappant.
  
   Oui. C'est seulement quand je suis sorti de là, que je suis arrivé dans cette rue, que tout d'un coup j'ai réalisé d'où je sortais, c'est tout. Et j'étais un peu frappé. 63
  
  
  Aviril
  
  
  
  67
  
  5 avril 1997
  
   Il n'y a pas de " formule " ; il y a cent mille manières de résister par des millions de fibres de ce maudit squelette qui se tendent et se déchirent.
   Il faut DURER, c'est tout.
  
  6 avril 1997
  
  Conversation avec Sujata
  
  Claude est guidé dans la nuit
  
  (Sujata chante)
  
   Qu'est-ce que tu me chantes?
  
   J'ai fait un rêve tout à fait au début de mon sommeil. Après j'étais réveillée et j'essayais désespérément de me dire qu'il ne fallait pas que j'oublie parce que toute la nuit était devant moi, après.
  
   Oui.
  
   Finalement quelque chose est resté, quand même. Je ne sais pas exactement le tout début-début, quelque chose que l'on a fait ou quoi, je ne sais pas qui, mais j'y étais. Là où j'ai le souvenir très clair, c'est resté, c'est que nous (je vais vous expliquer le " nous "), nous étions dans une voiture sur une route. Ça filait à toute allure et c'était l'obscurité totale, dans la voiture même et dehors bien sûr. Et moi je me trouvais au milieu, un peu comme si j'étais allongée, et il y avait à gauche une femme que j'ai
  
  68
  
  touchée, et à droite un homme que j'ai essayé de toucher, et puis que j'ai réussi à toucher. Comme ça je savais que nous étions trois.
  
   Oui.
  
   Alors l'homme, j'ai l'impression, bien l'impression que c'était Claude, la femme je ne sais pas, je ne saurais pas dire si c'était Y.B. ou quelqu'un d'autre - je n'ai je n'ai pas l'impression que c'était Y.B.: quelqu'un d'autre. Mais (ça allait à toute allure) j'ai dit à Claude : " Mais comment, c'est la nuit totale, comment la voiture peut aller ? " On ne voyait pas où on allait; alors il a dit que devant il y avait une voiture avec de la lumière, et c'est ça qu'il suivait, d'assez près.
  
   Ah, c'est bien.
  
   Ça, c'est resté clair.
  
   Oui, ah oui. Oh! sur ce chemin on est dans la nuit totale, c'est la nuit totale sur ce chemin, sauf quelque chose d'autre qui -- on sait qui conduit, mais on fait les pas dans la nuit.
  
   En fait cette voiture était comme le guide, n'est-ce pas, il y avait la lumière dans la voiture et c'est ça que Claude... je ne sais pas s'il était au volant ou quoi, en tout cas c'est lui qui conduisait, parce que je n'ai pas vu une quatrième personne qui conduisait la voiture où je me trouvais. Après, quand on est arrivés: on est arrivés quelque part, on est descendus. (Je continue à croire que c'était Claude, ça me reste comme ça ; l'autre voiture je ne saurais pas dire.) Nous sommes descendus quelque part, Claude est descendu, moi je suis descendue. Après j'ai dit : " Mais où est l'autre femme ? ", qui était dans la voiture, parce qu'elle n'est pas descendue. J'ai regardé dans la voiture, il n'y avait personne, plus personne.
  
  69
  
  Alors je ne sais pas, il y avait toute une histoire : qu'elle appartenait à ailleurs, elle était venue et puis elle était rentrée chez elle...
  
   Dans son monde ?
  
   Dans sa maison.
  
   Oui.
  
   Pour moi, c'était sa maison, peut-être paternelle ou fami- liale, elle était rentrée, autrement ses parents se seraient inquiétés une longue absence, n'est-ce pas ? Alors je ne sais pas pourquoi, là où elle aurait dû être, dans la voiture, j'ai trouvé une guirlande assez longue, presque vous voyez (geste) d'ici aux trois quarts de votre nappe, de cette longueur.
  
   Oui, presque deux mètres, quoi.
  
   Non, un mètre et demi ou même peut-être un peu moins, un mètre un quart. Très longue avec : vous savez comme on fait, avec des roses surrender [abandon, soumission]. Eh bien c'était ça, ce n'était pas lié, c'était tout droit, non lié. C'est ça que j'ai trouvé à la place de cette femme.
  
   J'ai l'impression que c'est cette Lina.
  
  (silence)
  
   Ma sensation quand je lui ai écrit, parce qu'à ce mo- ment-là j'ai écrit un petit mot, n'est-ce pas. Je lui ai dit : laisse couler, couler, sans mettre ta tête en travers. Parce qu'on comprend bien que son mental n'est pas, n'est pas dans une compréhension des choses, mais il y a quelque chose en elle qui est en contact avec Mère, qui aime, qui sent et qui se donne à ça. Ça ne m'étonnerait pas que ce soit... 69
  
  70
  
   C'est possible parce que dans mon souvenir - je ne voyais pas, mais elle avait la peau beaucoup plus claire que Y.B. Et elle était plus petite.
  
   C'est ça, moi j'ai vu, je crois bien que c'est elle que j'ai vue il y a quelque temps. Elle était petite, mais enfin, n'est-ce pas, dans ce monde-là, la taille a peut-être un autre sens. Mais enfin elle était petite de taille.
  
   Mais la guirlande était assez longue, vous savez, et puis grosse, ce n'était pas une guirlande mince, ce sont les grosses comme on faisait pour le Darshan, vous vous souvenez ?
  
   Oui.
  
   Mais c'était tout ouvert et en longueur. Moi, elle m'a donné une très bonne sensation. C'est comme un médium, tu comprends, justement le monde des médiums c'est-il n'y a généralement pas beaucoup de compréhension supérieure, mais si c'est un être qui est pur et propre et sincère, beaucoup de choses peuvent couler.
  
   Ça peut passer.
  
   Ça peut passer. Et ils peuvent faire beaucoup de choses, de bonnes choses. Ils peuvent en faire de très mauvaises, mais elle, elle m'a donné une très bonne sensation.
   Mais c'est un chemin... moi, quand j'ai commencé ce... je ne sais pas comment appeler ça, ce travail ou cette tapasya ou quoi. Quand j'ai décidé...
  
   En 82.
  
   Je crois que c'était en 82, j'étais comme dans une cabine de bateau, une belle cabine, blanche d'ailleurs, et toute 70
  
  71
  
   illuminée, et puis Mère est venue, il y avait des rideaux, elle a tiré des rideaux et elle m'a mis dans le noir. Elle a tout fermé ! Je lui ai dit : " Mais je vais étouffer là-dedans ! " (Sujata rit) Elle a tiré les rideaux noirs, et j'étais plongé dans l'obscurité. Je lui ai dit : " Mais je vais étouffer là-dedans ! "
  
   Qu'est-ce qu'elle a répondu ?
  
   Rien, elle a fait.
  
   C'est l'acte, oui, elle a fait.
  
   On est tout à fait dans le noir. Ça ne peut être que dans le noir ! Sauf qu'on sait, ou l'âme sait, et quelque chose se donne. Et puis il y a une merveilleuse conscience qui est là pour vous donner juste ce qu'il faut, la petite indication de la difficulté ou de ceci ou de cela qui vient juste vous donner exactement ce qu'il faut dans la conscience pour vous dire : ça, attention, ça, il faut comme ça, ça il faut, de loin en loin, comme ça. Ah, mais des indications précises, seulement elles sont rares. Pendant combien d'années j'écrivais des chits [notes] à Mère en disant qu'est-ce que je fais? Dis- moi ce qu'il faut faire ! (Rires) Qu'est-ce qu'il faut faire ? Comment faire ? Enfin, tu te trouves dans une puissance effrayante et tu ne sais pas comment faire ! Du tout ! Tu ne sais pas comment te tenir, même, tu comprends?
  
   Oui.
  
   C'est vraiment un autre chemin inconnu.
  
   Oui.
  
   On ne peut le suivre que parce qu'Ils l'ont ouvert, mais tu es dans le noir quand même.
  
   Mais ce qui m'a plu - parce que je ne voyais que des 71
  
  72
  
  silhouettes, il faisait si obscur que... C'est Claude qui était dans le siège de devant, n'est-ce pas, je ne sais pas s'il y avait quelqu'un qui conduisait. En tout cas la voiture filait.
  
   Elle était tirée par l'autre devant.
  
   Je savais qu'il y avait une autre voiture devant. Mais moi, j'étais allongée, je ne sais pas comment j'ai fait : j'ai touché l'une et j'ai presque touché Claude. Alors j'ai dit : " Mais on file comme ça, et on ne voit rien. " Il a dit: " Si, la voiture devant a des lumières, donc on peut... " Parce que je priais pour le chemin, j'ai dit : " On ne sait quel chemin, si on rate le chemin ? " Il a dit : " Non... "
  
   C'est elle qui a dit.
  
   Non-non, c'est lui, c'est toujours lui. Parce que c'est lui qui...
  
   Ah, ça c'est bien ça.
  
   Parce que c'est lui qui voyait la voiture devant avec ses... c'était illuminé, la voiture. Moi, je n'ai pas vu parce que j'étais tout allongée. Mais je sentais: par mes sensations, j'ai compris que cette voiture n'était pas aussi obscure que la nôtre. C'était le guide.
  
   Oui, c'était le guide. Il avait un phare devant, quoi, qui allait... et qui tire.
  
   Oui.
  
   Eh bien, c'est bien pour Claude.
  
   C'est Claude qui voyait ça, c'est lui. 72
  
  73
  
   C'est bien. Que sa vie serve à quelque chose, bon sang, au lieu de s'en aller dans les hôpitaux" !
  
   Oui, comme tant d'autres, des milliers d'autres.
   Cette fois je vais vous laisser parce qu'il est bien tard.
  
   Eh bien je suis très content. Oui, on ne peut pas com- prendre que c'est un chemin dans le noir. Il faut vraiment autre chose qui vous conduise malgré vous ! Et qui vous donne les obstacles mêmes qu'il faut ! Tu comprends?
   Comme Sri Aurobindo a si bien dit: le Divin fait sortir des obstacles avant, parce que s'ils sortaient après, ce serait fatal !
  
   Oui.
  
   Je ne sais pas exactement ses mots, mais Il soulève d'avance les obstacles qui, à un stade ultérieur pourraient être fatals, tu comprends?
  
   Oui.
  
   Oh! Tu sais, c'est mystérieux, et merveilleux, et terrible. Et beau.
   Bien.
  
  (plus tard)
  
   Il y a quelque chose tout de même qui me frappe, c'est que tu étais allongée et d'un côté tu touchais Claude.
  
   Oui, du côté droit.
  
   Oui, et de l'autre côté, tu touchais cette femme.
  
   Oui.
  
   *Claude était souffrant. [N.D.É.] 73
  
  74
  
   En quelque sorte c'est comme si tu étais le pont entre les deux, tu comprends: le pont de Mère.
  
   Oh...
  
   Ce qui venait de cette femme passait à travers toi et tou- chait Claude. C'est-à-dire que c'est vraiment quelque chose de Mère qui passe à travers cette femme, et toi comme un pont. C'est comme ça que je viens de comprendre.
  
   C'était quand même, moi-même j'étais étonnée : com- ment je me suis allongée dans la voiture.
  
   Oui, c'est comme un pont, n'est-ce pas, mais c'est très bon parce que ça veut dire... ça veut dire, eh bien oui, que Mère est là, quoi. Que cette femme, parce que je ne sais pas pourquoi, j'imagine que c'est cette petite...
  
   Lina.
  
   Lina, eh bien ça passe à travers toi, c'est-à-dire que vrai- ment c'est un canal de Mère qui est là. C'est bon, ça veut dire que Claude, eh bien, il est en route, quoi. Il est en route, et c'est une route évidemment difficile. Mais, mais il y a ça.
  
   Et c'est lui qui voyait la voiture devant.
  
   Il voyait, il voyait qu'il y avait une voiture devant comme...
  
   Un guide.
  
   Oui, comme un guide, il voyait quelque chose devant, c'est-à-dire qu'il y a les éléments qu'il faut pour qu'il fasse le chemin, pour qu'il traverse cette horreur.
  
   Cette nuit. 74
  
  75
  
   Cette nuit, oui.
  
   8 avril 1997
  
   En Algérie, ces musulmans viennent dans les villages, violent et décapitent femmes et enfants à la scie mécanique.
   Mon Dieu - jusqu'à quand ?
   Ces fils d'Allah sont pires que les nazis, et ce sont les amis des Américains - business is business.
   Il est temps que ce monde-là aille sous l'eau.
   Mais il faut faire la Transition, il faut quelques êtres.
   Il faut que cette fois-ci ce soit FAIT.
  
   12 avril 1997
  
   Conversation avec Sujata
  
   La trouée de lumière et la mort
  
   (Vision de Satprem du 9 avril)
  
  (Sujata chante)
  
   C'est beau d'appeler Mère ! Mâ, come on! Mâ, come on!
  
   Oui, il faudrait bien qu'Elle vienne.
  
   Non, ce que je voudrais, c'est que le règne de Sri Aurobindo vienne.
  
   Oh oui, ma Douce! 75
  
  76
  
  Vraiment que ce soit Sri Aurobindo qui dirige, cette Inde pour commencer. Je dis bien pour commencer, parce qu'il ya après le monde entier.
  
   Oui, mais tout se tient, ma Douce.
  
   Oui, ce n'est pas qu'll ne dirige pas, mais nous aimerions voir plus matériellement que c'est Sri Aurobindo.
  
   Mais ça, on m'a bien montré que c'est Lui qui dirige toutes les opérations sur la terre. Ça oui, bien montré.
   Bon, je voudrais te dire cette vision que j'ai eue, un peu énigmatique. C'est évidemment une vision de la nouvelle conscience. C'est très précis, c'est très rapide, ça dure deux secondes, n'est-ce pas. On voit, mais c'est imprimé. Et quel est le sens, je ne sais pas, ça peut avoir plusieurs sens. Enfin, je veux te dire ce que... simplement l'image qui est venue et comment... Oh ! c'est une conscience très matérielle qui voit ça, et qui a des réactions dans la vision même, qui a des réactions matérielles, n'est-ce pas, comme le verrait la matière extérieure. C'est-à-dire des réactions qui ne sont pas nécessairement justes sur le moment, parce que c'est la matière qui comprend les choses, la matière ordinaire, n'est-ce pas, qui traduit, je veux dire, ce qu'elle voit, ou qui réagit à ce qu'elle voit.
   Alors, je sortais d'un endroit, je ne sais pas d'où, et c'était comme une forêt ou un shola [forêt de montagne tropicale], je n'en sais rien. Et j'ai vu un être, tout noir, debout. Je me suis dit : " Lakshmi ", et je me suis dit : " Elle est morte, elle est partie de l'autre côté. "
  
   Ooh!
  
   Et simultanément (je la voyais de dos), j'ai vu qu'il y avait par terre un très grand arbre allongé, écroulé, n'est-ce pas,
  
   *La servante de Satprem et Sujata à Nandanam (Pondichéry) qui les a suivis quand ils en sont partis en 1978. [N.D.E.] 76
  
  77
  
  mais un arbre très droit, qui faisait comme une trouée. C'était comme un eucalyptus, un tronc, tu sais, ces troncs très droits qui n'ont pas beaucoup de feuillage, on ne voyait pas de feuillage. Mais ce qui me frappait c'était à la fois cette morte - je pensais que c'était Lakshmi-, et puis ce tronc d'arbre très long, très droit, qui faisait une trouée à travers la forêt. Et je m'inquiétais, parce que je me disais : " Mais alors, ça va faire une ouverture sur le dehors ", tu com- prends, ça, c'était ma réaction: " On va avoir des maisons, des villages ou quoi. " Et en effet, au bout de cette trouée, par cet arbre tout à fait rectiligne, n'est-ce pas, c'était le mot " trouée " qui était là dans ma conscience. Et au bout, je voyais comme une vague lumière, tu sais, comme il peut y en avoir sur le mur chaulé d'une maison, quelque part au bout. Enfin, c'était comme une vague lumière au bout de cette trouée - lumière ou reflet de quelque chose, comme une ouverture.
   Et alors cet être que j'appelais Lakshmi je la voyais de dos, n'est-ce pas, elle était toute vêtue de noir, avec une cape, comme une cape de soie ou de satin noir sur les épaules. Il me semble bien qu'elle avait les cheveux... il n'y avait pas de natte comme ont les femmes ici : les cheveux défaits. Elle ne me semblait pas grande, mais c'était une morte ou la Mort.
  
   Mais elle était debout?
  
   Elle était debout, le dos tourné et elle regardait, mainte- nant que j'y pense, elle regardait ce tronc d'arbre par terre, qui était allongé par terre, n'est-ce pas. Elle regardait ça. Très long, très droit, pas de feuillage. Mais une trouée, vrai- ment, tout à fait comme si ça avait été découpé, rectiligne, à travers ce shola, cette forêt, ce bois, je n'en sais rien.
   Alors après, en me réveillant je me suis dit : " Mais, un arbre, c'est un être, ça ne peut pas être Lakshmi, Lakshmi n'est pas grande, n'a pas la dimension de cet arbre. " Il n'était pas large, l'arbre, n'est-ce pas, c'était comme ces 77
  
  78
  
  troncs d'eucalyptus quand ils sont un peu seuls.
  
   Oui-oui, seuls.
  
   Oui, comme celui qui est devant ma chambre, par exemple. Et après je me suis dit aussi : " Mais Lakshmi, elle ne serait jamais habillée comme ça avec une cape de satin noir. " C'était comme un sari noir, n'est-ce pas. Toute noire, je ne la voyais pas du tout de face, mais pourquoi dans ma conscience c'était Lakshmi? Ma réaction dans le sommeil même, c'était de dire: "" Tiens ! elle est partie de l'autre côté, elle est morte. "
  
  (silence)
  
   Alors après je me suis dit : " Mais ce n'est sûrement pas Lakshmi, ça doit symboliser quelque chose et c'est la Mort. "
  
   C'est la Mort qui regarde cet arbre.
  
   Oui, voilà, tu dis les choses, c'est la Mort qui regarde cet arbre. Parce qu'elle était le dos tourné à moi.
   Et après, je me suis dit aussi, comme ça, après je me suis dit : " Mais dans ma conscience c'était Lakshmi parce que c'était quelque chose de l'Inde ou du sud de l'Inde. " On voulait me faire comprendre que...
  
   Que c'était... ?
  
   Que c'était l'Inde ou du sud de l'Inde.
  
   Oui, en tout cas, il s'agissait de l'Inde.
  
   Oui, c'était une personne symbolique de l'Inde. Je ne crois pas que c'était Lakshmi, parce qu'elle ne s'habillerait pas comme... je ne l'aurais pas vue comme ça, j'imagine, pas de cette façon-là. 78
  
  
  
  79
  
   Et j'ai vu bien des êtres après leur départ, n'est-ce pas, mais ils se présentaient autrement.
  
   Oui.
  
   Là, c'était vraiment comme une image- une image qui veut dire ! Et qui veut dire autre chose que le départ d'un petit être féminin.
  
   Je vous donne mon interprétation?
  
   Oui, ma Douce.
  
   Quelle était la vôtre, après, quand vous avez regardé ?
  
   Rien, je me suis dit : " Mais ce n'est pas Lakshmi, c'est la Mort, et qu'est-ce que c'est que cet arbre, quel être ou quoi représente-t-il ? " Et c'était cette trouée qui me frappait, parce que c'était vraiment une trouée.
  
   Mais l'arbre veut dire aussi la vérité : tree-truth [arbre-vé- rité], vous voyez ?
  
   Je ne sais pas, ma Douce.
  
   Et vous dites que c'était rectiligne.
  
   Ah oui ! tout à fait. Tu sais ces eucalyptus, quand ils sont un peu hauts, ils sont tout à fait rectilignes, et ils ont très peu de feuillage.
   Ça faisait presque comme une espèce de caniveau, si tu veux, qui traversait jusqu'à... et il me semblait qu'au bout... C'est ça que je craignais, parce que c'est ma conscience matérielle qui réagissait, je me suis dit : " Oh, ça va faire une trouée, on va avoir encore des villages ou que sais-je. " Mais il y avait comme une lueur ou quelque chose d'un peu blanc au bout, comme on verrait un flanc d'une maison 79
  
  80
  
  peint en blanc qu'on apercevrait au loin. Ça, je ne sais pas, simplement il y avait quelque chose au bout qui était un peu de lumière blanche.
  
   Oui, la question que je me suis posée : est-ce que ce n'était pas un être qui, jusqu'à maintenant, maniait un peu la destinée de l'Inde et regardait qu'il ne peut plus manier, que son maniement est fichu.
  
   Tu parles de l'être...
  
   De l'être qui était là, oui. Parce qu'on voit bien que c'est un être noir qui guide cette nation jusqu'à maintenant.
  
   Ah oui ! c'est tout à fait l'Asoura qui règne.
  
   Oui, alors...
  
   Je ne sais pas, ma Douce, mais ça me semblait signifier quelque chose. Je me disais : " Quel est cet être ? "
  
   Oui.
  
   " Qu'est-ce que symbolise cet arbre ? " Et après, mani- festement l'être, ce que j'appelais Lakshmi, c'était la Mort. Ce n'était pas une morte, c'était la Mort.
   C'était le 9 avril au matin.
   Alors c'est évidemment en rapport avec la situation actuelle de l'Inde.
   Ça, on m'a montré, alors très clairement, par une image, là, que le Congrès s'en allait, et je les insultais (riant) j'étais sur un trottoir, et je les insultais, il y avait C.P.N. Singh, plus devant il devait y avoir Indira et Nehru, je les insultais. Ils s'en allaient, ça, ils ne reviendront pas.
   Voilà, ma Douce, c'est mon énigme.
  
  (silence) 80
  
  81
  
   Eh bien, tu verras si ça te...
  
   Non, je ne sais pas pourquoi, dès que vous avez dit que Lakshmi est partie- mais dès que vous avez décrit l'être, je n'ai pas senti Lakshmi là-dedans.
  
   Non, moi non plus
  
   Non, j'ai pensé que c'est plutôt l'être noir, qui est petit, d'ailleurs, qui jusqu'à maintenant maniait toute l'Inde, et que c'était lui qui regardait que, à la fin, il y avait la lumière maintenant qu'on voit. Donc il n'y a pas, il n'y a plus de maniement pareil.
  
   Oui.
  
   Il ne peut plus manipuler les choses.
  
   Oui, son arbre est dégringolé. Oui, et on pouvait apercevoir la lumière. Oui, c'était une trouée, il n'y a aucun doute, ça, c'est le mot exact. Ça, dès que je me suis réveillé, je n'ai pas eu de doute que ce n'était pas Lakshmi, mais ça s'est traduit comme ça dans ma conscience, parce qu'on voulait me faire comprendre que c'était l'Inde, dans l'Inde. Ou quelqu'un de l'Inde, et pas n'importe qui quand même, hein! Voilà.
  
   Je ne sais pas si mon interprétation vaut quelque chose, si ça a un sens.
  
   On verra, ma Douce, on verra. Je m'intéresse évidemment à la destinée de l'Inde.
   Et alors, ce n'est pas des petites choses, ça, ça doit avoir un sens, un sens lointain, peut-être, je ne sais pas.
  
  82
  
   Parce que ça fait quand même un an, plus d"un an, que vous avez vu le Congrès partir.
   Ah oui, ça fait plus d'un an.
  
   Oui, c'était l'année dernière, peut-être au mois de mars, je crois.
  
   Ah ça ! Je l'ai vu s'en aller, tu sais, un défilé.
  
   Oui, mais oui, tout à fait. Et alors matériellement ça prend un petit peu de temps. C'est proche de la matière, mais pour être un fait accompli dans la matière, ça prend un peu de temps.
  
   Oui, ça prend un peu de temps.
   Bien, ma Douce.
  
   14 avril 1997
  
   C'est une telle Tempête de Foudre dans mon corps, qu'est-ce qui va se passer?
  
  *
  
   Dehors, c'est comme un suicide mondial.
  
  *
  
  Conversation avec Sujata
  
  La salade politique
  
   Mais si vous êtes adroit, vous êtes droit, voilà.
  
   Je suis peut-être droit, mais je suis maladroit.
  
   C'est le Nouvel An bengali. 82
  
  83
  
   Ah oui ?
  
   1404, je crois.
  
   Nous sommes en 1404, ah!
   On fait commencer l'année par quoi ?
  
   Hein ?
  
   On commence l'année 1404, le 1 [1ermois] de 1404 c'est quoi ?
  
   Boishakh*. Oui, je crois que les années bengalies, ce n'est pas Vikrama Samvat**. Attendez, ça doit être les Sen, vous savez, il y avait des grands rois au Bengale qui étaient Sen S.e.n. (riant) pas Chinois ! Je crois que ça vient de là. J'ai oublié tout ça. (Rires) On oublie quand on n'est pas en contact, sauf que je me souviens que c'est le Nouvel An aujourd'hui, puisqu'ils l'annonçaient depuis hier. Et puis (Sujata parle en bengali... sth).
  
   Sth, ça veut dire ?
  
   " Vous êtes, je suis, et la Vérité est stable. "
  
   Oh! C'est bien ! (Riant) Oh! c'est merveilleux ! Tu es, je suis, et la Vérité est stable. Oh ! comme c'est simplement beau !
   Ah! Ah, mon Dieu, si on m'avait dit des choses comme ça dans mon enfance, j'aurais compris.
  
   Oui, un enfant comprend.
  
   J'aurais compris. Qu'est-ce qu'ils vous fourguent, toutes
  
  
   *Période mi-avril-mi-mai de l'année. [N.D.É.]
   **Calendrier hindou utilisé dans le sous-continent indien, qui commence en 57 avant notre ère. [N.D.É.] 83
  
  84
  
   les idioties et les mensonges qu'ils vous fourguent dans la tête. " Tu es, je suis, et la Vérité est stable. " Oui.
  
   Je cite Tagore, toujours.
  
   Oui, ma Douce, mais c'est divin.
  
   Il avait écrit ça dans son poème quand il saluait Sri Aurobindo, en 1907, quand Sri Aurobindo a été...
  
   Oui, " Tu es, je suis, et la Vérité est stable. " Oh! c'est un Rishi qui dit ça.
   Comme je reconnais toutes ces choses.
  
   Certainement.
  
   Comme si ça m'avait parlé depuis des âges.
  
  (silence)
  
   Et puis... (Rires)
  
   Et alors?
  
   J'étais très surprise, vous savez je ne sais pas à quel mo- ment de la nuit j'ai vu : de ma chambre, je suis entrée chez vous, et vous étiez assis au rebord de la fenêtre près de... où se trouve ma photo, je n'ai pas vu la photo, mais vous étiez assis comme ça, et il n'y avait pas le fauteuil, le lit était là, et ici, où se trouve votre boîte de cigares ou cigarettes, je ne sais pas quoi. Et qui était assis vous ne pouvez pas imaginer qui?
  
   Qui ?
  
   Moopanar! [Le chef du parti du Congrès du Tamil Nadu.]
  
  
  85
  
   Bah!
  
   Oui!
  
   Oh ça, ce n'est pas croyable.
  
   Oui! Je n'en croyais pas mes yeux. (Riant) Il était tran- quillement... il était en train de vous...
  
   Il a une tête assez brutale.
  
   Mais c'était lui, c'était un Tamoul.
  
   Oui.
  
   N'est-ce pas, avec son lunghi et chemise. (Gestes) Il était là, vous étiez là, c'est-à-dire à votre gauche, quand même, et il était en train de vous raconter toutes ses misères (rires) politiques.
  
   Oh, je ne me sens aucune estime pour cet homme.
  
   Mais non! Moi non plus.
  
   Pour moi c'est un ambitieux, un... c'est un escroc de plus. Alors, il rentre dans ma chambre ?
  
   Il était tranquillement assis.
  
   Tiens !
  
   Il parlait avec vous; il vous disait... avant mon arrivée, il avait beaucoup... c'est-à-dire que quand je suis entrée, j'ai compris qu'il ne venait pas d'arriver, il était déjà là depuis un moment.
  
  * Pan de tissu qui recouvre le bas du corps. [N.D.É.] 85
  
  86
  
   Curieux, alors.
  
   Et vous l'écoutiez.
  
   Tiens !
  
   Vous l'écoutiez, je ne sais pas, assez sérieusement. Il n'y avait pas de réaction en vous, comme je les connais matériellement, physiquement. Il n'y avait pas ça en vous. Vous l'écoutiez.
  
   Oui, j'écoute, c'est ça, oui. Toujours je suis sans réaction quand j'écoute.
   Alors, ça veut dire qu'il va jouer un rôle ? Ou il doit jouer un rôle ? Quoi ?
  
   Et je me suis donc assise et il se trouvait là, hein (geste). J'étais au coin de votre lit, comme je le suis maintenant et il était là, alors j'ai commencé, probablement sur un signe de vous, à poser certaines questions, pour ce qu'il proposait de faire, ou comment était... etc. Évidemment ils veulent tous être au gouvernement central.
  
   Ils veulent tous être le Prime Minister (riant), ça devrait faire 365 Premiers ministres (rires).
  
   Un tous les jours.
  
   Non, 366 Prime Ministers, comme ça, sa vérité sera stable (fous rires).
   Ah! pauvre pays.
  
   On ne sait pas s'il faut rire ou pleurer. On peut faire les deux.
  
   Oui.
  
   Soit 366, pour que, s'il y en a un qui part, ils peuvent...
  
  87
  
   (Toujours riant) Pardon, il y a les années bissextiles ! Et qu'est-ce que tu lui demandais ?
  
   Je posais des questions-je n'ai pas gardé les détails de tout ce qu'il disait. Il parlait tranquillement - rien à cacher, et puis j'ai dit : " Mais vous êtes donc unis, votre parti ? " Alors il a secoué la tête, il a dit : " Non, il y a beaucoup de dissent (divergences) " (on parlait en anglais). Voilà.
  
   Beaucoup de dissent, ils ne sont d'accord qu'avec leurs propres ego.
  
   C'est tout. On partait, il s'était levé, je crois, en tout cas on s'en allait. C'était la dernière chose. Il ne savait pas quoi faire.
  
   Il ne savait pas quoi faire.
  
   C'est pourquoi il était venu vous voir: avoir votre avis.
  
   Non, mais comment se fait-il qu'il soit venu à moi ?
  
   Oui, il ne connaît rien de vous.
  
   Oui, ça, il ne peut rien connaître de moi, mais alors, ça veut dire qu'il connaît quelque chose de Sri Aurobindo, ou de Mère ou quoi ?
  
   Aucune idée, à moins que tout simplement il y ait une aspiration à... en lui, ou quelque chose...
  
   Oh, en lui? je ne sais pas, je n'ai vu sa tête que dans les journaux, mais je ne peux pas dire que ça m'ait enthou- siasmé.
  
   Non, jamais.
  
  88
  
   Au contraire, je le trouvais grossier. Ils le sont tous, n'est-ce pas.
  
   Alors, c'est pourquoi j'étais si surprise, même dans mon rêve. J'ai dit : " Qu'est-ce que vous faites avec cet homme ? "
  
   Non, c'est probablement dans une conscience où... oui, on voit le jeu du monde et des... et l'Inde nous intéresse plus particulièrement. Mais ça veut dire qu'il doit avoir parmi tous ces hommes, il doit avoir un rôle, un rôle ou une action particulière.
   Ça, j'ai bien senti dans cet homme son ambition à... Son ambition, c'est ça. Alors il s'imagine qu'il est le rôle, le pivot autour de quoi tout tourne. Le petit ego est le pivot. Mais enfin peut-être que parmi tous ces pivots croulants, il est peut-être plus... il a peut-être un rôle, voilà.
  
   Mais vous savez, le Divin se sert de tout.
  
   Ah! tout à fait.
  
   De tout-tout-tout.
  
   Ah ! J'ai vu ça toute ma vie, Il se sert de tout. Et le génie du Divin c'est de tirer un bien de toutes les... n'importe quoi.
  
   (Riant) Oui, même de ces ego et de ces ambitions.
  
   Ah de tout, de tout.
   Mais alors, dès qu'il y a quelque part une flamme de sin- cérité, alors tout devient bon. Tout enrichit, tout fait croître. Et s'il n'y a pas ça, tout vous entraîne ou vous fait crouler, vous entraîne au fond.
  
   Vers la gauche.
  
  89
  
   Exactement, c'est l'un ou l'autre. Il n'y a ni bien ni mal, il y a quelque chose dont on se sert, comme il faut ou pas, c'est tout.
  
  (silence)
  
   Évidemment dans l'Inde, ils ne veulent pas d'élections directes, n'est-ce pas, alors ils vont essayer de faire un rac- commodage quelconque pour qu'il y ait un semblant de gouvernement.
  
   Mais hier j'ai entendu, je ne vous ai pas dit que Vajpayee, Atal Bihari Vajpayee veut faire a National Council, a National Government [un Conseil national, un Gou- vernement national].
  
   Oui, ils mettent un nom différent pour...
  
   Oui, mais là-dedans il y aura le B.J.P. bien sûr et il y aura ses alliés qui sont déjà là, c'est-à-dire Akali Dal, Kanchi Ram B.S.P., Samata Party, etc.
  
   Oui, c'est le même United Front [front uni] sous un autre nom.
  
   Et ils sont tous là. Mais ça ne suffit pas en tant que nombre, parce que tout est arithmétique. N'est-ce pas, avec tout ça il n'y a pas encore le nombre suffisant, alors il est en train de voir... Et puis tout ça, c'est du Nord, n'est-ce pas, ce n'est pas le Sud.
  
   Oui.
  
   Alors, il voudrait beaucoup avoir T.M.C. et D.M.K.
   [partis politiques régionaux].
  
   Oh! ce... cette crasse. Bien sûr, s'il veut des gens du Sud, 89
  
  90
  
   il faudra bien qu'il...
  
   Et aussi avec Chandrababu Naidu de l'Andhra Pradesh. Vous voyez le méli-mélo, ce qu'il veut faire ? Un Jagakhichuri [fatras].
  
   Oui, je te dis, c'est le même truc, c'est le même gouverne- ment avec un autre nom, et un peu plus d'escrocs là-dedans qui trafiquent. Et qui gouvernera quoi ?
  
   Non, ce Vajpayee ne donne pas une bonne impression.
  
   Non, c'est sûr, c'est un politicien.
  
   Hein?
  
   C'est un politicien, tout à fait.
  
   Il faut que tout s'écroule totalement et qu'il y ait de nouvelles élections, que les gens disent réellement...
  
   Pourquoi est-ce qu'ils veulent... ? Ce Vajpayee, et le B.J.P. s'en mêlent ? C'est une erreur.
  
   C'est Vajpayee plutôt, parce que pour la vraie vérité des choses, pour la racine de la vérité, moi je sens que s'il y a des élections, il y a cette fois Advani aussi qui se pré- sente, et il sera certainement élu. La dernière fois, il ne s'était pas présenté.
  
   Oui.
   Et cette fois, il va se présenter, il va aussi être élu. C'est certain.
  
   Oui.
  
  91
  
   Alors, s'il est élu, qu'est-ce que Vajpayee va faire ? Est-ce que c'est Advani qui doit être le Premier ministre ?
  
   Tu vois, c'est toujours les petits ego qui sont là. C'est moi le Premier.
  
   Mais oui. Il a été Premier ministre pour à peine deux semaines, et quand la radio se réfère à lui, ils disent " l'ancien Premier ministre ", " ex-Premier ministre ", vous voyez ? Alors, tout ça, c'est affreux, affreux.
  
   Si le Président avait un peu de... un peu de tête.
  
   Qu'est-ce qu'il va décider?
  
   Il dissoudrait tout ça.
  
   N'est-ce pas, c'était le 11, et nous sommes le 14. Le Pré- sident n'a encore rien dit pas que j'aie entendu, je ne sais pas s'il a dit quelque chose aujourd'hui.
  
   Il est trop vieux, ma Douce, pour...
  
   Mais il n'est pas complètement sénile comme [...]
  
   Non, il n'est pas sénile, mais... Enfin.
  
   Parce que je crois que le Congrès avait dit : " Nous vou- lons faire le nouveau gouvernement. " Et ils n'ont pas encore retiré leur présentation.
  
   Bon, ma Douce, voyons, jusqu'à la fin de cette salade.
  
   (Riant) Oui.
  
   Mais si le Divin ne s'en mêle pas, c'est sans espoir, ma Douce. 91
  
  92
  
   Mais le Divin s'en mêle !
  
   Oui, mais je veux dire: se mêle d'une façon un peu fracassante!
  
   Vous ne trouvez pas que c'est suffisamment fracassant? Il faut que ça... qu'on aille jusqu'au bout de tout ça.
  
   Mais, ma Douce, c'est un bout sans fin, semble-t-il - je sais bien qu'il y a une fin.
  
   Non, ça ne doit pas durer, mais ce n'est pas...
  
   Elle est toujours longue, cette fin.
  
   Ça ne peut pas attendre, encore dix jours, un mois avant de décider.
  
   Non, mais il va laisser faire quelque autre salade sous un autre nom, voilà.
  
   En tout cas cette fois il va vérifier si l'arithmétique est correcte avant de décider. Et l'arithmétique (riant) ça ne se colle pas.
  
   (Riant) Moi je n'ai jamais su faire des additions.
  
   Alors voilà.
  
   " Bien, c'est simple mon addition, comme tu dis : " Tu es, je suis, et la Vérité est stable. " C'est tout.
  
  93
  
   18 avril 1997
  
   Le monde entier est
   ivre de destruction.
  
   20 avril 1997
  
   Ils ont choisi ce gnome pervers pour achever la trahison de l'Inde*. Tous les diables du monde se réjouissent...
  
  *
   Comme dit Sujata: quelle est l'idée de Sri Aurobindo??... On sait bien qu'Il dirige tout, mais... quoi ?
   Évidemment, il faut aller jusqu'au bout de " tout ça "... Mais cela semble un interminable bout.
  
   22 avril 1997
  
   Pourquoi donc y a-t-il toujours des siècles qui sont prêts à pleurer en moi, au moindre petit choc, à la moindre petite note - des siècles sans fin, vécus. Et tout est ramassé là, comme gonflé d'une peine éperdue.
   C'est comme cela que je prends conscience de tous mes siècles - il n'y a " personne ", il y a seulement des peines accumulées par je ne sais qui, ou je ne sais combien de " qui ".
   Et je vois bien que le bout de tout cela, c'est l'Amour, un Amour sans fin, sinon c'est le suicide, comme tant d'autres.
  
   *Voir dans la chronologie des évènements à la date du 21 avril 1997. [N.D.É.]
  
  94
  
   Cela fait une sensibilité effrayante, que j'ai essayé de cacher de mille façons et à travers mille fuites, à travers toute ma vie... jusqu'à Mère qui m'a ouvert la porte, la seule porte de tout ça.
   Il y a Toi, tout le reste est impossible - pas vivable.
  
   27 avril 1997
  
   Le corps a perçu, compris, clairement le scaphandre de plomb dans lequel nous vivons, pensons, rêvons et mourons.
   C'est notre scaphandre de crustacé pensant et " vivant ".
   C'est cela qu'on troue pour faire passer l'autre air et l'autre terre et l'autre matière.
  
  *
  
   Il y a quelque quinze ans je faisais " bouillir du plomb "
  
   30 avril 1997
  
   Le vrai Mur dans la Matière, ce ne sont pas les atomes, c'est la douleur.
   La Matière, c'est de la douleur coagulée.
  
  *
  
   Finalement, on n'est plus qu'une pauvre bête de douleur, mais qui croit ou qui sait si intensément qu'il y a un autre côté à tout ça.
  
  May
  
  
  97
  
  1er Mai 1997
  
   Il faut ABSOLUMENT créer ou faire venir un autre type d'être. C'est le seul espoir pour la Terre.
  
  5 mai 1997
  
   Il y a cinquante-deux ans aujourd'hui, je sortais de la forteresse de Mauthausen, et c'est la même force qui règne.
  The Hindu, 4 mai
  Washington, le 4 mai
  
  LES ÉTATS-UNIS S'ARMENT POUR LE 21№ SIÈCLE
  
   Le secrétaire d'État à la Défense, M. William Cohen, a déclaré que les États-Unis prévoyaient de se doter d'armements d'une technologie plus avancée pour " dominer " la stratégie militaire au 21№ siècle.
   Ces technologies de pointe incluent des armes aériennes, terrestres et maritimes, des systèmes spatiaux, des technologies à usage mixte qui peuvent assumer la production d'armes de destruction massive, et des systèmes de communication et de gestion de l'information sophistiqués.
   Dans son rapport annuel au Président et au Congrès, M. Cohen a déclaré que le ministère de la Défense étu- diait aussi le processus d'innovations militaires issues du contexte historique pour contrecarrer efficacement les menaces d'un grand nombre d'armes modernes.
   Mettant en avant l'efficacité des nouvelles armes, il a affirmé qu'en les utilisant, les Etats-Unis pourraient infliger de lourdes pertes dans la guerre du Golfe.
   " Les événements de la dernière décennie ont démon- tré que les Forces armées des États-Unis devaient être préparées à la fois à être confrontées à un vaste champ d'ennemis potentiels et à exécuter diverses missions comme des opérations de combat, de maintien de la paix et de secours en cas de catastrophes.
  
  98
  
  
   "L'ère de l'information technologique, qui fournirait des renseignements sans égal dans l'histoire militaire, pourrait être utilisée pour améliorer le commandement et le contrôle des armes de frappe de précision, a-t-il ajouté.
   " Les Forces américaines obtiendraient ainsi des com- pétences dont on ne pouvait disposer jusqu'à ce jour. "
   Donnant des exemples de nouvelles technologies déjà utilisées par les Forces des États-Unis pour appuyer les opérations militaires dans l'exrépublique de Yougoslavie en 1995 et 1996, le rapport citait le drone Prédateur (véhicule sans équipage embarqué), et la démonstration de la technologie d'un concept de pointe.
  
  *
  
   P.S. (5 mai) Reçu aujourd'hui une lettre de Robert Laffont me disant que ce " Bigorneau " est " hermétique
  
  8 mai 1997
  
   Un étrange " rêve " de la Nouvelle conscience, ce matin juste avant de me réveiller :
   J'ai entendu distinctement ces mots, en anglais The stone yeast. Et simultanément on me montre un grand bassin (comme une petite piscine) rempli de pâte grise épaisse, comme de la Matière toute grise qui a été réduite en bouillie épaisse. Et en même temps cette " voix " me dit en anglais " the stone yeast ".
   Yeast, c'est le levain.
   Ce qui fait "lever " la pierre ou la Matière, comme de la pâte (!)
  
  99
  
   Plus tard : je viens de regarder dehors, dans le jardin, et c'est exactement comme de granit gris, mis en pâte.
   Et Sujata, à qui j'ai raconté cette étrange vision, m'a dit, en regardant la dimension de ce " bassin " (ou petite piscine, grande comme notre cuisine), m'a dit : " Ça fait beaucoup de travail "... Et comme je ne comprenais pas très bien, elle a ajouté : " C'est comme cette Puissance ou cette Main qui écrabouillait silencieusement la montagne " (ce que j'ai vu vers 1982).
   Cette petite piscine " devait être un peu plus profonde qu'un homme, c'est-à-dire environ deux mètres. C'était une sensation dans la conscience, car bien sûr cette pâte grise épaisse ne permettait pas de voir le fond.
   C'est très énigmatique. Mais clairement " on " veut me montrer quelque chose, et cette voix anglaise devait venir du côté de Sri Aurobindo.
   C'était une petite piscine très exactement rectangulaire, comme taillée ou dessinée par un géomètre - ce n'était pas un bassin n'importe comment. Peut-être trois mètres (un peu plus) de large par environ six mètres de long.
   Cette petite piscine était pleine à ras bords.
  
  14 mai 1997
  
   Il y a 15 ans aujourd'hui, je commençais ce yoga de la Matière...
  
  *
  
   Conversation avec Sujata
  
  Satprem en Chine
  L'essence d'Elle
  
  Nous sommes aujourd'hui le 14 mai. Voilà 15 ans. C'est-à-dire que vous complétez 15 ans ?
  
  100
  
   Eh bien, j'ai commencé un 14 mai 82 - " j'ai commencé " je veux dire volontairement, si je puis dire.
  
   Oui, sans parler de toutes ces préparations préliminaires.
  
   Oui, j'ai noté, j'ai regardé l'autre jour dans mes vieux carnets de 82, j'ai retrouvé la date, et j'avais marqué sim- plement : quelque chose a dit oui.
  
   Oh!
  
  (silence)
  
   Un long chemin, difficile.
  
   Ah, on n'est pas au bout.
  
   Oui, inconnu.
  
  (silence)
  
   Mais c'était beaucoup plus avant que vous aviez eu cette vision: vous vous trouviez à la porte de votre chambre et vous aviez vu une main silencieuse qui écrasait une montagne.
  
   Ah! ça écrabouillait toute la montagne devant moi, vraiment comme de la pâte, comme ça. Et je savais, en même temps, qu'à la fin il y aurait une explosion. Voilà, c'est ce que j'ai vu. Ça, c'était un peu avant que j'aie commencé.
  
   C'était bien avant, j'ai l'impression que c'était dans les années-ça devait être 80-81*.
  
   * Nuit du 24-25 août 1980, voir Carnets d'une Apocalypse, tome 2, 1978-1982. [N.D.E.]
  
  101
  
   Oui, eh bien tu sais, il m'a fallu du temps pour... pour que quelque chose dise oui.
  
   Oui, bien sûr.
  
   (pause)
  
   Vous, vous avez vu cette nuit : vous étiez en Chine.
  
   Oui, j'étais en Chine cette nuit, et il y a eu des quanti-tés d'activités avec des gens, des Chinois. C'était en Chine même. Et il y avait en particulier un homme assez jeune qui semblait pas semblait, qui était comme avec moi. C'étaient des quantités d'activités, je n'en ai gardé aucun souvenir, sauf qu'à la fin, ce garçon qui avait l'air gentil, ce Chinois, m'a tendu dans sa main un tout petit paquet comme si c'était sa nourriture, un tout petit paquet enveloppé dans un papier journal noirâtre, comme s'il me montrait que c'était toute sa nourriture. Vraiment un papier, tu sais, comment sont les journaux ici, c'est plein de je ne sais trop quoi.
  
   Oui, sales.
  
   Eh bien c'était un petit truc enveloppé dans du journal, et il me montrait ça comme si c'était tout ce qu'il avait comme nourriture.
   Pourquoi je suis allé en Chine, je ne sais pas, ça veut dire qu'il y a quelque chose qui doit se passer par là.
  
   Peut-être que ça se passe, là.
  
   Ça se passe sûrement... quelque chose se passe avec un certain nombre de gens. Mais quoi, je ne sais pas, mais c'était un homme... je dis un homme, mais j'aurais envie de dire qu'il avait 25 ans peut-être. Un jeune, un homme jeune. Une peau assez claire, mais enfin les Chinois n'ont pas la peau foncée.
  
  102
  
   C'est tout.
   Et des activités matérielles, mais, n'est-ce pas, ce qu'on fait de ce côté-là, des... ça ne se traduit pas ici par des choses mentales. Mais ce sont des activités.
   Et ça n'avait s l'air d'être mental parce que... tu vois, j'ai vu plusieurs fois Gorbatchev, tu sais, etc., mais je com prenais bien que c'était sur un plan de la conscience mentale, d'un mental un peu supérieur, c'est-à-dire que Sri Aurobindo et Mère essayaient de faire quelque chose à - voulaient faire quelque chose à travers lui. Mais là, ce n'est pas comme ça, c'étaient comme des activités travers matérielles. C'est tout.
   Alors toi, ma Douce, qu'est-ce que tu as vu?
  
   Moi par contre (riant) je ne suis pas allée en Chine, mais je suis allée plutôt dans une salle de théâtre, quelque chose comme ça. Ce qui était en même temps comme une sorte de gare, vous savez, où les gens arrivaient. C'était une grande salle, et pleine de bancs. Bancs, sofa sets, voyez, des choses comme ça, toutes sortes de choses, et pas mal de gens.
  
   Ces bancs, cette salle, c'était plein de gens?
  
   Toute la salle était pleine de gens, qui venaient, qui partaient et d'autres arrivaient.
  
   Oh, ça allait et venait.
  
   Ça allait et venait. Je ne connaissais pas tous ces gens, mais j'étais avec une femme que, évidemment, je connaissais bien - elle était plus âgée que moi, moi, j'étais jeune, n'est-ce pas, je n'étais pas de mon âge de maintenant, j'étais plus jeune, peut-être dans la trentaine, je ne saurais pas dire, parce que ce n'était pas l'âge qui me préoccupait du tout.
  
  103
  
   Oui.
  
   Mais elle était beaucoup plus âgée que moi, c'était vraiment comme serait une tante, vous comprenez, de cette différence d'âge. Alors nous nous trouvions dans cette salle, assises confortablement dans un sofa.
  
   " On " : c'est-à-dire ?
  
   Elle et moi.
  
   Ah.
  
   Comment dirait-on ?
  
   Oui dans un sofa, un fauteuil.
  
   Oui, pas un fauteuil, mais un sofa. Et puis les gens venaient, etc., mais ce n'étaient pas tous des Indiens, c'étaient des Indiens et des Occidentaux, tous mélangés dans, comme je disais, une sorte de gare. Ça a duré assez longtemps et je ne sais plus exactement tout ce qui s'est passé avant. Mais là où j'ai gardé la suite de l'histoire, vers la fin : à ce moment on devait montrer quelque chose sur le stage [la scène], un film ou une démonstration, je ne saurais pas dire, ou théâtre. Enfin, quelque chose devait être montré, et à ce moment ces sofas avaient été changés par des rangs de bancs, oui, comme des bancs d'écoliers vous savez, où plusieurs-deux-trois - peuvent se mettre ensemble, ou même quatre.
  
   Oui, c'est ça.
  
   C'étaient des bancs comme ça, et il y en avait certains qui étaient pleins, d'autres moins. Moi je me suis trouvée entre deux rangées, occupant toute seule un rang.
  
  104
  
   Entre deux rangées ?
  
   Entre deux rangées. Il y avait très peu d'espace, on avait tout juste la place pour les pieds, les jambes. A ce moment je me suis trouvée toute seule, je ne sais plus exactement où était passée ma compagne, cette femme. Alors quelqu'un est venu disant qu'il fallait que je quitte, je vide, parce qu'on allait enlever cette rangée de bancs, n'est-ce pas, là où j'étais. J'ai un peu hésité, et puis il insistait, j'ai dit : " Bon ". Je me suis levée. Et ils ont enlevé, il y avait de jeunes garçons - des jeunes, je veux dire pas tout à fait, à peu près de mon âge, plus jeunes, tout un groupe de gens, parce qu'il semblait qu'ils de vaient passer par des endroits en jouant de la musique.
  
   Qui " ils " ?
  
   Ces jeunes-là.
  
   Ces jeunes-là, oui.
  
   N'est-ce pas, comme on fait une band party [musique populaire]. En fait j'ai vu ça et puis j'ai cherché ma compagne. J'ai dit : " Mais où est-elle partie. Où est-elle partie ? " Je ne la trouvais pas et j'ai commencé à m'inquiéter. Et il y avait aussi deux-trois personnes, je crois, un mélange : un monsieur occidental, une dame occidentale, une jeune fille indienne... tout le monde. J'ai demandé à tout le monde : " Mais où est-elle, où est-elle ? " Personne ne savait où elle était partie. Et je ne sais pas pourquoi, j'ai eu beaucoup de soupçons. Les gens commençaient à projeter quelque chose sur l'écran ou le théâtre. J'ai dit : " Ce sont ces jeunes-là qui ont dû faire quelque chose avec elle": l'enlever ou quoi.
  
   Mais cette bande de gens qui étaient... tu étais debout entre deux rangées, tu m'as dit?
  
  105
  
  
   Non, j'étais assise.
  
   Oui, entre deux rangées. Ces deux rangées-là sont parties.
  
   Non, ces deux rangées étaient là et le banc où j'étais assise, moi, était parti.
  
   Bon, le banc était parti. Ce n'est pas ces deux...
  
   Ces autres, non. Là où j'étais assise, c'était ça qu'ils ont voulu enlever, et qu'ils ont enlevé. Alors il y avait le défilé de ces jeunes. Et là-dedans j'ai aperçu - vous vous souvenez de Ajit ?
  
   Oui, ça me dit quelque chose.
  
   Qui était un gymnaste.
  
   Oui, oui.
  
   Au Playground? Comme si lui il était une sorte de leader des jeunes pour la Band Party, vous comprenez ? Alors j'ai dit : " Mais où est-elle, où est-elle ? " Un peu... parce que j'ai commencé à être très inquiète, et donc un peu... Il avait l'air très souriant: " Oh, je ne sais pas, je ne sais pas. " Et cetera. J'ai dit : " Vous savez, vous savez, dites- moi, où est-elle ? ", " Oh, je ne sais pas, allez chercher. " Et puis il continuait son chemin. J'ai eu beaucoup de doute, j'ai dit : " Mais ces gens vont faire un meurtre ", n'est-ce pas ? " Où est-ce qu'ils l'ont cachée ? " Et puis, je ne sais pas ce qui m'a prise, je suis montée sur le stage. Et je n'étais pas satisfaite. Et sur le stage il y avait une sorte de décoration, vous savez? Et au centre il y avait comme une sorte de boîte, pas très grande, peut-être grande comme votre table.
  
   Cette petite table-là.
  
  106
  
  Cette petite table, oui. Alors j'ai commencé à ouvrir. Et puis j'ouvre (je ne sais pas comment je suis arrivée là), tout cas j'ai pu atteindre cet endroit. Probablement est-ce que j'avais pris une échelle ou quoi, mais enfin, en échelle, je ne me souviens plus comment j'ai fait. Enfin, j'ai ouvert, et puis j'ai sorti une chose [que] j'ai jetée par sac qui derrière mon épaule, qui était comme un petit contenait quelque chose que ces gens avaient caché. Une autre chose: je ne sais pas pourquoi jai... C'était un peu ouvert et il y avait, cachées, des choses qu'ils avaient volées, comme des diamants et des choses comme ça. Ça aussi, j'ai jeté... parce que moi, je cherchais cette femme. Bon, alors, j'ai continué à jeter derrière - ça m'était complètement égal que les autres viennent prendre quoi que ce soit, moi j'étais très concentrée avec une forte in- quiétude parce que le temps passait. Et il fallait arriver à temps, autrement c'était tout fini. Alors j'ouvre-j'ouvre- j'ouvre et puis à la fin, au centre, derrière des portes - comme si cette armoire avait des portes et des portes et des portes - et je suis arrivée finalement à la dernière porte. J'ai ouvert, j'ai sorti, et c'était l'essence d'Elle qui était là, et il était encore temps, je suis arrivée à temps. J'ai trouvé
  
   Mâ?
  
   Oh oui !
  
   (silence)
  
   Oh !
   C'est très... c'est très émouvant.
  
   C'était... J'étais très émue parce que, je ne sais pas, j'avais une angoisse : " Il ne faut pas que j'arrive trop tard." Alors après, quand je l'ai sortie, figurez-vous: elle a repris la forme humaine. Là, je ne sais pas, c'était quoi ? Je ne sais pas, c'était quelque chose de rouge, vous comprenez
  
  107
  
   comme un bout de chair ou quelque chose. Je l'ai sorti et je l'ai étendu sur quelque chose pour que... c'est ça, le dernier souvenir.
  
   Pour qu'elle...
  
   Et elle n'était pas partie, le cœur battait. Mais c'était une question de minute ou de fraction d'une minute.
  
   Oui.
  
  (silence)
  
   C'est très émouvant.
   Bien sûr, toutes les forces veulent détruire cette essence d'Elle. Tout.
  
   Je n'avais pas l'impression qu'elle était occidentale, mais elle avait la peau claire, très claire. Oui, je ne sais pas.
  
   Moi j'ai beaucoup cette sensation aussi que le temps, le temps compte et qu'il n'y a plus beaucoup de temps.
   Il faut arriver à la dernière porte et puis... La tirer de là.
  
   Je le faisais presque frénétiquement, mais quand même je n'étais pas gauche comme je suis d'habitude, pas comme ça: j'ouvrais-j'ouvrais-j'ouvrais.
  
   Oui.
  
   Et tout ce qui se trouvait devant les portes, je jetais comme ça (geste).
  
   Oui.
  
   Et la salle était toujours pleine de gens. Je comprenais qu'il y avait des gens.
  
  108
  
  (silence)
  
   C'est très, très émouvant.
   Oui, il faut, il faut, le temps presse, il faut arriver à cette dernière porte et, et puis (Satprem donne un coup sur un meuble).
  
  (silence)
  
  Oui, ma Douce. Mais tu vois, tu es arrivée, avec toute volonté, ton cœur, ton corps, ton amour, tu as quand même, tu as quand même ouvert la porte. C'est vrai, on essaie dé sespérément d'arriver là.
  
   Et puis vous voyez, celui que j'ai appelé Ajit, n'est-ce pas, la façon dont il parlait... comme s'il était sûr que je ne trouverais jamais.
  
   Oui.
  
   Et il parlait comme ça pour me retarder.
  
   Oui, pour te retarder.
  
   C'est ça que je sentais aussi, qu'il était en train d'essayer de me retarder pour que j'aille chercher ici et là. Alors j'ai réfléchi: mais où est-ce qu'ils auraient pu la cacher pour qu'elle ne soit plus retrouvable? Il avait l'air smug [suffisant], vous savez?
  
   Oui, ma Douce, c'est la fourberie de tous ces gens.
  
   Alors réflexion faite - j'avais cherché déjà et pas trouvé où ils auraient pu la cacher, et je ne sais pas ce qui m'a poussée, j'ai dit : c'est l'endroit.
  
  109
  
   Oui, ton âme était là. L'âme ne se laisse pas tromper, et elle a la force. Bien, ma Douce,
  
  (silence)
  
  *
  
   Alors, en tant que nouvelles, il y a eu le tremblement de terre en Iran l'autre jour [11 mai] et puis hier à midi All India Radio disait : tremblement de terre au Japon aux Philippines. Et puis hier soir, ils parlaient de Delhi et du côté de Shimla, ils disaient " mild intensity " [faible intensité], ils n'ont pas dit quoi exactement. Et ce ma- tin All India Radio disait qu'il y a eu un tremblement de terre au centre du Pakistan, en Afghanistan, et [que] l'origine était dans le Hindou Kouch, et ça a été senti jusqu'à Delhi. Et quand il parlait en hindi il disait aussi d'autres parties de l'Inde du Nord.
  
   Ça bouge beaucoup.
  
   Je rêverais que si Delhi allait un peu...
  
   Allait sous terre ? Ah oui !
  
   Complètement écroulée.
  
   Ah ça ! tout le Parlement, le Presidential Palace, et tous les ministres et les Sonia and Co. Tout ça, hop! Ça réglerait toute la crasse d'un coup.
  
   Vous savez, ce Delhi a fait tant de péchés, ça doit être un grand poids.
  
   Ah oui ! 109
  
  110
  
   Ces péchés, alors la saleté, ça doit peser beaucoup.
  
   Ah! si ça allait sous terre, je t'assure que ça nettoierait beaucoup de choses d'un coup ! Oui, Sri Aurobindo djsait bien quand il disait que les signes qui annonçaient le changement - parmi les signes, il y avait beaucoup de tremblements de terre. Mais moi, j'attends que ça aille ÉCRABOUILLER tous ces puits de pétrole !
  
   Ah oui, ça... ce serait encore...
  
   Tous les puits de pétrole arabes: hop!
  
   Ah oui, vous savez, je parle d'Afghanistan, Pakistan, il y a aussi le Tadjikistan. Il y a du pétrole par là, non?
  
   Oh je ne sais pas, il y en a... c'est chez les Muslims, le pétrole.
  
   Ce sont des Muslims.
  
   Si tous les puits de pétrole allaient tout d'un coup... hop, comme ça, un petit tremblement de terre bien placé...
  
   Sur le Golfe, alors.
  
   Oh, ma Douce, j'attends, moi j'attends, j'attends.
  
   Oui, on attend, on attend, et Mère qui disait : j'ai des millénaires et j'attends.
  
   " J'ai des millions d'années...
  
   Millions d'années...
  
   " Et j'attends. "
   Et Mère disait: si on avait du courage ou si on avait - comment disait-elle ?... de la sincérité, je ne sais plus, on pourrait hâter le moment."
  
  111
  
  
  
   Oui, oui.
  
   On pourrait hâter le moment.
   Ça, je n'ai jamais oublié.
  
  24 mai 1997
  
   La vie est pleine de petits miracles discrets.
  
  
  Июнь
  
  
  
  115
  
  4 juin 1997
  
  Conversation avec Sujata
  
  Les Apsaras
  Les chambres souterraines couleur brique, éclairées
  La grande bouche
  
   Nous sommes le 4 juin, vous avez dormi cette nuit?
  
   Oui, mieux, il y avait longtemps que je n'avais pas dormi...
   Oh! j'ai vu quelque chose, je suis allé dans un monde où... je ne suis jamais allé dans ce monde, je ne connaissais pas du tout ce monde, ce monde-là. C'est probablement un monde du vital. C'est un monde où je ne vais jamais, on me protège. Mais je ne sais pas si c'est de... je ne sais pas non plus l'intérêt que ça a, sauf que, je te dis, c'était surprenant pour moi.
   Alors je suis arrivé tout d'un coup dans un endroit, et il y avait peut-être une demi-douzaine de femmes, vêtues alors, des vêtements d'une... Oh ! comme des couleurs que je n'ai jamais vues sur la terre, un violet... c'étaient comme des danseuses, de longues jupes, violettes, avec des bordures rouges et des dessins dorés, n'est-ce pas, d'une beauté de couleur, toutes de longues jupes, tu sais, comme des... C'était indien, ça me faisait penser à des Indiennes, peut-être comme des danseuses, je ne sais pas. Il y en avait une demi-douzaine et elles étaient très belles autant que Je pouvais voir, n'est-ce pas ; en tout cas ces vêtements étaient somptueux de beauté. Il y avait comme la maîtresse des lieux, qui était plus vieille, alors (ces femmes étaient jeunes) c'est elle qui me montrait les lieux. Elle était ha- billée comme ça aussi, mais en sari il me semble, mais la même couleur, ce violet... 115
  
  116
  
   Tout le monde en violet?
  
   Oui, avec des bordures rouges, c'est idiot de dire violet, parce que ça a l'air d'une couleur plate, alors que là c'était d'une grande beauté de couleur, et d'ensemble, avec un peu de rouge sur les franges, sur les bords, et des choses dorées. Et ces femmes avaient l'air très belles.
  
   Et tout le monde habillé de la même manière ?
  
   Les femmes, oui, toutes les femmes qui étaient là, je te dis, une demi-douzaine peut-être, ça me donnait l'impression de danseuses. C'est cette femme, plus âgée alors, qui me montrait le lieu. Puis elle m'a emmené... alors c'est là où ça commence à être un peu bizarre, elle m'a emmené dans des endroits souterrains et là il y avait un premier endroit, c'était... mais un souterrain, il y avait comme un grand abri, tu sais, comme un grand abri, et c'était de la couleur un peu orange, n'est-ce pas, comme de l'argile peut-être, comme on voit ici, et c'était clair. Pour des souterrains c'était clair, n'est-ce pas, et c'était complètement vide.
   C'est elle qui m'a emmené là, alors spontanément je lui ai dit comme ça : " C'est un abri contre... " je ne sais pas, les tremblements de terre ou quoi - un abri. C'était aussi grand que ma chambre, au moins. Tout nu, tout vide, et clair. Et puis, comme plus loin, dans un autre endroit, souterrain, toujours, aussi cette même... un grand endroit aussi clair aussi... avec ces murs taillés dans la terre, n'est-ce pas, de cette couleur... je ne sais pas.
  
   Orange?
  
   Un peu orange. Et alors, au centre de cet endroit, il y avait comme une énorme bouche, comme si c'était vraiment une bouche ! Avec de lèvres qui projetaient. Mais c'était en terre, alors tout de suite elle m'a dit : " Oh! ne vous approchez pas. " Elle m'a dit, je traduis: " Ne vous
  
  117
  
  approchez pas, c'est dangereux. " Alors j'ai dit : " Oh moi, ça ne me dérange pas. " Et alors je me suis retrouvé tout d'un coup revenant, rentrant chez moi. Je ne sais pas ce qui s'est passé.
  
   Rentrant chez vous ?
  
   Ici, chez moi, dans mon corps.
  
   Oh! Vous aviez commencé à vous approcher...?
  
   Et bien oui, je me suis approché de cette bouche, je lui disais, moi, ça ne me dérange pas.
  
   Oh.
  
   Comme si elle me disait : n'allez pas là, c'est dangereux. Évidemment c'est mortel, n'est-ce pas, cette espèce de bouche. Et tout ça en terre. C'était très propre. J'ai l'impression - il n'y avait pas de mots vraiment mais j'ai... j'ai dit: mais moi ça ne me dérange pas, ou ça ne me dérange pas ou je n'ai pas peur ou quoi, ce n'est rien, quoi. Et puis tout d'un coup je me suis retrouvé rentrant chez moi, alors comme si je devais traverser : il y avait comme un rideau compact de fleurs, blanches, peut-être comme des...
  
   Guirlandes...
  
   Non, pas guirlandes, des fleurs vivantes, n'est-ce pas, peut-être comme un bush [buisson] de daturas peut-être. Un bush très dense. Et je devais traverser ça et je me suis retrouvé dans mon corps. C'était juste un peu compliqué de...
  
   D'écarter ces feuilles.
  
   D'écarter ces fleurs, c'était très dense, beaucoup de fleurs, 117
  
  118
  
  et je me suis retrouvé tout d'un coup dans mon corps.
  
   C'est étrange!
  
   Oui!
  
   Les fleurs, c'était comme des daturas?
  
   J'avais l'impression - je ne pourrais pas dire, mais c'étaient des fleurs blanches... Pas des roses, pas des choses, comme ça du tout. Je ne pourrais pas dire parce que " je travaillais " un peu pour traverser ça, et en traversant buisson - ce n'était pas un bouquet, c'était un buisson de ces fleurs blanches, peut-être comme des daturas - j"ecartais ces branches. Un buisson plus grand que le buisson qui est ici, c'était comme un écran.
  
   Donc bien dense.
  
   Oui, bien dense, c'était comme un écran.
  
  (silence)
  
   C'est curieux.
  
   Et vous vous êtes retrouvé dans votre corps.
  
   Oui, je rentrais, si tu veux, je rentrais chez moi !
  
   Oui, c'est très curieux, ça.
  
  (silence)
  
   Le premier signe, je comprends, c'était pour vous dire où se situait ce monde, vous comprenez, la première image.
  
   Oui, ça me donnait l'impression de... je ne voyais pour 118
  
  119
  
  tant pas de mouvements mais je voyais... elles étaient là comme un demi-cercle de femmes, ça me donnait, quand je regarde après, la sensation de, oui, danseuses. Elles étaient très belles.
  
   Comme les apsaras.
  
   Oui, et c'est curieux, les souterrains où elle m'a entraîné après étaient plus clairs que la première scène.
  
   (silence)
  
   Peut-être oui, comme tu dis, des apsaras peut-être. Oh ! Je n'avais jamais vu des choses de beauté comme Sa des vêtements si beaux, n'est-ce pas, et l'ensemble c'était beau. Mais c'est surtout ces souterrains, le premier, je lui disais : c'est un abri; tiens, je voyais ça comme un abri. un abri contre les tremblements de terre ou des... un abri. Et puis cet autre endroit, alors c'était bizarre, au centre de cet endroit, il y avait comme une énorme bouche, on voyait des lèvres qui projetaient, n'est-ce pas, et puis un trou, évidemment.
  
   Ce n'était pas une bouche de serpent?
  
   Non-non, ça avait l'air d'une... c'étaient des lèvres.
  
   Des lèvres.
  
   Mais des lèvres minces, qui projetaient, comme ça. Non- non, ça ne donnait pas l'impression d'une bouche de serpent du tout. Vraiment comme une bouche, mais enfin, assez gigantesque. Enfin " gigantesque ", c'était grand.
  
   Plus grand que votre fauteuil?
  
   Ah au moins! Oui plus large que mon fauteuil, oui. Et 119
  
  120
  
  tout de suite comme si elle me disait : n'approchez pas, c'est...
  
   Dangereux.
  
   Et puis moi je disais... " je disais ", ça se passait sans paroles. Je lui ai dit : " Mais ce n'est rien, ça ne me dérange pas. "
  
   Et vous avez commencé à vous approcher.
  
   Ah oui, je me suis approché. Après je n'ai plus de sou- venir, sauf que je me suis retrouvé en train d'écarter ce buisson, et je me suis retrouvé...
  
   Chez vous.
  
   Chez moi. C'est un genre de monde où je ne suis jamais allé, n'est-ce pas. On m'a heureusement protégé des mondes du vital. Mais enfin, ça n'avait pas l'air d'être un vital... c'était un vital de beauté, en tout cas la première scène.
  
   Mais même l'abri dont vous parlez, et même la troisième chambre, tout ça n'est rien du mauvais vital.
  
   Non-non.
  
   Rien de bas.
  
   Non, rien de bas, c'était complètement vide et c'était clair.
  
   Clair, oui.
  
   C'était éclairé, je voyais comme je vois... C'était même, en fait c'était très clair. Tout à fait vide.
  
  121
  
   Sans fenêtre, rien.
  
   Sans fenêtre, rien, mais c'était clair. Non, c'était taillé dans la terre. À quelle profondeur de terre ? Je n'en sais rien, mais enfin c'était taillé dans la terre.
   Non, je ne sais pas si ça a un intérêt, mais je voulais te le dire parce que je n'ai jamais été dans des mondes comme ça.
  
  (silence)
  
   Vous connaissez ces lignes de Sri Aurobindo : " Doors have swung wide in the chambers of pride where the Gods reside and the Apsaras dance in their circles fas- ter and faster". " [Les portes des chambres d'orgueil où les Dieux résident et les Apsaras dansent en leurs cercles toujours plus vifs, se sont grandes ouvertes]. (Riant) Ce n'est pas ça, juste ça m'est venu. Non, je ne sais pas, ça m'intéresse beaucoup, ce que vous avez vu.
  
   Oui, parce qu'aussitôt après cette première scène qui est parlante en soi, n'est-ce pas, tout à coup il y a eu des souterrains... Des souterrains.
  
   Illuminés, propres.
  
   Oui, tout à fait propres, tout à fait vides, tout à fait clairs. Aussi c'était cette même femme qui me conduisait.
  
   Comment était-elle ?
  
   Je ne pourrais pas dire parce que je l'ai vue... Tout d'abord je l'ai vue de dos, et je sentais qu'elle était comme la maî- tresse des... C'était elle qui... Je ne pourrais pas dire, je n'ai pas vraiment vu son visage.
  
   *The Mother of Dreams, Collected Poems, Sri Aurobindo. [N.D.É] 121
  
  122
  
  Ah, quand elle vous conduisait, vous la suiviez plutôt que...
  
   Mais pourtant je n'avais pas l'impression qu'elle était devant moi. J'avais l'impression qu'elle était derrière moi, mais c'était tout de même elle qui me... C'est curieux, je ne la voyais pas devant moi. Devant moi, je ne voyais rien. Mais elle était derrière moi, mais c'est elle qui pourtant m'avait amené là. Non-non, il n'y avait personne devant moi, mais quand elle m'a parlé la deuxième fois, elle était derrière moi aussi. (silence)
  
  5 juin 1997
  
   On se demande comment on fait pour survivre à ces doses grandissantes.
   C'est évidemment une autre Vie.
  
  6 juin 1997
  
  Conversation avec Sujata
  
  Satprem tire un train
  
   Ces visions de la nouvelle conscience sont si étonnantes dans leur exactitude et leur humour.
   Eh bien je tirais un train au galop. Un train, un vrai train. Et alors, j'étais collé contre le premier wagon, et je n'arrêtais pas de me cogner, en courant, de me cogner contre la première cabine qui était là. Alors j'ai dit comme ça au conducteur qui était dans le train (riant) je lui ai dit : " Si
  
  123
  
  je poussais le train derrière au lieu de le tirer, ce serait plus commode ! " Je me cognais contre les... tu comprends, j'étais collé contre le... " Si je me mettais derrière et si je le poussais, ce serait plus commode ! " Il m'a dit : " Non, parce que je ne pourrais plus vous diriger. "
  
   Et pourtant c'était vous qui tiriez.
  
   C'est moi qui tirais. Il m'a dit : " Non, parce que je ne pourrais plus vous diriger. " Si j'étais derrière au bout du train, à pousser! Alors dans ma conscience, c'était un film qu'on faisait. Je ne sais pas, c'était un film. Évidemment un film qui devait avoir un rapport avec moi. Avec moi ou avec quoi ? Mais enfin c'était marrant et puis précis, et puis je me faisais mal au corps et je tirais tout comme ça (rires). Oh! c'était marrant!
   Je sentais mes pattes qui cognaient contre la cabine mais sûrement il devait y avoir des rails.
   " Mais je ne pourrais plus vous diriger. " Il était dans une cabine comme la cabine du conducteur.
   Ce n'était pas un truc avec une cheminée, ou un truc comme ça, c'était comme une place autant que la conscience voyait derrière.
  
   Vous n'avez pas pu voir qui était ce conducteur ?
  
   Non, j'avais l'impression que c'était un Occidental. Il m'a dit ça en français, d'ailleurs. Cette nouvelle conscience, elle a un humour étonnant, et puis c'est précis, c'est pratique.
  
   L'image...
  
   Mâ (riant), quel drôle de truc ! Avoue ! 123
  
  124
  
  8 juin 1997
  
   Conversation avec Sujata
  
   Le Bazar gandhien de l'Inde
  
   Nous sommes quoi aujourd'hui ? Le 8?
  
   Le 8, oui.
  
   8, dimanche ?
  
   Oui.
  
   Voyez, je vous disais je n'aime pas cette période de juin, jusqu'au 14.
  
   Oh, je crois que tout est une mauvaise période, tu sais, sur la terre entière.
  
   Alors...
  
   Ce temple* quand même, c'est très symbolique.
  
   C'est le gouvernement, vous savez, qui dirige.
  
   Mais oui.
  
   Alors qui est à la tête du gouvernement du Tamil Nadu ?
  
   C'est un Lénine - pardon, il s'appelle Stalin **
  
   * Il s'agit très probablement du Brihadeeswara Temple de Than- javur où la veille, le 7 juin, un incendie a causé la mort de 48 personnes et fait plus de 200 blessés. [N.D.É.]
   ** Le fils du chef du gouvernement du Tamil Nadu. [N.D.É.] 124
  
  125
  
   (Riant) Son père est quoi ?
  
   Pauvre Inde.
  
   Le père de Stalin ? Vous vous souvenez, il n'y a pas si longtemps, il y a plusieurs mois de ça, quand même, X avait vu...
  
   Oui, il avait vu le feu dans un temple.
  
   Et il voyait que les pierres mêmes brûlaient, c'était si fort, et il demandait aux passants, ils disaient: "Oh, oh... ce n'est rien. "
  
   C'est ça, ils ne protègent pas leurs propres temples. Ce sont d'infâmes gredins qui sont (Satprem donne un coup de poing sur la table) propriétaires des temples de l'Inde. Mais ils ne toucheront pas aux mosquées, hein !
  
   Ni même aux églises.
  
   Oh non ! C'est un scandale vraiment et une grande peine. Enfin, ma Douce, ça ne peut aller que pire et pire, jusqu'au moment où.
  
   Oui, comme dit Sri Aurobindo, où l'Inde tourne vers...
  
   Oui.
  
   Et redécouvre la spiritualité.
  
   Oui, tout est englouti. Enfin. Bon, ma Douce, tu as vu quelque chose cette nuit ?
  
   Oui, j'ai dormi mieux cette nuit, et puis je ne sais pas, j'ai fait un long rêve, dont je n'ai pas gardé... Regardez la
  
  126
  
  tourterelle, deux, oh il y en a une qui fait son pranam! (Rires)
  
  Oui, c'est charmant, oui.
  
   Alors, oui, je n'ai pas gardé le souvenir du début du tout, sauf que j'ai conscience que c'était avec vous. Comme à mon habitude j'étais pleine d'activités. De tout ça, je n'ai pas de souvenirs du tout. Mais après, vers la fin, j'ai entendu : il y avait le Darshan, donc j'ai monté l'escalier... c'est pour dire que ce n'était pas au rez-de-chaussée: un étage. Et je suis arrivée, c'était une sorte de véranda couverte, pas très large, même pas aussi grande que votre chambre, plus petite. Et très encombrée, très encombrée, c'était plein d'objets ou... parfois dans des shops [boutiques] il y a des petites showcases.
  
   Des vitrines, oui.
  
   Pas comme des armoires, comme des tables, c'était comme ça, plusieurs. Et Mère et Sri Aurobindo devaient être quelque part.
  
   Quelque part...
  
   Oui. En tout cas j'allais faire mon pranam, mais comme j'avais entendu [qu'il y avait le Darshan] et que j'étais arrivée comme ça sans rien, je voulais quand même prendre des fleurs pour offrir. À ce moment, j'ai vu Su- prabha, qui devait y aller, et qui savait-donc elle était préparée et elle avait dans sa main un bouquet, grand comme ça, vous savez les deux mains pleines avec de très belles roses - c'est le surrender*, ces roses. C'était tout rose, très joli. Alors elle m'a donné ça, pour offrir. Bon, je l'ai pris, j'allais, et comme je me suis avancée presque
  
   *Rose Edward ". [N.D.E.]
  
  127
  
  près de l'endroit où Mère et Sri Aurobindo étaient, là, il y a un homme qui est venu, il m'a dit : " Vous ne pouvez pas donner, c'est destiné à elle. " J'ai dit...
  
   Qui, elle?
  
   Parce que c'était Suprabha, n'est-ce pas, c'était à elle : " Vous n'avez pas le droit de prendre ça. " Vous savez qui c'était ?
  
   Non.
  
   Gandhi.
  
   Gandhi, le Mahatma ? Cette espèce de caisse de zinc !
  
   C'était lui, et c'est lui qui dirigeait tout dans cet endroit.
  
   Oui.
  
   Je ne voulais pas faire de scène, alors j'ai donc rendu le bouquet à Suprabha. Et puis quand même, je voulais offrir quelque chose à Mère et Sri Aurobindo. Et à ce moment il y avait Rajabhai, de loin, il m'a fait signe : il y avait contre le mur une vieille armoire vitrée, et c'était ouvert, entrouvert, et il m'a indiqué, j'ai mis ma main dedans et j'ai sorti une rose, un peu vieille encore une rose, mais un peu vieille quoi, elle n'était pas aussi fraîche que celles du bouquet de Suprabha, mais quand même c'était une fleur. Alors cette fois je n'ai rien regardé, j'ai pris, j'ai fait le tour, je suis arrivée où étaient assis Sri Aurobindo et Mère de l'autre côté : il n'y avait pas de place pour que je sois devant, vous comprenez ?
  
   Oui.
  
   Supposez que je viens comme ça (geste) et il y avait Sri
  
  128
  
   Aurobindo et puis Mère ici, et je me suis mise à côté.
  
   Tu ne pouvais pas t'approcher.
  
   Non, pas possible d'aller devant. Mais quand même, ce que j'ai fait : j'avais donc pris cette fleur, je l'ai posée à côté et j'ai fait mon pranam. Et cet homme était toujours là, c'est lui qui dirigeait, il ne voulait pas que je reste, que je fasse quoi que ce soit. Et ce que j'ai fait - il voulait que je m'en aille tout de suite. Rien à faire avec moi, je suis aussi astucieuse que vous voulez, j'ai donc posé ma tête près de Sri Aurobindo - je me demande si c'était Sri Aurobindo, ou si c'étaient seulement les images qui étaient là.
  
   Oui.
  
   Ou des photos. Enfin, pour moi c'était Sri Aurobindo.
  
   Oui, c'était Sri Aurobindo.
  
   J'ai posé et puis, ce que j'ai fait : j'ai fermé les yeux, parce que si je gardais mes yeux ouverts, j'aurais vu et il au- rait pu me diriger. Rien à faire, j'ai posé ma tête à côté de Sri Aurobindo, sur le siège, et j'ai fermé les yeux et je suis rentrée en méditation (Satprem rit). Alors il était là, impatient comme tout, j'ai dit : " Je prends mon temps, je fais ce que je veux. " Et quand j'ai eu fini, je me suis levée et je suis sortie. Et c'était ce Gandhi, M.K. Gandhi, ce Mahatma, qui dirigeait tout ça.
  
   Oui, ce n'est pas un gredin, mais c'est vraiment un faussaire celui-là.
  
   Alors, je ne sais pas ce que ça veut dire. Je n'ai aucune idée de...
  
  129
  
   Eh bien c'est lui qui règne à la place de... c'est, c'est le sommet du Monde. Ce sont les restes de la spiritualité.
   Je l'ai vu ! J'ai passé au moins vingt minutes devant lui, alors je l'ai bien regardé !
  
   Oui.
  
   J'ai vu un tout petit bonhomme malin.
  
   Oui.
  
   Malin, comme un paysan un peu, tu sais, rusé. Et là, là ça me semblait comme du zinc : rien du tout.
   Oh! je les ai vus ces gens, mais ils trompent tout le monde.
  
   En tout cas, ils ne m'ont pas trompée, j'ai...
  
   Oui.
  
   J'ai fait exactement comme je voulais.
  
   Ce tout petit bonhomme. Vraiment, il n'y avait rien, c'est une boîte creuse en zinc, sa tête. Et puis des yeux malins, et rusés. Surtout un petit bonhomme.
  
   Mais oui, oui.
  
   Moi, instinctivement, j'ai toujours compris les êtres.
  
   Mais oui, c'est ce que j'ai vu.
   Vous étiez allé avec Baron* ?
  
   Oui. Oui, ma Douce, le monde est plein de faussaires, n'est-ce pas, dirigé ou par des saltimbanques, des clowns, des stars de cinéma et... Bon. Ben tout ça, ça se culbute, ça s'en va, ça s'en va, c'est tout. Mais on a de la peine pour
  
   * François Baron, ancien gouverneur de Pondichéry. [N.D.É.] 129
  
  130
  
   l'Inde, vraiment, cette dégradation.
  
   Oui.
  
   Bah. Oui, ma Douce.
  
   Voilà, c'était tout.
  
   Et puis Sri Aurobindo et Mère sont perdus dans une espèce de bazar, n'est-ce pas.
  
   Oui.
  
   Derrière des meubles et que sais-je.
  
   Il y avait d'autres gens aussi.
  
   Oui, c'est probablement simplement des images d'Eux qui étaient là, mais toi, tu... avec ton cœur, ces images deviennent vivantes, n'est-ce pas, mais...
  
   Ce n'était même pas au-devant, c'était fourré tout derrière.
  
   Oui, c'était fourré, oui ben...
  
   Alors voilà.
  
   Dans le bazar de l'Inde.
  
   Oui, oui, voilà, le bazar de l'Inde.
  
   Oh, ma Douce! Enfin, on fait ce qu'on peut, on fait tout ce qu'on peut pour que vraiment Ils viennent régner sur cette terre.
  
  131
  
  12 juin 1997
  
  Comme de la foudre pure.
  Comment c'est possible?...
  Mais c'EST POSSIBLE.
  
  15 juin 1997
  
  Conversation avec Sujata
  
  La terre éclatée
  
   Nous sommes aujourd'hui dimanche 15 juin, non?
  
   Oui.
  
   Vous savez, c'est les jours de Gangâ pûjâ.
  
   Ah tiens !
  
   Gangâ pûjâ, vous voyez, on fait le pûjâ [rite d'adoration] de Gangâ.
  
   Oh, avec son bateau (Sujata rit).
  
   C'est mi-éléphant mi...
  
   C'est mi-éléphant mi-poisson.
   C'est Gangâ pûjâ.
  
   Alors on dit: [Sujata parle bengali] c'est-à-dire que si vous prenez un bain de Gangâ [dans le Gange] aujourd'hui, vous aurez dix genres de pâpa [péchés] qui seront balayés, effacés.
  
  132
  
   (Riant) Eh bien écoute, il y a des milliers de genres!
  
   (Riant) Il y a dix genres de... voilà, c'est amusant, non?
  
   Oui, ma Douce, c'est gentil.
  
   [Sujata lit quelque chose en bengali], etc., etc.
   C'était pour vous amuser.
  
   Ah! ma Douce.
  
   Vous n'avez rien vu cette nuit ?
  
   Non, ma Douce.
  
   Dormi, reposé ?
  
   Je ne sais pas.
  
   Moi, la première partie j'ai dormi, je ne sais pas ce que j'ai vu, c'est complètement effacé. Après je me suis réveillée, je crois que j'ai vu [qu'il était] deux heures. Après je me suis rendormie jusqu'à vers quatre heures. Et j'ai fait un rêve pendant deux heures de temps, presque, voyez, c'est long!
  
   Oui, oh oui.
  
   C'est censé être un même rêve, mais je ne saurais pas dire, parce qu'il y avait beaucoup de choses là-dedans. Mais le début, qui m'est resté, je l'ai trouvé intéressant et je voulais vous le raconter. Je me trouvais dans une voiture, peut-être une jeep ou quoi, je ne saurais pas dire, qui allait - la route, c'était un peu une route rurale, pas asphaltée, rien de tout ça.
  
   Dans les villages, oui.
  
  133
  
  Des villages, oui, un peu rouge, rose, c'était un peu comme ça. Ça allait et ce n'était pas une large route. La voiture pouvait juste passer, et puis je ne sais pour quelle raison, elle s'est arrêtée un peu - pendant que ça marchait, nous sommes arrivés à un endroit où, à ma gauche j'ai aperçu une sorte de building. Et de là il y avait une toute petite porte qui s'ouvrait. Entre la route et la maison, il y avait comme une petite pelouse ou quoi, vous savez? Je ne dirais pas courtyard [une cour], mais c'était comme un patio ou quoi playground [cour de récréation, terrain de jeu] voilà, comme un petit playground. Et de cette porte, de la maison, sortait une quantité d'enfants, c'était leur heure de récréation et ils venaient... Il y en avait beaucoup, assez souriants, riant comme ça, et ils venaient-venaient-venaient. Et je ne sais pas pour quelle raison, la voiture s'est arrêtée là. Et à mon côté il y avait Amita.
  
   Amita... Oui il me semble que... oui, je connais.
  
   Alors, c'est à elle que je disais : " Regarde, c'est une école. "
  
   Elle est professeur, je crois ?
  
   Oui, elle est professeur et puis monitrice de physical education [éducation physique], etc. Enfin, elle est très douée.
  
   Oui.
  
   Elle connaît bien les langues aussi, n'est-ce pas. Enfin, je ne sais pas, je ne pense pas à elle du tout.
  
   Oui.
  
   Mais c'était elle.
  
  134
  
   Elle est symbolique d'un certain monde, oui.
  
   Et vous savez qui conduisait la voiture ? C'était Kalyan-da.
  
   Kalyan-da! C'était un ami de qui? De Dilip ? Ce n'est pas ça ?
  
   C'était de la famille de Dilip.
  
   C'était de la famille... j'avais une vague impression d'un homme gentil.
  
   Oh oui ! Oui, je le trouvais très gentil. Enfin, il est parti depuis longtemps de l'autre côté.
  
   Oui.
  
   Amita est là, mais je ne sais pas, voilà. C'est Kalyan-da qui conduisait la jeep, moi je me trouvais derrière et Amita près de moi. On s'est arrêtés et tout d'un coup j'ai dit : " Mais regarde. " Parce que cette pelouse, ce champ (je ne sais pas comment l'appeler), comme un playground : il y avait des murs. Surtout devant nous il y avait un mur qui ne barrait pas le chemin, le chemin continuait, mais c'était le compound [enceinte] de l'école. J'ai dit : " Mais comment, mais regardez, c'est très curieux, on dirait que la végétation est en train de gagner. " Végétation, ça veut dire tout vert, n'est-ce pas. Et puis ça m'a paru un peu drôle, d'abord je voyais un bout de mur, comme si c'était cassé, et que la végétation rentrait par là. Et après j'ai dit : " Mais ça... ! " Tout devenait vert ! Vous comprenez, l'herbe, tout ça, ça deve- nait plein de buissons, etc., des arbres, des buissons ou comme ça. La végétation a gagné, et les enfants avaient complètement disparu sous cette végétation. Et tout d'un coup, comme si la terre éclatait.
  
  135
  
   Oui.
  
   La terre a éclaté et j'ai vu comme un courant d'eau, et un peu de roches. Le courant d'eau : l'eau était très bleue - pas bleu foncé, mais bleu clair.
  
   La terre a éclaté.
  
   La terre a éclaté.
  
   Oui.
  
   Et l'eau était très claire, bleue, je dirais.
  
   C'était comme un torrent? C'était comme un ruisseau ?
  
   Comme un ruisseau. Comme un ruisseau, mais assez fort, l'eau passait assez fort. Ce n'était pas tout droit, c'était " lézardé ", n'est-ce pas.
  
   La terre...
  
   La terre, quand ça a éclaté, ça n'a pas éclaté en une ligne droite.
  
   Oui, bien sûr.
  
   Ça a éclaté...
  
   Et le petit... le torrent ou le...
  
   Ça a continué, je ne sais pas d'où venait l'eau et où passait l'eau.
  
   Oui, eh bien, c'est la Terre nouvelle.
  
   Les enfants : pas de signe du tout, tous disparus.
  
  136
  
   Oui, ils avaient disparu sous la végé...
   Oui, c'est la Terre nouvelle, quoi. C'est intéressant, c'est un bon signe. La terre éclatée, n'est-ce pas, et cette végétation qui pousse, et l'eau, de l'eau claire qui... Ce n'est pas à un endroit particulier, tu comprends.
  
   En tout cas, je n'ai jamais vu cet endroit.
  
   Oui, bien sûr, c'est un symbole de la Terre.
  
   Oui, oui.
  
   Eh bien, c'est bon, la terre a éclaté, c'est ça, n'est-ce pas.
  
   Et je voyais des pierres.
  
   Oui, des rocs.
  
   Des rocs, oui, des rocs.
  
  (silence)
  
   Kalyan s'occupait de quoi ?
  
   Je ne sais pas ce qu'il faisait, mais à la fin il s'était acheté une petite farm [ferme] et il cultivait des choses.
  
   Oh, il cultivait des choses.
  
   Oui.
  
   A Pondichéry, il avait acheté ce farm? Oui ?
  
   Lui-même il habitait devant le Ganapati temple, au coin.
  
   Bien, ma Douce, je crois que c'est un... oui, espérons, attendons, cette terre éclatée, c'est ça, n'est-ce pas, il y a
  
  137
  
  réellement quelque chose qui doit éclater dans la terre.
  
   Mais je ne sais pas pourquoi j'étais avec Kalyan-da et Amita.
  
   L'une s'intéresse aux enfants, à l'éducation, c'est-à-dire quoi : au monde qui pousse, aux êtres qui poussent.
  
   Ah !
  
   Un monde jeune qui pousse. Et lui s'intéressait à la culture, à la nature. Ils sont symboliques de... C'est pour t'indiquer peut-être le genre de monde qui...
  
   Qui éclate.
  
   Bon.
  
   Et puis, ça continue. Alors Kalyan-da, lui, il était des- cendu, il regardait, et il a lancé la clef à Amita.
  
   La clef de ?
  
   De la voiture à Amita, en lui disant de faire marcher, d'avancer parce que l'eau gagnait, ça arrivait sur la route et il y avait déjà des flaques d'eau, alors il disait de faire vite. Elle, elle a pris la clef, mais elle ne savait pas comment faire fonctionner. Alors moi, j'étais un spectateur là-dedans, vous comprenez.
  
   Oui.
  
   Un témoin, si vous voulez. Elle ne savait pas, alors fi- nalement il est rentré, il a fait marcher la voiture, et on a pu traverser la flaque d'eau - les flaques d'eau, il y en avait déjà plusieurs. Et je ne sais pas pourquoi - il y avait donc ce mur.
  
  138
  
   Devant cet endroit, oui.
  
   Non, devant cet endroit, c'était nous, sur la route.
  
   Oui, mais il y avait un mur devant.
  
   Devant nous.
  
   Pas " devant nous " : tu m'as parlé d'un mur qui entourait le compound, ou le playground.
  
   Oui, pas complètement, parce que de notre côté c'était tout libre. On avait la vue...
  
   Alors? Tu dis : ce mur.
  
   Ce mur qui se trouvait devant nous, quoi.
  
   Oui, pas barrant la route?
  
   Non, ça ne barrait pas la route.
  
   C'est ça, oui.
  
   Mais [c'était] comme s'il y avait une sorte d'arche, vous savez, ce mur devait continuer où il y avait une sorte d'arche qui séparait ce compound avec le reste, probablement. Alors, quand même on a traversé, on est passés par cette arche.
  
   Ça débordait sur la route?
  
   Oui.
  
   Et alors?
  
   Je ne sais pas si cette route faisait partie de l'école. Nous
  
  139
  
  sommes donc partis et il y a eu toutes sortes d'aventures après.
  
  (pause)
  
   Et puis on est repartis et on est arrivés [dans] je ne sais pas quel endroit où on faisait des réceptions ou quoi, je ne saurais pas vous dire. Enfin, il y avait toutes sortes de choses, puis on est rentrés et à ce moment vous étiez là, avec moi.
  
   Réceptions, tu veux dire, c'était quoi, dans quel endroit ?
  
   Dans cette grande salle, dans un building ou je ne sais pas, c'était quelque part et il y avait une réception, les gens entraient, et nous compris. Vous et moi, nous sommes entrés. Je ne sais pas ce qui est arrivé à Kalyan-da et Amita... disparus.
  
   Oui.
  
   Nous sommes entrés, c'était évidemment le soir parce que c'était plein de lumières électriques, et il y avait surtout des Occidentaux, des femmes, des hommes. Et sur- tout... comment dire ? Oui, à un moment donné, il y avait une femme avec une petite fille, jeune fille. Et je ne sais pas ce qui s'est passé, la maman a dû la gronder, alors j'ai pris la petite contre mon cœur, je lui ai dit : " Non, c'est très joyeux ", ceci, cela. Après je l'ai laissée, elle est partie avec sa mère. Mais la plupart étaient des gens entre vingt et trente ans. Et certains entraient- qui étaient arrivés après, et il y avait une femme, très belle, qui devait avoir... jeune, je dirais, c'est-à-dire au maximum vingt-cinq ans. Si douce, vraiment une belle femme. Et elle m'a fait un sourire, comme si elle me connaissait-moi, je ne la connaissais pas, elle m'a fait un sourire si doux et chaleureux. J'étais tout étonnée. 139
  
  140
  
   Et c'était une grande dame, de la haute société, qui passait, et moi là-dedans (rires): rustique! (Rires)
  
   Tu sortais de ton village!
  
   Tout à fait. Et puis comment j'étais arrivée avec toutes ces aventures, dans quelles conditions, mes vêtements... enfin.
  
   (Dans son rêve Sujata va prendre une douche tout
  en se demandant où est passé Satprem, lequel, de
  nouveau près d'elle, lui dit :)
  
   ... qu'elle (" elle": j'ai compris qu'il s'agissait de cette femme, n'est-ce pas) s'est mise sur le shell [l'obus].
  
   Shell?
  
   Vous savez dans un canon, il y a des shells.
  
   Oui.
  
   Dans un canon.
  
   Oui, sur le fût d'un canon.
  
   Sur le ?
  
   Le fût.
  
   Non-non.
  
   À l'intérieur du canon?
  
   Non-non, le shell, la chose qu'on projetait.
  
   L'obus.
  
  141
  
   L'obus. Oui, mais vous avez utilisé le mot shell peut-être pour que je comprenne, et " elle s'est mise sur le shell ". J'ai " éclaté " de chagrin, comme si elle faisait un grand sacrifice. Vous étiez très sérieux, n'est-ce pas, mais c'était moi qui éclatais en sanglots et... Je me suis mise contre votre poitrine, je me vois encore, je pleurais-pleurais et vous me caressiez le dos, vous passiez votre main sur mon dos et vous avez dit : " Elle t'aimait beaucoup. "
  
  (silence)
  
   Elle s'est fait sauter.
  
   C'est quelqu'un qui l'a fait sauter, n'est-ce pas.
  
   Ah ! quelqu'un ?
  
   Quelqu'un, oui, parce que... elle a fait ce sacrifice pour sauver d'autres... Parce que cette personne, une sorte de dictateur ou quoi, je ne sais pas. C'était ça, un peu dans la conscience: ce n'est pas qu'elle s'est suicidée pour rien du tout, non. C'est que celui qui régnait, ou son mari ou le Lord of the castle [Seigneur du château]... je ne sais pas qui, mais quelqu'un qui voulait faire du mal aux autres et pour les sauver, c'est elle qui s'est mise, c'est elle qui a pris tout le... vous comprenez ?
  
   Oui.
   C'était occidental ?
  
   Oui, et j'ai cru comprendre que c'était cette belle femme que j'avais vue, si belle.
  
   Et qui t'aimait beaucoup.
  
   C'est vous qui m'aviez dit je ne la connaissais pas, même, je ne l'ai pas reconnue, j'ai vu qu'elle était très belle. Mais elle m'avait fait un sourire si charmant ! 141
  
  142
  
   C'est une beauté intérieure. Eh bien je ne sais pas, ma Douce, c'est mystérieux.
  
   Comme si intérieurement moi je l'avais beaucoup aimée aussi, sans savoir, rien, dès que vous m'avez dit : " Elle s'est mise sur le shell. "
  
   Sur l'explosif.
  
   Shell, c'est le mot que vous avez utilisé. Ça m'est resté. Alors j'ai éclaté en sanglots, et j'ai mis ma tête contre votre poitrine et vous m'avez enlacée avec un bras, et l'autre vous le passiez sur mon dos. Evidemment vous aussi vous étiez très ému. Mais vous m'avez dit : " Elle t'a beaucoup aimée " ou " Elle t'aimait beaucoup ", j'ai oublié maintenant.
  
   Eh bien je ne sais pas.
  
   Voilà, c'était très bizarre et ça m'a laissée fatiguée.
  
   Ça t'a laissée fatiguée, bien sûr. On ne sait pas qui peut être cette personne.
  
   Ou est-ce que ça représente quelque chose, elle représentait quelque chose, peut-être ?
  
   Oui, mais qui ? Quoi ? c'est quelque chose qui était dans la lumière, évidemment.
  
   Oui, très fraîche. Très frais, son visage : jeune, beau, n'est-ce pas. Elle était un peu plus grande que moi, mais pas grosse du tout. Non, et de forme et de... tout!
  
   Mais bien sûr, quand il y a la beauté intérieure, tout est beau. Eh bien, je ne sais pas ce que ça peut être, ma Douce. Mais le début de ta vision, je le trouve intéressant : la terre 142
  
  143
  
   éclate, explose, tu as dit : " éclate ".
  
   Éclate.
  
   Ça, ça me semble...
  
   Et ça se lézardait sous mes yeux, hein ! Et puis la végé- tation, j'ai dit : ça avance, c'est curieux, ça avance.
  
   Oui, c'est la nouvelle création ou la Terre nouvelle. Le reste, mon dieu, je ne sais pas, dans ces choses on passe d'une scène à l'autre et...
  
   Oui.
  
   D'un monde à l'autre. Eh bien cette femme, mon Dieu, on comprendra peut-être. Peut-être qu'on comprendra.
  
  (silence)
  
   Oui, ça t'a laissée fatiguée. Oui, il y a beaucoup de choses secouantes.
   Il y a beaucoup de choses secouantes.
  
   En ce moment.
  
   Oh! en ce moment, je ne sais pas, de plus en plus, en tout cas. C'est un long moment, et de plus en plus.
  
  (silence)
  
   Et à un moment donné, il y a eu Nolini-da qui m'a dé- cerné un prix.
  
   Pfft! (Riant) Un prix de sagesse ?
  
   Mais oui ! 143
  
  144
  
   Ah oui !
  
   Figurez-vous, de Saraswati ! Il disait que c'était de Saraswati.
  
   Bon, eh bien, il a un peu d'intelligence de l'autre côté. (Rires)
  
   Non, je dois avouer qu'avec moi il a toujours été...
  
   Oui, oui, bien sûr.
  
   Il m'a connue longtemps et il a toujours été...
  
   Oui, il a toujours été... il a compris quand même que tu n'étais pas comme tous les autres.
  
   Non... plusieurs fois, comme ça, il m'a dit des choses qu'il n'aurait pas dites aux autres, je crois, et puis chaque fois, s'il avait besoin de quelque chose, c'est lui-même qui venait me voir dans mon laboratoire, il ne me faisait pas appeler.
  
   (Riant) Certainement, il y a quelque chose dans... c'est un homme quand même qui avait...
  
   Un certain âge.
  
   Qui avait un certain âge et une sensibilité intérieure, n'est-ce pas, qui a été complètement bouleversée par la suite. Alors il devait bien sentir que là, il y avait un enfant de Mère, n'est-ce pas.
  
   Non, ce qui est resté dans mon coeur, je dois dire, c'est ma
  
   * Saraswati représente l'aspect de Connaissance, de créativité artistique et de perfection dans le travail de la Mère universelle. [N.D.É.]
  
  145
  
   dernière visite, quand je suis allée pour alerter Auroville. Le government takeover [prise de contrôle du gouvernement], vous vous souvenez, vous m'aviez envoyée ?
  
   Oui.
  
   J'y suis allée, alors à ce moment-là Ranjun-da a organisé, arrangé pour que j'aille voir son père qui était encore là. Nolini-da, il ne bougeait pas, il restait dans son lit, Ranjun-da m'a amenée et Nolini-da ne voyait plus bien, je crois qu'il ne voyait plus rien. Il était assis dans son lit, Ranjun-da m'a amenée, disant : " Baba, Sujata est venue ", " Sujata, notre Sujata ? " Alors ce " notre Sujata " tout d'un coup, ça m'est resté, vous voyez.
  
   " Mais oui, il y a son âme qui devait comprendre... Qui devait comprendre. Ces pauvres hommes ballottés...
  
   Oui.
  
   Poh! Mâ.
  
   Alors voilà, je m'excuse de la quantité...
  
   Non-non.
  
   Mais c'était la première scène.
  
   Oui, c'est la première scène qui m'a intéressé. La dernière avec cette femme qui se sacrifie, je ne sais pas.
  
   Oui, elle se sacrifiait.
  
   Ça, je ne sais pas.
  
   Pour protéger les autres.
  
  146
  
  A Peut-être qu'on comprendra un jour.
  
  16 juin 1997
  
  Fin de la dernière révision de Savitri, Livre II.
  
  18 juin 1997
  
  Ma Douce : " La vie passe. "
  
  *
  
  En 1940, je m'embarquais à bord du " De Grasse " pour " continuer la lutte ". On continue.
  
  *
  
  Conversation avec Sujata
  
  L'arbre noir coupé
  
   Oui, j'ai vu quelque chose ce matin, très bref, comme ces images de la nouvelle conscience qui veulent dire quelque chose dans le sens - on ne sait pas quoi, souvent.
  
   Enigmatique.
  
   Oui, mais c'est très simple, très bref. J'étais comme au- trefois quand j'allais me promener, je m'asseyais à un coin, au bord de la vallée, là, au-dessus des champs de thé.
  
   Oui, vallée tranquille.
  
   Oui, c'était peut-être un endroit comme ça, parce que
  
  147
  
  j'étais assis, et il y avait comme un arbre, pas un grand arbre, mais noir, qui bouchait ma vue, et puis il y a un homme qui est venu avec une scie, qui a coupé (ce n'était pas un gros arbre) cet arbre avec une scie et j'ai vu il n'y avait pas de feuilles d'ailleurs, je ne voyais pas de feuilles, c'est ça, c'était un maigre... un peu comme les aloès ici.
  
   Oh!
  
   Je ne sais pas ce que c'était. Ce n'était pas plus gros... ça n'avait pas plus de quinze centimètres de diamètre.
  
   Oui, dix ou quinze centimètres.
  
   Oui, quinze centimètres, noir. Il l'a coupé et j'ai senti un soulagement d'avoir ma vue dégagée, j'aime voir loin, n'est-ce pas. Seulement, il restait un gros tronc noir qui arrivait plus bas que ma vue. Je me disais : ça aussi, il faudrait que ça s'en aille. Un gros tronc, alors celui-là, au moins cinquante centimètres de diamètre.
   C'était très clair : j'ai vu cet homme, le tronc qui s'est abattu, et ça m'a soulagé, je te dis, je pouvais regarder loin devant moi, mais il restait ce gros tronc. Ça ne gênait pas ma vue, mais c'était là devant, juste... Tout ça c'était comme au bord, tu sais, ces petits sentiers où j'allais m'asseoir. Je dis comme parce que je n'en sais rien. Et il restait cette grosse souche, cette grosse... c'était tout noir.
  
   Et l'homme, c'était un ouvrier?
  
   C'était comme un ouvrier, oui, tu sais, comme un...
  
   Local.
  
   Comme un ouvrier local, je le voyais de dos simplement, tu comprends, il sciait son truc.
   Alors je ne sais pas qui, quoi, ce que représente cet arbre, 147
  
  148
  
  mais il restait tout de même cette grosse souche noire.
   Voilà, c'est tout.
   C'est évidemment des choses de la nouvelle conscience parce que c'est bref, c'est telling [parlant, marquant], n'est-ce pas, mais on ne sait pas ce que c'est. C'est peut-être quelconque qui est, ou quoi ? Généralement un arbre c'est un être.
  
   Oui.
  
   Mais c'était noir, et j'étais soulagé quand j'ai vu le tronc principal, qui était maigre, d'ailleurs, très droit, mais maigre, qui est tombé, alors là ! Ah! je pouvais regarder.
  
   Oui, mais ça ne devait pas être à plus de deux mètres de vous, parce que...?
  
   Ah oui, c'était tout près comme au bord d'un de ces pe- tits sentiers, tu sais, je m'asseyais sur un de ces murets. Il y a des champs de thé qui montent, n'est-ce pas, il y a un muret, je m'asseyais d'habitude comme ça, au bord du petit chemin, et puis c'était à quoi ? À un mètre devant moi, deux mètres, même pas.
  
   Oui, le sentier a un mètre.
  
   Et c'est tombé dans le champ de thé plus bas. C'était à flanc de colline. C'est tout.
  
   Je ne sais pas, on verra.
  
   Oui, on verra, ma Douce. Quelquefois je note dans mes " bouts de visions ", n'est-ce pas, des choses comme ça, et puis après on dit : " Ah! mais c'est ça que ça veut dire ? " C'est un peu après ou plus tard qu'on comprend.
  
   Nous sommes le 18? 148
  
  149
  
   Oui.
  
   18 juin.
  
   Oui. Tiens, c'est le jour où de Gaulle appelait les Français à continuer la lutte.
  
   Le 18.
  
   Oui, et moi je partais à bord du " De Grasse ".
  
   Et puis ça a fait demi-tour.
  
   Ça a fait demi-tour à Bordeaux.
   Oh! Les Français qui étaient là-dedans, mon Dieu ! Enfin, il vaut mieux ne rien dire.
  
  21 juin 1997
  
   Hier soir, je me suis souvenu de Mère : " c'est pire que de mourir ".
   On traverse une mort détaillée, innombrable pourrait-on dire*, tout en vivant.
   Il n'y a pas de crainte, pas d'angoisse, aucun sentiment, seulement une espèce d'impossibilité qui se vit... très dou- loureusement, seconde par seconde.
  
   * Ce n'est pas un " point " du corps qui est atteint ou " malade " et qui meurt, c'est tout qui vit sa mort, ou la mort.
   D'ailleurs, " mort " ne veut rien dire, c'est " quelque chose " à survivre. Mais tout au fond et ABSOLUMENT le corps sait que c'est Toi, un cataclysme Divin. 149
  
  150
  
  24 juin 1997
  
   Ce matin, X disait qu'il faisait la traduction de l'Agenda 69-l'année de la nouvelle Conscience. Et je remarquais: c'est si loin... comme une vie antérieure. Sujata a dit : oui, c'est comme la civilisation de Harappa... Et c'est si vrai ! J'ai dit : ce n'est pas une " vie antérieure ", c'est comme une " vie originelle "...
   Mais dans le cœur et dans l'âme, Elle nous manque tellement.
  
  Soir
  
   Je crois avoir trouvé la " formule ", terrible formule. C'est la plus écrasante et la moins déchirante. Le mouvement long qui vient frapper la base de la colonne vertébrale et rebondit. C'est un peu terrible à supporter, mais c'est ce qui semble le plus " juste " dans ce chaos (le plus juste ou le plus " favorable ").
   Cela suppose que le " mécanicien du corps " abandonne tout à fait son anatomie ou sa symétrie... C'est-à-dire qu'il croit davantage en la " fluidité " en dépit de l'écrasement. C'est la " mécanicité " qui est la plus difficile à abandonner. Dès qu'on " mécanise ", c'est le système mortel.
   Peut-être qu'un jour, ça ne " rebondira " plus - alors ce sera fait. Le trou complet - mais cela ne peut être que toute la Terre ( ! ).
   Ce sera la fin de la Mécanique.
  
   25 juin 1997
  
   On voudrait n'avoir plus d'attachement, pour rien ni per- sonne - être simplement comme du Large lisse.
  
   *La civilisation de Harappa ou de la Vallée de l'Indus s'épanouit dans la région nord du sous-continent indien entre environ 7000 et 6000 avant notre ère. [N.D.É.]
  
  151
  
  Il y a un être de Douleur si vieille en moi*.
  
  *
  
   J'aimerais bien disparaître dans la Lumière, mais il faut se battre pour que cette Douleur change- la Douleur du monde.
   Alors j'aurai fini ma tâche.
  
  *
  
  Soir
  
   La " formule " d'hier.....
   Toute formule mécanise, et on ne peut pas mécaniser le chaos-ni le " formuler ".
   On peut seulement tra-ver-ser.
  
  *
  
   Dès qu'on s'aperçoit qu'un mouvement est " meilleur ", il cesse instantanément d'être meilleur.
  
  28 juin 1997
  
   Mon âme a constamment envie de pleurer.
   Je comprends bien que si je Les voyais, je ne pourrais plus rester, je disparaîtrais là à tout jamais. Et le Travail ne serait pas fait.
  
   *J'ai toujours instinctivement détesté le christianisme, cette religion de la douleur, de la mort et du péché.
   En fait, j'ai toujours été un " païen " instinctif-mais au large. Les prisons sont des prisons-bonnes ou mauvaises.
   Il n'y a pas de doute que le système humain est une Prison. 151
  
  152
  
  29 juin 1997
  
  Conversation avec Sujata
  
  Sri Aurobindo à Satprem:
  Il faut attendre le signe
  
   Nous sommes le 29?
  
   29, oui.
  
   29 juin. Alors, qu'est-ce que mon Dhoum a vécu cette nuit ?
  
   Ah! Vécu! (Rires)
   Je peux dire que je n'ai pour ainsi dire pas dormi cette nuit. Je suis fatigué. Mais enfin j'ai dû avoir un moment de sommeil, parce que j'ai eu une très brève vision, qui m'a réveillé tout de suite, d'ailleurs. Je me débattais sur une mer noire, dans la nuit, avec comme un vent de tempête, je ne voyais rien, bien sûr. Pourtant j'avais surtout la sensation d'une mer tout à fait hachée. Tu sais, ce ne sont pas des vagues qui déferlent, mais c'est une mer hachée et là-dedans c'est très difficile de nager, encore plus difficile que dans une mer de tempête, tu comprends? Quand la mer est tout à fait hachée, tu ne peux pas faire deux mouvements, un mouvement sans avaler de l'eau, sans avaler ces vagues hachées. Enfin j'avais la sensation que j'étais en train de me noyer. Il y avait un grondement de vent. Alors j'avais la sensation, aussi, qu'il y avait d'autres gens qui se débattaient, mais qui étaient dispersés, qui n'étaient pas immédiatement à côté de moi, n'est-ce pas, je ne voyais gens comme ça. Peut-être isolés... en tout cas pas à côté de rien d'ailleurs, mais j'avais la sensation qu'il y avait d'autres moi, immédiatement.
  
  153
  
   Et même entre eux ?
  
   Je ne voyais rien du tout, je ne voyais rien, j'avais simple- ment la sensation qu'il y avait d'autres gens, pas nombreux, mais un certain nombre, qui se débattaient aussi.
   Et puis, à ce moment-là, j'ai entendu une voix...
  
  (silence)
  
   Une voix que vous connaissez ?
  
   Oh oui ! Si (Satprem est pris d'émotion) tranquille, comme la voix de Sri Aurobindo, qui disait simplement : " Il faut attendre le signe. " Comme si je tentais d'aller vers une côte, quelque part par là-bas, n'est-ce pas, je tentais, je tentais. Et c'était une voix au-dessus de moi et un peu derrière, sa voix tranquille, tu sais, cette voix merveilleuse, cette puissance tranquille : " Il faut attendre le signe. "
  
  (silence)
  
   Évidemment on était bien près de se noyer, je dis " on " n'est-ce pas, mais c'est comme s'il s'adressait à moi. Mais je comprenais très bien que je n'étais pas seul, que je n'étais pas seul, qu'il y avait d'autres gens.
   Oh ! cette voix de Sri Aurobindo, si... Suprême !
  
  (silence)
  
   Voilà, c'est tout.
  
   Est-ce que vous saviez ce que serait le signe ?
  
   Ah, aucune idée. Aucune. C'est Lui qui disait ça, donc il y aura un signe, il y aura un signe à un moment. Il ne va pas nous laisser couler. Mais il faut se débattre évidemment.
  
  154
  
   Il disait de ne pas se débattre comme ça.
  
   Non, non. Il disait simplement ce que je t'ai dit.
  
   Oui, il faut attendre.
  
   Il faut attendre, c'est-à-dire qu'il faut se débattre, continuer.
  
   Oh! Oh!
  
   Il faut se débattre, quoi. Autrement, si on ne se débat pas, on se noie. Et il faut attendre, donc il faut se battre et se débattre.
  
   Oh...
  
   C'est-à-dire qu'on nous met dans cette situation-là pour... jusqu'au moment où. Il voit bien comment on se débat, quoi.
  
   (Riant) Et dans quelles conditions.
  
   Ah oui, c'était la nuit, une mer noire, la nuit, et comme un vent de tempête.
  
   C'est l'état du monde.
  
   Eh bien oui, tout à fait. Mais il faut attendre, eh bien, ce n'est pas facile d'attendre comme ça.
  
   Oh! J'avais compris que puisque vous vous débattiez comme ça, qu'il disait qu'il faut rester tranquille.
  
   Mais, tranquille, comment veux-tu être tranquille dans une tempête ? Il faut tenir le coup. C'est ça : hold on! Il faut attendre.
  
  155
  
   Hold on and hold out [accrochez-vous et tenez bon].
  
   En fait c'était pour me donner du courage, quoi. Il voyait, Il savait la situation... périlleuse, on peut dire.
  
   Mais depuis quelques jours vous étiez très... vous avez utilisé le mot " las ".
  
   Oui. Vous étiez très las.
  
   Oui, oui c'est vrai, je suis très las. Mon corps est très las, et peut-être aussi mon cœur, un peu. Voilà, eh bien tu vois, c'est ça qui est si réconfortant, Il est là, Il veille, Il sait.
  
   Oh! Il sait certainement.
  
   Eh bien oui !
  
   Il veille, Il avertit.
  
   Oui, c'est ça, ça fait du bien de le savoir, on le sait sans le savoir.
  
   Oui.
  
   Voilà, ma Douce. 155
  
  Июль
  
  159
  
  2 juillet 1997
  
   Maintenant ils préparent des " bombes génétiques " - tous les démons sont là.
   Ça doit dis-pa-raître.
  
  4 juillet 1997
  
   Ce petit point dans Tes infinitudes.
   Mais qui peut T'aimer.
  
  7 juillet 1997 nuit
  
   Dans le tout premier sommeil, vers dix heures ou dix heures trente, j'ai vu Sri Aurobindo, le grand Sri Aurobindo, debout, marchant, DEHORS, il allait " quelque part ". Je me trouvais sur son passage, et il a pris mes mains, mes deux mains, et il m'a regardé - je pleurais, pleurais, pleu- rais toutes les larmes de mon corps et de mon âme. Ses mains étaient si douces (" soft ", dirait Sujata), et bizarre- ment, elles tremblaient ! (Après, j'ai cru comprendre que c'étaient mes propres mains qui devaient trembler* !)
   Il était DEHORS, sorti...
   Après, quand j'ai ouvert les yeux, j'ai senti une grande RASSURANCE- pour le Travail, pour le But, pour l'Avenir.
   7.7.97.
   C'était LE SEIGNEUR.
  
   * Ou bien était-ce la vibration qu'Il passait dans mon corps ? Ce n'était pas un " tremblement ", c'était plutôt un mouvement balançant de haut en bas, assez régulier ou rythmique- en fait. Ce n'était pas du tout comme un mouvement " saccadé ".
  
  160
  
  8 juillet 1997
  
   Depuis hier, j'ai repris ce " mouvement long ", un peu terrible mais moins déchirant (que j'avais repris et aban- donné le 21 juin.)
  
  Conversation avec Sujata
  
  Sri Aurobindo marche dehors;
  prend les mains de Satprem
  
   Nous sommes le 8 juillet aujourd'hui ?
  
   Oui. Qu'est-ce que vous avez vu cette nuit, donc la nuit du 7 au 8 ?
  
   Le 7 en fait.
  
   Ah! c'était avant minuit ?
  
   Oh oui !
  
   Oh, dans le premier sommeil ?
  
   Tout à fait, oui, après j'ai regardé, il n'était pas encore onze heures. C'est-à-dire que c'est vers dix heures et demie du soir que j'ai dû voir ça. Dans le tout premier sommeil.
   C'est difficile à raconter parce que je suis plein d'émotion. Mais j'ai vu Sri Aurobindo dehors, MARCHANT. Et puis, je ne sais pas, je me trouvais là sur son passage. Il allait quelque part. Il est venu et (Satprem ne peut plus parler et sanglote) Il 160
  
  161
  
   m'a pris les mains. Et Il m'a regardé et je pleurais, pleurais, tout mon être pleurait.
  
   C'est la terre qui pleurait?
  
   Et ses mains, je me suis souvenu, c'était si doux, je me suis souvenu, tu me disais : quand tu mettais ta tête sur ses pieds quand tu étais petite, c'était tout soft [doux].
  
   Oh oui !
  
   Eh bien c'était soft comme ça. Et étrangement ses mains tremblaient, alors j'ai trouvé... Quand je me suis réveillé, j'ai pensé que c'était moi-même qui tremblais, n'est-ce pas.
  
   Oui, oui.
  
   Et il m'a tenu les... c'est Lui, comme ça, il a pris mes deux mains.
   Quand je le voyais, quand j'ai vu quelquefois, les rares fois, Sri Aurobindo c'était chez lui, c'était chez lui dans sa chambre de la terre. C'était chez lui, n'est-ce pas, et là, il était dehors et il marchait.
  
   Et où ?
  
   Je ne pourrais dire aucun lieu, sauf qu'il était sorti et qu'il allait, il marchait, il allait quelque part.
  
   Il marchait dehors, oh! mais c'est rare.
  
   Oui, c'est ça qui m'a... après, quand je suis resté long- temps à regarder ça. Alors c'était comme si, après, quand je me suis réveillé, c'était comme si tout était rassuré, le travail, le but, l'avenir, comme si tout était rassuré.
  
  (silence)
  
  162
  
   Je me souviens, plusieurs fois tu m'as dit, surtout ces derniers temps: il faut Sri Aurobindo, il faut que ce soit Sri Aurobindo qui vienne... tu as dit ça plusieurs fois ces temps derniers, il faut qu'il vienne, Lui.
  
   Je n'oublie jamais mon but principal, vous savez, fon- damental: il faut que ce soit Sri Aurobindo qui règne.
  
   Oui, c'est ça.
  
   Presque, je dirais, l'Inde, c'est accessoire pour moi.
  
   Oui, oui.
  
   Mais il faut qu'il y ait un endroit.
  
   C'est ça, oui, il faut qu'il y ait un endroit, au moins un centre symbolique.
  
   Oui, et comme Sri Aurobindo n'a pas cessé de dire que c'est l'Inde qui a cette... dans son être intérieur, elle a cette possibilité, n'est-ce pas.
  
   Eh bien, tu vois, je ne sais pas.
  
   Oh! Mon Doux ! Comme vous êtes réconfortant, rassurant !
  
   Oh c'est moi qui étais... Je te dis, quand je me suis ré- veillé je me suis dit, oui, tout est rassuré, tout est rassuré. Et c'étaient ces trois mots : le Travail, le But, l'Avenir. C'est- à-dire évidemment la terre qui nous intéresse. Et puis ce fait: il était dehors, il marchait. Il n'était pas à l'intérieur.
  
   Oui, il était sorti.
  
   Il était sorti.
  
  163
  
   Il marchait dehors.
  
   Il marchait dehors. Evidemment je ne pourrais dire au- cun lieu, n'est-ce pas.
  
   Mais c'est ça mon but, qu'Il marche dehors.
  
   Eh bien c'était ça.
  
   Ah, mon Aimé !
  
   Oh, j'étais plein d'une telle émotion !
  
   Comment était-il ? Grand?
  
   Oh! Grand! Et puis tu sais cette couleur, du blanc avec quelque chose d'autre dedans.
  
   Oui.
  
   C'était le grand Sri Aurobindo, quoi. Le Seigneur.
  
   (D'un petit ton espiègle) Il a pris vos petites mains, parce que vous deviez être petit, non?
  
   Oui, je me rends bien compte que j'étais tout petit. Et puis il a pris mes deux mains. J'étais seulement là, je ne faisais rien.
  
   Sauf pleurer, c'est-à-dire tout l'être...
  
   Oh oui !
  
   C'est l'appel.
  
   Má ! C'était en juillet aussi que j'ai vu, alors, dans cette 163
  
  164
  
  chambre de la terre, c'était au mois de juillet que je l'avais vu, en 84".
  
   Je ne suis pas encore arrivée là [dans la lecture du Tome 4]. Bientôt.
  
   En 84, c'était juillet aussi.
  
   Voyez, ça fait treize ans.
  
   Tout d'un coup ce matin je me suis dit, mais hier c'était 7, c'était juillet 7 et 97.
  
   Et 97, triple 7.
  
   Enfin, ça, c'est accessoire, mais c'est ça, c'est comme si tout était rassuré.
   C'est-à-dire que c'était rassuré pour la Terre, pour l'Avenir, pour le Travail, pour tout ce qu'Ils ont voulu.
  
   Oui.
  
   Et tout ce qu'on a appelé. On a voulu... Ce qu'on veut c'est que leur rêve s'accomplisse, que ça change. Eh bien, c'est comme si tout ça était rassuré.
  
  (silence)
  
   Ah! Ses mains étaient si douces. Oh oui ! je me suis sou- venu après de ce que tu disais, quand tu mettais ta tête sur ses pieds, c'était tout soft. C'est doux, c'est ça, ça me donnait une sensation soft. Je trouve que le mot même français n'est pas aussi expressif, doux, c'était doux.
  
   Vous n'avez pas idée d'où il allait ?
  
   *21 juillet 1984, " La grande Vision ", voir Carnets d'une Apocalypse, Tome 4, 1984. [N.D.É.] 164
  
  165
  
   Non, aucune.
   Le fait, c'est qu'il était sorti, il était dehors, il marchait, et puis il allait je ne sais pas où. Il allait, il était dehors, c'était ça le fait qui me frappait.
   Parce que plusieurs fois je l'ai vu dans des images symbo- liques de quelque chose, n'est-ce pas. Et cette fois-là aussi, il y a treize ans, mais c'était dans sa chambre de la terre, qui dominait la terre.
  
   Là, c'est lui-même qui était sur la terre.
  
   Il était sorti, c'est ce que je veux dire, et il marchait. Et c'est comme si j'étais sur son passage ou quoi, je ne sais pas. Voilà.
  
   12 juillet 1997
  
   Le mouvement " sans formule ". (une tentative futile de vouloir " régulariser le chaos ".)
  
   14 juillet 1997
  
   Mon corps est devenu comme un perpétuel appel.
  
   15 juillet 1997
  
   L'épuisement est grand.
  
  166
  
  17 juillet 1997
  
   Une agonie qui doit perpétuellement se changer en Vie VOULOIR se changer en Vie.
   Une agonie veut mourir, normalement.
   La victoire sur la mort, c'est à chaque seconde (et on ne la voudrait pas pour soi).
   C'est la Mort du Monde qu'il faut changer.
  
  *
  
   Finalement, je ne sais qu'une chose, c'est que je Les aime et je ne voudrais pas que toutes leurs peines soient en vain.
  
   20 juillet 1997
  
   Un grand arbre s'écroule sur notre toit... Sujata a de la peine. Cet arbre avait mon âge*.
  
   21 juillet 1997
  
   Il y a treize ans aujourd'hui, j'ai vu le Grand, le Merveil leux Sri Aurobindo dans la chambre des affaires du monde - de la Terre.
   1984... on dirait toute une vie.
   Mais ce 7 juillet, je l'ai vu marcher DEHORS. *
  
   * Est-ce qu'un homme de soixante-dix ans a la splendeur de cet arbre qui a poussé jour après jour vers la lumière ? A-t-il abrité tant d'oiseaux ? et d'écureuils charmants?
  
  167
  
   Soir
  
   Comment un corps peut-il supporter un écrasement pareil, c'est pour moi un Mystère chaque jour renouvelé.
  
  22 juillet 1997
  
   C'est comme une impossibilité qui cherche à être possible.
   C'est un grand Mystère.
  
  27 juillet 1997
  
   J'aurais rêvé d'écrire des concertos de Beethoven avec ma plume - c'est mon désespoir et mon essai perpétuel.
   J'ai écrit aussi Beethoven dans ma vie.
   P.S. C'est curieux aussi, la première vision de Sujata, qui ne me connaissait pas encore - c'était au début de mon arrivée à l'Ashram, vers 1954: j'étais dans le bureau de Pa- vitra, et j'étais assis à cette grande table de marbre blanc sur laquelle se trouvait la machine à écrire de Sujata, et c'était moi qui dactylographiais... et Sujata, stupéfaite, voyait, entendait, de la musique qui sortait de sa machine! Je dactylographiais de la musique.
   Mais ma plus belle musique, elle est dans mon cœur et je l'adresse à Mère et à Sri Aurobindo.
   Ainsi va la vie.
  
  Août
  
  171
  
  2 août 1997
  
   Quand un grand Silence blanc recouvrira la terre...
  
  6 août 1997
  
   À quoi sert le sacrifice? Ça fait un cadavre de plus.
   Il faut la Victoire.
  
  7 août 1997
  
   Oui, c'est cela que Mère voulait dire: "Il faut donner sa mort. "
  
  *
  
   Voyant cette Terre, je vois que c'est le SEUL ESPOIR - il faut aller jusqu'au bout, quoi qu'il en coûte, et donner sa mort jusqu'au bout - jusqu'à ce que cette Tombe s'ouvre pour toujours.
  
  10 août 1997
  
  Conversation avec Sujata
  
  Mère assise par terre
  
   Nous sommes le 10 août, vous pensez, dans cinq jours c'est l'anniversaire de Sri Aurobindo.
  
  172
  
   Oui, ma Douce, quel âge aurait-il ?
  
   Entre [18]72 et [19]97...
  
   (Riant) Je ne sais pas compter.
  
   C'est 25, 125.
  
   125.
  
   Oui, 125, oui, 125 ans, vous pensez !
  
   Mon Dieu, oui.
  
   Et qu'est-ce qu'il était déjà à l'âge de 25 ans, hein!
  
   Ah oui !
  
   Quelle merveille, vraiment.
  
   Oh oui !
  
   Voilà, alors je vais vous raconter, ce n'est pas si agréable que ça, finalement.
  
   Oui ?
  
   Mais je voulais le dire.
  
   Oui.
  
   Ça devait être vers ce matin, parce qu'à un moment je n'ai pas beaucoup dormi. J'étais réveillée assez tôt et puis je suis restée longtemps comme ça, mais à un moment donné je me suis rendormie et je me suis trouvée dans un endroit, je ne sais pas, c'étaient des chambres et des chambres. Comment dire ? Mais avec des tapis, des
  
  173
  
  armoires en bois et des meubles en bois, parfois même sculptés, vous savez des sofas, settees [canapés], des choses comme ça. Mais il n'y avait pas de fenêtres ou- vertes, tout était dans une semi-obscurité, vous savez, quand on ferme toutes les fenêtres il n'y a pas c lumière qui rentre. Voyez c'était clair, visible, mais je n'ai pas vu de lumières électriques non plus. On voyait suffisamment, mais ce n'était pas clair comme chez vous. Et les tapis aussi un peu verdâtres, j'ai l'impression. C'est-à-dire tout était un peu sombre. Il y avait plusieurs chambres. J'ai eu l'impression d'apercevoir Pavitra-da une fois, Nolini-da une fois. Et, je ne sais pas, ils fermaient des portes ou quoi, je n'ai pas gardé un souvenir très exact de leurs mouvements. Puis j'ai rencontré Sejda, qui était là. Je lui ai demandé : " Où allez-vous? " Il a dit : "Je vais voir Mère " parce que c'était le Darshan, c'est- à-dire que les gens allaient voir Mère. Pas un Darshan de Sri Aurobindo et de Mère, mais de Mère: on allait voir Mère. Il y avait des gens qui allaient. J'ai dit : " Ah oui, c'est vrai ? Je n'ai pas vu, je ne suis pas allée non plus, je vais... " J'ai donc suivi Sejda. Il y avait très peu de gens, j'ai vu... c'était vers la fin, j'imagine, où il y avait peu de gens. Alors j'ai vu une femme, je l'ai vue de dos, j'ai aperçu deux ou trois autres qui sont partis très rapi- dement. Sejda y est allé, et il n'y avait personne, tout le monde allait vite, et à ce moment j'ai aperçu Mère dans la chambre. J'ai dit : " Oooh, ils l'ont mise comme ça ! " Elle était, figurez-vous, adossée contre une chaise.
  
   Par terre ? Elle était par terre ?
  
   Elle était par terre, juste un petit coussin, les jambes allongées, et elle était adossée contre une chaise, mais il y avait un coussin quand même, sous son dos. Et elle était assise comme ça, les jambes allongées, et quand je l'ai aperçue un peu de loin, j'ai vu qu'elle avait un visage très tiré, si j'ose dire, fatigué, n'est-ce pas, elle pouvait à peine
  
  174
  
  lever la tête. Quand Sejda s'est approché j'étais derrière, donc j'ai eu le temps de voir. Sejda est parti, je me suis approchée et alors Mère s'est un peu redressée et elle a souri et --- elle avait les jambes allongées -- elle a montré sa cuisse droite avec sa main, elle l'a posée comme si... je ne sais pas si elle m'a dit en paroles ou si j'ai compris comme ça, elle voulait dire que, autrefois, je mettais ma tête sur sa cuisse, la.
  
   C'est ça, oui.
  
   Que je le faisais. Et avec une tendresse infinie, vous sa- vez, Mère, et tant d'affection, elle a souri et puis j'ai donc remis ma tête comme ça, j'ai fait mon pranam. Et puis, sa santé était un peu précaire, n'est-ce pas, je n'osais pas trop [rester] parce qu'il y avait quand même une ou deux personnes --- il me semble avoir aperçu Vasoudha. Vous savez comment les gens guettaient, alors on n'ose trop traîner non plus. Et elle était habillée en vert foncé. Tout était un peu vert --- les tapis verts, travaillés : il y avait des dessins et elle aussi portait un gown, je crois, une robe qui était verte. Et elle était comme ça.
  
   Vert foncé. pas
  
   Vert foncé, comment je décrirais : vert foncé, oui mais ... si je trouve, je vous montrerai après.
  
   Oui.
  
   C'était vert et c'était foncé. Vous savez dans le vert clair, si on rajoute un peu de noir, quel vert ça devient? C'était un peu ce genre de vert, je dirais. Et elle était par terre. Je me suis dit : " Oh! ils l'ont mise là comme ça. "
  
   "Ils " l'ont mise, tu vois, c'est ça que je retiens tout de suite. Ils l'ont mise comme ça ! Oui, ma Douce, c'est ce qu'ils font de Mère.
  
  175
  
   Ça, c'était donc une partie. Et après, je suis sortie de là et je suis descendue, et puis je voulais sortir, partir de cet endroit. Et alors je me suis retrouvée dans le même appartement, les chambres si vous voulez, et je voulais passer. A ce moment, très curieusement, j'ai vu comme des chiens, je pensais que c'étaient des chiens en bois. Je voulais passer, à ce moment ils ont pris vie et ils vou- laient m'empêcher de passer, et chaque fois que j'essayais, je pensais que j'allais me glisser entre eux: rien. Il y avait, je crois, au moins deux grands chiens et deux ou trois tout petits, tout petits.
  
   Noirs?
  
   Non, comme je pensais : en bois.
  
   Couleur bois.
  
   Couleur bois. Mais ils étaient vivants, ils voulaient ab- solument m'empêcher. Je me suis dit : " Il ne faut pas qu'ils me mordent. " Ce n'était pas la peine, alors, mais comment faire ? Et en attendant Sejda est venu aussi. Alors j'ai dit : " Voilà ! " Moi, j'avais des souliers, alors j'ai pris mes souliers, j'ai jeté mes souliers et...
  
   Sur ces chiens.
  
   Oui, pour les écarter. J'ai dit à Sejda: "< Faites de même. "> Et je crois qu'il a fait de même et nous avons traversé. Et quand nous avons jeté nos souliers on n'avait pas peur, n'est-ce pas, tout simplement je me disais mais...
  
   Comment traverser.
  
   Mais oui, comment traverser ? Alors j'ai dit : on va jeter des souliers, et on a traversé, on est arrivés dans une
  
  176
  
  autre chambre. Puis j'ai dit à Sejda : " Il faut laisser ces souliers là, qui étaient là. " Il semblait que ces sou liers se trouvaient là. J'ai dit : " Il vaut mieux laisser ces souliers là, pas porter ces souliers. " Et puis j'ai vu que Sejda portait des souliers, j'ai dit : " Non-non, enlevez et jetez-les. Et puis on sortait, on a descendu encore des marches, à ce moment-là il y a quelqu'un, une femme d'ailleurs, qui a dit : " Si vous sortez comme ça, allez directement, vous arriverez (parce qu'on ne savait pas où nous étions, n'est-ce pas), si vous sortez vous arriverez tout de suite, et si vous voyez que c'est fermé, par le bas, vous pouvez sortir comme ça. " Voilà, c'était la fin de mon rêve.
  
   Oh, ma Douce, c'est ce qu'ils font de Mère, mais tu avais vu, je n'ai pas oublié, que Mère et Pavitra quittaient défini- tivement cet endroit.
  
   Ah oui, ah oui.
  
   Tout à fait. Mère, elle est dans le coeur de ceux qui travaillent et de ceux qui Les aiment.
  
   Oui.
  
   Et puis voilà tout. Le reste, c'est du passé mortel, non pas mort, mais mortel, deadly.
  
   Oui, oui.
  
   Eh bien il faut... il faut traverser, c'est tout. Et que nous traversions ensemble.
  
   Oui, mon Doux. Vous savez souvent je dis, je prie... je sens que moi j'ai une longue vie, hein? Je dis que ayu [longévité], on dit ça ayu dans notre langue, que Mère lui
  
  177
  
  donne à lui, une partie de mon ayu, comme ça on partira au même moment -- on partage: que ce soit devenu égal (riant) Non! Très spontanément c'est venu, je ne veux pas qu'on reste l'un sans l'autre, vous voyez.
  
   Non, mais il faut aller jusqu'au bout.
  
   Ah oui.
  
   Jusqu'au bout. Et ça, c'est résolu.
   Bien, ma Douce.
  
   Vous croyez que c'est la peine de garder [cette conversa- tion]?
  
   Mais certainement, ma Douce. Ah! Tu es ma gracieuse Douce.
  
   Non, vraiment, beaucoup de fois je dis...
  
   Mais, ma Douce, bien sûr, tu es la grâce de Mère...
  
   Qu'on parte la même minute. (Riant) Voilà, je n'ai pas dit encore << même seconde ">, j'ai dit " même minute ".
  
  12 août 1997
  
   Cinquante ans après, ils ont renié leur Mère Inde pour Sonia Gandhi.
   Ó Kâlî viens nous délivrer.
  
  178
  
  15 août 1997
  
   Pour tout, il faut dire : c'est Toi, c'est à Toi, c'est pour Toi sinon c'est la mort. Tout est mort, sauf Toi.
   Mais c'est un assaut.
  
  18 août 1997
  
   Voilà 19 ans que nous nous sommes installés à Land's End.
  
  Soir
  
   Je viens d'écouter (avec émotion) de la musique de Mère (du 23 novembre 1961) quand Sujata et moi étions assis près d'Elle, à côté de son harmonium. Et à la fin, Elle dit simplement : " Voilà, c'est tout. "
   Voilà, c'est tout...
   Et c'est fini.
   Et c'est éternel.
   Comme si la Fin était toujours là et le Commencement toujours là, ensemble, d'une même haleine.
   La vie et la mort dans un même souffle, et cette "< mort-là> rend cette vie si intense comme si, à chaque instant, elle était prête à éclater d'éternité.
   Il faut une éternité qui ne s'endort pas...
   O, globe ambigu", comme disait Sri Aurobindo. Tout est ambigu.
   J'ai chanté sur une place d'appel du camp de concentra tion.
   Ce chant serait-il sorti sans cette Mort?
   Il faut une autre manière d'être.
   " Voilà, c'est tout. "
  
  179
  
  En fait, depuis... 52 ans (1945) je suis perpétuellement ce chant-là qui se débat contre cette Mort-là.
  
  
  Maintenant, je ne me débats plus, je vis cette Eternité par delà la Mort, et la Mort est une illusion. Mais mon chant reste, je voudrais chanter pour le monde, lui dire ce qui est VRAI, ce qui peut devenir à travers cette Mort même.
  
   Curieux... Les Bouddhistes et autres ont passé leur temps à dire que " la vie est une illusion et moi, je trouve le contraire!
   Et les Chrétiens ont divinisé la Mort, et ouvert un abime cruel entre la vie et l'éternel, d'où il n'y avait qu'une sortie : filez au ciel où vous trouverez les petits saints et le sacré bon dieu !
   Quelle farce cruelle.
   Alors ils vous donnent le passeport pour la mort.
   Et Sartre avec son cruel l'homme est une passion inue", vous donne le passeport pour le suicide et la mitrailleuse pour fusiller toute cette " inutilité ".
  
  19 août 1997
  
  Oui, Seigneur
  et mille fois OUL
  
  Nuit du 19-20 août 1997
  
   Une étrange et affreuse vision active. Je ne sais dans quel coin de la terre, ou de ma terre, je grattais le sol avec mes doigts à la recherche de minuscules bestioles, et je savais
  
  180
  
  que dans le minuscule trou de ces bêtes se cachait le Sexe quelle femme. C'était un choc. Ceci terminé, je cherchais -suit une vision explicite de l'acte sexuel avec je ne sais encore s'il y avait d'autres bestioles et je grattais dans la terre, et alors une voix m'a prévenu de quelque chose-je ne sais pas exactement ce qu'elle a dit, mais c'était comme si elle me disait que " là ", il y avait un trou très large ou gros, épais. Puis, subitement, je me suis trouvé dans un lieu souterrain très éclairé, avec des murs épais comme du béton de couleur crème, blanc, c'était comme un ca- veau mais très lumineux et grand. Et là, j'ai vu, allongé sur une sorte de lit ou d'estrade, de table, un corps, ou ce qui me semblait un corps, très gros ou large, recouvert d'une grande couverture de neige, lumineuse comme de la neige, mais c'était vraiment comme de la neige lumineuse sur ce corps - je voyais dépasser ce qui semblait être la pointe de ses pieds, tout droits. Il me semblait vaguement qu'il émanait quelque chose de ce corps recouvert (émanait ou se désagrégeait) comme des flocons (mais ce n'est pas clair). Puis, je me suis vu sur le mur au-dessus de ce corps, ou à côté de ce corps, grimpant vers une sorte de grande niche ou ogive lumineuse dans ce caveau de béton, et il y avait en effet une grande fenêtre lumineuse là, avec des battants (comme ceux de la chambre de Sujata) et je faisais toute une acrobatie pour m'introduire dans cette niche (c'était acrobatique et périlleux) et j'attrapais une longue poignée d'une de ces vitres... je ne sais si c'était pour ouvrir ou fer- mer cette vitre-là (j'ai l'impression que je voulais fermer, car je tirais sur le manche), mais l'acrobatie même ou la difficulté du mouvement m'a réveillé. J'étais un peu stupéfait de tout cela.
   Ces bestioles... cette vision sexuelle et explicite... et puis ce caveau lumineux avec cet être (ou quoi) ce corps tout recouvert de neige ou de mousse lumineuse.... ?
   J'ai beaucoup prié pour que ce centre sexuel soit à jamais purifié. Et je vois cela... ?? 180
  
  181
  
   Ce "corps" était évidemment un corps de mort
  
   Il n'y a pas de doute que le Sexe, créateur de cette vie-ci", contient automatiquement son germe de mort, puisqu'il a créé ce qui le suit. Sa mort est la suite normale de sa vie.
   Il faut créer la Vie sans mort.
   Quand on a fini sa petite famille, on peut mourir en vieil- lard distingué. Et on recommence.
   Les moines finissent dans leur création nulle, et le Sexe universel continue en dessous, saintement ou sordidement et allégrement.
  
  *
  
   Je n'ai jamais cru ni dans le Mal ni dans le Bien, mais en ce que l'on devient, par n'importe quel moyen. Autrefois, j'appelais cela " se mettre en était de réactivité " (!) Il fallait faire réagir cette substance inconnue, jusqu'à ce qu'elle livre sa réalité ou son secret (toujours provisoire).
  
   Nuit du 22-23 août 1997
  
   Dans le premier sommeil, vers dix heures trente, je me suis vu glisser sur le ventre, à plat ventre sur le sol -- ça glissait tout seul, mû tout seul par Autre chose, sans que je fasse rien ou que je veuille rien !
   J'ai toujours rêvé-prié pour que tout soit mû par Mère- Sri Aurobindo...
   Il y a toujours quelque chose de sceptique en moi (un vieux St Thomas).
   Je pense à Sri Aurobindo dans Savitri :
   "Thaumaturge sceptique du miracle"...
   Je suis capable de croire en tout, sans être crédule!
   En fait, mon corps croit en des choses impossibles, sinon
  
  182
  
  il ne vivrait pas.
   Évidemment, c'est difficile de croire en la fluidité d'un bulldozer !
  
  23 août 1997
  
  Conversation avec Sujata
  
  La glissade sur le ventre
  
   Tu n'as rien vu cette nuit ?
  
   Qu'est-ce que j'ai vu? Je n'ai pas gardé de souvenir, je ne sais pas, rien d'intéressant sûrement. Et vous ?
  
   Oh! C'était dans le premier sommeil, juste un peu avant, vers dix heures et demie peut-être du soir. Tout d'un coup je me suis vu à plat ventre par terre, les bras allongés, tu sais comme on fait le Sashtanga.
  
   Sashtanga.
  
   Le Sashtanga, oui, et mon corps, tout seul, sans que je fasse aucun effort, glissait sur le sol. Pas soulevé, n'est-ce pas, il était sur le sol, à plat ventre, comme ça, et de lui-méme, je ne sais pas comment, il glissait, sans un effort. C'était comme dans ma chambre, mais enfin, je ne sais pas, il y avait des gens qui regardaient comme ça.
  
   Avec étonnement.
  
   Non, pas tellement, c'est moi qui étais étonné. Alors j'ai recommencé une deuxième fois pour leur dire : mais je ne fais rien. Et puis à ce moment-là, j'ai voulu aller comme dans une autre chambre, qui était peut-être ta chambre,
  
  183
  
  parce qu'il y avait comme un rideau, là. Alors là le corps s'est un peu arrêté et j'ai senti que je devais faire un effort de volonté pour remettre en route.
  
   Mais quand vous avez recommencé, vous vous êtes remis debout?
  
   Non, rien du tout, rien du tout. Parce que je m'étonnais, m'étonnais que ces gens ne s'étonnent pas (Satprem rit). Comme si je voulais leur dire : " Mais voyez, je ne fais et je rien, ça va tout seul !"
  
   Curieux, hein?
  
   (Riant) À plat ventre, comme ça, les bras en avant et je elissais, pas rapidement, mais je glissais sans aucun - sans rien ! Sans rien vouloir, sans rien faire. Et j'ai pris conscience vraiment que c'était tout seul quand j'ai voulu passer dans l'autre chambre, il y avait comme un rideau, là. Et alors le corps a dû s'arrêter un peu et j'ai senti que je devais faire un effort de volonté pour remettre le...
  
   Le mouvement.
  
   Le mouvement, alors qu'avant c'était tout seul, comme ça.
  
   C'est-à-dire aucune force motrice.
  
   Oui, rien, aucun mouvement, n'est-ce pas.
  
   Ni volontaire.
  
   Ni volontaire ni rien. Je me suis retrouvé comme ça.
  
   Glissant sur le...
  
   Glissant.
  
  184
  
   C'est étrange, ça. Comme si c'était dans votre chambre.
  
   Oui, mais je ne pourrais pas dire parce qu'il n'y avait pas de tapis. C'était vraiment comme du sol.
  
   Sol de couleur... ?
  
   Peut-être comme dans ta chambre. Peut-être, je n'en sais rien, mais enfin oui, c'était peut-être comme le sol de ta chambre, il n'y avait pas de tapis, autant que je... Mais je n'étais pas pris par... j'étais surtout étonné !
  
   De ce mouvement.
  
   De ce mouvement comme ça.
  
   Self-propelled [autopropulsé].
  
   Alors que je suis comme un paquet de béton!
  
   Même pas comme sur une planche qui est portée par un courant?
  
   Mais non, c'était du sol, n'est-ce pas, donc ce n'est pas un courant, c'était du ciment.
  
   (Riant) La matière concrete [concrète, en béton].
  
   La matière.
  
   Vous ne sentiez pas de l'air, rien?
  
   Rien, rien du tout, c'était comme dans ma chambre, enfin, une chambre ou dans ma chambre.
   C'était curieux.
  
   Mais oui, vraiment étrange, ça.
  
  
  
  185
  
   Alors il y avait deux ou trois personnes qui étaient là, je ne sais pas qui, qui ont regardé comme ça. Ça ne les étonnait pas. Et alors, j'ai recommencé ou quoi, je ne sais pas, pour leur dire: Mais enfin, voyez, je ne fais rien ! (Sujata it Cétait moi qui étais un peu sidéré, tu comprends, Eux n'avaient pas l'air particulièrement surpris.
  
   Mais c'étaient des gens comment?
  
   Ah, je n'en sais rien, ma Douce, vraiment.
  
   Indiens, Occidentaux, ou même d'un autre monde?
  
   Non, ça n'avait pas l'air d'un autre monde. Il y avait deux ou trois personnes peut-être.
  
   Hommes, femmes ?
  
   Je n'en sais rien; parce que j'étais à plat, par terre, n'est-ce pas (rires), le nez contre le ciment. Mais je comprenais...
  
   Qu'il y avait des gens.
  
   Et je comprenais ce qu'ils comprenaient.
  
   Mais c'est étrange, ça.
   Mais combien de fois vous m'avez dit que s'il n'y avait pas cet écrasement, vous pourriez vous envoler!
  
   Mais oui!
  
   Si léger, vous pourriez courir.
  
   Oui, je pourrais courir très bien ! Simplement je suis écrabouillé. Mon corps ne se sent pas vieux, tu comprends, il n'y a pas d'énergie vitale, c'est une autre énergie. Mais je suis écrabouillé. S'il n'y avait pas cet écrabouillement, mais 185
  
  186
  
   je courrais comme un lapin! (Sujata rit)
  
   Comme [...]
  
   Comme [...], oui. Il y a un poids d'illusion sur toute cette terre, mais c'est une illusion terrible, et une illusion physique.
  
   Oui, corporelle.
  
   Ah oui ! Et il n'y a aucun doute que ce qui fait la puissance de cette illusion, c'est la douleur. Ça semble in-fran- chissable, chaque jour on est comme à la dernière seconde de la vie. C'est épouvantable à traverser ; c'est la douleur qui semble la fausse réalité de cette...
  
   De cette illusion.
  
   De cette illusion. C'est un mur de douleur, c'est un sca- phandre de douleur. Et c'est du plomb, on... je dis du plomb, mais le plomb est léger à côté de l'écrasement qui est là. Et puis ce n'est pas l'écrasement d'un scaphandre extérieur, c'est un écrasement interne comme si on était in-nom-brablement écrabouillé, tu comprends ? Ce n'est pas un écrasement extérieur, c'est comme si tous ces millions et ces milliards de cellules étaient chacune, individuellement écrabouillées. Alors c'est abominable!
  
   Oui, oui.
  
   Parce qu'il n'y a pas un atome de mon corps que je ne sente, tu comprends. Si je lève le bout du petit doigt, tout mon corps le sent. C'est une espèce de totalité. Si je cligne des yeux, tout mon corps sent le clignement de mes yeux. un effort formidable, mais c'est tout mon corps qui sent le Si je mets des gouttes dans mes yeux, par exemple, c'est clignotement de mes yeux. On est comme... je ne sais pas
  
  187
  
  ce que c"est. On est comme une totalité explosive, comme que quand une bombe est bourrée, j'imagine, (riant) je ne connais rien à la pyrotechnique, mais quand une bombe est bourrée, elle est bourrée !
  
   La bombe doit sentir comme vous le sentez.
  
   C'est ça, la bombe est pleine. Et l'écrasement de la bombe ne vient pas de l'extérieur, elle est dedans. (Riant) Voilà, c'est tout ce que j'ai vu. Mais je suis convaincu qu'il y a une illusion. Je suis convaincu qu'il y a une illusion formidable et terrible. Là, je parle de la douleur physique, mais avant même d'arriver à ce point-là, il va tous les millénaires qui sont là, FÉROCES! On a dans la peau toutes les douleurs de l'homme. Et depuis combien de siècles.
  
   Plus que des siècles, des millions d'années.
  
   Oh oui ! Alors ça se débat, c'est une entreprise terrible, il faut que ce soit le Suprême qui vous porte. Voilà.
  
  (plus tard)
  
   Oui, en fait ce que je remarque c'est que j'étais prosterné par terre, tout comme dans le temple on se prosterne devant la divinité, les bras étendus, on appelle ça...
  
   Sashtanga.
  
   Sashtanga, oui.
  
   Sashtanga, tanga," sh" veut dire " avec " et ashta c'est huit ", avec les huit parties du corps.
  
   Oh, les huit parties du corps. Quelles...?
  
  188
  
   Quelles sont les parties? Pieds, genoux, et puis ils disent les bras-vous aviez les bras allongés, les bras, puis la poitrine et puis la tête.
  
   Oui.
  
   Et puis les yeux, et puis le regard.
  
   Ah ! J'avais le regard à terre.
  
   Oui, le regard, et la bouche, la parole.
  
   Oui, c'est ça en fait. Bon, ça ne peut être qu'une proster. nation devant le Suprême.
  
   Mais oui. Et c'est fait avec tout le corps et l'esprit, vous voyez : parole, regard, et...
  
   On est physiquement comme ça, tu comprends? Ce n'est pas une attitude de l'âme.
  
   Non-non. Non-non.
  
   On est physiquement comme ça, et ce n'est possible que comme ça ! En fait. Il n'y a pas un atome de " je "> là-dedans, ce n'est pas possible, tu comprends.
  
   Non, et puis une belle glissade comme ça, sans volonté, sans effort.
  
   Oui, sans rien de moi. Ah! ma Douce, on aspire beaucoup à être mû d'une autre façon.
  
   Mais c'est ça, la réponse à votre aspiration, le corps était mû par autre chose, voyez.
  
   (Riant doucement) Dieu veuille!
  
  189
  
   Oh! Les hommes ne peuvent pas comprendre, ils voient une e prochaine espèce comme des surhommes.
  
   (Riant) Avec des ailes !
  
   Avec des ailes et un super-brain [cerveau] peut-être, et puis quoi, et puis quoi. C'est vraiment toute cette structure, et tout ce esquelette! La vie de cet interminable squelette, de ces fossiles qui se répètent.
   Bon, eh bien on verra.
  
   Voilà.
  
  28 août 1997
  
   Depuis une huitaine, j'ai tout de même trouvé une des clefs de la << formule " pour visser la bouche... En une fraction de seconde, la "< formule " peut se fausser d'une façon écrasante, mais elle tient quand même, ou on y tient.
   Évidemment c'est inexplicable pour quiconque de notre vieille espèce, c'est déjà un langage anatomico-physique d'une autre espèce ! ou plutôt du passage à une autre espèce. Il faut le respirer pour comprendre ! Combien d'années j'ai dû me déchirer pour commencer à apprendre cela.
  
  19.8.97
   Aucune intervention des mâchoires.
   Laisser la bascule se faire par son propre poids sous -- (loin au-dessous) de la mâchoire inférieure: comme la nuit, surtout rien de la mâchoire supérieure: ça doit glisser en dessus.
   Surtout aucune intervention de la mâchoire su- périeure: (c'était mon vieux " crochet de fer"). 189
  
  190
  
   Des milliers de fois on tombe " sur la formule, mais elle est tellement rapide et embrouillée de milliers de fils qu'il faut répéter et répéter des milliers de fois les " erreurs" avant de "comprendre " un peu ce qu'il ne faut pas faire...
  
  193
  
  3 septembre 1997
  
   Nous sommes ici
   Un flot de survie.
  
   *
  
   Une humanité définitivement asourique.
   Il faut que Kalki" vienne.
  
   *
  
   Diana est la dernière "icone de notre âge ", avec Teresa et Sonia Gandhi - rien que des faussaires et des charlatans.
  
  
  
   Nuit du 3-4 septembre 1997
  
   Vu ce " bébé lourd " (!)
   Étonnamment lourd- plus lourd que la Matière que nous connaissons.
   Raconté à Sujata. Elle dit : " le prochain être " !!...
  
  *
  
   Suis assailli par des voix si méchantes, et cruelles. J'ai l'impression d'être en l'an 2 500 (d'après je ne sais quoi) et de regarder des tribus d'anthropophages pourvues de muezzins et de saintetés, et de mitrailleuses et de papes, de célébrités anthropophagiques et " cinématophysiques ".
   Un cinéma irréel et cruel.
   Que tout ce poison s'en aille - c'est un poison terrestre. L'autre jour, j'ai reçu le premier exemplaire du Livre II
  
  
   Kalki: le dernier Avatar. Il vient sur un cheval blanc ailé pour détruire" les barbares " à la fin de l'Age de Fer et marque le retour de l'âge de Vérité. [N.D.E.]
  
  194
  
  de Savitri - j'ouvre, et je tomber sur cette ligne et les suppurations de l'abîme >>.
   C'est cela.
  Si ce n'est pas le " fond ", alors où est le fond?
  ordure
  comme cela-il y a une pourriture spéciale, " humaine ". L'Inconscient primitif, l'inconscient de la bête n'est pas O Seigneur, que je Te donne, que je Te donne, que je Te
  DONNE.
  Un écrasement si fou.
  4 septembre 1997
  Conversation avec Sujata
  Le bébé lourd
  J'ai vu, à un moment cette nuit, une image comme ça, un bébé. Et alors - je crois que tu étais là -, il était... un bébé et pourtant, je l'ai pris, n'est-ce pas, comme si je le tenais, et tu as voulu venir, et j'ai dit : "< Attention, il est très lourd ! " Et en effet ce bébé était lourd, comme du plomb. Pourtant je le vois sur un lit, c'était sur un lit, il était à côté, je l'ai pris, quand même il se tenait sur ses pattes, sur ses jambes ou je le tenais.
  Il était debout.
  Le souvenir que j'ai, c'est qu'il était debout parce que je
  l'ai manié, n'est-ce pas.
  Oui, oui.
  Et tu as voulu le manier aussi, probablement. J'ai dit:
  
  194
  
  de Savitri - j'ouvre, et je tombe sur cette ligne : " l"ordure et les suppurations de l'abîme ".
   C'est cela.
   Si ce n'est pas le " fond ", alors où est le fond?
   L'Inconscient primitif, l'inconscient de la bête n'est pas comme cela - il y a une pourriture spéciale, " humaine ".
   O Seigneur, que je Te donne, que je Te donne, que je Te ordure DONNE.
  
  
  *
  
   Un écrasement si fou.
  
  4 septembre 1997
  
  Conversation avec Sujata
  
  Le bébé lourd
  
  
   J'ai vu, à un moment cette nuit, une image comme ça, un bébé. Et alors - je crois que tu étais là -, il était... un bébé et pourtant, je l'ai pris, n'est-ce pas, comme si je le tenais, et tu as voulu venir, et j'ai dit : "< Attention, il est très lourd ! " Et en effet ce bébé était lourd, comme du plomb. Pourtant je le vois sur un lit, c'était sur un lit, il était à côté, je l'ai pris, quand même il se tenait sur ses pattes, sur ses jambes ou je le tenais.
   Il était debout.
  
   Le souvenir que j'ai, c'est qu'il était debout parce que je l'ai manié, n'est-ce pas.
  
   Oui, oui.
  
   Et tu as voulu le manier aussi, probablement. J'ai dit:
  
  
  195
  
  
   Attention, il est lourd. " Et en effet, c'était vraiment lourd comme un paquet de plomb, ce bébé.
  
   Et pourtant un bébé.
  
   Oui, oui, un bébé. Ça ne marchait pas, je le tenais debout. Pourtant il avait l"air aussi un peu plus grand qu"un bébé normal. C'est ce qui m'a frappé d'abord, c'était son poids, étonnant pour un bébé, quoi. Je me suis souvenu parce que tu as voulu le prendre, j'ai dit : " Attention, il est très lourd."
  
   Pour que je ne fasse pas d'accident.
  
   Oui, voilà, c'était lourd comme du plomb, quoi.
  
   Et le lit, c'était comme votre lit?
  
   Oh, c'était un... je ne pourrais pas dire que c'était mon lit, n'est-ce pas, je voyais un drap blanc, et j'étais à côté, il y avait ce bébé - j'étais à côté, debout, probablement, je n'en sais rien, et oui, c'était un lit un peu comme de la forme du mien, je voyais seulement un drap blanc, c'est tout.
  
   C'est-à-dire que ce n'était pas un crib.
  
   Non, non, ce n'était pas un berceau, c'était comme mon lit, si tu veux.
  
   Et la couleur du bébé ?
  
   Claire, une peau... je ne pourrais pas dire, pas un blanc-blanc-blanc, un blanc avec quelque chose peut-être d'un peu... je ne pourrais pas dire.
  
   Rose ou doré ?
  
  
  196
  
   Pas... je ne dirais pas doré, je ne dirais pas rose, c'était comme une couleur, peut-être un peu chaude dedans, mais enfin c'était très clair comme peau.
   Qu'est-ce que c'est que ce bébé comme du plomb? Et attention, il est très lourd (rires).
   Voilà, c'est tout.
  
   Mais c'est merveilleux!
  
   Eh bien, je ne sais pas ce que c'est.
  
   Nous sommes quoi aujourd'hui ?
  
   Nous sommes le 4 septembre.
  
   4 septembre.
  
  
  5 septembre 1997
  
   C'est Vous la Loi.
   Il n'y en a pas d'autre.
  
  8 septembre 1997
  
  Lundi, 8 septembre
  Calcutta, 7 septembre
  
  DES MILLIERS DE GENS FONT LA QUEUE POUR
  ENTREVOIR LA MÈRE
  
   Des foules endeuillées venues de l'Inde et de l'étranger ont défilé devant le corps de Mère Teresa en l'église Saint Thomas pour rendre un dernier hommage à leur maman, celle qui a passé sa vie à essuyer les larmes de
  
  
  197
  
  millions de malheureux.
   Avec des bouquets, des bougies et des affiches, ils ont défilé devant le corps de l'apôtre de la paix et de l'amour, exposé à la vénération publique.
   Drapé dans le sari blanc bordé de bleu de l'uniforme des Missionnaires de la Charité, le corps de la lauréate du prix Nobel âgée de 87 ans, était étendu dans la salle de prière principale tandis que des centaines de gens, parmi lesquels des indigents, faisaient la queue à l'extérieur de l'ancienne église de Loreto House pour voir une dernière fois leur maa.
   A la tête de la Mère, était érigée une croix de cuivre et on pouvait voir, derrière le cercueil, des peintures
  sur verre représentant la Crucifixion et la Cène de Jésus-Christ. Un tableau portant l'inscription < Mon Sei- gneur et mon Dieu " était accroché au plafond au-dessus du corps.
   I.K. Gujral, le Premier ministre qui marchait en tête des dignitaires venus rendre un dernier hommage à la défunte, déclara : " Je suis l'un des millions que sa mort a laissés orphelins. >>
   Arrivé à l'église vers 12 h 35, il a été accueilli par Soeur Nirmala, dirigeante de la congrégation des Missionnaires de la Charité et le prêtre de l'église, le Révérend Père Nazareth.
   Après avoir déposé une couronne de fleurs au pied du cercueil entouré de lys blancs, de roses et de jasmin, Gujral a échangé quelques mots avec Sœur Nirmala. La première moitié de ce siècle fut marquée par la présence de Gandhi qui nous a montré le vrai chemin, la seconde moitié par Mère Teresa'", a-t-il affirmé dans son message de condoléances.
   PA. Sangma, président du Lok Sabha, Margaret Alva, ancienne ministre de l'Union, K.V. Raghunatha Reddy, gouverneur du Bengale occidental, Ashim Dasgupta, ministre des Finances et la Consule générale des Etats-Unis Cheryl J. Sim, figuraient parmi les autres dignitaires venus rendre hommage à la Mère en ce jour.
  
   Les Faussaires.
  
  
  198
  
  
   Sa dépouille mortelle sera exposée à l'église où le pu blic pourra la voir jusqu'au 13 septembre avant qu'elle ne soit enterrée avec tous les honneurs à Mother House, le siège social de la congrégation des Missionnaires de la Charité. Son enterrement se tiendra au rez-de-chaussée du bâtiment sous la chapelle. Hier, des ingénieurs de la corporation municipale de Calcutta ont rendu visite aux sœurs des Missionnaires de la Charité afin de prendre toutes les dispositions nécessaires.
  
  10 septembre 1997
  
   Aucune créature sur la terre n'a été aussi malsaine que l'homme.
  
  Sujata
  
  14 septembre 1997
  
   J'aimerais bien encore écrire quelques notes de cette Musique Divine. Ça me poursuit comme ma tâche pour les hommes, leur ouvrir un pan de ciel béant - et brûlant.
   J'ai l'impression d'avoir toujours écrit " à côté ", sans jamais toucher la Note - c'est mon chagrin.
   C'est un peu comme si je voulais venger le suicide de François - il n'avait pas trouvé sa Note.
  
  
  199
  
  23 septembre 1997
  
  The Hindu, 23 septembre
  Londres, 22 septembre
  
  UNE NOUVELLE ARME À FEU POUR TIRER UN MILLION DE
  BALLES À LA MINUTE
  
   Aux Etats-Unis, des experts militaires expérimentent une arme à feu appelée Tempête de métal, capable de tirer un million de balles à la minute, d'après The Sunday Times.
   Cette arme a été mise au point par un Australien de 51 ans, M. Mike D'dywer. Elle possède un système de tir électronique, fonctionne sans pièces mobiles et utilise peu de courant électrique pour tirer des balles spéciale- ment conçues, rapporte The Sunday Times.
   Une petite quantité de poudre à canon est disposée entre chaque balle à l'intérieur du canon et le courant circule vers le bas par des bandes métalliques en allumant l'explosif.
   Cette arme aurait la capacité de tirer un million de balles à la minute en propulsant dans l'atmosphère un mur de métal " pour protéger les navires de guerre contre les attaques des avions ou missiles.
  
  Octobre
  
  
  203
  
  
  1 octobre 1997 Mahalaya
  
   L'état devient très fragile.
  
  
  Soir
  
   Ce n'est pas un corps de chair, c'est un corps de fer.
   Jamais vécu quelque chose d'aussi infernal - ou bien est-ce un enfer progressif.
   C'est-à-dire que ça résiste et tout résiste. Et la Puissance imperturbable pilonne.
  
  8 octobre 1997
  
   L'Horreur est beaucoup plus horrible qu'on ne le croit ou qu'on le sait.
   C'est vraiment une course entre la Destruction et l'Autre chose... (je peux le voir tout autour de Land's End, et même ici.) (Ils ont coupé la tête de trois jeunes cerisiers pour faire passer leur ligne électrique dans la colonie de Harijans, en dessous, pour leurs haut-parleurs et leurs néons.)
  
  11 octobre 1997
  
   Des nuits de feu insupportable,
   Mere disait : " On voudrait faire cela en transe. "...
  
  
  204
  
  
  17 octobre 1997
  
   Chaque matin on est tout étonné de se retrouver vivant. Et chaque jour, c'est un étonnement semblable. C'est étonnant...
  
  18 octobre 1997
  
   J'apprends à vraiment visser la bouche... !
   C'est infernal. Et sublime - impossiblement possible.
   Comment vit-on ça ?
  
  20 octobre 1997
  
   Ce matin 20 octobre, première chose en arrivant à la cuisine où Sujata travaille, je dis... " On se demande comment on est là... "
   Elle me répond de cette Voix indiscutable : " On est là pour démolir le Système. " Et c'est ainsi.
  
   *
  
   Hier, je relisais peu à peu mes vieux Carnets (très intéressants) du début... 1984 (il y a... 13 ans !) lorsque cette formidable Puissance commençait à monter d'en bas et à cogner contre cette calotte crânienne. Et je notais ceci : " Je ne sais pas ce que signifient ces puissantes triturations -- formidables, pourrait-on dire - dans cette Densité bleue, mais on dirait que l'on habitue lentement mon corps à un autre état, qui n'est plus la vie que nous connaissons, mais qui n'est pas la mort... C'est toujours quelque chose qui donne une impression-sensation très "sacrée". Vraiment l'inconnu.
  
  
  205
  
   C'est-à-dire que le corps sait qu'il ne va pas en mourir, mais il ne sait pas du tout comment il va en vivre. " C'était le 11 octobre 84.
   Et le lendemain, le 12 octobre 84, je notais : " Tout mon "problème" - le cri désespéré du fond de mon être et du fond de toutes ces vies douloureuses - c"est : "ne pas recommencer dans une cellule atavique et reprendre tout ce fardeau d'obscurité et de douleur" - plus JAMAIS.
   " Alors comment faire ?
   " Il s'agit d'une vraie libération physique, pas une libéra- tion là-haut dans quelque "hauteur" illusoire.
   "Cela veut dire que les mêmes cellules, une fois purifiées, puissent se transformer ou adapter leur forme (la forme qui les revêt) pour continuer...
   " Ou alors l'apparition d'un nouveau mode d'être physique.
   Mais ça ne va pas tomber du ciel. >>
   Et j'ajoute : " Cette Densité bleue est peut-être la réponse vivante à mon cri. Ça prépare quelque chose, c'est sûr. Non seulement ça purifie les cellules, mais ça BÂTIT quelque chose-quoi ? je n'en sais rien. "
   Et encore : " Il faut une autre possibilité. Et ça ne va pas tomber du ciel - il faut le FAIRE. "
   C'était en 1984...
   Depuis le temps, et sous l'écrasement grandissant, j'ai annulé tout individu et c'était seulement le " problème " de la terre. Je me disais : Ça pilonne la terre, Ça ouvre une nouvelle voie ou une nouvelle respiration pour la Terre, Ça fait un trou dans cette carapace d'Horreur. Et alors tout basculera.
   Mais maintenant, depuis 1982 où j'ai commencé ce Travail (il y a 15 ans !) je vois bien l'usure de mon corps et cet état précaire où l'on ne sait pas très bien ce qui arrivera dans trois minutes, quoique, pas un instant, je ne SACHE qu'Ils conduisent et qu'Ils vont à leur But inéluctable, je me demande quid de cet individu corporel ?
  S'il disparaît... toutes ces cellules laborieuses et bourrées de
  
  
  206
  
  
   Connaissance... ? Et je me souviens de Mère -- je retrouve toutes les questions de Mère : " Si je m'en vais, disait-elle, qu'est-ce qui va arriver à toutes ces cellules? Elles vont se désintégrer ">..
   Et impudemment (ou cruellement) je lui disais : " Oui, ça retourne en poussière. "
   -- " Alors j'aurai perdu tout mon travail. "
   Maintenant je sais bien que Mère n'a pas perdu tout son travail ! Ça continue puissamment et irréversiblement... MAIS... Je me pose la même question que Mère. " Il faut que ce soient ces mêmes cellules qui puissent se transformer ou adapter leur forme (la forme qui les revêt) pour continuer... Ou alors l'apparition d'un nouveau mode d'être physique. Mais ça ne va pas tomber du ciel. Il faut le FAIRE. "
   C'est cette question de 1984 qui me revient avec une certaine intensité, non pas pour moi, mais pour la Terre. Le temps est court, est imminent. Qui va faire ? qui aura le temps de faire ? [...] il faut du temps pour supporter Ça, s'adapter à Ça. On ne peut pas passer brusquement et subi- tement de l'état de Poisson des abysses, à cet autre état - le bonhomme éclaterait. Alors?
   Je sais bien, comme dit Sri Aurobindo, que "  Tout est miracle ici et par miracle peut changer " - mais généralement les successifs miracles évolutifs ont suivi un processus, et il y avait des millions de spécimens pour subir le processus à travers des milliers d'années. Mais maintenant ??
   C'est ma question. Parce que je vois bien que tout est prêt à basculer. Cette Horreur-là ne peut pas continuer indéfiniment - que resterait-il de la Terre ? Et si ça bascule, qui?
   Il y aura un Miracle, le vrai, le grand, l'inattendu.
   C'est toute la réponse à ma question.
   En attendant, on continue... précairement.
   Je vais avoir 74 ans révolus dans quelques jours.
  
   *
  
   (Hier soir, ma Douce a fait un étrange " petit dessin " - elle voit la feuille de papier bleue, regarde et regarde, puis
  
  207
  
  des lignes apparaissent, et ce qui apparait ", c'est ce qui est là, dans l'atmosphère.)
  
  Sri Aurobindo disait : " La fin d'un cycle évolutif est marqué par une puissante recrudescence de tous les éléments qui doivent sortir de l'Évolution "... Il y a une telle quantité d'éléments horribles qui doivent "  sortir " que l'on se demande... Il faudrait un déluge pour nettoyer tout cela! Alors ?
  21 octobre 1997
  
   Tout de même, il y a ce squelette qui fait toute la résistance et la douleur et l'usure - toute la Misere - tout le reste supporte miraculeusement. C'est cette structure de base - il faudrait re-devenir " invertébré " ! J'avais déjà posé la question à Mère et lui avais dit, " mais pourquoi ce squelette ne disparaîtrait pas ? " Mère m'avait répondu : " Mais un enfant ne peut pas se tenir debout à cause de cela ! " - et je lui avais dit : " Mais qu'est-ce que le Supramental ne pourrait pas faire ! "
   C'est le " problème " qui me revient et me revient (tu penses ! depuis presque 15 ans !)
   Et j'ai plus d'une fois pensé à cette petite phrase de Sri Aurobindo dans une Conversation où il parlait de l'Agni (le Feu) supramental. Je cite à peu près exactement : " Cet Agni pourrait faire des opérations qui autrement exigeraient une température accrue " (!) C'est-à-dire, bien clairement, qu'il envisage des " opérations " d'ordre atomique - des changements dans la constitution même de la Matière, ses atomes.
   C'est très mystérieux " pratiquement " (!) mais dans mon expérience physique, corporelle, de maintenant, cela me semble tout à fait possible. Quand on subit ce formidable écrasement, on comprend.
  
  
  208
  
   Le squelette se mettrait à fondre !?!
   Mais si l'on change un point de Matière, que va-t-il se passer dans toute la Matière à l'entour? Est-ce qu'un seul point est séparable du reste ? Dans mon expérience encore, je sens parfaitement que tout se tient, que c'est un seul Corps terrestre. Alors ?... Un formidable changement dans les atomes de la Terre... sans explosion nucléaire ! quelque chose de mieux que leurs " cyclotrons " ou que sais-je ! Simplement ça change d'ordre, comme ces petits " puzzles se renversent pour faire des dessins différents, mais avec les mêmes éléments.
  
  ?
  
   Ce serait merveilleux de redevenir des invertébrés divins, fluides, flottants et légers, comme au début de cette fichue histoire. Mais doués de conscience et pouvant changer de forme à volonté.
  
  *
  
   Maintenant je me souviens : lorsque j'ai dit à Mère, à propos de ce squelette qui deviendrait souple : "  Mais qu'est-ce que le Supramental ne peut pas faire ! " Mère, après un silence, m'a répondu : " Si tu l'as pensé, c'est que tu dois essayer de le faire "......!
  
  22 octobre 1997
  
   Je me dois de continuer - jusqu'au bout. C'est un serment.
   Hier soir, on m'a fait une démonstration saisissante et abominable -- un supplice, ou une agonie de chaque demi-seconde - comme pour me montrer : tu vois ce que c'est l'Agni qui pourrait fondre ce squelette et changer cette Matière. Je n'avais même pas la force de crier. Si j'avais flanché seulement une seconde et dit : je m'en vais, je serais parti.
  
  209
  
   Mais c'est atroce. Comme un déchirement, éclatement partout qui n'en finit pas d'éclater et de déchirer.
   A un moment j'ai balbutié à Sujata : " Je ne sais pas com- ment on peut tenir le coup à des choses pareilles " - elle m'a répondu calmement, froidement : " La Terre ne sait pas non plus. "
   Voilà. Alors tant qu'il y aura un battement de cœur dans ce cœur, on continuera, jusqu'au bout, et que Ta Volonté soit faite.
   Si je tiens le coup jusqu'au 12 décembre, ça ira peut-être mieux après. A moins que Tout ne casse dans l'Inde et le monde. J'attends que ça casse, partout.
  *
  
   Seigneur, je T'ai aimé à travers tant d'existences et de bûchers et de supplices et d'Horreurs - alors je continue pour que toute cette Horreur ne soit plus et que Ton Amour triomphe sur la Terre.
  
  *
  
  Midi
  
   Je viens de relire encore ces Carnets de 84 où je parle si souvent de cette " racine de Douleur " - il n'y a plus du tout de contenu psychologique, même de la psychologie des millénaires et de toutes les vieilles vies d'Horreur : il y a purement et simplement de la Matière (pas même des " cellules " : de la Matière) qui a du mal à supporter l'inconnu d'une autre sorte de Matière... divine. C'est " simplement " de la vieille Matière qui souffre de traverser sa vieille mort pour se transformer en " autre chose " de matériel aussi. Sri Aurobindo m'avait donné un morceau de granit gris- noir. C'est ça, exactement.
  
  *
  
   Il y a quelques jours seulement, j'ai été frappé de tomber sur quelques lignes d'une des dernières conversations avec
  
  
  210
  
  
  Mère (du 8 février 73). Elle dit : " Le corps est fait de même qui doit changer pour que le Supramental pu matière qui est encore très lourde. Et c'est la matiere de
  manifester. >>
  
  23 octobre 1997
  
   Finalement, je crois que toute la difficulté, ce n'est pas celle de mon corps, même squelettique, c'est la difficul du Corps terrestre qui refuse et résiste comme du Fer. Sic poids-là était parti, probablement je serais déja un homme léger ! Ce n'est aucune " loi physique ", c'est la Négation des vieilles lois mortelles de la vieille espece-il faut la délivrer malgré elle. Elle ne veut pas être délivrée, elle préfère sa propre destruction.
   Alors, finalement on se bat contre la destruction de la Terre. C'est la Terre qu'il faut délivrer de ce Monstre-la.
   Le Monstre ne peut être vaincu que pour toute la Terre.
   Le Monstre ne pouvait pas être vaincu du temps de So phocle: il fallait qu'il montre toutes ses dents et détruise sa propre progéniture.
   Mais quels dégâts cruels de pauvres enfants ignorants
  
  
   On comprend bien que cette Besogne-là ne peut pas être faite par des petits saints, mais par des bátards comme moi qui ont trempé dans toute l'Horreur et le Malheur de cette situation.
  
  24 octobre 1997
  
   J'avais écrit cette note pour X, mais c'est trop personnel " - (il disait qu'il aimait l'orgue).
  
  
  211
  
  24.10.97
  
   AX: Tu es sûr que je ne pourrais pas t"offrir un orge pour ma " fête " - cela me ferait tant plaisir, c'est une vieille passion jamais comblée comme si j'étais né musicien sans avoir jamais trouvé mon instrument (et aussi, un peu, comme un marin qui aurait perdu sa coque! je suis né tout sombré, et je ne sais de quelle mer je sors.) (Mais je sais que je sors du ventre des siècles.) S.
  
  *
  
   PS. Je suis né écrivain aussi, et je ne sais pas non plus sur quel mode écrire !
   Finalement, rien ne me comble, que l'infini où " je " disparaît.
   Tout de même, Sophocle me hante... (et Beethoven et Rachmaninoff... et Rimbaud...) (et Voltaire !)
   Quelle vie impossible ! qui devient par son impossibilité même
   J'aimerais me perdre dans un océan de musique.
  
  25 octobre 1997
  
   Le Mécanicien du corps...
  
  29 octobre 1997
  
   J"en suis toujours au point nul avec cette manière de visser la bouche-il n'y en a pas ! Il faut supporter la résistance du vieux Système tant qu'il dure. C'est tout.
  
  
  212
  
  
  30 octobre 1997
  
   C'est la résistance même qui fabrique le moyen nécessaire, à travers la douleur du vieux Système.
   On est happé irrésistiblement vers l'Autre " chose " en dépit de toutes les impossibilités criardes du vieux truc.
   On ne peut pas revenir en arrière, alors... !? C'est à prendre ou à laisser! On ne peut pas vouloir la mort. La Terre est en train d'apprendre à vivre " ça ", sa prochaine étape, et elle ne veut pas apprendre, elle préfère la
  mort.
   C'est toute la question.
   Les Chrétiens ne peuvent pas dire non à la mort ; c'est tout leur Truc sacré qui s'écroule ! Les musulmans, pareils, tout leur sacré paradis d'Allah fout le camp! Et la Science se gratte la tête mais va consulter son compte en banque et son business - c'est tout leur truc aussi qui s'en va en poussière... " Ça " ne se comptabilise pas.
   La guerre et la mort " à réparer " (ou à améliorer), c'est leur truc même. Toute la pharmacie du caméléon s'écroule. Il vaut mieux faire des " pourparlers de paix " avec l'apocalypse. Et ils allument partout leur propre destruction.
   (" Au cas où ", ils envoient des fusées interspatiales pour dénicher Dieu - ou le diable ou le diable - tandis que tout est là, sous leur nez !)
   Les hommes sont tout à fait séniles.
  
  Soir
  
   Mère et Sri Aurobindo m'ont fait un merveilleux cadeau sous forme d'un " petit dessin " de ma Douce - comme si l'on arrivait au bout de ce long chemin... des millénaires.
  
  
  213
  
  
  La Main Suprême à la Terre:
  C'est le moment
  réalise ton rêve.
  
  Bonne Fête, Dhoum!
  
  
  Novembre
  
  217
  
  
  3 novembre 1991
  
   Le " mouvement long " ??
  
  9 novembre 1997
  
   Un mouvement qui semblait acquis ou " compris "> la veille, ne l'est plus du tout le lendemain, chaque jour c'est " autre chose ", c'est-à-dire le chaos perpétuel et usant.
   C'est toute la formule humaine qui doit changer...
   Ça ne peut pas se faire d'un coup, évidemment - mais les coups sont longs.
   Ils savent.
  
  *
  
   Il y a des millions de fibres autour d'un squelette.
   On ne peut pas les changer une à une, c'est tout ce truc qui doit changer... Comment ? S'Ils ne viennent pas donner le " coup de grâce ", des Âges n'y suffiront pas.
   On fait le métier pour toute la Terre.
   Que je vous donne, que je Vous donne que je Vous donne...
  
  15 novembre 1997
  
   Vision de Sujata, ce matin vers 2 h du matin. À l'Ashram, Sujata montait le petit escalier qui conduit à la salle de darshan, en passant par l'appartement de Mère. Arrivée au tournant de ce petit escalier, Sujata voit Mère, debout, en haut de ce petit escalier, toute vêtue de vert lumineux, immobile, et Mère, sans bouger, est restée à regarder Sujata... longtemps, une demi-heure de temps, dans un silence total, et Sujata aussi était dans un silence intérieur total, et tout
  
  
  218
  
  
  était silencieux au-dehors. Pendant une demi-heure! Rien ne s'est passé, sauf ce Silence total et Mère regardait Sujata. Au bout d'une demi-heure, un être vêtu de noir est venu " prendre " Mère ou la rappeler dans ses appartements, estimant que c'était trop long (ou qu'elle allait se fatiguer). Sujata n'a jamais été aussi immobile et silencieuse, comme Mère, pendant si longtemps.
   J'ai demandé à Sujata ce que signifiait ce vert lumineux. Elle m'a répondu : " Sri Aurobindo disait que la lumière verte de Mère, c'était Mère en action. "
  
  *
  
  
   Aujourd'hui, il y a 54 ans, j'étais arrêté par la gestapo. Dans la nuit du 15 au 16, vers le matin, je me suis vu tout d'un coup dans mon lit, penché sur le côté, dans une lumière très dorée, comme sous ma lampe de chevet, et je tenais serrée contre ma joue une photo de Sri Aurobindo que je ne connais pas, seulement sa tête, et je serrais ma joue contre la joue de Sri Aurobindo. Et la lumière dorée était si forte que je craignais que cela n'éveille Sujata dans la chambre à côté, et à ce moment-là Sujata est venue et cela m'a réveillé. Cette photo de Sri Aurobindo avait une couleur brun-doré - mordoré. Et je serrais sa joue contre la mienne. Comme s'il me disait : tu vois, le 15 novembre, je sais... C'était émouvant de " naturel concret ".
   Dans deux jours, il y a 24 ans, Mère partait. C'était la " première guerre du pétrole ".
   Les Américains rassemblent leur armada et porte-avions avec les Anglais, pour tomber sur l'Irak.
   Cette malédiction du pétrole.
   J'attends la " grande panne ".
  ` Les Américains et les Anglais sont les Menteurs no 1 du monde. Ce sont les " dignes " successeurs de Goebbels.*
  
  
  219
  
  
  Comme dans un oeuf
  17 novembre 1997-24 ans
  
  221
  
  
  Soir
  
   Sujata dit : " Mère est totalement en action, sa robe était entièrement verte, sans ombre ni moire ni dessin ou ornement. Et une action silencieuse. "
  
  *
  
   Le 20 novembre au matin, vers 1 h 30, je vois un chakra de fleurs devant... Elle.
   Le chakra = la protection de Vishnou.
   Il y a 24 ans.
   La couleur était rose pâle un peu << fané ".
  
  
   C'était comme devant la grande photo de Mère au-dessus de mon lit.
  
   Tard dans la nuit je suis allé seul m'asseoir au bord de cette tombe pas encore scellée, jusqu'à ce que l'ombre de Pranab vienne faire les cent pas derrière moi.
   J'étais une immense question brûlante et déterminé.
   Trente ans plus tôt j'étais aussi dans une immense question brûlante mais tout était Noir.
  
  
  222
  
  
  
  Peut-être le chakra de Vishnou était-il aussi dans cette cellule, mais je ne le savais pas.
  
  23 novembre 1997
  
   Le corps est comme dans un besoin désespéré de Mère et de Sri Aurobindo.
   Comme s'il était assailli par des siècles de Malheur.
   C'est comme une forteresse inexorable.
  
  24 novembre 1997
  
   Assis sur mes marches, hier soir, j'ai vu quelque chose bouger sur la pelouse devant moi. Je suis allé voir. C'était un crabe ! Un vrai crabe, qui montait vers moi...
   On dirait qu'il était venu me faire un clin d'œil... qu'est-ce qui ne compte pas dans cet univers ?!
  
  26 novembre 1997 matin
  
   Je dormais et j'entendais la forte pluie (il a plu toute la nuit) et soudain j'ai vu une vaste portion de ciel tout doré, mais pas doré uni : comme une mer avec d'énormes taches ou remous circulaires (peut-être chacune de ces taches était-elle cernée d'une légère frange d'écume ?) et ces taches ou remous étaient tout serrés les uns contre les autres c'était immensément doré. Je me suis dit (dans le sommeil): mais il pleut, comment se fait-il que je voie cette aurore dorée ? - et j'entendais très bien le bruit de la pluie.
  
  
  223
  
  
  28 novembre 1997
  
   Je continue de rêver d'écrire une symphonie, et je n'ai que des mots,
  
  *
  
   Belle-Ile : le sourire se creuse dans un pli amer.
  
  29 novembre 1997
  
   B.J.P.
   Ils n'ont pas la foi en leur propre foi.
  
  *
  
   Ils n'ont pas la force par leur infidélité.
  
  30 novembre 1997
  
  Conversation avec Sujata
  
   Quelle grâce d'être ici ! Je ne sais pas pourquoi Mère m'a fait tant de grâce, toute ma vie je me suis pris pour un mauvais sujet (!)
   Vous êtes un " mauvais sujet " pour la vie parce que vous voulez, en sortir... Mais vous êtes un très bon sujet pour Mere parce que vous voulez en sortir! pour suivre son chemin.
  
  
  227
  
  4 décembre 1997
  
   Dissolution de cet infâme " Parlement " de l'Inde.
  
  Soir
  
  *
  
   A propos des tueries à Coimbatore et de ce gouvernement de Madras qui encourage les Musulmans (voilà 50 ans que le gouvernement de l'Inde, de Nehru et Gandhi jusqu'à aujourd'hui, " nourrit le Monstre " pour avoir les votes des Musulmans), je dis à Sujata : j'attends le moment où Sri Aurobindo et Mère, le Suprême, dira " ça suffit "... Sujata me dit : " Depuis deux ou trois jours je sens que "c'est fait" ", comme disent les Anglais : " The Word has gone forth. " Et elle ajoute : je crois que j'ai senti que " ça suffit " était venu, depuis le jour où vous avez vu le " chakra de Vishnou ", (c'était le 20 novembre au matin).
   C'est le 20 novembre au matin, en 1973, qu'ils ont mis Mère dans la tombe.
  
  Conversation avec Sujata
  
  La dématérialisation de Mère et sa re-matérialisation
  Le Secret de la prochaine espèce
  
  (À la suite d'un attentat dans la région)
  
   Quel monstre ils ont nourri dans l'Inde depuis cinquante ans. Cette trahison de l'Inde.
  
   (A propos d'un petit incident le matin même,
  Sujata s'est souvenue d'une ancienne vision.)
  
   Raconte, parce que je trouve ça très-très intéressant.
  
  
  228
  
   Il y a des années que j'avais vu cela, un soir, quand j'étais endormie. Je ne sais pas quelle était l'histoire. A un moment donné j'ai vu Mère qui était debout devant moi, et puis, doucement, elle disparaissait. Je l'ai vue disparaître complètement. Après un bout de temps, peut-être pas au même endroit, à un autre endroit, Mère était là, complètement, tout à fait, et je ne comprenais pas comment. Alors, je ne sais pas si c'était Mère elle-même ou si c'était quelqu'un d'autre qui m'a dit : j'ai compris qu'elle s'était dématérialisée, vous savez, [qu'elle avait] doucement disparu, et puis à un autre endroit, elle est apparue. Je crois maintenant me souvenir que je me disais : comment est-ce qu'elle a pu aller là ? Parce que la porte était fermée et il y avait des murs. Voilà, c'est ça. Alors on m'a dit qu'elle avait reconstitué ses atomes, et puis voilà, elle s'était re-matérialisée.
  D'abord on était dehors, et là c'était probablement un endroit fermé, alors je me disais : comment c'est possible que Mère ait pu rentrer ici?
  
   Tu l'as vue : ce n'était pas subit quand elle a disparu comme ça ?
  
   Non, c'était, comment dire, la substance devenait " ombrageuse "> [nébuleuse], comme ça, et à un moment donné je ne voyais plus rien.
   Et puis, après, c'est comme si elle reconstituait ses...
  
   Oui, ses atomes. J'ai eu de la peine, j'ai dit : Mère était là et pourquoi elle a disparu ? Et après je suis rentrée quelque part, et tout était fermé. Et là, j'ai vu Mère, complètement.
  apparaître
  
   Elle s'est dématérialisée ? Mère, occultement, elle pouvait faire tout ce qu'elle voulait. Mais pourquoi on t'a montré ça ? Et elle se reconstituait, elle se re-matérialisait.
  
  
  229
  
   Oui.
  
   Après son départ, quand je suis allé le premier soir près de ce tombeau qui n'était pas fermé, je me disais : il faut la tirer de là ! Et il y avait Pranab derrière moi qui faisait les cent pas, dans la nuit, et je me disais : il faut la tirer de là.
   Je n'ai jamais cru à cette mort, jamais. Pour moi, c'était, je ne sais pas, c'était abominable, c'était vraiment un crime.
  
  (silence)
  
   Alors ça me frappe, elle s'est dématérialisée, c'est-à-dire [elle a] disparu de nos yeux, et puis elle se re-matérialise. Les mêmes atomes. Comme si nous étions seulement une image, une fausse image de quelque chose d'autre. Les mêmes atomes qui se rassemblent.
   C'était à Land's End que tu avais vu ça ?
  
   Oui, je pense que c'est ici que j'avais vu.
  
   Mais les choses sont tout autre que nous le croyons, que nous le voyons, que nous le pensons, sont tout autre. Il y a un mystère, là. Tu comprends, moi, ce que je vis depuis... hein ! il y a bien dix ans que je le vis et c'est de plus en plus... quoi ? Je dis " écrabouillement " mais quand on dit écrabouillement on a l'impression que c'est quelque chose de l'extérieur qui vient, mais ce n'est pas ça. C'est une agonie abominable, c'est de l'intérieur, de tous ces millions de cellules et d'atomes, que chaque atome, ou chaque cellule a l'impression qu'elle éclate sous une puissance formidable. C'est comme une agonie qui ne meurt pas. C'est abominable à supporter. Alors souvent je me dis: mais enfin, comment est-ce que tout ça n'éclate pas ou quoi ? Comment est-ce qu'on vit ça ? Je dis ça mille fois par jour : comment on peut vivre ça ? Et pourtant ça se vit. Comme si vraiment ces millions de cellules, d'atomes, tout ça et chaque... on dit une masse, n'est-ce pas, mais c'est une innombrable chose
  
  
  230
  
   qui éclate, qui... sous une puissance ou dans une puissance qu'on ne peut pas imaginer. Mère disait : on voudrait faire ça en transe, hein ! Elle disait ça. On aimerait faire ça en
  transe, elle disait, parce que c'est abominable.
  
  (silence)
  
   On se dématérialise tout en restant matériel. Tu vois bien comment je suis le soir, n'est-ce pas.
   Que l'image reste la même, il y a une illusion là-dedans, une formidable, une terrible illusion, qu'on essaie de... oui, je pense à Sri Aurobindo : " Il burinait l'enveloppe noire, l'illusion et le mystère" ". Il dit bien ça dans Savitri : " l'il lusion et le mystère ", mais une illusion... " On rêverait, on voudrait faire ça en transe, disait Mère, on aimerait faire ça en transe, parce que... " Points de suspension.
   On traverse un mur, n'est-ce pas. Et on le traverse innombrablement. Et un mur qui a l'air féroce, qui a l'air inexorable, irréductible. Et voilà plus de dix ans que... et ça n'a pas cessé de prendre des proportions... On ne comprend pas, on ne comprend pas, on vit : on ne sait pas comment. Et c'est vraiment par-delà la vie et par-delà la mort. C'est quelque chose d'autre qui est insupportable, qui est insupportable pour cette image, pour cette apparence, pour ce que nous appelons le physique.
  
  (silence)
  
   C'est ça la prochaine espèce, n'est-ce pas, il faut traverser ce mur, et puis ce sera tout autre.
   Mais c'est le mur de la terre, de toute la terre, et de toute l'espèce.
   Ce n'est pas un individu, ce sont vraiment des millénaires qui sont là-dedans, hein !
   C'est ça qu'on écrase, ou qui éclate du dedans dans sa
  
   Voir Savitri, Livre I, Chant III, Le Yoga du Roi. [N.D.E.]
  
  
  231
  
  réalité mystérieuse. Ce n'est pas un écrasement externe, tu comprends, c'est... Le soir je ne suis pas " montrable ", n'est-ce pas, je suis un... oh!
   Mais enfin, si tu as vu ça, c'est qu'on voulait te montrer quelque chose, nous montrer quelque chose. Quelque chose qui ne concerne pas seulement l'individu ou la personne que nous appelions Mère, que nous appelons Mère. C'est un processus.
   Alors elle sera tout naturellement là, quoi. C'est à nous de la tirer de la tombe, de la faire rentrer dans cette matière que nous connaissons, que nous croyons connaître. " L'illusion et le mystère ", c'est ça que Sri Aurobindo dit, il burinait, il chiselled, il emploie le mot, chiselled out, un noir en bloc, l'illusion et le mystère.
   Non, tu comprends, ce n'est pas des illusions comme nous imaginons les illusions, c'est beaucoup plus phénoménal que ça, beaucoup plus extraordinaire que ça. Et c'est ça le secret de la prochaine espèce. Il faut traverser ce mur-là avec la réalité qu'on est, qu'on est en dépit de ces millénaires, de cette généalogie abominable qu'on a sur le dos.
  
  (silence)
  
   C'est peut-être un miracle beaucoup plus simple qu'on l'imagine.
  
  (silence)
  
   Ah moi, je ne serais pas surpris de voir Mère rentrer dans... peut-être que ça me donnerait une émotion telle que... (Satprem rit) mais c'est quelque chose de plus, comment dire ? C'est quelque chose d'au-delà de ça, c'est la Terre qui les intéresse, c'est vraiment une autre espèce que cette abominable monstruosité humaine - pas humaine, ce mensonge effrayant. Et alors, plus on rentre dans cette fausse matière, plus on voit, on vit, la Cruauté qui est là. Le Mensonge, la Cruauté qui est là. Les forces abominables
  
  
  232
  
  qui luttent pour dominer, pour posséder. Oh c'est... ! On comprend qu'on ne puisse pas faire ça en quelques
  mois ni même quelques années, on casserait en mille morceaux. Combien de fois je dis : mais comment, comment est-ce que je vis, comment est-ce que je peux vivre ça ? Et alors que agonie même, qui ne meurt pas, ça a l'air d'une illusion! Puisque j'arrive quand même - j'arrive !... On vit encore, ce qu'on appelle vivre, mais ce n'est plus la mort et ce n'est plus la vie. C'est ça le mystère, le passage à cette prochaine espèce.
  
  (silence)
  
   Et dans la perception physique, n'est-ce pas, quand... Il y a un moment où je ne suis plus du tout en état de quoi que ce soit, parce que... on est dans l'agonie qui ne meurt pas. Mais quand je suis dans mes esprits, si je puis dire, quand je ne suis pas encore au bout, oui, tout en moi sait qu'il y a un autre côté qui est tout autre. Et il vit parce qu'il sait ou il est déjà, n'est-ce pas, cet autre côté. Comme si tous ces millions de cellules et d'atomes savaient, n'est-ce pas, c'était évident pour eux qu'il y a autre chose, et c'est pour ça qu'ils peuvent vivre en dépit de.
  
  (silence)
  
   Mais on voit bien que toutes ces forces universelles sont déchaînées, elles sentent bien que, hein ! Que leur terre n'est plus solide.
   Elles se sentent déterrées. On a l'air fragile là-dedans.
  
   C'est nous " fragile ", ou ce sont ces forces?
  
   (Rires) Ah non ! Les forces... Hof, peut-être qu'elles se sentent, non, c'est nous qui... on se sent fragile, n'est-ce pas, on sent que s'il n'y avait pas une suprême protection, un suprême regard qui était là, n'est-ce pas, Mère disait :
  
  
  233
  
  on serait déchiqueté. Alors moi, dans quelles conditions extraordinaires on m'a mis, entouré comme ça avec du cœur, de l'amour, et puis, malgré tout ce qui peut être à deux cents mètres plus bas, on sent que c'est protégé, qu'il y a une grâce, quoi. Une grâce merveilleuse... Et on sent bien, alors, individuellement, qu'il a fallu des milliers de malheurs pour qu'une carcasse, un être de cette foutue matière veuille en sortir. Qu'une carcasse humaine ait réalisé, si je puis dire, l'horreur, quoi, et qu'il faut en sortir et qu'on peut en sortir. C'est ça le miracle de Mère et de Sri Aurobindo : on peut en sortir, n'est-ce pas.
   On peut, moi je sais qu'on peut, mais tant qu'on n'est pas au bout, on n'est pas au bout. Mais je sais que c'est ça le fil, la piste. C'est ça. Il n'y en a pas d'autre.
  
  (silence)
  
   C'est très mystérieux, c'est vraiment le suprême mystère, tu sais.
  
  (silence)
  
  Et on sent qu'on est au moment où, n'est-ce pas. Je ne parle pas de cet instant, mais il y a eu le départ de Mère, le départ de Sri Aurobindo, hein ! Alors maintenant, que fais-tu ? Que fais-tu toi, petit bonhomme ? C'est vraiment Eux qui posent la question aux hommes. Hein ? Que fais-tu ? Que veux-tu ?
  
  (long silence)
  
   Je pourrais rester indéfiniment comme ça. Bon, ce n'est pas une question mentale, on est dans une question phy sique à vivre deux choses en même temps, à vivre deux sortes de vies en même temps ou deux sortes d'êtres en même temps.
  
  
  234
  
  
  (long silence)
  
   Qui comprendra Mère ? qui comprendra Sri Aurobindo ? Moi je commence à comprendre ce qu'ils ont fait, parce que je ne pourrais pas le vivre s'ils n'avaient pas... Une des toutes premières visions que j'ai eues c'était ce pot noir n'est-ce pas, dans lequel je devais descendre, il y avait une échelle blanche, bien posée, accrochée au bord de puits, à l'intérieur du puits. (Riant doucement) Qui avait posé l"échelle ? Et on me montrait : les premiers barreaux ne sont pas très bien assujettis, ne sont pas très solides mais après (riant) ça descend tout seul. Qu'est-ce qu'Ils sont pas fait ! n'y a que le Divin, il n'y a que le Suprême qui a pu ouvrir un passage pareil. On voudrait désespérément que les êtres humains comprennent un peu, quoi. Comprennent leur propre... le sens, quoi. Probablement des êtres simples des J, des.... Ceux-là, eh bien ça se passera...
   [Ta vision] ça m'a fait toucher encore une fois ce...
   On se dématérialise et on se re-matérialise, ce n'est pas.. Mais il faut se dématérialiser tout vivant.
   Et on comprend que ce n'est pas pour un individu. On comprend que c'est tout ça, ce globe-là, qui doit émerger dans sa Réalité. Mais l'individu est nécessaire pour...
  
  (silence)
  
   Il faut surtout comprendre qu'il y a une illusion. Il y a une illusion, c'est une illusion à traverser, tout ce que nous appelons la vie, la mort, c'est une illusion, il y a une réalité qui est au fond de tout ça, ou au-dedans de tout ça et qu peut tout changer. Ça, on le sent... c'est évident. Il suffirait qu"Ils fassent pfuitt comme ça, et puis c'est fait, mais il faut le moment.
   Mais il y a une illusion. Il faut vivre dans cette réalité-là dans cette réalité matérielle. Alors ça démolit tout pour que les gens se retrouvent devant rien, devant leur illusion. Mais qui peut supporter ça ? (Riant) Les gens ne supportent pas
  
  235
  
  je néant, le néant de tout ce qu'ils sont, de tout ce qu'ils pensent, de tous ce qu'ils... mais on le démolit pour eux. On oblige tout de même... Tu ris, hein, ma Douce! Qui veut voir ? Qui veut voir ?
   Ah! On comprend tellement comme il a fallu beaucoup de malheurs pour arriver à vouloir la vérité.
   La vérité dans un corps.
   La réalité de ce que c'est.
   Il n'y a rien de plus corporel que l'âme.
   Il n'y a rien de plus corporel que le Divin.
   Tu comprends? Tous ceux qui Le croient ailleurs, c'est là-dedans qu'on Le touche suprêmement, et encore, Il vous le donne au compte-gouttes le " suprêmement ". Mais c'est vraiment là que ça se vit.
   Oh, mais déjà, Mère m'avait dit que, je ne sais plus, cette femme Consul avait dit : si on remettait Satprem dans un camp de concentration, comment est-ce qu'il serait*? J'ai dit à Mère: mais je serais tel que je suis, rien ne changerait! Je serais tel que je suis. Au contraire, au contraire, plus c'est affreux, plus cette réalité jaillit. Elle jaillit par tous les pores. Et puis c'est La Réalité. Le reste, alors, on s'en fout! Ça n'existe pas. Mère m'a répondu : [Selon ces gens] " Pour être comme ça, il faut être en état cataleptique de transe, si tu peux être comme ça..." " Ça n'est possible qu'en état cataleptique de transe", m'a-t-elle dit. Eh bien je ne suis pas en transe et je ne suis pas en catalepsie.
   C'est la femme du Consul qui avait dit ça, hein?
  
   Oui
  
   Cest Madame Consul qui me regardait comme ça, Madame Consul, elle était un peu... (riant) un peu dépassée.
  
   Elle voulait faire une réconciliation avec le christianisme, non?
  
   Voir L'Agenda de Mère, tome 8, 13 septembre 1967. [N.D.E.]
  
  
  236
  
  
   Bah! je ne me souviens plus de ce qu'elle voulait faire.
  
  [...]
  
   C'est là où on a de la peine pour l'Inde, ce pays qui a toute cette connaissance qui est là. Nous, nous sommes malheureusement bâtis occidentalement et ça nous fait une sacrée carapace. Mais là c'est tout prêt à jaillir, très naturellement, et puis, qu'est-ce qu'ils font de ça ? Oui, qu'est-ce qu'ils font de ça ? Là, on a vraiment de la peine pour ce pays.
  
  
  (silence)
  
   C'est ça que tu as vu il y a quelques années. Beaucoup d'années.
  
   Oui, ça fait beaucoup d'années je crois, parce que le souvenir me revient un peu maintenant. J'étais très heureuse de voir Mère: Hou! je te vois après si longtemps comme ça ", n'est-ce pas. Je ne sais pas, c'était un endroit dehors. Derrière il y avait une porte fermée d'une maison, et quelque chose est arrivé, quelqu'un est arrivé avec une histoire ou quoi et Mère s'est dématérialisée. Il y avait probablement cette question de... probablement Mère voulait montrer comment elle le faisait, comment. Et ça m'a beaucoup peinée, j'ai dit : " Oh pourquoi ? Mère était là, pourquoi elle a disparu ?" Après je suis rentrée dans la maison, tout était fermé. Il y avait aussi deux-trois autres personnes dans la chambre, et puis tout d'un coup, dans un coin, on a vu apparaître Mère. Elle s'est reconstituée, et il y a le mot par " translation " qu était là, voyez, comme si ses atomes étaient transférés ailleurs par... je ne sais pas, c'est le mot qui m'est resté.
  
   " Translation " oui. Oui, je vis ce mystère, mais ça existe. C'est ça que je veux dire. Ça existe. Il y a quelque chose d'extraordinaire qui est là et qui est vivable pour des êtres humains à condition qu'ils soient prêts, qu'ils se donnent, qu'ils... et qu'ils traversent. Si c'est possible dans un body
  
  
  237
  
  c'est possible dans tous les bodies qui sont consentants ou simplement sincères.
  
   Mais aussi pour les autres corps, n'est-ce pas, les bodies comme vous dites, il faut aussi avoir un peu de connaissance et de compréhension, non ? Que ce sont Eux qui portent, ce sont Eux qui font faire.
  
   Mais oui, on essaie désespérément. Moi par... j'ai écrit mais on se dit toujours que c'est très pauvre, ce qu'on peut faire passer. On essaie de faire passer quelque chose par les écrits, mais...
  
   Oh! ça passe!
  
  (silence)
  
   C'est très hermétique (riant) comme dit Robert Laffont.
   Il faut que quelques points de conscience soient saisis.
   Je crois que les choses sont dans l'air et que, tout d'un coup, comme pour Robert quand il a lu ma Clef des Contes, tout d'un coup on sent qu'il a compris quelque chose. Ça l'a bouleversé. Eh bien s'il y a quelques consciences comme ça qui sont... L'exemple de Robert est merveilleux. On sent que quelque chose s'est déchiré dans sa conscience et l'a bouleversé. Il faut comme ça des points. Tout d'un coup il a touché La réalité, et il y a une réalité qui dépassait son mental et qui l'a saisi.
   Perpétuellement je me dis : je devrais écrire encore, je devrais écrire, je devrais dire et puis je me dis: quoi, qui ? Et puis je ne sais plus dire.
  
   Non, ça, ce n'est pas vrai, je ne suis pas d'accord, mais ce qui se passe avec vous, c'est que, constamment quand vous allez écrire, vous pensez: oh, c'est déjà dépassé. (Riant) Oui, voyez, " c'est déjà dépassé ", mais ce n'est pas dépassé pour les autres !
  
   Oui, mais quel langage employer, n'est-ce-pas ?
  
  
  238
  
   Le langage viendra, ce n'est pas...
  
   On se dit : j'en ai assez écrit, qu'est-ce que je vais encore
   Pourtant, on aime ces hommes, malgré tout, on voudrait pour eux. On ne peut pas se mettre à aller dehors et puis faire du théâtre, n'est-ce pas, ce n'est pas possible.
   En tout cas, il y a le chemin, il est là, il est là tout fait. Ça existe, ça, je peux témoigner de ça en tout cas, et ça, j"ai beaucoup essayé de dire que ça existe.
  
  6 décembre 1997
  
   Je demande à X et Z de mettre en route ces " Carnets d'une Apocalypse "... quand ils auront le temps.
   Il me semble toujours que tout cela est " dépassé... Comme je disais à X : " Ce seront peut-être des documents de la préhistoire humaine " (!)
  
  17 décembre 1997
  
   Impression d'être dans un étrange monde, un peu perdu.. comme en attente de quelque chose.
   J'ai dit cela à Sujata -- cela lui a rappelé sa vision de ces éléphants' à l'horizon, rangés en ordre de bataille, avec un cheval blanc qui devait donner le signal...
  
  *
  
   Ó Mère, comme Tu nous manques.
  
   Voir Carnets d'une Apocalypse, tome 16, 26 novembre 1996.
   [N.D.E.]
  
  
  239
  
   The Son of Lightening - 12 décembre 1997
   Sujata a 72 ans
  
  241
  
  
   Au bout du compte, je n'ai rien d'autre à dire : je Vous AIME.
   Et c'est la Réalité de l'univers.
  
  24-25 décembre 1997
  
   Le bûcher.
   Cette terrible vision (Ce n'est pas " voir " : c'est être dans.)
  
  26 décembre 1997
  
  Conversation avec Sujata
  
  Une vie passée
  Les quatre prêtres
  La nourriture divine vomie
  La mappemonde basculée et élongée, bleue
  
   Nous sommes le Boxing day [le lendemain de Noël], (rires) vous savez?
  
   Non.
  
   Le 26 décembre, on l'appelle Boxing day.
  
   (Riant) Ah oui ! Quelle drôle d'idée.
  
   Je ne sais pas. Alors, racontez-moi ce que vous avez vu.
  
   Eh bien, ce n'est pas drôle. En fait, c'est ce matin que j'ai vraiment compris. Je n'ai pas voulu regarder cette vision.
  
  
  242
  
   C'est ce matin que j'ai compris.
  
   C'était la nuit d'avant, non?
  
   Oui, c'était la nuit d'avant, dans la nuit du 24 au 25 décembre, dans le premier sommeil, et j'ai compris. C'est une vision d'une vie antérieure.
  
   Oh!
  
   Je ne sais pas, ça m'a frappé. Je peux te dire simplement: ce sont deux images, trois images plutôt, brèves. Je ne comprenais pas ce que j'avais vu, et puis tout d'un coup ce matin, j'ai voulu regarder cette chose, et j'ai compris.
   Alors la première image, c'était à onze heures du soir- je te dis, dans le premier sommeil, c'est-à-dire le sommeil le plus profond. J'ai vu quatre prêtres, vêtus de noir, avec une cape sur le dos et ces vêtements noirs, qui rentraient dans une église. Je les voyais de dos. Ils rentraient dans une église, qui n'avait pas l'air d'une grande église, mais ça me donnait, dans la vision même, une impression sinistre, ces quatre prêtres noirs, vêtus de noir, qui rentraient la porte d'une église.
  
   Ils étaient habillés complètement...?
  
   Complètement.
  
   Jusqu'aux pieds?
  
   Jusqu'aux pieds. Tu sais, une grande robe noire et puis une cape noire sur le dos. Je les voyais de dos, ils rentraient dans cette église. Ils rentraient dans cette église, ça, c'est l'image qui m'a frappé. Et alors, après, la deuxième image: tout d'un coup, j'ai regardé mes doigts, et j'ai vu que mon doigt brûlait. Et alors je me disais : " Mais je suis vivant, et ça brûle ! " Ça s'est arrêté là, l'image. La troisième image:
  
  
  243
  
  il y avait des cendres, et dans ces cendres, il y avait comme des morceaux qui étaient mal brûlés, tu sais comme quand il y a du bois qui est complètement carbonisé, comme le matin dans nos foyers, complètement carbonisés et noirs, mais qui étaient encore chauds, et puis beaucoup de cendres. (Riant) Et après je me suis mis à nettoyer ÇA! Et après j'ai compris: ILS M'ONT FOUTU SUR LE BÛCHER ! "
  
   Oui, j'ai compris tout de suite. Oui, oui, oui tout vivant.
  
   Tout viv... Je regardais mes doigts, je me suis dit : " Mais je suis tout vivant! "
  
   Qui, oui.
  
   Je ne sais pas, ça m'a donné une impression... SI Terrible. Et j'allais balayer ça, je ne voulais pas comprendre. C'est surtout cette image, probablement c'est ce que mes yeux ont dû voir, la dernière vision de mes yeux vivants qui ont vu ces hommes qui rentraient, et puis... eh bien je brûlais.
  
  (silence)
  
   Alors c'était si... cette sensation, je voyais mes doigts, j'ai dit: mais je suis tout vivant. "
  
   C'était une sensation de brûlure ou...
  
   Non, je voyais le feu dans les doigts.
  
   Ah, vous avez vu le feu.
   J"ai vu le feu dans, pas sur mes doigts, mais dans mes doigts. Je me disais : mais je suis tout vivant ! Ce n'était pas une sensation de brûlure, tu comprends, c'était... je ne sais pas, c'était étrange.
   C'était simplement ces deux choses-là, mes doigts: mes
  
  244
  
  doigts qui brûlaient, et ma conscience qui disait, mais je suis tout vivant. Et surtout ces quatre hommes. Ils avaient un air, ça avait un air sinistre, toute la chose, tu sais c'était comme une image qui est gravée.
  
   Ah oui ! ça reste gravé pendant des vies.
  
   Ah oui !
  
   Et votre nettoyage.
  
   Et après j'ai nettoyé.
  
   C'était pour essayer de balayer tout ça de la conscience.
  
   Probablement, oui.
   Il y avait des bouts qui... c'étaient probablement des os n'est-ce pas, qui étaient carbonisés, et puis beaucoup de cendres, mais quelques morceaux qu'on trouve, comme tu sais, quelquefois dans son foyer, des morceaux de bois qui n'ont... Et je nettoyais tout ça -- le nettoyage était long. Quand je le faisais, je ne comprenais pas, n'est-ce pas. Je le faisais, c'est tout.
  
   Oui.
  
   Et puis c'était si sinistre quand j'ai repris conscience, que j'ai balayé tout ça, sans vouloir comprendre.
  
   Ça vous est revenu seulement hier soir?
  
   Non, c'est ce matin.
  
   Parce qu'hier soir, vous m'avez demandé...
  
   Oui, c'est une autre vision plus tard que je vais te raconter
  
  245
  
   Oh!
  
   Mais c'est seulement ce matin que j'ai tout d'un coup regardé ça, et j'ai compris.
  
   Oui, mais c'est très... j'ai compris tout de suite.
  
   Moi je n'ai pas compris. Je n'ai pas voulu comprendre probablement, et c'est ce matin, c'est-à-dire vingt-quatre heures après, que je me suis dit : ah, c'est ça ! C'est pour ça que j'étais absorbé.
   Oh ! je comprends, on comprend beaucoup de choses... de ces aversions, tu sais, spontanées, naturelles, qu'on a pour certaines choses. Cette Eglise m'a toujours...
  
   Ah oui.
  
   ...rempli de révolte. Révolte, et j'ai toujours senti qu'il y avait quelque chose d'outrageant et d'infâme dans cette Église.
  
   Sinistre.
  
   Sinistre, oui. Alors maintenant, ils nous font des beaux sourires fardés avec des paroles cérémonieuses et puis... enfin. Ils font leurs boniments.
   Bon, je ne veux plus y penser, ma Douce, simplement J'ai... tout d'un coup c'est redevenu tellement vivant que... Je suis dans l'émotion de... Comme si je m'expliquais beaucoup de choses de mon enfance et de mes pensions chez ces traîtres. Oui, ça a dû me marquer sans que je comprenne, n'est-ce pas, pendant des années, sans que je comprenne. Et puis ça, c'est une fois, hein ! Qu'est-ce qui s'est passé encore, on ne sait pas.
  
   Ou après.
  
  
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   Ou après (rires), Oui,
  
   Moi aussi, cette nuit j'ai fait un très long rêve, très long. Comme si nous étions ici, chez nous, mais toutes les pièces étaient un peu différentes, vous comprenez. Et sur mon lit, se trouvait un garçon, peau claire, très jeune, peut-être douze-quatorze ans, pas plus que ça. Peau claire, mais pas occidental, je dirais. Je pensais que c'était quelqu'un de bas niveau socialement. Mais il se trouvait assis sur mon lit et je le nourrissais un peu. Et puis il ne voulait plus en prendre. Il est resté silencieux un moment, comme s'il essayait de se reprendre, et puis il m'a fait signe qu'il avait envie de tout rejeter. Alors je dit : " Allez voir devant mon lit. " (Rires) Et puis j"ai trouvé un tout petit pot, j'ai mis comme ça (geste).
  
   Sous sa bouche.
  
   Oui, sous sa bouche, sous le menton pour que... Mais ça n'a pas suffi, il n'a pas cessé de vomir et vomir et vomir et vomir.
  
   Oui.
  
   C'était non seulement... J'ai pris un deuxième un pe plus grand, tout ça, c'était plein, mais tout débordan mon lit en était plein, mon... c'était tout trempé ! Mes vêtements étaient tout trempés, tellement... Mais c'ha du liquide.
  
   Oui.
  
   Je ne sais pas, ce n'étaient pas des choses comme c'était... je ne sais pas ce que ça veut dire, ce que c'est.
  
   Oh, moi je comprends ! Mais j'aimerais bien comprendre qui ça pouvait être.
  
  
  247
  
   Je ne saurais pas vous dire.
  
   C'est sûrement... je ne sais pas, c'est un Indien, n'est-ce pas ?
  
   J'ai pensé que c'était un Indien, mais il avait la peau bien claire.
  
   Oh, il y a des Indiens qui ont la peau bien claire !
  
   Oui, je ne saurais pas dire. Et alors tout était trempé de ces vomissures.
  
   Je comprends bien, mais... n'est-ce pas, c'est quelqu'un que tu as dû nourrir, c'est-à-dire à qui tu as donné une nourriture divine.
  
   Oh!
  
   N'est-ce pas, une nourriture: LA nourriture.
  
   Oh!
  
   Et automatiquement, quand il en a pris une bouchée toutes les saletés de son être sont sorties.
  
   Oooh!
  
   Ça a automatiquement poussé dehors toutes les saletés de son être.
  
   Oooh!
  
   Ils ne peuvent pas supporter une nourriture divine, ma Douce, purement divine, sans que ça fasse tout sortir.
  
   Oui, oui, en fait c'était comme un bol de soupe que vous
  
  248
  
   avez, seulement c'était plus rose, avec des fleurs roses autour, voyez, et je crois que c'était quelque chose de bon que j"offrais.
  
   Mais oui, bien entendu.
  
   Il a pris deux-trois et puis...
  
   Il ne pouvait plus.
  
   Non.
  
   Bien entendu. C'est très symbolique, ma Douce, de ce qui se passe en général.
  
   Qui ça pouvait être, je ne sais pas.
  
   Je ne sais pas.
  
   Ce n'était pas quelqu'un avec un gros visage, non, plutôt mince.
  
   Mais c'est une image très exacte de ce qui se passe, ma Douce. Les êtres ne peuvent pas supporter quelque chose qui soit un peu purement divin sans que ça... ça les rend malades!
  
   Je n'ai rien compris, je dis seulement le fait que j'ai...
  
   C'est très clair pour moi, c'est clair pour moi. Est-ce que c'est symbolique ? Est-ce que c'est ? Tu sais tout est symbole, ma Douce, aussi. Mais c'est une image exacte, la vraie chose divine, eh bien, il faut la donner à microscopiques doses.
  
   Peut-être, oui. J'avais une chemise un peu rouge, presque, plus que rose, presque rouge, et j'ai vu que tout était
  
  
  249
  
  comme ça, vous savez.
  
   Oui, ma Douce.
  
   (Riant) Évidemment je voulais prendre un bain après.
  
   Eh bien oui, bien sûr.
  
   Je voulais enlever tout ça.
  
   Ça doit être quelque chose de symbolique, peut-être. Enfin, ça peut être un individu qui est venu dans ta conscience, n'est-ce pas, mais l'individu est symbolique de beaucoup d'autres choses.
  
   Je me suis demandé qui ça pouvait être... parce quej hier, je me suis beaucoup penchée sur P.E., voyez, mais il n'y avait nulle ressemblance.
  
   Nulle ressemblance, oui. C'est possible, ma Douce.
  
   Je ne saurais pas dire qui c'est.
  
   Oui mais enfin, tu as fait du travail, tu as fait du travail, ma Douce, et puis... C'est ce qui se passait pour Mère, elle nous donnait les nourritures divines et puis elle recevait nos vomissements.
  
   Oui.
  
   (Pleurant) Ah oui ! Oh ! La loi divine sur la terre, c'est poignant!
  
   Oui, oh oui !
  
   Ils ont TOUT pris sur Eux.
  
  
  250
  
  
   Qu'est-ce qu'Ils n'ont pas pris, hein !
  
   Oh oui !
  
   Et Mère surtout.
  
   Oh oui ! mon Dieu.
  
   Voilà, je vais vous laisser
  
   Mais j'aurais voulu te raconter l'autre chose que j'ai vue
  
   Oui.
  
   Oh, ça va te mettre très en retard.
  
   Ça va aller, mais oui, ça ne fait rien.
  
  (pause)
  
   Alors c'était dans cette même nuit, du 24-25, mais c'était vers le matin. C'était tout autre chose, ça n'a rien à voir C'était dans ma chambre. Avant, je ne sais pas ce qui s'était passé, j'ai une vague impression que c'est en avant, mais c'était dans le mental, et puis tu sais, on passe d'une chose à l'autre.
  
   Oui, tout à fait.
  
   Mais le fait physique, alors là, l'image que j'ai vue: j"ai vu mon globe, mon globe terrestre. J'étais penché sur lui - n'est-ce pas : il est petit ce globe...
  
   Oui.
  
   Pour essayer de comprendre quelque chose, quelque pays ou quoi... Je le regardais, et puis j'avais du mal à voir. Et
  
  
  251
  
  alors tout d'un coup il y a une -- oui, c'est ça qui est resté -- tout d'un coup, il y a quelqu'un ou une main, ou quelque chose, qui a fait basculer cette mappemonde. Et alors, c'est comme si tout d'un coup je voyais ce globe, alors immense, d'au-dessus, quand il a basculé.
  
  
   Parce que ça veut dire que le globe était tombé par terre?
  
   Non, c'était comme penché ou renversé, pas par terre, penché. Mais alors là, tout d'un coup ce globe, je le voyais d'au-dessus et il n'avait pas la forme ronde, il avait une forme comme -- comment appelle-t-on ça en géométrie, je ne pourrais pas le dire...
  
   Arc de cercle?
  
   Non, au lieu d'être une boule ronde, c'était une boule comme très élongée.
  
   Elliptique.
  
   Oui, très élongée, n'est-ce pas, en forme... quelle forme pourrais-je dire ? Comme sont un peu quelquefois les dirigeables, tu sais.
  
   Oui.
  
   Un peu en fuseau, aplatie -- pas aplatie, plate, n'est-ce pas. Tout d'un coup, et c'était très grand, c'était aussi large que ma chambre. Je le voyais d'au-dessus, il y avait surtout du bleu, il y avait surtout de la mer, n'est-ce pas, comme s'il y avait surtout de la mer. C'était un beau bleu, je ne pourrais pas dire, lumineux, mais c'était un bleu...
  
   ...agréable.
  
   Oui, un bleu agréable. Il y avait peut-être des continents,
  
  
  252
  
  
  je ne les distinguais pas, j'étais surtout frappé par, tout d'un coup, ce globe que je voyais d'au-dessus et qui avait cette forme, je ne sais pas comment on dit ça en termes géométriques. Ce n'est pas aplatie, tu comprends, c'est une forme sphérique, mais...
  
   Très légèrement sphérique.
  
   Oui, très légèrement. Surtout - comment dire ? Je ne pourrais pas te dire, je ne saurais pas dire le mot mathématique.
  
   Ça ne fait rien, j'ai saisi un peu l'image. Et alors?
  
   C'était un peu lumineux - pas lumineux mais... simplement j'étais frappé : " Qu'est-ce que ça veut dire ? Mon globe qui... quelqu'un l'a fait basculer, puis je le vois d'au-dessus et il a changé de forme, il est beaucoup plus vaste, il est beaucoup plus... " Oui, je dirais un peu comme on verrait un dirigeable, vu d'au-dessus. Tu sais, ces choses gonflées, qui ont des formes de fuseaux, un peu. Assez lumineux. Mais j'étais un peu sidéré de voir ma mappemonde (riant) qui tout d'un coup bascule et puis je la vois d'en haut... Je ne sais pas ce que ça veut dire, quelquefois dans les rêves il y a des choses comme ça, bizarres. Ça, c'était le matin.
  
   Mais ça doit dire quelque chose.
  
   Je ne sais pas quoi. Voilà, c'est tout, si je trouve le mot, je te dirai le mot que ça a. Mais ça ne m'est pas venu.
   J'aime mieux qu'on arrive au 21№ siècle que d'être encore au 15 ou au 16e! (Rires)
  
  253
  
  27 décembre 1997
  
   Cette nuit, j'ai vu : je broyais de la poudre (de couleur orange-rose pâle) dans un mortier, sous la direction immédiate de quelqu'un qui regardait et vérifiait. J'étais exactement comme un ouvrier (près du garage ou dans le garage). Le "patron" regardait qu'il ne reste pas le moindre grain mal écrasé.
   [Vers la fin, il me semble qu'il y avait encore une sorte de bloc de cette pâte que je devais écraser (c'était un peu plus jaune) et je remarquais que c'était plus " pâteux " ou gélatineux - je disais : oui, quand c'est à l'air, ça s'humidifie. Mais je la prenais pour l'écraser et la réduire en cette même poudre de couleur rose-orange.] Cette fin de vision me semble moins claire.
   En tout cas, j'étais un ouvrier et je travaillais directement sous la direction de... " quelqu'un ">.
  
  28 décembre 1997
  
  
  
  
  Conversation avec Sujata
  
  L'ouvrier
  Le mortier et la poudre
  
   (Sujata chante)
   Qu'est-ce que tu me racontes ?
  
   (Rires) On est contents parce qu'il est venu ou pas venu!
  
   Il ?
  
   Il: je suppose que c'est monsieur le Soleil (Satprem rit).
  
  
  254
  
   On ne sait pas s'il est là ou pas la.
  
   Il n'a pas envie de voir tous ces...
  
   Mais ce n'est pas mal, de temps en temps, il peut... nous sourire, non?
  
   Oui, oui, ma Douce. En tout cas, il sourit à travers (rires).
  
   Mieux: il peut sourire directement. Et je ne verrais pas d'inconvénient.
  
   Ma Douce...
  
   Ah mon Aimé ! Alors, dites-moi, qu'est-ce que Masha a vu? C'était avant-hier soir, donc.
  
   Attends, je ne sais plus quand j'ai vu ça. J'ai mis une date. Pardon. (Satprem cherche) C'était dans la nuit du 2 décembre.
  
   27-28.
  
   C'était peut-être... Ça doit être dans la nuit du 26 au 27. Du 26 au 27, après cette terrible vision. Oh! ça m'a secoué cette vision ! Ah! parce que tu comprends, ce n'est pas voir, c'est qu'on est dedans.
  
   On re-subit l'expérience.
  
   Eh oui, on est dedans tout vivant, ce n'est pas qu'on voit comme au cinéma, tu comprends. Mon Dieu.
   Oh oui ! il faut que cette HORREUR de monde change, mon Dieu ! Ah! ça a mis en moi une détermination encore plus grande, encore plus désespérée de... plus-plus-plus de tout ça !
  
  
  255
  
   Oh! plus jamais.
   [...]
  
   En fait on incarne chacun..
  
   Un côté du Divin
  
   Un côté du Divin ou un côté de l'expérience divine sur la terre, parce que c'est Lui qui.
  
   Mais oui, c'est Lui.
  
   C'est Lui qui PORTE.
  
   Mais oui, et c'est Lui qui fait l'expérience.
  
   On s'imagine que le Divin c'est quelque chose au-dessus.
  
   Oh, Il est tellement dans la Matière.
  
   Oui.
  
   Il vit chaque instant, chaque fraction d'instant dans la Matière.
  
   Oui. Mon Dieu.
  
   Alors, racontez-moi ce que vous avez vu.
  
   Oui, tout d'un coup, j'étais replongé dans tout ça.
  
   Oui.
  
   C'est ça, en fait toute cette humanité, elle en a assez. Elle en a assez, elle-même elle se détruit parce qu'elle en a assez. Et elle ne voit pas le sens.
  
  
  256
  
   Oui, oui.
  
   On a dû, à travers des vies, essayer de s'évader de toutes sortes de façons, n'est-ce pas, de vouloir sortir de tout ça, des bonnes et des mauvaises. Plus souvent des mauvaises que des bonnes. Mais moi j'ai toujours senti une espèce de... quelque chose de mon enfance, une espèce d'incom préhension de tout ça. J'étais réconcilié avec la terre quand j'étais en mer.
  
   (Riant) Oui, oui.
  
   Oui, alors écoute c'est une drôle de vison, c'est curieux, c'est tout à fait physique, mais je ne sais pas ce que ça veut dire. J'étais comme du côté du garage, par-là, je ne sais pas exactement et j'étais vraiment un ouvrier, et alors je broyais avec un mortier, je broyais de la poudre, de la poudre, oui, une poudre qui avait une couleur orange, un peu rose, un peu rose-orange. Ce n'est pas orange guéroua mais...
  
   C'était plus rose que...
  
   Oui, et alors il y avait mon patron, celui qui me conduisait. Il était là très concrètement et il surveillait ce que je faisais, n'est-ce pas, il regardait et il voulait bien voir que dans cette poudre il ne restait pas le moindre grain de... un peu...
  
   Solide ?
  
   Un peu solide ou un peu...
  
   Ah oui, je comprends: qu'il n'y avait pas de grumeaux dedans.
  
   Oui, c'est ça. Je broyais ça, il regardait, il était là, n'est-ce
  
  257
  
  pas, physiquement, à me diriger C'était comme mon patron, si tu veux. Et j'avais la sensation d'être un ouvrier, comme J peut-être, un ouvrier, tu comprends ? Alors je broyais cette poudre et à un moment j'ai vu un autre... dehors, en dehors du mortier, comme un autre bloc d'une pite, quelque chose d'un peu pâteux ou gélatineux qui avait une couleur encore un peu jaune, jaunâtre, n'est-ce pas. Alors je devais le mettre dans le mortier pour le... Et c'était plus pâteux, ça. Alors je me disais: ah tiens, à l'air ça s"humidifie, quand c'est à l'air ça s'humidifie.
  
   Tandis que là, c'était de la poudre.
  
   Oui, alors je me disposais justement à prendre une cuillère, si je puis dire, de cette chose -- c'est là où je me suis rendu compte que c'était pâteux. Un petit bloc, tu comprends, ça avait quelques centimètres de... Et lui regardait; ce qui me frappait c'est que j'étais vraiment un ouvrier et lui, il était comme un patron, et il était là, c'est lui qui regardait, qui veillait, qui me dirigeait.
  
   Vous n'avez pas le souvenir des paroles?
  
   Oh, il n'y avait pas de paroles, c'était plutôt moi qui me faisais des réflexions.
  
   Comme si c'était sa pensée qui... non ?
  
   Je ne pourrais pas dire.
  
   Je veux dire: comment dirigeait-il ?
  
   Eh bien il était là, comme sur mes épaules (rires) et il regardait qu'il n'y ait pas de... oui, comme tu dis, de grumeaux ou de grains, de grains. C'était si extraordinairement physique, n'est-ce pas, matériel. Alors je me suis demandé: qu'est-ce que c'est que cette poudre que j'écrase ? (Sujata rit)
  
  
  258
  
   Oui, dans cette poudre il ne devait pas...
  
   Oui.
  
   Tout devait être en smoothness [égal, doux], vous comprenez, absolument.
  
   Oui, c'était une poudre, vraiment.
  
   Oui, tout à fait.
  
   Tout à fait.
  
   Tout à fait. Mère parlait de poudroiement, vous vous souvenez ?
  
   Ah oui, mais c'était...
  
   Oui, mais alors, dans la matière, ce n'est plus doré, c'est orange, vous comprenez ? C'est la matière de ce monde que Sri Aurobindo appelle Supramental, monde de Vérité-Conscience, n'est-ce pas. Dans ce monde la couleur c'est plutôt rose-orange.
  
   Oui, c'est... ça fait orange, la tonalité est plus orange q rose, mais ce n'est pas un orange comme les oranges: fruit par exemple, tu comprends.
  
   Ce n'est pas comme des mandarines.
  
   Non, ce n'était pas lumineux, je ne peux pas dire du to que c'était lumineux. Mais c'était joli de...
  
   Tonalité.
  
   De tonalité, tu comprends?
  
  259
  
   Oui, je comprends.
  
   Alors je me demande... tu dis, toi, que c'est le poudroiement doré que Mère voyait tout le temps? Que c'est ça, qui dans la matière...
  
   Oui, et c'est un travail que vous faites, vous boulonnez.
  
   Ah oui ! je boulonnais comme un bon ouvrier. (Riant) Enfin bon, je n'en sais rien, mais en tout cas, comme un ouvrier, et puis j'aime que les choses soient bien faites.
  
   Eh oui, et votre patron veillait à ce que ce soit vraiment bien fait.
  
   Oui.
  
   Vous n'avez pas le souvenir de votre patron?
  
   Ah! du tout. C'est comme s'il était, je te dis, derrière mon dos (riant) ou sur mon dos!
  
   Il n'était pas devant?
  
   Non, il n'était pas devant moi, du tout, il était là, à côté de moi, ou derrière moi ou quoi, ou au-dessus de moi, mais un au-dessus matériel, je te dis: comme moi je pourrais regarder le travail de J.
  
   Vous savez, je vais vous raconter une histoire. Je travaillais donc dans mon laboratoire. Mère venait souvent, elle m'apportait des choses pour faire mes polish [cires] ou des choses, des ingrédients comme ça. Alors je broyais tout ça, je faisais un mélange, et un jour comme ça, Mère est venue, elle a regardé, et puis elle nous a raconté une histoire -- nous étions plusieurs. En tout cas au moins Pavitra-da, Gautum et moi, et nous étions là.
  
  260
  
  Et Mère m'a dit que c'était une histoire gujaratie: il y avait un guru avec un disciple, et le guru devait aller dans un autre village, pour conduire certaines fonctions, j'imagine. Et il a laissé son disciple s'asseoir sous un arbre et puis broyer quelque chose. Il devait le faire: broyer, broyer. Le guru est parti, le disciple, avec une grande fidélité a continué à faire ça. Il n'a pas bougé. Le guru pensait que dans un ou deux jours il serait de retour, mais une semaine s'était écoulée quand le guru est revenu: le disciple n'avait jamais arrêté de faire ce que le guru avait dit. Et quand le guru est arrivé, il a vu qu'en faisant constamment -- il y avait un peu de poudre qui se répandait, n'est-ce pas, parce que la poudre, ce n'est pas une pâte qui reste sur place, ça se répand dans l'air. Alors le disciple était tout changé, tout transformé avec cette poudre, voyez.
   Votre histoire, votre vision plutôt m'a rappelé [cette histoire]. Alors je pense que c'est la même chose que vous faisiez. Mais ça, pour le disciple, c'était le disciple. Tandis que votre boulot, c'est terrestre.
  
   Je ne sais pas, mais enfin.
  
   Je ne sais pas, moi je vous dis un peu ma sensation.
  
   Oui, on voudrait que tout change, n'est-ce pas, le " moi>, ça ne m'intéresse pas du tout.
  
   Mais non, mais le disciple non plus, il n'était pas intéressé par le " moi ", seulement il faisait ce que le guru lui avait dit de faire. Et votre cas, c'est le même, n'est-ce pas, on vous dirige: " Fais ceci " et vous le faites. Et avec une grande... comment dire... honnêteté, honesty (pour être précise): il faut que ce soit bien fait.
  
   Ah, ma Douce!
  
  
  261
  
  
   Alors ce poudroiement...
  
   Vraiment, quand on a vécu tout ce que j'ai vécu, et dans un passé que j'ignore à part quelques points, vraiment on ne peut plus vouloir que ça continue comme ça. Désespé-
  rément on essaie! Ou on voudrait.
  
   Et puis il n'y a pas si longtemps vous avez vu le globe renversé.
  
   Eh bien oui, mais ça je ne sais pas ce que c'est que cette vision.
  
   Oui, c'est le globe qui est renversé (Sujata rit).
  
   Je ne sais pas, je ne sais pas ce que ça veut dire. En tout cas j'ai l'impression que maintenant c'est plus monstrueux que ça n'a jamais été.
  
   Ah oui! oh oui ! parce que tout ce qui était caché, souterrain: maintenant tout est sorti au grand jour. Alors quand on voit de ses propres yeux...
  
   Oui.
  
   Oui, mon Doux, on voudrait tellement que ça change.
  
   C'est surtout l'Inde, parce que là c'est une telle peine de voir qu'il y a cette richesse qui est là, n'est-ce pas, cette connaissance. Vraiment ils ont été suprêmement doués et gâtés par... et qu'est-ce qu'ils font. Pour moi c'est une espèce d'incompréhension, je n'arrive pas à comprendre comment c'est possible.
  
   (Riant) C'est le cas : spare the rod and spoil the child [ménagez le bâton et gâtez l'enfant]. Vous savez, on a été tellement gâtés.
  
  
  262
  
   Vraiment on a l'impression qu'il faut quelque chose très radical. N'est-ce pas, ce n'est pas dans les habitudes de Divin de faire des choses drastiques.
  
   (Riant) Oooh! je ne sais pas.
  
   Oui, on ne sait pas, ma Douce,
  
   Il a donné suffisamment de signes,
  
   Oui. Ah! je me souviens de cette phrase de Sri Aurobindo: And fate will not be till the work is done. " 
  
   Oui, exactement: till the work is done.
  
   Voilà, ma Douce.
  
   Voilà, voilà.
  
   Mais c'est vrai que dans le body, on a la sensation d'être tout à fait broyé, écrasé, vraiment broyé.
  (silence)
   Oh, ma Douce! Oui, je t'adore.
  
  (plus tard)
  
   Alors ce matin, quand nous avons parlé, je n'ai pas dit au complet. J'ai parlé de ce que Mère nous a raconté.
  
   Oui cette poudre.
  
   Cette poudre n'est-ce pas, le disciple qui... dans un mortier
  
   *La phrase exacte est: And belief shall be not till the work is done [Et la foi ne sera point jusqu'à ce que l'oeuvre soit accomplie Savitri, Livre I, Chant IV, Sri Aurobindo. [N.D.E.]
  
  
  263
  
  il continuait à écraser. Ce que je voulais dire -- c'était dans ma tête, mais je ne l'ai pas énoncé clairement, c'était que dans votre cas, le mortier c'est votre corps même.
  
   Qui.
  
   Vous comprenez, c'est ça, ce n'est pas quelque chose d'extérieur à vous. Ce n'est pas de la poudre qui est dans l'air, qui se répand dans l'air, que le corps absorbe, non. C'est plutôt le contraire, c'est dans votre corps même, ce travail d'écrasement, ce poudroiement se fait et puis ça se répand dans l'air. En tout cas, c'est comme ça que je conçois les choses.
  
   On le souhaite, ma Douce.
  
  (silence)
  
   On le souhaite.
   C'est dans la matière même que ça doit se répandre.
  
   Mais oui, c'est ça.
  
   Pas seulement dans l'air, mais dans la matière même.
  
   Mais oui, puisque ça se passe dans votre corps -- le corps, c'est de la matière.
  
   Oh oui ! Ça, Dieu sait que je...
  
   (Riant) C'est de la matière.
  
   Je le sais, je l'ai vu, je le perçois.
  
   Et alors évidemment ça se répand. Mais il faut qu'il y ait une matière qui doit être complètement perfectionnée.
  
  264
  
   Ça... oui.
  
   Vous voyez, c'est pour ça que quand vous avez touche un petit bout qui était encore pâteux dans l'air c'est devenu páteux.
  
   Oui, ma réflexion : dans l'air ça s'est humidifie
  
   Humidifié, voyez.
  
   Oh, mais la continuité avec la matière, ça, c'était, quand fai commencé en 82, c'était une des premières expériences
  
   80... ? 82
  
  
   Oui, 82. C'est vraiment, comme si mon corps, la montagne à côté et tout ça c'était une même matière. Et que c'était... j'étais dedans, quoi, et pas comme un individu, mais comme un morceau de matière au milieu d'une immense matière. Ça je suis convaincu... c'est comme ça, c'est tout.
  
   Comme un corps humain a des bras, des jambes, comme ça il y avait la montagne, la terre.
  
   Oui, tout ça c'était de la même substance de... de la même, de la même chose, et en continuité, tu comprends.
   Bah! On ne sait pas, ma Douce, on verra, on verra ça. Je veux voir dans les faits.
  
  31 décembre 1997
  
   Conversation avec Sujata
  
   Plaidoyer pour le Prince Charles
  
  265
  
   Alors, qu'est-ce ce que vous avez vu cette nuit ? Nous sommes le dernier jour de l'année.
  
   Oh oui, cette année...
  
   Bizarre.
  
   Oh ! cette année pourrissante, mon Dieu,
   Oui, eh bien écoute, une fois de plus j'ai rencontré, mais très longuement, ce Prince Charles', Vraiment je ne sais pas du tout pourquoi j'ai une relation avec cet homme, que je trouve fin, n'est-ce pas. Mais ça fait je ne sais pas combien de fois que...
  
   Vous l'avez déjà vu au moins quatre fois, plus que ça.
  
   Oh! plus que ça, probablement, comme s'il y avait quelque chose, un lien entre nous ou quoi, je ne sais pas. Je l'ai vu, et c'était comme si j'allais dans une Assemblée, peut-être un Parlement anglais, et je défendais Charles: on voulait le ficher en l'air. On voulait qu'il n'y ait plus ce...
  
   Comme roi.
  
   Comme roi, probablement. C'était très long, c'était men- tal, je ne pourrais pas donc te dire les paroles, mais je disais avec insistance : il doit jouer son rôle, il a un rôle !
   Pourquoi je défendais cet homme ? Avec la clarté et la vision qui voit. Il a un rôle !
  
   Et il doit le jouer.
  
   Oui, et il doit le jouer.
   C'est curieux.
  
   Voir Carnets d'une Apocalypse, tome 16, conversation du 4 février 1996. [N.D.E.]
  
  
  266
  
   Mais oui, tout à fait.
  
   Parce que vraiment - je n'aime pas les Anglais, mais pourquoi y a-t-il cette affinité ou cette relation? C'est dans une conscience qui n'est évidemment pas... il n'y a pas de " moi " quelconque là-dedans, tu comprends, c'est une autre conscience qui pousse.
  
   Mère vous a dit plusieurs fois qu'elle vous rencontrait dans ces lieux où les... comment dire? l'avenir de la Terre se préparait. Quelque chose comme ça.
  
   Eh bien je ne sais pas, ma Douce. En tout cas c'est un fait. Ce qui me frappe c'est que ce n'est pas la première fois, mais c'est la première fois où j'étais comme dans un Parlement en Angleterre ou une Assemblée, je ne sais pas laquelle, et je faisais le plaidoyer du roi, avec la clarté, la simplicité et la vision de la Force : il doit jouer son... il a un rôle à jouer. C'est curieux.
  
   Vous parliez en anglais ?
  
   Non, j'avais l'air de... on parlait la langue de la Conscience, ma Douce. Et non, c'était en français, autant que ça me restait. Le rôle, ça revenait plusieurs fois : il a un rôle, il doit jouer son rôle, il a un rôle.
   [...]
   Je lui ai toujours trouvé comme un raffinement, et puis comme quelqu'un qui cherche ; mais qui n'a pas un mental éclairé, du tout. C'est-à-dire qu'il peut mélanger beaucoup de choses, tu comprends, son mental n'est pas... Son mental est très ignorant. Et chaque fois, quand je l'ai rencontré, c'est comme s'il me posait des questions, ou plus exactement s'il cherchait quelque chose.
  
   Il vous posait des questions.
  
  
  267
  
   Pas cette fois-ci mais...
  
   Les autres fois.
  
   Les autres fois. Je ne pourrais même pas dire " poser des questions " -- oui, poser des questions comme s'il cherchait... Il cherchait quelque chose. Il cherchait peut-être son rôle, c'est possible.
   Moi, j'ai un très médiocre intérêt pour l'Angleterre, hein!
  
   Qui même pas, étant Breton (rires).
  
   Ah! On n'a jamais aimé les " English "!
   Je voulais te dire le fait parce que ça m'a...
  
   Mais ça m'étonne un peu, vous avez vu donc Charles, le Prince, et moi j'ai vu ces deux dames occidentales (je ne saurais pas dire: anglaises ou françaises".)
  
   Non, spontanément je suis sûr que ce sont des Françaises. C'est quelque chose de l'intelligence ou... Oui, ce sont des symboles peut-être de l'Occident, mais je dirais que s'il y a un symbole de l'Occident quelque part, c'est quand même en France, hein ! C'est là où il y a quand même quelque chose de l'intelligence, et du raffinement de l'intelligence. Chez les Anglais, il n'y a pas ça du tout.
   Voilà ma Douce, c'est tout. Je voulais te dire le fait parce que je trouve ça bizarre. Et je ne sais pas du tout quel rôle il a à jouer. Mais enfin, je le défendais et je disais : il a un rôle, il doit jouer son rôle. C'était ce mot qui revenait plusieurs fois, comme devant une Assemblée ou... j'étais comme l'avocat de Charles. Et j'ai l'impression que je convainquais
  
   *La nuit précédente, Sujata a rencontré en rêve deux dames occidentales de très grande taille dans une rue de l'Inde. Les deux dames la reconnaissaient, mais Sujata, même si elle leur disait que leurs regards étaient. [N.D.E.]
  
  
  268
  
  un certain nombre de gens. Mais ça, c'est une impression vague.
   Voilà, c'est tout, ma Douce. On finit l'année avec Charles (rires).
  
   C'est pas mal.
  
  
  1998
  
  Janvier
  
  
  278
  
   L'explosion du Supramental 1er janvier 1998
  
  
  279
  
  11 janvier 1998
  
   Oui, Seigneur, on travaille pour faire entrer ici ce pays de là - notre Pays de toujours et pour toujours.
  
  *
  
   Quand j'écris j'aimerais faire chanter ça.
  
  12 janvier 1998
  
   Vers le matin, avant de me réveiller, j'ai eu une étrange et si fugitive vision qui m'a laissé... tout étonné, ou perplexe, sans comprendre mais comprenant tout de même.
   Je tenais dans ma main une sorte de baguette, mais un peu large (peut-être cinq centimètres d'ouverture), et dans cette baguette, il y avait une eau qui me semblait si extraordinaire... c'est cette eau qui m'étonnait ou m'émerveillait, et dans cette eau, il y avait des petites étoiles, beaucoup de petites étoiles* lumineuses et argentées, brillantes et scintillantes...
   Je ne savais ce que je faisais ou voulais faire, simplement je tenais cela dans ma main, et j'étais... un peu stupéfait, mais stupéfait de quoi, je ne sais pas.
   Ce matin en me réveillant, quelques heures après, je me suis demandé si ce n'était pas cette vieille prière en moi (celle d'hier aussi) qui serait exaucée ou dans mes mains! chanter-chanter, dire ce " pays d'ailleurs " - enchanter le coeur des hommes en leur disant leur Secret...?
  
   * Quand je regarde maintenant, je ne sais pas s'il y avait beaucoup de petites étoiles, mais j'ai vu clairement deux ou trois grosses étoiles argentées, brillantes. C'est cette eau même qui me semblait si extraordinaire...
  
  280
  
   Une baguette de musique magique qui coulerait-coulerait dans le cœur de la Terre.
  
  16 janvier 1998
  
   " Terre et Ciel "
   ?
  
  19 janvier 1998
  
   Tout d'un coup, en regardant le ciel couchant, ma Douce a dit : " Jusqu'à maintenant, c'était l'assaut du Noir, et maintenant, c'est l'Assaut de Lumière qui commence. "
   Dans le ciel, elle voyait Vishnou couché sur l'Ananta-Nag' et des rayons bleus qui sortaient.
  
  *
  
   (Le livre de Z est arrivé aujourd'hui.)
  
  27 janvier 1998
  
   Souvent - souvent je me souviens de cette vision que j'ai eue il y a des années. Je rencontrais Sri Aurobindo et je lui disais (j'étais debout, tout petit, et il était debout, très grand) je lui disais avec une intensité presque déchirante: " Il y a des siècles de chagrin dans le cœur des hommes."
  
   * Ananta-Nag: serpent cosmique sur lequel Vishnou se repose entre deux créations. [N.D.E.]
  
  281
  
   Je crois bien que je suis venu pour qu"il n"y ait plus ce chagrin-là.
  
  
  Février
  
  
  
  
  
  285
  
  Février 1998
  
   (Clinton et l'Irak)
   Autrefois on disait : " Jupiter rend fous ceux qu'il veut perdre "...
   Mère disait : " Ils seront démentalisés. "
  
  11 février 1998
  
  Conversation avec Sujata
  
   Trois images: jeep, camion, Kalu et le chien ou le
  loup (?)
  
  (Sujata parle en bengali)
  
   Qu'est-ce que tu me racontes?
  
   C'était très bizarre tout ça, c'était une longue histoire. Nous nous sommes trouvés dans un endroit, je ne sais pas quoi, où, qu'est-ce qu'on faisait, et puis on a entendu des klaxons dans la rue. Alors il fallait aller voir et j'étais avec mon banian [maillot de corps], seulement, j'ai dit "Il faut que je mette mon dressing-gown [ma robe de chambre]. " Je suis allée la chercher probablement, et je suis allée me renseigner et on m'a dit que c'était un rendez-vous avec vous. Alors je suis revenue vous le dire, donc vous deviez sortir et vous me disiez que vous aviez cherché votre chemise ou pull-over ou je ne sais plus quoi, et vous m'avez dit : " Oh! (riant) tu l'as mis derrière ta chemise ou ton dressing-gown.
  
   (Riant) Mon pull-over?
  
  286
  
   Oui, alors ça vous a pris du temps pour chercher.
  
   Oui, ma Douce, tout à fait (riant), je suis bien là!
  
   Et après vous avez dit : " Mais pourquoi ils sont là, déjà ? " Alors je suis allée demander à quelle heure vous aviez commandé la voiture. Et vous aviez dit six heures et quart, je crois, quelque chose comme ça. J'ai dit : " Mais ça ne semble pas être l'heure, en tout cas. " Alors, le temps que j'aille leur dire ça, la voiture partait.
  
   Oui.
  
   Elle n'a pas attendu. Et puis tout d'un coup, dans la voiture - c'était une sorte de lorry [camion] vous savez: jeep, lorry, quelque chose comme ça et à travers j'ai aperçu Bishweshwar qui était debout.
  
   Bishweshwar?
  
   Bishweshwar, un garçon de l'Ashram qui était là-dedans, dans le lorry.
  
   Et il est vivant toujours ?
  
   Oui, il est vivant. C'est lui maintenant le chef de l'Atelier. Il a remplacé Rajabhai. Enfin, j'étais très étonnée, et puis je me suis dit : c'est très bien que Dhoum ne soit pas dans cette voiture. Mais quand même on devait sortir, alors vous et moi, on est sortis. Ce n'était pas ici, n'est-ce pas, c'était quelque part ailleurs, je ne sais pas où. On est sortis et puis la voiture était partie, donc on allait à pied. C'était assez proche, on n'a pas fait plus d'une cinquan- taine de pas et puis on est entrés dans une maison qui était à gauche. Il y avait une grande porte et juste devant une sorte de petit courtyard [cour] et à gauche quelques marches et une véranda. Et on pouvait monter en haut:
  
  287
  
  un escalier. Mais un peu plus loin que le courtyard, il y avait un champ avec des vaches qui étaient là, plusieurs vaches, oui, d'un brun foncé, j'avais l'impression, vous savez ce brun foncé assez chatoyant parfois -- en bon état, qui nous regardaient. Et il y avait un [chien] qui s'est détaché, il était tout noir, il s'est détaché et il est venu vers moi, et le temps... -- vous êtes toujours plus rapide que moi, vous étiez déjà sur la véranda, mais moi je suivais lentement et alors je l'ai reconnu, j'ai dit : Kalu! Kalu!" et il est venu vers moi, je l'ai caressé et il ne voulait pas me quitter, absolument pas me quitter, je le caressais et [c'était] comme s'il me disait : ici (geste).
  
   Avec sa gorge.
  
   A sa gorge, ou quelque part où je devais mettre ma main. Alors il est monté sur la véranda, il s'est étendu et j'ai continué à le caresser.
  
   Tiens!
  
   Comme ça, sur la tête, un peu l'épaule...
  
   Il doit avoir besoin d'affection.
  
   Je ne sais pas, il est venu comme ça, plein... Un instant, je me suis arrêtée et j'ai dit : qu'est-ce qu'il veut ? Puis T'ai reconnu, j'ai dit : " Kalu! Kalu!" Et il était très affectueux.
  
   Ah oui.
  
   Il voulait...
  
   Oui, il était très heureux de te retrouver, il doit manquer d'affection.
  
  288
  
  Et après, je ne sais pas ce qui s'est passé. Vous les resté en bas, je suis montée et je me suis trouvée dans véranda très étroite, assez étroite, c'est-a-dire que c"était à peine de cette largeur (geste), vous voyez ?
  
   Oui, deux mètres, quoi.
  
   Deux mètres peut-être, oui. Mais longue, presque comme votre chambre. Et là, j'ai rencontré mes frères et sœurs. On a parlé, puis tout d'un coup il fallait que je reparte. J'allais descendre l'escalier. Tout d'un coup, j'ai vu que l'escalier était très étroit aussi. A ce moment est monté un chien, qui n'en était pas un, c'était plutôt comme un wolf [loup], vous savez?
  
   Oui.
  
   C"était plus grand qu'un chien ordinaire, et je ne dards pas un renard.
  
   Oui, un loup.
  
   Oui, c'était un loup ou une hyène ou quoi, mais ce n'était pas un chien à proprement dit. Et il était tout jaune, jaune avec un peu de rouge dedans. Alors il allait comme ça. J'ai donc crié : " Alerte ! " Tout le monde était en alerte et puis j'ai pris : il y avait des pieces of furniture [meubles] et j'ai pris une sorte de table et je l'ai lancée comme ça.
  
   Ah.
  
   Et je l'ai eu, je l'ai eu, c'est-à-dire qu'il était pris entre les pieds de la table, vous comprenez, je l'ai eu. Après, les autres: " Vite! vite! " Alors Sejda est venu avec un gun (fusil à canon), pas un pistolet, un gun, vraiment c'était long comme ça (geste) et il a tiré une fois, et quelque
  
  289
  
  chose a giclé, je l'ai senti même sur mes jambes, une sorte de liquide -- ce n"était pas sang -- une sorte de liquide qui avait giclé : rien plus haut, mais juste comme ça, et puis j'ai dit : " Faites vite. " Et par sécurité a tiré une deuxième fois. Donc il était mort, l'animal était mort. Et puis nous sommes sortis. En sortant j'ai rencontré J. J'ai dit à J: " Il y a (j'ai dit un chien parce que je ne savais pas quoi dire), il y a un chien là, mort, il faut aller l'enterrer. Alors il m'a répondu : Ah, il faut avoir la permission de... "
  
   (Riant) Du gouvernement!
  
   Oui, du Forest Department [Service des forêts].
  
   (Riant) Du Forest Department!
  
   Même pour le tuer. J'ai dit : Pourquoi ils laissent donc entrer l'animal quand il est déjà en train de nous attaquer, est-ce que c'est le moment d'aller demander la permission?" (Rires) Alors voilà, ça s'est terminé comme ça. Je ne sais pas ce que c'est, tout ça.
  
   Le fait, c'est qu'il y a une sale force qui a voulu attaquer et qui a été détruite.
  
   Oui, mais aussi, ce que... ça oui, mais au début, quand cette sorte de lorry-jeep était partie, je sentais comme un soulagement, je me suis dit: c'est très bien que Dhoum ne soit pas rentré là-dedans, parce qu'elle venait vous chercher, n'est-ce pas.
  
   Oh, il y a ces gens de l'Ashram qui ont... des fantômes de TAshram plutôt, qui doivent...
  
   Non, il doit symboliser quelque chose, ce n'est pas seulement l'Ashram. Je n'ai pas pensé tellement à l'Ashram.
  
  290
  
   Ces gens que nous avons connus doivent représenter certaines forces.
  
   Oui, c'est évident.
  
   Alors j'ai pensé que c'était plutôt la Force de la Mort.
  
   Oui.
  
   N'est-ce pas, c'est ça qu'elle venait chercher. Alors voile, c'est tout.
  
   Ah, ma Douce, il n'y a aucun doute qu'il y a un certain nombre de forces qui sont à nos trousses. Et s'ils peuvent entrer, ils rentreront. Oh ça! il faut faire attention à chaque pas. Moi, je suis très conscient de ça. Et je suis très conscient en même temps de ce qui nous entoure, la Grâce qui nous entoure.
  
   Ah oui!
  
   Mère disait bien : s'il n'y avait pas cette protection me veilleuse, on serait déchiqueté.
  
   Mais oui, on comprend maintenant.
  
   Ah! oui!
  
   Oh, comme on comprend! Je dois dire qu'à l'époque y ne comprenais pas.
  
   Si, moi je comprenais un peu.
   Non, tu ne te rendais pas compte.
  
   Absolument pas. Je disais, Mère, pourquoi: Elle est le Divin, Elle n'a pas besoin de protection! C'était ça, enfantinement.
  
  291
  
   Oui, ma Douce, bien sûr, bien sûr.
  
   Qu'elle ait besoin de nettoyer, elle passait beaucoup de temps à se nettoyer la conscience...
  
   Oh oui.
  
   Ça je comprenais, mais... la protection, je ne comprenais pas.
  
  12 février 1998
  
   Pourquoi ai-je sempiternellement envie de pleurer-c'est mon âme qui crie comme depuis des siècles.
  
  *
  
   Sujata me rappelle ce que Mère disait de Sri Aurobindo: Il avait le pouvoir de rendre réel ce qui est vrai. "
  
  20 février 1998
  
   J'ai terminé ce " Terre et ciel ".
   Dans le sommeil, ce matin, j'allais chercher une " veste du Cachemire " (mon livre) et Sujata me disait que c'était " dans la cuisine " (!)
   Je n'ai pas vu comment était cette " veste "!
  
  292
  
  21 février 1998
  
  Conversation avec Sujata
  
  L'assassin
  Le voilier
  
   Nous sommes le 21 février! Bonne fête à petite Mère !
  
   Oui.
  
   Bonne fête! Bonne fête ! Mère nous entend?
  
   Oui, on veut que ce soit la délivrance de l'Inde.
  
   Oui!
  
   Oh oui!
  
   De la terre.
  
   Oh oui!
  
   Vous commencez avec l'Inde, bien sûr.
  
   Oh oui, d'abord!
  
  (Sujata chante}
  
   On a vu Mère au mois de Phalgun [février-mars). Vous savez Ramakrishna aussi était né au mois de Phalgun.
  
   (Sujata chante de nouveau}
  
   Alors voilà, vous allez me raconter l'histoire de Phâlgun
  
  293
  
   Qu'est-ce que vous avez vu?
  
   J'ai d'abord eu un cauchemar, ma Douce.
  
   Au début?
  
   À minuit. Je me suis tiré de là parce que j'étais bourré de puissance avec une... j'arrivais à peine à respirer. À minuit, tu te rends compte !
  
   J'étais bien endormie, je n'ai rien entendu.
  
   Oh! je n'ai pas fait de bruit. D'habitude, au bout de... on m'emmène dans la paix, n'est-ce pas, et puis peu à peu cet écrasement se...
  
   Oui.
  
   Eh bien à minuit, c'est ça qui m'a réveillé, j'étais étranglé de puissance, une puissance terrible. Et alors, c'est ça qui m'a réveillé : j'ai vu un gounda [bandit, assassin] qui passait devant ma grande fenêtre, avec un gun [fusil à canon].
  
   Oh-oh.
  
   Et il voulait me tuer, avec un vrai gun, n'est-ce pas, pas une mitraillette, le genre, un gounda. Et à travers les carreaux, il voulait me tuer. Et puis il est rentré.
  
   Hou! il est rentré dans la chambre !
  
   Il est rentré dans la chambre. J'ai bien l'impression que c"était... je ne sais pas quel... C"était dans ma chambre, alors j'essayais -- et il voulait me tuer, il avait son gun qui était braqué sur moi, n'est-ce pas. Je passais dans une autre chambre, en fermant à clef, et, je ne sais pas comment, il rentrait dans cette chambre aussi avec son gun.
  
  294
  
   Hou! donc une poursuite.
  
   Ah oui, et vraiment il voulait me tuer, c'était un gounda, un bandit, un assassin. Finalement il y a J qui est venu - tiens, tu vois, il est dans la conscience très physique, J.
  
  
  
   D'ici, oui.
  
   Il venait m'aider, alors je lui ai dit : (riant) " Va appeler la police. "
   Je ne sais pas comment ça s'est terminé, je suis allé dans deux ou trois chambres, je fermais à clef, je tirais des verrous, n'est-ce pas, et il me poursuivait avec son gun. Et vraiment je ne sais pas comment ça se fait qu'il ne m'ait pas tué. Et à la fin, eh bien J est venu avec des hommes, je ne sais pas, et puis ça s'est terminé là, je me suis réveillé.
  
   Mais c'était un Indien ?
  
   Ah oui, sûrement.
  
   Tamoul ?
  
   Je ne pourrais pas dire tamoul, ça me donnait une im- pression de ces goundas, quoi.
  
   Sud-indien ?
  
   Vêtu... comme des vêtements de cuir, tu sais, des choses comme ça.
  
   Oh ! Oh!
  
   Et je n'avais pas à me défendre parce que quand comme ça devant un type qui a un fusil qui est braqué sur vous, qu'est-ce qu'on peut faire ? Je ne sais pas ce qui peut être rentré aussi physiquement dans... Je devais être sorti de mon corps, probablement. 294
  
  295
  
   Oui, oui, oui. Certainement.
  
   Et pourtant tu vois, il était... Quand il est rentré, il était tout près de moi, il aurait pu tirer instantanément et me tuer, mais ça ne s'est pas fait comme ça.
   Ce qui m'a étonné, je me suis dit: mais comment est-ce que ça peut rentrer aussi physiquement. Comment est-ce que ça peut rentrer comme ça aussi...
  
   ... physiquement dans votre chambre.
  
   Dans ma chambre, dans les lieux. D'abord, je t'ai dit que je l'ai vu par la chambre du sud, là, cette grande fenêtre.
  
   Oui.
  
   Par cette grande fenêtre.
  
   Côté champ de thé, là.
  
   Du côté champ de thé. Oh ça ! je sais bien qu'il y a beaucoup de forces qui voudraient bien me zigouiller. Ça, je le sais, mais je suis protégé.
  
   Je n'étais pas là pour vous aider ? Nulle part?
  
   Non, tu n'étais pas là, heureusement! (Rires)
  
   Ou malheureusement, qu'est-ce que c'est que cette Sujata qui n'est pas là quand Dhoum est poursuivi comme ça !
  
   Probablement ce n'était pas ton rôle à ce moment-là. Bon. c'est sûrement symbolique de... les forces sont de plus en plus physiquement ramassées.
  
   Oui.
  
  296
  
   Et physiquement ramassées pour vous sauter dessus ou sauter sur ce qu'on représente.
  
   Oui, surtout.
  
   Eh bien oui.
  
  (silence)
  
   Voilà, ma Douce.
  
   Je n'aime pas ça.
  
   Moi non plus, que ce soit si physique, si là.
  
   Oui, oui.
  
   C'est tout à fait le... oui le gounda indien. Il y en a plein.
  
   Évidemment il y a tous ces journaux, vous savez, avec...
  
   Oh, je lis si peu, mais c'est si abominable ce qu'on peut voir.
  
   Mais nous, nous les lisons, donc c'est dans notre conscience.
  
   Oh, évidemment, tout ce qui peut être dans votre conscience me vient, c'est évident, il n'y a pas de séparation du tout. Mais ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on lit toutes ces horreurs.
  
   Oui, non, mais l'horreur est très intense maintenant.
  
   Ah !
  
   Et c'est très... comment dire ? C'est presque l'essence de l'horreur qui est maintenant.
  
  297
  
   Ah oui! Mère disait bien que l'Inde c'est le symbole de outes les difficultés du monde. Eh bien, le monde est plein d'assassins!
  
   Mais oui
  
   Et de cruels assassins.
  
   Vous avez vu comment ces gens empoisonnent la nourriture?
  
   Oh oui! Ils sont tous abominables, depuis les papes jusqu'aux chefs de gouvernement, chacun à sa façon est... c'est une horreur de mensonge.
  
   Tiens, j'ai oublié de vous dire, hier soir la Radio indienne disait qu'il y a eu encore des tremblements de terre dans le Nord-Ouest : Pakistan surtout, le nord-ouest du Pakistan, centré dans l'Hindou-Kouch et même le Cachemire l'a senti. Mais cette fois ça semble être grave.
  
   Le Pakistan ira sous l'eau, et l'Angleterre ira sous l'eau.
  
   Oui. Le Pakistan sous terre.
  
   Le Pakistan sous terre.
   Et ces Anglais, ils sont comme Goebbels, ils me donnent exactement l'impression de Goebbels.
  
   Les Anglais ou les Américains?
  
   Les Anglais.
  
   Les Anglais, oui.
  
   Les Américains, c'est autre chose.
  
  298
  
   Ils disaient que c'était 6,8 [sur l'échelle de Richter].
  
   Oh!
  
   Oui, cette fois.
  
   Eh bien, j'ai vu autre chose ce matin, alors ce matin de bonne heure. Alors ça, c'était vraiment très fantastique à regarder. J'étais à terre, n'est-ce pas, c'était la mer devam moi, peut-être comme la baie...
  
   Saint-Pierre ?
  
   Peut-être ma baie de Saint-Pierre, mais c'est simplement parce que ma conscience a l'habitude de voir... J'étais à terre et j'ai vu un voilier, un voilier qui allait à une vitesse for-mi-dable. Je n'ai jamais vu ça de ma vie. Un très beau voilier, mais pas du tout le genre des paquebots de luxe etc., du tout, c'était comme un yacht de course. Mais un grand yacht, superbe. Tu sais, il y a une série de bateaux qui sont des six mètres, les huit mètres, douze mètres et même vingt-quatre mètres. Ce sont des voiliers de course, c'est-à-dire ce sont vraiment des... - je les connais ces bateaux ils sont très effilés, ils sont merveilleusement conçus par un super-ingénieur, ces bateaux, ils sont très beaux. Je connais cette série de bateaux, j'ai navigué dessus d'ailleurs. Mais celui-là, c'était peut-être comme... pas si grand, mais peutêtre un douze mètres ou peut-être même un vingt-quatre mètres, je ne me rends pas compte, n'est-ce pas. Mais alors il allait à une vitesse, je n'ai jamais vu un bateau de ma vie qui allait à... un coursier pareil qui filait comme ça. Je ne sais pas, aucun bateau au monde ne va à une vitesse pareille, moi qui connais la mer, les bateaux, n'est-ce pas. Pourtant je n'avais pas la sensation d'un vent de tempête, n'est-ce pas, il fallait un vent formidable pour faire aller à une vitesse pareille. Je regardais ça à terre, j'étais à terme comme sur le bord d'un quai et je regardais ça avec stupéfaction, la vitesse de... Je te dis, je connais la mer je
  
  299
  
  connais les bateaux: je n'ai jamais vu ça de ma vie. C'était prodigieux la vitesse de ce voilier. Et alors, après j'ai... c'est comme si les gens qui étaient à bord ou... Là, il n'y a pas de décorations, il n'y a pas le capitaine, etc., ce n'est rien de tout ça. Bon, ce sont des marins.
  
   Des marins, oui.
  
   Eh bien, à côté de moi, à terre, il y avait plusieurs gens Et il y en avait un, qui était vêtu comme les autres, n'est-ce qui étaient comme ceux qui étaient à bord de ce bateau. pas, simplement peut-être un pull-over. Il était peut-être le capitaine du bateau, je n'en sais rien, ou un matelot, je n'en sais rien du tout, un marin, il était à côté de moi. Alors je lui stupéfaction de la vitesse de ce bateau. Et alors il m'a dit en anglais, une expression que je ne connais pas, il m'a dit : " All the sails up! " Pour m'expliquer la vitesse. Je ne connais pas cette expression, mais probablement dans disais ma ma conscience...
  
   C'est ce qu'on appelle " toutes voiles dehors ", vous voyez.
  
   C'est ça, je me suis dit après, oui, c'est ça, oui : toutes voiles dehors. Il m'a dit ça en anglais.
  
   Le moment est là. Le moment est là.
  
   Et j'ai évidemment pensé tout de suite quand j'ai repris conscience: nous sommes le 21.
  
   Oui.
  
   Il me disait ça tranquillement, en anglais : " All the sails up! Et c'est une expression que je ne connais pas, n'est-ce pas. L'anglais n'est pas du tout familier pour moi. Et surtout pas l'anglais des marins, je n'ai jamais été avec des marins anglais, je ne les aime pas.
  
  300
  
   Mais curieux qu'il vous ait parlé en anglais.
  
   Il m'a dit ça en anglais.
  
   C'est-à-dire, c'est Sri Aurobindo qui...
  
   Oui.
  
   Mais c'est-à-dire que ces matelots, ou navigateurs sont descendus à terre ?
  
   Eh bien, il y en a au moins un en tout cas, j'ai vu ça, et puis après à ma stupéfaction, il s'est trouvé qu'il y avait comme un matelot du bord ou un capitaine, je n'en sais rien, il était comme un matelot, quoi, un marin qui était près de moi. Alors je lui disais ma stupéfaction, je ne com prenais pas comment on pouvait naviguer à une vitesse pareille. Et il m'a dit ça en anglais, tranquillement comme ça.
  
   C'est fantastique. Ah! c'est merveilleux. Pour l'anniversaire de Mère.
  
   Oui, je n'ai aucun doute que ce soit le voilier de Mère.
  
   Mère a cent vingt ans aujourd'hui, voyez, vingt ans.
  
   Oui, et c'était le matin, de bonne heure ce matin, c'est-à- dire le moment où on voit des choses de la matérialité qui est là, c'est le moment où on voit des choses très physiques, très proches du physique, en tout cas.
  
   Oui, oui.
  
   Et je n'ai eu aucun doute, tout de suite quand j'ai pris conscience: mais c'est le 21 février. Et c'est évidemment quelque chose qu'on voulait me montrer, n'est-ce pas, c'est aucune fabrication d'aucune... D'ailleurs je ne fabrique
  
  301
  
  jamais rien dans ma conscience. Je n'ai pas d'imagination, tu comprends. C'est une chose que j'ai barrée dans ma conscience, l'imagination, j'ai horreur de... j'ai horreur d"imaginer, je veux voir, et voir des réalités. Évidemment les traductions de ce qu'on voit ne sont pas toujours exactes parce qu'on ne comprend pas sur le moment. Mais enfin le fait est toujours là, les interprétations, elles viennent après - la confirmation vient après. Mais enfin, je ne sais pas, ça m'a rempli d'étonnement et je dirais d'émerveillement, de stupéfaction.
  
   Mais oui, ça remplit le cœur.
  
   Oui, un beau voilier, tu sais, c'est cette série de beaux voiliers de course. Mais j'en ai vu de ces voiliers de course, j'ai même navigué dessus. Mais je n'ai jamais vu des vitesses pareilles. Comment c'est possible, je ne sais pas. Et avec une élégance, tu sais ce sont des bateaux très fins, très fins, mais qui ont été merveilleusement conçus par un grand marin, et c'est si bien équilibré. Comme disait mon frère, il n'y a qu'à mettre, le toucher avec le bout du doigt, la barre, n'est-ce pas, c'est un bateau si sensible que tu le touches avec le bout du doigt et instantanément il répond. Ce sont des bateaux merveilleux, des coursiers merveilleux.
   Mon oncle en avait un très beau, un huit mètres -- le mari de la sœur de ma mère, qu'on appelait l'amiral et que j"appelais le Führer (rires). Un dictateur, mais un homme qui avait beaucoup de capacités. Et il était insupportable, sauf devant ma mère, il ne résistait pas à ma mère, ma mère le remettait en place tranquillement. Il était toujours bouche cousue devant ma mère (rires). Il se rattrapait avec sa femme. Il traitait tout le monde comme... oh, d'une façon abominable. Mais avec moi il était toujours gentil, toujours, il était insupportable avec tout le monde, mais toujours gentil avec moi. Brutal, mais gentiment brutal.
  
   (Riant) Sauf quand il vous a donné un coup de pied.
  
  302
  
   Ah oui! (Riant) Oh oui ! Il m'a donné une fois un coup de pied, vraiment j'ai été projeté à quatre mètres dans le jardin (Sujata rit beaucoup). J'étais en train de faire je ne sais quelle bêtise. Et alors, il était sidéré, parce que j'ai valsé. Je me souviens, c'était dans la buanderie - je ne sais pas quelle bêtise
  je faisais, il est entré, il m'a donné un coup de pied dans le derrière : j'ai valsé jusque dans le jardin. Et
  alors je me suis relevé, et ça, il me l'a raconté dix fois parce qu'il était stupéfait, je suis parti en marchant sans regarder derrière moi, tranquillement (rires).
  
   Comme si de rien n'était.
  
   Comme si de rien n'était, je n'ai pas regardé, j'ai marché, je suis allé tout droit devant moi. Il était sidéré, je n'ai pas poussé un cri, je n'ai pas protesté, je n'ai rien dit, je suis allé tout droit devant moi. Vingt ans après il s'en souvenait.
  
   C'est lui qui vous racontait cette histoire ?
  
   C'est lui qui m'a raconté ma réaction - ma non-réaction, plutôt.
  
   Mais vous aviez le souvenir de ça ?
  
   Ah! j'avais le souvenir du coup de pied parce qu'il était formidable.
  
   Et vous étiez toujours très léger, corporellement.
  
   Ah ! et puis j'étais déterminé.
  
   (Riant) Oui.
  
   J'étais déterminé, je n'acceptais pas, et puis voilà, j'allais.
   Bon, enfin il y avait ce beau bateau.
  
  303
  
   il vous laissait utiliser ce bateau qu'il avait ?
  
   Ah oui ! je m'en suis servi plus d'une fois. J'ai beaucoup navigué sur ce bateau-là.
  
   Non, je veux dire lui, l'amiral?
  
   L'amiral, oui. Oui, il me le confiait, il me le confiait très bien, il savait que j'étais un bon marin, quoi. François a beaucoup navigué dessus aussi.
   Oh! il me connaissait bien, il savait, matériellement, hein, on ne pouvait pas le tromper.
  
   Et il comprenait.
  
   Il comprenait, mais c'était une brute (rires).
  
   Sauf devant Maman.
  
   Ah oui, ma mère, ma mère était comme irréfutable par la tranquillité avec laquelle elle disait sévèrement les choses exactes, tranquillement. Elle était froide, ma mère, c'était une vraie fille de marin, ça aussi, hein !
   Je ne l'ai jamais vue perdre son sang-froid.
  
   Oh! mais c'est merveilleux, ce que vous avez vu. Voilà, il faut que je vous laisse, bonne fête ! bonne fête ! bonne fête !
  
    " All the sails up ! " je n'ai jamais entendu cette... je ne connaissais pas cette expression. Les voiles dehors, oui.
   Oui, ma Douce, eh bien.
  
  307
  
  21 mars 1998
  
   Donner sa vie, c'est donner sa vie, et sa mort aussi.
   Ce que Tu veux.
  
  24 mars 1998
  
  Conversation avec Sujata
  
  Mère fait un tas de cadeaux à Satprem
  
   Alors, vous allez me dire tous vos secrets!
  
   Mes secrets?
  
   Oui
  
   J"en ai de moins en moins.
  
   Mais non! vous avez reçu un tas de cadeaux de Mère !
  
   Moi?
  
   Oui, cette nuit.
  
   Pas possible (Sujata rit de bon cœur), Mère m'a fait des cadeaux?
  
   Un tas gros comme ça (geste). Et puis, vous avez enten- du le rire de Mère?
  
   Non.
  
  308
  
   Non? oooh!
   Je ne sais pas ce qui s'est passé, la nuit, je n'ai pas dormi. En fait pas beaucoup, presque pas, et puis la dernière fois que j'ai regardé, il était cinq heures et demie. Alors c'est à ce moment que j'ai fait tout un tas de rêves, je ne vous raconte pas le début, mais à un moment donné je me suis trouvée [à l'Ashram]: vous savez le laboratoire, le bureau de Pavitra-da, la chambre de Pavitra-da et puis le corridor, mais tout simplement ce secteur-là, ce n'était pas plus loin. Oui, c'était donc le bureau de Pavitra-da.
  
   Oui.
  
   Et il y avait plein d'objets, comme si quelqu'un était venu poser des valises, toutes sortes de choses. Et tout d'un coup j'ai reconnu Bharati-di.
  
   Ah tiens!
  
   Je n'avais pas tout à fait compris au début. Puis elle a pris sa valise, elle est allée se mettre dans le corridor juste près de la porte du bureau de Pavitra-da. Alors j'ai regardé, j'ai dit : " Oh! Bharati-di!" (Elle était assise par terre, vous savez, avec sa valise, elle bloquait presque le chemin, je me suis penchée, je l'ai même un peu caressée...)
  
   Elle était bonne, Bharati-di.
  
   N'est-ce pas ?
  
   Oh oui!
  
   Alors, je ne sais pas ce qui s'est passé, en tout cas on a eu quelques échanges très amicaux, et j'ai dit : "Oh! je
  
   *Une ancienne disciple (Suzanne Karpelès), membre de l'École française d'Extrême Orient. [N.D.E.]
  
  309
  
  
   vous vois après longtemps ! " Et puis elle a dit qu'elle avait bien voyagé et que pour son repas elle aimerait prendre un peu de... : un nom qu'elle a dit et que je n'ai pas saisi... alors j'ai regardé un peu [ce quelle avait] et à mes questions, elle m'a dit : " Haldi [turmeric] pas beaucoup, mais une pincée " qu'elle prenait avec son repas. Alors j'ai dit : " Oh, c'est facile, c'est chez moi, je vais y aller. "Je suis donc partie et puis je me suis trouvée dans le laboratoire avec je ne sais pas qui, quoi. Ce n'était pas complètement le laboratoire, la porte était comme ça (geste) et ça donnait... je me trouvais dedans, devant la porte qui donnait sur le passage, le corridor, et puis j'ai vu Mère qui était là, qui arrivait. Elle était tranquille, silencieuse. Elle m'a vue, elle a souri, alors j'ai fait un pas vers elle et elle m'a fait signe que non : elle ne voulait pas parler à ce moment, elle était... elle pensait à quelque chose, quoi. Puis j'ai continué ce que je faisais... Ah oui! j"ai oublié de dire: là, dans la chambre de Pavitra-da, il y avait - je ne sais pas qui avait apporté, on n'avait pas ouvert, mais je savais que c'était plein de chocolats.
  
   (Éclatant de rire) Oh ma Douce !
  
   (Riant) Plein de chocolats. Mais je n'en ai pas pris. Oui, après cette histoire avec Bharati-di, il y avait aussi je ne sais pas quoi, quelque chose d'autre. Enfin, là, Mère était donc là et elle regardait un peu vers le bureau de Pavitra-da. Et je ne sais pas à qui elle a dit quelque chose: qu'elle devait porter tout ça à Satprem, qui se trouvait dans le bureau. C'était vous, là-dedans. Et Mère devait porter tout ça. Vous vous souvenez, sous les fenêtres, il y a des tables semi-circulaires? Eh bien, juste comme ça, il y avait un tas comme ça. Je ne sais pas ce que c'était, c"était bien enveloppé avec un tissu blanc comme un dhoti ou plutôt comme un chadhar, c'était mince. Un gros bundle [paquet], et elle a dit : " Je dois porter ça à Satprem. "
  
  310
  
   Ah!
  
   Alors j'ai dit : " Mais pourquoi tu n'as pas appelé Satprem?" (Rires) C'était si simple, si évident pour moi. Alors quand j'ai dit ça, Mère a éclaté de rire, elle a été prise d'un rire fou (rires).
  
   Oh! C'est charmant.
  
   Elle a dit : " Pas comme un postman [facteur]: porter comme un postman!" Et puis elle riait, riait. Et sur ça, je me suis réveillée.
  
   Ah! Mais c'étaient des choses que Mère voulait me donner à moi ?
  
   Oui.
  
   Oh! Elle est gentille !
  
   Oui, qu'elle apportait pour vous, eh bien c'était un gros bundle, vraiment.
  
   (Très ému) Oh j'aurais besoin de La voir! Ma... oh oui, on aurait bien besoin de La voir.
  
   C'était surtout son rire ! Elle riait-riait-riait.
  
   Oh, si on la voyait, on disparaîtrait.
  
   Oui...
  
   Mais ça manque.
  
   Alors voilà.
  
   C'est charmant. (Pleurant) Qu'est-ce qu'elle veut me donner? Elle me donne tout.
  
  311
  
   Je ne sais pas, plutôt qu'un postman, elle aurait dû [dire] dhobi [blanchisseur']. C'était un si grand bundle que je n'allais pas porter ça comme un postman. Moi, c'est toujours très pratique, tout de suite j'ai dit : " Mais tu n"as qu"à l"appeler ! (Rires)
  
   Ah oui, si Elle m'appelait...
  
   Et Mère était si ravie de cette solution (rires). Alors voilà, c'est sur son rire que je me suis réveillée.
  
   Ah oui, c'est charmant quand elle riait.
   On ne sait pas ce qu'on fait, ma Douce, on ne comprend pas ce qu'on fait.
   On subit, c'est tout. Mais je suis complètement dans le noir
   Dans le noir, c'est ça, le vrai noir.
   On pourrait dire un noir de douleur.
  
   Mais oui, très tourmenté.
  
   Pas tourmenté, non.
  
   Oh si!
  
   Je ne sais pas, je ne sais pas quoi faire.
  
   Vous voyez, je vous rapporte tant de joie, et vous êtes dans votre tristesse.
  
   Ce n'est pas de la tristesse !
  
   Je dirais : au lieu de se laisser porter par le rire de Mère.
  
   Oui, toi tu te laisses porter.
  
   *En Inde, le dhobi porte les paquets de linge à laver enveloppés un morceau de tissu. [N.D.E.]
  312
  
   Mais oui, par cette joie, et puis je vous raconte.
  
   Oui, ma Douce.
  
   Et puis ce n'est pas la joie. C'était si joyeux le rire de Mère, vous savez, oh, si joyeux. On était emporté et je pensais vous donner ça.
  
   Mais tu me fais du bien.
  
   Je n'ai pas la sensation du tout, c'est le contraire.
  
   Si, tu me fais du bien.
  
   Ce n'est pas la joie.
  
   Mais, ma Douce, je sais qu'Elle est là, je sais qu'Elle est là, et qu'il faut, qu'il faut aller de l'autre côté. Mâ. Toi tu es si pétrie par Elle, tu te laisses porter justement par sa joie, et tu m'apportes cette joie. C'est ça qui fait que je peux continuer.
   Mâ.
   C'est bon de savoir qu'Elle pense à moi !
   Mâ.
   Oui, ma Douce, c'est sûrement exprès que tout ça est voilé. Sûrement.
  
   Et alors, c'est ce secret-là que je voulais vous demander: qu'est-ce qu'il y avait dans ce paquet ? Parce que je n'ai pas vu.
  
   Oh c'est son amour, j'ai besoin de ça.
   Oh! c'est émouvant.
   Oui, ma Douce. C'est peut-être pour ces vingt ans à Kotagiri.
  
   Je ne sais pas, mon Dhoum, je ne cherche pas beaucoup à savoir, vous savez.
  
  313
  
   Oui bien sûr.
  
   Alors je suis beaucoup moins tourmentée que vous.
  
   Ce n'est pas ça, ce n'est pas que je sois tourmenté, c'est que je ne sais pas comment vivre, tu comprends.
  
   Je suis un peu tranchante, vous savez: quand on n'aura s besoin de vivre, on ne vivra pas. Voilà (rires).
  
   (Riant) Oui.
  
   C'est aussi simple pour moi, pourquoi se casser la tête?
  
   Oui.
  
   Mais évidemment, tout ce que votre corps subit, c'est autre chose, alors évidemment vous avez cette difficulté ou ce problème de tous les jours.
  
   Eh bien les journées sont très longues.
  
   C'est n'est pas que je ne comprends pas.
  
   (Riant) Mais oui, ma Douce.
  
   Mais ça m'a enlevé ma joie, je dois dire...
  
   Oh! écoute !
  
   De ce rire de Mère, c'était si joyeux. Oh ! Elle riait de tout son cœur, vous savez. Vous savez comme Mère riait.
  
   Oh! oui !
  
   Exactement, et c'était... Enfin voilà, et c'est ça que je voulais s vous transmettre, mais évidemment je n'ai pas pu.
  
  314
  
   Ah, ça m'a fait du bien, ma Douce. Ça me fait beaucoup de bien.
  
   Bon, espérons-le.
  
   De savoir qu'Elle se souvient de nous. On le sait, mais on ne sait pas.
  
   Je vous ai dit une fois, et je vous le répète, si Mere ne se souvenait pas de nous, nous n'existerions plus. C'est aussi clair que ça.
  
   Oui.
  
   Il n'y aurait plus d'existence, non.
  
   C'est vrai, on ne voit qu'un côté des choses.
  
  (silence)
  
   C'est curieux, on est tout le temps avec une certitude, une foi, une foi absolue et en même temps avec une question absolue.
  
   Une question.
  
   C'est curieux : c'est sûr, c'est évident pour moi tout ça n'est-ce pas.
  
   Mais il y a quelque chose dans votre nature matérielle pour laquelle ce n'est pas du tout évident.
  
   Oui, ma Douce, vraiment moi je navigue, et je navigue dans la nuit. Et il faut que je fasse attention à chaque changement de vent, à chaque lame, à chaque... sans rien voir. Mais je sais bien qu'il y a un port là-bas, je sais bien qu'il y a de la lumière là-bas. Mais je navigue, tu comprends, et
  
  315
  
  naviguer, c'est chaque seconde.
   Oui ma Douce, oui, merci ma Douce.
  
  24-25 mars 1998
  
   Il m'a semblé voir un beau soleil (un peu rouge, comme les soleils couchants) sortir de la terre, ma terre, comme dans mon jardin, couleur brune! (Je ne sais pas pourquoi, C'était comme lié à ce dernier livre " Ciel et Terre ", comme la fin de ce livre.)
  
  Avril
  
  
  
  319
  
  4 avril 1998
  
  (jour de Sri Aurobindo à Pondichéry)
  
   Terminé la révision finale des épreuves de " Terre et Ciel ".
  
  10 avril 1998
  
  Conversation avec Sujata
  
  Un désert de roches aiguës
  
   C'est juste une image que j'ai vue cette nuit. Juste une image. Enfin c'était bref, mais c'était long parce que... je ne sais pas.
  
   C'était étrange, un étrange paysage. Je me suis trouvé comme dans une mer de rochers nus. Rien que des rochers et des rochers, pas de mer, rien. Mais ce n'étaient pas des rochers hauts, c'étaient des rochers comme aigus, pointus, ça faisait comme des vagues de rochers, si tu veux, de couleur comme il y en a en Bretagne alors, gris-noir. C'était un étrange paysage, il n'y avait pas de mer, il n'y avait pas d'eau, il n'y avait rien, c'était complètement nu, complètement sec, complètement... et immense.
  
   Rien que ça.
  
   Rien que ça, et j'étais là-dedans.
  
   Tout seul?
  
   Oui, j'ai l'impression que quelqu'un m'accompagnait, mais je ne sais pas qui, peut-être mon gardien ou celui qui
  
  320
  
  m'éclaire. Je n'ai jamais vu... c'est un étrange paysage, tellement nu, tellement aride ou quoi, je ne sais pas. Comme une mer de rochers, de roches.
  
   Comme des vagues...
  
   Oui, tu sais avec une crête, chaque rocher avait une crête comme aiguë, si tu veux. Ce n'était pas haut, n'est-ce pas, pas de grands rochers.
  
   Comme seraient par exemple des vagues figées?
  
   Oui, mais enfin ce n'étaient pas des vagues figées, c'était de la roche, couleur gris-noir, gris foncé, comme du granit, n'est-ce pas, du granit gris. C'était un étrange paysage vraiment tout à fait désolé ou désolant ou nu.
  
   Et vous, vous vous trouviez sur une des crêtes ou...
  
   Je n'en sais rien, j'étais là-dedans.
  
   En tout cas vous ne sentiez rien sous vos pieds?
  
   J'étais dedans, tu comprends, je ne peux pas dire.
   C'est l'étrangeté de ce paysage qui m'a frappé. Il n'y avai pas un brin d'herbe là-dedans, il n'y avait pas... C'était com-plè-tement nu, et vaste, et chaque crête de ces roche était aiguë.
   Oui, comme une mer de rochers, mais on ne peut pas dire mer, parce qu'on n'aurait pas du tout la sensation d quelque chose de fluide. Oui enfin, c'était comme une me de roches, nues, aiguës.
  
   Mais ce que je voulais comprendre: est-ce que vous avez le souvenir quelconque que vous aviez marché là-dedans? Ou tout simplement vous vous trouviez...
  
  321
  
   Non, je me suis tout d'un coup trouvé là-dedans. J'avais e de roches, mais avec l'impression qu'il y avait une herbe verte quelque part par là. Mais l'image d'avant s'est effacée, n'est-ce pas, parce qu'au bout de quelque temps dans ces rochers nus, j'avais envie d'aller ailleurs.
   Mais c'est ça qui fait que tout d'un coup je me suis souvenu d'un brin qui se trouvait dans le paysage d"avant. Un brin d'herbe, il n"y en avait pas beaucoup, un brin. Ça m'a fait penser à Tilak' (rires). C'est vrai, je voulais sortir de là, quoi.
   Je n'ai jamais vu un paysage aussi désolé : nu, nu, nu.
  
  (silence)
  
   Voilà, c'est tout, ma Douce, je ne sais pas ce que ça veut dire.
  
  24 avril 1998
  
  Conversation avec Sujata
  
  Le jeune sannyasin et le grand : tu es mon enfant
  
   Ah! nous sommes le 24 avril. Vous aviez eu ce jour-là le Darshan de Mère, de Sri Aurobindo. Mère, vous l'aviez rencontrée avant ou non ?
  
   Non.
  
   C'était la première fois.
  
   *La vache laitière de Sujata. [N.D.E.] 321
  
  322
  
   C'était la première fois.
  
   Oooh!
  
   Oui, mon Dieu.
  
   Vous pensez...
  
   Oui, c'est une vie.
  
   De 46 à 98.
  
   Cinquante-deux ans. Oh, si je ne les avais pas rencontrés, ma vie, c'était la destruction une fois de plus. Une fois de plus.
  
   Tout d'un coup, ça donnait un sens.
  
   Non seulement ça a donné un sens, mais... Il y a une Grâce, quoi.
   On met longtemps à comprendre cette Grâce.
  
  (Sujata chante)
  
   Alors, qu'est-ce que vous avez vu l'autre soir?
  
   Je ne sais pas, je n'ai rien trouvé d'intéressant là-dedans, mais enfin j'ai trouvé ça bizarre.
  
   C'était la nuit d'avant-hier?
  
   Oui, nous sommes le 24, c'était peut-être dans la nuit du 21.
  
   22.
  
   22, je ne sais pas exactement, peut-être, oui. Oui, c'est
  
  323
  
  simplement une image. J'ai vu devant moi un jeune (assez jeune) garçon, sannyasin. Il me semble-il était beau, j'ai trouvé, je l'ai trouvé beau, je crois qu'il avait le torse nu. Il était jeune, et il me semblait petit parce que moi, je ne me voyais pas mais j'étais grand. Je ne me voyais pas mais j'étais grand évidemment. Et ce qui m'a frappé c'est que j'ai dit à cet instant -- ça n'a duré qu'une fraction de seconde, tout ça -- j'ai dit à ce jeune sannyasin : " Tu es mon enfant ". C'est une chose que je ne dirais jamais, je ne sais pas, ça m'a beaucoup frappé. Mais c'était moi qui parlais, n'est-ce pas.
   Je ne me voyais pas, mais par rapport à ce jeune sannyasin je devais être très grand, j'avais l'impression qu'il m'arrivait à la taille, si tu veux. Je ne pourrais pas dire, je ne me voyais pas vraiment.
  
   Il était sannyasin en robe orange?
  
   Oui, le bas... je voyais surtout le haut du... Je le voyais en entier, il était sannyasin, c'était évident, et probablement j'étais sannyasin, mais je n'en sais rien.
  
   Oui.
  
   Je n'en sais rien, je ne me voyais pas habillé, je ne me voyais pas, sauf que j'étais grand par rapport à ce jeune sannyasin.
  
   Il avait la peau comment?
  
   Je ne dirais pas que c'était le blanc des Occidentaux, je ne dirais pas ça, mais je ne sais pas.
  
   Mais est-ce qu'il était aussi foncé que...
  
   Ah non, pas foncé du tout.
  
  324
  
   Pas foncé comme des...
  
   Non.
  
   ... Sud-Indiens.
  
   Non, pas du tout.
  
   Parce que tout d'un coup je me suis dit: est-ce que ce serait... non, ça ne peut pas être Shankaracharya.
  
   Shankarâchârya?
  
   Du Kerala, vous savez Shankarâ, le grand Shankarachârya. Ce n'est pas lui, parce qu'il n'avait que huit ans quand il a quitté...
  
   Mais il a quitté quand ?
  
   Il a quitté... il est devenu sannyasin quand il avait huit ans.
  
   Ah ça, ce garçon-là me donnait l'impression d'être plus âgé que ça.
  
   Plus âgé, dix-douze ans.
  
   Peut-être même plus. Enfin, il avait l'air très vigoureux, je dirais presque... pas musclé mais fort, n'est-ce pas, vigoureux.
   Mais ce qui m'a frappé c'est ça : des paroles comme ça qui sortaient de ma bouche, et puis il y avait une espèce de solennité là-dedans, n'est-ce pas.
  
   Vous avez parlé en français ?
  
   Oui. Oui, c'est ça qui m'est resté, c'est ça qui a fait que 324
  
  325
  
   je me suis souvenu de la vision parce que : " Tu es mon enfant "ça me semblait si... (riant) si énorme !
  
   Je ne saurais pas vous dire, rien ne me vient.
  
   Oui.
  
   Ça doit être ça.
  
   Ça?
  
   Oui, ce que vous avez vu.
  
   Mais tu parles de ce Shankaracharya,
  
   Non, non, Shankaracharya, j'ai rejeté, ce n'est pas lui.
  
   Je ne sais pas, je me suis demandé si ce n'était pas quelque chose d'une vie antérieure.
  
   Plutôt, plutôt.
  
   Oui. Ce sont mes paroles qui font que je me suis souvenu, parce que ça me semblait... ce n'est pas du tout comme quelqu'un de moi, que je connais, qui dirait ça.
  
   Non, ça devait être vous-même, n'est-ce pas. Parce que Tai le souvenir, il y a longtemps à Balicourt, nous étions assis dans la véranda, parfois nous restions tranquilles, non?
  
   Oui.
  
   C'était peut-être l'après-midi, ou midi, je ne sais plus quand. Nous étions, vous savez, là et parfois (on ne parlait pas beaucoup) on restait tranquilles ensemble. Et il y avait un arbre au fond du jardin, près de la rue.
  
  326
  
   Oui, près de la porte, oui.
  
   Près de la porte, là, oui. Et je ne sais pas pourquoi mes yeux étaient très attirés là, j'ai regardé et puis il m'a semblé voir, précisément, deux yeux, vous savez? Comme ça...
  
   Oui.
  
   ...En pleine méditation, mais avec une joie profonde, un vrai Ananda qui était là, et il m'a semblé -- c'était des jeunes, mais " jeunes " ça voudrait dire peut-être dans la vingtaine, un peu avant, un peu après, peut-être vingt-deux ans ou quoi. Mais quelqu'un... et dans mon esprit c'était quelqu'un qui faisait la sâdhana et évidemment c'était peut-être un moment de sa sâdhana que j'ai vu. Il avait réalisé, il venait de réaliser cet Ananda et il était totalement plongé là-dedans, absorbé. Et des yeux si beaux, vous savez, ce n'est pas qu'ils regardaient mais ils étaient entrouverts et c'est resté en moi, ces yeux-là.
  
   Oui.
  
   Je n'ai pas vu l'être complet. J'avais l'impression qu'il était plutôt assis que debout, et je ne voyais pas le visage entier non plus, mais quelque chose dans les yeux, alors... une si profonde joie, là. Joie, c'est le mot.
  
   Oui.
  
   C'est vraiment le délice.
  
   Mais Mère m'a dit ça à plusieurs reprises, elle m'a dit: mais tu es dans la souffrance, mais ton être c'est la joie.
  
   Oui.
  
  327
  
   Elle m'a dit : c'est la joie et la beauté ! Et c'est vrai que toute ma vie c'était le contraire. C'était ou c'est le contraire.
  
   C'est évident parce que toute votre souffrance vient de ce que ce n'est pas ça, n'est-ce pas.
  
   Ce n'est pas ça, et puis tout le reste n'est pas ça du tout !
  
   Oui, oui.
  
  (silence)
  
   C'est peut-être cet être que vous avez vu l'autre nuit, c'était peut-être une vie où vous étiez parti à la recherche de cette joie, pensant que c'est la voie qui mène à la joie. Mais c'est vrai, ça a dû mener à la joie, mais ça n'a pas changé la vie ordinaire générale.
  
   Oui. Oui, on m'a fait naître dans l'extrême contraire.
  
   Oui.
  
   Mais je comprends pourquoi.
  
   Oui, on comprend, seulement ça ne réconforte pas. On peut comprendre mais ça ne diminue pas la souffrance.
  
   Oui, ma Douce, mais c'est une... ça donne une force si farouche pour que ça change, une volonté si farouche.
   Je te disais l'autre jour : " Si je tombe, ce n'est pas moi qui tomberai ! "
   Vraiment, que tout ça ne soit plus.
   Oh oui! Mère m'avait bien dit ça. Et j'avoue que je ne comprenais pas.
  
  (silence)
  
  328
  
   Mais tu vois, la première fois que... apres avoir vu Sri Aurobindo, la première vision de ma vie c'était ça, cette...
  
   Ce cheval.
  
   Cette forteresse moyenâgeuse, j'étais là-dedans comme un étranger, et j'étais comme traqué là-dedans, et puis ce cheval formidable (très ému) qui ouvrait toutes les portes.
  
   Oh, quelle merveille, hein!
  
   Oh, cette formidable porte qui s'est ouverte et un galop alors, oh! puissant. Merveilleux. Libre, libre.
  
   Un cheval blanc.
  
   Oh oui ! il était gigantesque. C'était comme ces rues du Moyen-Âge, n'est-ce pas, qui étaient étroites avec des balcons de fer. Je ne sais pas comment c'est possible, il était là tout d'un coup et puis je me suis retrouvé sur son dos sans savoir comment et il m'a emporté... C'était la première vision de ma vie.
  
   Et vous savez dans le Véda on parle beaucoup de ce che- val blanc, qui n'était que Agni qui s'était changé. C'était Agni. Agni. Oui. Je crois qu'il s'appelait Dadhikrâvan, c'est-à-dire blanc comme du lait caillé, quoi. Une formidable puissance. 328
  
  329
  
   Oui, et vous savez c'est lui, quand les dieux sont partis à la recherche des vaches perdues, qui ont été enlevées et volées par les panis*. Eh bien c'est lui qui a pu les emmener, parce que tous les autres chevaux aussi avaient été enlevés, il ne restait plus rien: ni vaches ni chevaux ni rien. Alors il y avait Sarama** et puis c'est Agni qui s'est changé en ce cheval blanc formidable.
  
   Oh oui ! Formidable.
   Et puis je l'ai vu une deuxième fois, ce cheval blanc, en 84, mais alors, ça c'était tout à fait... un cheval si formidable. Mais je préfère ne pas en parler.
   Oh! et il s'est allongé sur le flanc pour que je puisse être à sa hauteur. Il s'est allongé comme ça, sur le flanc, pour que je sois à la hauteur de sa bouche.
  
   Ah, vous étiez devant lui?
  
   Eh bien, il s'est allongé, n'est-ce pas, et il y avait sa tête qui était là, et j'étais près de sa tête.
  
   Près de sa tête.
  
   Oui, et c'était si... Je te dis, il s'est allongé parce que je n'étais pas plus haut que sa tête allongée (rires).
   Ah, c'est un Agni formidable. Alors quand on regarde derrière, on ne voit que de la grâce, n'est-ce pas, que de la grâce indicible. Moi, je ne vois que ça dans ma vie, de la grâce, de la grâce, de la grâce. Et moi complètement inconscient. Inconscient mais quand même, il y avait quelque chose. Quelque chose qui poussait, qui tirait, qui voulait je ne sais pas quoi.
  
   *Dans le Véda, les panis sont les voleurs de Lumière, symbolisée par la vache. [N.D.E.]
   ** Saramâ, le chien céleste, au flair subtil, qui met sur la piste de la Lumière volée. [N.D.E.] 329
  
  
  330
  
  (silence, concert d'oiseaux dehors)
  
   Il faut que je vous laisse, il est huit heures. Je regardais Mère, le soleil qui vient derrière, la petite photo, celle-ci (geste).
  
   Ah oui oui.
  
   Comme si on allumait la lumière.
  
   Oui.
  
   Ah! cette merveilleuse petite Mère !
  
   Oh oui, quelle patience, hein ! Quelle patience! Avec moi. quelle patience elle avait.
  
   (Riant) Avec toute sa création, elle a beaucoup de patience.
  
   Oh oui! (Rires)
  
   Sri Aurobindo disait -- vous savez, en 32 je crois, Mère était tombée très malade.
  
   Oui.
  
   N'est-ce pas, heureusement que Sri Aurobindo était là pour la tirer de ça. Alors pendant ce moment -- parce qu'il y avait déjà " Prospérité " et les autres choses* avaient commencé. Alors quand Mère a regardé, elle a demandé aux disciples: [ils ont dit que] Sri Aurobindo disait que si c'était lui qui avait tout ça entre ses mains il n'aurait pas autant de patience que Mère (rires).
  
   Mère distribuait aux disciples ce dont ils avaient besoin pour le mois dans une salle appelée " Prospérité ". [N.D.E.]
  
  331
  
   Oh oui il faut... oui, une patience, c'est LA Mère.
  
   O mais elle a beaucoup de patience pour ses...
  
   (Riant) Pour ses foutues créatures!
  
   Ah MA! Voilà. Petite Mère...
  
  Mai
  
  335
  
  5 mal 1998
  
   Chaque jour, il faut aller un peu plus loin que la limite.
   C"est comme cela depuis Mai 22. A je suis sorti de la, c 5 Mai 45, pour ouvrir la dernière porte.
   Sinon je serais allé avec la pile de cadavres numéros attendaient dehors (et souvent fai regretté...)
   Ma prière désespérée (ou espérante): qu'on SORTE, qu"on sorte de ce Malheur " humain ".
  
  11 mai 1998
  
   Explosion nucléaire en Inde.
   Un tournant.
   Soudain une " question " explose dans le monde. Le mental hypocrite.
  
  15 mai 1998
  
   Finalement, c'est hier 14 Mai que j"ai terminé l'ultime révision et correction des épreuves de " Terre et Ciel " -- et je m"aperçois que c'était hier, 14 Mai... 1982 que j"ai commencé ce " yoga du corps "... il y a donc 16 ans, jour pour jour -- peut-être ai-je remué " ciel et terre " (!) depuis ce temps-là, en effet.
  
  Conversation avec Sujata
  
   Satprem jeune, nu, lumineux, cherche à se couvrir
  
  (Sujata chante)
  
  
  336
  
   Alors, vous voulez que je vous raconte ce que j'ai vu? Ça fait déjà une dizaine de jours, non?
  
   Oui.
  
   Nous sommes quoi, le 15 aujourd'hui ? Je pense ?
  
   Oui, le 15. C'était, je l'ai noté, tu avais dit que c'était la nuit du 5 au 6 mai. Tu te rends compte? Je ne voudrais pas être... enfin, ce sont mes dates catastrophiques.
  
   C'est le jour où vous deviez sortir des camps, oui, affreux.
  
   Oh oui! Mon Dieu!
  
   Là, tout le début, je ne me souviens plus de ce qui s'est passé. La partie que j'ai gardée, qui est restée dans ma mémoire, c'est que j'étais dans une chambre avec vous -- ce n'était pas une grande chambre, petite, il y avait un lit et je vous faisais vous mettre au lit pour que vous dormiez. Je crois qu'il y avait même une couverture. Et quand vous vous êtes allongé, comme ça, tranquille je suis sortie. Et depuis votre chambre, en sortant, il y avait une toute petite chambre, presque carrée, mais toute petite, je dirais à peine deux mètres sur deux. Puis il y avait une antichambre, qui n'était ni très carrée, ni très grande, de ce que j'ai vu, c'était une petite chambre aussi, mais il y avait des portes entre, de jolies portes en bois, surtout de la chambre d'où je sortais, où vous étiez endormi, la porte était très jolie. J'ai le souvenir : le bois, ça me laisse toujours une trace, j'aime beaucoup le bois. Enfin, quand je suis arrivée dans cette antichambre, ce que j'appelle antichambre, il y avait une table, une chaise et aussi une porte assez grande qui donnait sur un couloir où il y avait d'autres chambres. Alors, dans cette antichambre il y avait X et Z, et X se trouvait assis sur une chaise devant cette table. Rien n'était très luxueux.
  
  337
  
  rien... pour le travail, quoi. Mais tout propre et... c'est-à-dire que je n'étais pas du tout frappée par une chose désorganisée, mal classée, rien de tout ça. Ce n'était pas luxueux, riche, mais c'était propre, ordonné.
   Et puis je me trouvais debout près de X, près de cette table et Z était juste de l'autre côté de X, un peu plus loin. Et je ne sais pas de quoi on parlait, X a dû poser quelques questions auxquelles je répondais, j'expliquais, quelque chose comme ça. Et tout d'un coup nous avons entendu un bruit et X et moi nous avons regardé, et Z nous voyant, elle aussi - parce qu'elle était un peu loin, plus près de la porte de sortie. Et nous avons vu que c'était vous, c'était vous debout. Vous étiez sorti de votre chambre, près de la porte, comme ça, un peu caché. Alors j'ai dit : " Nos bavardages vous dérangent, vous ne pouvez pas dormir? " Vous n'avez pas répondu, autant que je me souvienne, vous n'avez pas prononcé de paroles. Alors j'ai dit : " Mais vous pouvez retourner dormir. " Non, vous vous cachiez un peu. Après vous êtes sorti, rentré dans cette antichambre, vous comprenez, et à ce moment nous avons vu que vous n'étiez pas habillé du tout, seulement dans votre... vous aviez une sorte de dhoti, extrêmement fin, avec lequel vous essayiez de vous couvrir, et là vous étiez rentré, et vous vous trouviez entre la table, la porte et le mur.
  
   Oui, sortant de ma chambre.
  
   Oui, vous êtes entré dans l'antichambre et vous êtes allé tout droit vous mettre derrière la table, c'est-à-dire face à nous deux, côté Z un peu, mais Z se trouvait...
  
   Était loin, oui.
  
   De l'autre côté de la porte qui donnait sur le couloir, et vous vous trouviez de ce côté c'est-à-dire à droite de la porte, tout à fait, et presque contre le mur, n'est-ce pas,
  
  338
  
  et vous faisiez des gestes: on ne comprenait pas, puis nous avons vu que vous n'arriviez pas à mettre le dhoti convenablement, c'était ça : vous faisiez toutes sortes de gestes pour vous couvrir, mais vous n'y arriviez pas.
  
   Je n'arrivais pas à me couvrir.
  
   A vous couvrir.
  
   Oui.
  
   Alors je me suis approchée de vous en tournant -- X et Z restaient à regarder, parce que tout le monde regardait se disant : qu'est-ce que ça...? Vous aviez l'air très blanc, très jeune et très léger, comme on vous voyait autrefois, vous avez quelque chose de très léger, corporellement, n'est-ce pas. Ça, j'ai remarqué depuis longtemps. Alors la, c'était vraiment comme...(riant) avec un peu oh! pfou! -- un souffle et vous vous seriez envolé, un peu comme ça, si léger. Vraiment léger, et... vous faisiez toutes sortes de gestes.
  
   Voulant me couvrir, toujours.
  
   Oui, vous vouliez vous couvrir et vous n'y arriviez pas, le dhoti allait par ici, par là, et je me suis approchée de vous et j'ai pris le bout de dhoti pour pouvoir le mettre convenablement autour de vous, mais à ce moment vous êtes parti dans le couloir (rires) mais avec le dhoti qui traînait: un bout sur votre corps, l'autre bout qui traînait, et je vous couvrais avec le bout de votre dhoti, et X et Z aussi, je crois qu'ils nous ont suivis -- j'ai un peu oublié, ça fait si longtemps. Et la dernière image qu m'est restée : il y avait des portes dans le couloir, par une des portes, vous partiez, vous alliez quelque part.
  
   J'étais jeune ?
  
  339
  
  Très jeune, très jeune. Je ne dirais pas un garçon de dix ans, mais un jeune homme, n'est-ce pas, peut-être entre dix-huit et vingt, même pas vingt ans. Très jeune, assez maigre, très blanc (ça aussi ça m'a frappée) pas gros du tout. Mais vraiment la blancheur, ce n'était pas une blancheur comme quand on est malade ou [qu'on n'a] pas de sang. Ça ne donnait pas une impression maladive, au contraire, c'était comme une lumière qui sortait, comment dire? Qui est à l'intérieur et qui rayonne.
  
   Oui.
  
   Parfois j'ai vu ça, quelque chose de très intérieur qui rayonne dans le corps. C'était ça.
  
   Curieux.
  
   Oui, je donne beaucoup plus de détails comme ça, mais, ce qui m'est resté : voilà. C'était si curieux que ça m'est resté.
  
   C'était physique, un corps physique ?
  
   Oui, oui, tout à fait. Tout à fait physique.
  
   Mon visage était comment ?
  
   Comme vous!
  
   (Riant) Comme moi !
  
   Oui, tout à fait.
  
   Mais je suis une vieillerie!
  
   Oh non! Non-non. Plus jeune que ça, n'est-ce pas.
  
  340
  
   Plus jeune que ?
  
   Ce que l'on voit. Peut-être un peu... je ne sais pas comment on dirait. Oui, disons que votre visage: sans rides, rien.
  
   Oui.
  
   Mais ce n'était pas très souriant, vous regardiez absorbé par quelque chose, je ne sais pas quoi.
  
   Eh bien.
  
   En tout cas matériellement, physiquement (riant) vous étiez très absorbé en essayant de vous couvrir.
  
   Oui, c'est ça, oui, on essaie de se couvrir, en effet. Le corps se sent très nu.
  
   Le corps même ?
  
   Oui, il se sent très nu. Et c'est vrai, il sent comme un besoin de se cacher ou de se protéger ou quoi, je ne sais pas.
   Eh bien tu vois la vision que j'ai eue il n'y a pas longtemps: j'étais dans ce paysage de...
  
   ... roches.
  
   De roches nues, mais alors, c'était vaste, n'est-ce pas, c'était vaste-vaste, et j'étais comme tout petit là-dedans, dans ce monde com-plè-tement nu, de la matière nue.
   C'est peut-être ça, n'est-ce pas, on arrive à la matière nue. C'est très difficile dans ce monde d'être nu, matériellement nu.
  
   Corporellement.
  
  341
  
   Oui, corporellement nu.
  
   C'est-à-dire que le corps est sans défense.
  
   Oui.
  
   C'est notre ignorance qui garde une sorte de barrière entre...
  
   Mais oui, une barrière nécessaire, n'est-ce pas, dans le monde tel qu'il est. Dans le monde tel qu'il est, il faut se couvrir! Enfin, ceux qui sont simplement des petits pantins, etc., ce n'est rien, mais dès qu'il y a une intériorité ou une réalité, elle est très vulnérable dans ce monde. Tout veut se jeter là-dessus.
   Ça, je n'ai pas oublié ce que disait Sri Aurobindo : " Les forces universelles sont contre votre effort. "
  
   Oui, quand est-ce qu'il disait ça ?
  
   Oh! je ne sais plus.
  
   Dans les années vingt, peut-être.
  
   Oui. " Les forces universelles sont contre votre effort. >>
  
   Oui, mais vous savez, depuis le temps, je crois qu'il y a changement dans ces forces. Elles ne sont pas toutes contre. Il y en a certaines qui sont pour.
  
   Pas dans les forces qui se manifestent.
  
   Si, parce que s'il n'y avait pas cette bataille, cette résistance des forces qui veulent ce changement, les autres qui ne veulent pas, qui sont contre, l'auraient emporté depuis fort longtemps.
  
  342
  
   Ah oui, mais ça je suis persuadé qu'elles ne triomphent pas, elles ont l'air de régner, mais je suis persuadé qu'elles sont acculées.
  
   Elles sont acculées.
  
   Ça, j'en suis convaincu, mais... hein! Elles sont méchamment acculées.
  
   Elles sont acculées, mais il y a beaucoup de ces forces qui étaient autrefois... qui ne voulaient pas de changement... je suis persuadée qu'elles veulent maintenant. Elles ont compris.
  
   Tu crois?
  
   Je crois.
  
   Ce n'est pas ce qui règne, extérieurement. Quoiqu'on voie que tout est... on voit qu'ils sont tous tremblants et...
  
   Oui, mais pourquoi sont-elles tremblantes?
  
   Oui, parce qu'ils sentent que leur règne est fini.
  
   Non, parce qu'elles ont perdu beaucoup de leur rang (Riant) Elles sont diminuées, leurs forces. Vous vous souvenez que Mère disait il y a longtemps, que l'Asoura principal a été dissous, mais comme il avait des millions d'émanations*, chacune continuait sa vie. Alors sa vie : s'il n'y a pas un renouvellement de la source, un arbre sans ses racines, combien de temps ça peut durer ?
  
   Oui
  
   *Voir L'Agenda de Mère, tome 3, 8 août 1962. [N.D.E.]
  
  
  
  343
  
   Ça dure un bout de temps.
  
   En effet, la mort est déracinée, en effet, ça, je le sens comme ça, je le vis comme ça. Je suis perpétuellement dans un état où normalement on devrait mourir.
  
   Oui, mille fois!
  
   Ah oui ! Mais ça n'existe plus. Pendant des années, je te dis, je me suis battu avec la Mort, et vilainement avec cette Mort. Mais pour moi maintenant ça n'existe plus ! Il y a quelque chose de plus fort que ça, une vie qui est plus forte que ça.
   Seulement on est perpétuellement dans un drôle d'état, qui n'est plus la mort, mais qui n'est pas encore la vie normale.
  
   La vie nouvelle.
  
   Qui est la vie nouvelle, mais pas normale, tu comprends?
  
   Ce n'est pas devenu normal.
  
   Ce n'est pas devenu normal, c'est pour ça qu'on veut se couvrir.
   Eh bien je ne sais pas, ma Douce, on vit le processus.
  
   Ah oui, et comment! Je vois.
  
   Et on n'a aucune, aucune, même pas l'ombre d'une envie que ce soit pour soi, tu comprends.
  
   Oui, le sens.
  
   Ça n'a pas de sens, comme si le " soi ", ça n'avait...
  
   Pas de sens.
  
  344
  
   Pas de sens.
  
   Oui, on s'étonne, qu'est-ce que c'est que ce " soi " -là?
  
   Mais qu'est-ce que c'est que ce " soi " -là ?
   Oh! Je suis convaincu, je le vois, je le vis, je le sens, on vit les derniers jours de ce règne-là. Mais enfin, les derniers jours, ils peuvent être longs.
  
   Oui, les jours ne sont pas les jours...
  
   Et chaque jour, c'est chaque jour, hein ! Mais pour moi c'est évident, c'est la fin de ce règne. Tu te rends compte, dans quelques jours il va y avoir vingt-cinq ans qu'on a...
  
   Mais ce n'est pas aujourd'hui, le 15, que vous avez commencé? 14 ou 15?
  
   Ah, ce yoga?
  
   Oui.
  
   C'était au mois de mai, en effet. Je ne sais plus très bien. Oui, oui, tu as raison, ma Douce.
  
   C'est depuis 82.
  
   82, ça fait donc...
  
   Seize.
  
   Seize ans.
  
   Seize ans complétés.
  
   Voilà seize ans.
  
  345
  
   La dix-septième [année] commence.
  
   Ce que je voulais dire, c'est qu'il y a maintenant... ma dernière rencontre avec Mère c'était ?
  
   Le 19 mai.
  
   19 mai, eh bien, il y a vingt-cinq ans ! Eh bien, ce n'est pas croyable ces vingt-cinq ans. Ça me semble, je ne sais pas des... loin, loin comme une autre vie. Et c'est fou ce que ça a été bourré de choses. Bourré de graves choses.
   Et en effet, je sens, entre 1973 où on était acculés, assaillis, vraiment on voulait ma destruction et maintenant, je vois intérieurement une grande différence.
   Une colossale différence.
  
   Vous avez beaucoup marché.
  
   Ah oui, on a marché.
  
   On a couvert de grandes distances. Mais je ne sais pas, depuis quelque temps ça devient très... quelque chose qui est très clair, très certain : que c'est la lumière divine qui chasse maintenant les autres.
  
   Oui, c'est ça.
  
   Ces anciennes forces qui ne veulent pas partir, maintenant ce n'est plus l'attaque des forces hostiles sur les forces divines, c'est le contraire. Maintenant ce sont les forces divines qui...
  
   Attaquent l'obscurité.
  
   Attaquent l'obscurité.
  
   Oui, c'est vrai, moi je sens que ces forces sont acculées.
  
  346
  
   Oui, mais c'est comme la guerre, la Deuxième Guerre, n'est-ce pas ? Pendant longtemps on pensait que c'était l'Axis {l'Axe}, les forces de l'Axis comme on dit...
  
   Oui, les nazis.
  
   Oui, de toutes sortes, Axis forces comme on disait, allaient gagner, mais à un moment ça a tourné, alors ce sont les Alliés qui ont commencé à attaquer ces forces.
  
   Oui, oui, c'est vrai.
  
   C'est un peu comme ça que je le sens, que maintenant ce sont les forces divines qui attaquent ces forces d'obscurité, d'ignorance.
  
   Regarde dans l'Inde, c'est quand même miraculeux que ces hindous aient pu arriver au pouvoir, quels que soient les obstacles, les résistances, ils sont là, c'est miraculeux.
  
   Mais oui, ça c'est un grand signe.
  
   Ah oui ! Ça a l'air très fragile et... mais tu te souviens? J'avais vu le Parlement de l'Inde avec toutes ces Shaktis, le fusil sur leur côté, en sari orange-rose, tranquilles, qui marchaient en ligne, qui entouraient le Parlement. Tranquilles. fortes, avec l'arme là, contre leur corps.
  
   Oui.
  
  (silence)
  
   Ah! Moi je sens très bien que toutes ces grandes forces mondiales, ce sont des pantins qui s'agitent, mais ils sont en désarroi.
  
   Ils sont en désarroi.
  
  347
  
   C'est évident, n'est-ce pas, ils bafouillent, ils cafouillent, ils font ceci, ils font cela, ils prônent de grands airs: nous allons imposer des sanctions, nous allons faire, et puis...
  
   Clinton l'a fait, et les Américains ne sont pas contents.
  
   (Riant) Il y a des Américains qui ne sont pas contents.
  
   Oui, et aussi les " businessmen ". Ils disent : " C'est nous qui allons perdre, ce n'est pas l'Inde, c'est nous qui allons perdre. " (Rires)
  
   Tu vois, les rôles se renversent, ma Douce.
   Je sais, il faut tenir le coup encore pendant un temps, voilà. Mais peut-être pas très longtemps.
  
   Mais vous savez ce que je sens? (Je ne dirais pas que je pense.) Je sens très profondément en moi que c'est votre travail depuis ces seize ans qui a accéléré tout ça.
  
   Oh, ma Douce...!
  
   Parce que le Divin a trouvé un canal par où Il (Il ou Elle - Ils au pluriel, plutôt qu'Axis) pouvait verser ce qu'il voulait, cette Force nouvelle dans la Terre, dans la matière terrestre.
  
   Je ne sais pas, ma Douce.
  
   Et c'est ça qui fait que toutes les accumulations millénaires, ça sort, ça sort. Mère disait...
  
   Oh! on a prié pour continuer.
  
   Mais oui, vous vous souvenez ? Mère disait : le poison, ça sort et ça sort et ça sort. Eh bien, Mère a eu les premières doses.
  
  348
  
   Ah oui, quelles doses!
  
   Alors après vous avez continué quand même et ça a aidé énormément pour accélérer, pour hâter.
  
   Pour hâter, c'est ça.
  
   Pour hâter.
  
   Pour hâter.
  
   Oui, bien sûr, ils ont fait le travail, Sri Aurobindo et Mère, autrement ce n'était pas possible.
  
   Qui aurait pu ? Moi je suis venu derrière et le chemin était ouvert.
  
   Ils ont eu les premiers assauts.
  
   Oh ! qu'est-ce qu'ils... je te dis, c'est maintenant que je comprends leur Travail, vraiment. C'est depuis ces quinze ou seize ans que je comprends leur travail. Le travail gigantesque qu'ils ont fait, divin, quoi.
  
   Oui, ce n'est que le Divin qui peut le faire.
  
   Ah oui !
  
  (silence)
  
   J'avais vu, il y a des années de ça, comme un canal qui était creusé à travers ma chambre, et puis ça descendait vers les plaines. C'était ça, j'avais vu une... Ah oui, maintenant je me souviens, il y avait une formidable mer, un océan, bleu foncé, et alors juste un mètre à côté si tu veux ça passait sous mes pas et puis c'était un petit canal qui s'en
  
  349
  
  allait. J'ai dû noter ça parce que c'était important*.
  
   Et est-ce que ? Ce n'est pas là que vous aviez vu tout d'un coup comme deux poissons énormes?
  
   Ça, je ne me souviens plus de ça.
  
   J'ai pensé plutôt que vous aviez vu ce canal avec l'eau un peu " saumon " ? Comme un canal qui passait sous vos pieds, et c'était comme un pont.
  
   Oui, c'était comme un pont.
  
   Et dès que ça traversait, c'était devenu un océan.
  
   Oui, pardon, c'est l'inverse.
  
   C'est ça que j'ai dans mon souvenir.
  
   Oui, ma Douce, c'est ça, il y avait un canal qui passait sous mes pieds. J'étais comme les jambes un peu écartées, comme un pont et puis de l'autre côté c'était un océan bleu.
  
   Oui, tout de suite.
  
   Ah, tout de suite. Il y avait un petit canal, j'étais les pieds comme ça faisant le pont, et puis juste à côté, c'était l'océan.
  
   Oui, oui.
  
   Oui, je me souviens.
  
   Mais j'ai aussi le souvenir, plus tôt, que c'est J-Cl qui avait vu (il ne savait rien de tout ce que vous faisiez): il avait vu dans la falaise, chez nous, n'est-ce pas, comme
  
   *Voir Carnets d'une Apocalypse, tome 4, 20 septembre 1984. [N.D.E.]
  
  350
  
  une grande rivière, l'eau orange qui coulait très fort et puis qui descendait dans la vallée.
  
   Ah oui, il avait vu ça.
  
   Il avait vu ça, sans rien savoir, il ne savait pas le travail que vous faisiez. Ce devait être dans les années 84 ou 85.
  
   Oh, Il cherche des tuyaux, évidemment, n'est-ce pas. Mais ça, j'en suis convaincu, il y en a quelques-uns. Il y en a quelques-uns.
   Ça rentre, en dépit de tout, ça rentre. Il y a quelques être conscients.
  
   Oui.
  
   Oui, ma Douce, il y a des êtres conscients.
  
   Mais la différence c'est que, ils sont conscients et le travail se fait à travers eux, mais ils ne savent pas.
  
   Oui, ils ne savent pas, c'est ça.
  
   C'est ça la grande différence.
  
   Oui, ils ne savent pas, (riant) et c'est mieux peut-être q ça soit caché !
  
  16 mai 1998
  
  The Hindu, 16 mai
  
  HYPOCRISIE DES ÉTATS-UNIS ET DROITS ACQUIS
  
  Dr Rashmi Mayur, directeur de l'Institut international pour l'avenir durable à Bombay a déclaré dans un
  communiqué: " Le monde d'aujourd'hui possède
  
  351
  
  suffisamment d'armes nucléaires pour exterminer plus de cinq fois les 5,9 milliards d'êtres humains. "
   L'explosion de trois engins nucléaires par l'Inde a mis au jour l'hypocrisie des États-Unis et l'existence de droits acquis. Les Etats-Unis et leurs alliés au sein de TOTAN ont mis au point une technologie de simulation informatique qui permettrait de connaître les résultats des explosions nucléaires sans pratiquer d'essais réels.
   Le traité d'interdiction totale des essais nucléaires se révèle complètement malhonnête en voulant interdire aux pays qui ne possèdent pas la technologie informatique de pratiquer des tests de simulation.
   Malgré l'interdiction qui inclut les tests souterrains, la Chine a mené ses essais tout en conservant son titre de nation hautement privilégiée décerné par les États-Unis ; la France, elle aussi, a allègrement conduit ses explosions sous-marines dans le Pacifique sans pour autant éveiller la colère des États-Unis.
   Les États-Unis possèdent le plus grand nombre d'armes nucléaires, soit environ 16 750 ; la Russie en compte 15 000, la France 525, la Chine 430 et le Royaume-Uni 200. Israël de son côté en possède 75.
   Le Pakistan, sur le point de produire ses propres armes nucléaires, a encore 18 mois pour conduire ses essais. L'Afrique du Sud et la Corée du Nord figurent aussi parmi les pays qui font la course aux armements nucléaires.
   La puissance nucléaire de l'Inde n'a pas renversé équilibre de la terreur dans le monde. L'Inde et le Pakistan sont un sous-produit de ces dernières 51 années de course mondiale aux armements, engendrée par les Britanniques et attisée et encouragée par les États-Unis ainsi que l'ex-Union soviétique. L'Inde et le Pakistan ont dépensé 10% de leur budget annuel en armes et armements. Aujourd'hui, le budget militaire de l'Inde représente 13% de son budget total et celui du Pakistan lui est supérieur.
   En 1997, l'équivalent de 30 milliards de dollars d'armes ont été vendues dans le monde, dont la moitié par les États-Unis, qui ont déjà présenté les grandes
  
  352
  
  lignes de leur vision pour 2010 : prendre le pouvoir planétaire.
   Le montant total de l'aide multilatérale et bilatérale en cas de sanctions imposées par les Etats-Unis, l'Allemagne, le Japon, l'Australie, la Suisse, les Pays-Bas et le Royaume-Uni s'élève à 7 milliards de dollars. En fait ces sanctions vont s'avérer une bénédiction déguisée pour l'Inde qui a reçu des milliards de dollars de subventions et de prêts au cours de ces 52 dernières années, quoique cet argent ait très peu profité au peuple de l'Inde. Nous sommes devenus dépendants de l'argent étranger, dont de grosses sommes sont dévoyées par les pays donateurs, la bureaucratie et les politiciens de tous niveaux. L'homme ordinaire en a peu bénéficié, c'est le moins qu'on puisse dire. À présent, il est temps pour nous de devenir autonomes en définissant correctement nos priorités.
   Les essais nucléaires de l'Inde seront suivis par ceux du Pakistan sans que l'équilibre de la terreur à l'échelle mondiale ne change, compte tenu des 40 000 bombes nucléaires détenues par les pays industrialisés. À présent, l'Inde doit faire savoir qu'on ne peut plus l'intimider. Elle doit défendre les droits de tous les pays du monde, y compris ceux qui n'ont pas la possibilité d'avoir des armes nucléaires ni même une défense de base. Dénucléariser le monde est aujourd'hui le défi de l'Inde. Au 21e siècle, le monde globalisé ne comptera plus d'ennemis humains; l'humanité croit à la coopération et au développement durable pour tous les peuples. C'est en cela que l'Inde peut ouvrir la voie en se positonnant à la tête d'un nouvel ordre mondial.
  
  18 mai 1998
  
   Ça devient si impossiblement écrasant, et pourtant il faut que ce soit possible.
  
  353
  
  19 mai 1998
  
   Je crois que j'ai trouvé la " formule " (ou la meilleure possible à présent). Le mouvement long. Plus écrasant encore mais moins déchirant. Voyons si ça tient.
  
  *
  
   Il y 25 ans aujourd"hui, ma dernière entrevue avec Mère... 25 ans ! on dirait des siècles, une vie antérieure.
  
  20 mai 1998
  
   Oui, je crois que j'ai trouvé enfin " la formule " (celle que j'avais touchée plusieurs fois mais sans oser continuer). En tout cas, c'est la " formule " jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de formule ! ce sera tout libre et naturel, comme l'air de la " Côte Sauvage ".
   P.S. 28 mai -- naturellement la " formule " ne marche pas longtemps. C'est la formule qu'on peut chaque jour et à chaque minute.
  
  
  Juin
  
  357
  
  1er juin 1998
  
   Hier soir, 31 mai, Sujata et moi étions tranquillement assis près du feu. Puis j'ai vu, à un moment, que Sujata regardait longtemps les photos sur ma cheminée, comme absorbée. Et alors, Sujata m'a montré la grande photo de Mère et dit : j'ai vu " the wrath of god "... Les yeux de Mère jetaient des éclairs... c'était terrifiant... et j'avais les yeux grands ouverts, sans penser à rien. Je n'ai jamais vu Mère avec ce visage... " The wrath of god ".
   Comment cette " colère " va-t-elle se traduire en actes?
   On attend quelque chose depuis... longtemps. Et on est dans quelque chose qui semble très " au bord du précipice " (dans le corps).
   Dans cette photo sur ma cheminée, Mère regarde vers le haut -- là, Elle regardait vers le bas et ses yeux jetaient des éclairs.
  
  6 juin 1998
  
   Le train noir, " il va y avoir un accident. "
  
  7 juin 1998
  
  Conversation avec Sujata
  
  Le train dangereux
  
  (Sujata chante)
  
   Ça, c'est moi, je viens de le fabriquer (rires).
  
  358
  
   Ah, tu viens de le fabriquer.
  
   Alors qu'est-ce que vous avez vu, vous n'avez pas eu de bonnes nuits ?
  
   Oh non!
  
   Tour à tour, hein? Cauchemar et puis... qu'est-ce que c'était ce bruit ?
  
   Je ne sais pas ce que c'était, ce n'était pas un cracker [pétard], c'était...
  
   Ce n'était pas un avion qui passait ?
  
   Non-non, pas du tout. C'était vraiment un bruit résonnant, ça pourrait être comme un grand arbre qui dégringole, je n'en sais rien. C'était à deux heures du matin.
  
   Mais il n'y avait pas de pluie ni de vent?
  
   Non-non, du tout. Enfin, Oui, j'ai eu un cauchemar. C'était alors vraiment dans le tout premier sommeil, il devait être dix heures du soir.
  
   Donc c'était le 6 juin.
  
   Oui, dans le tout premier sommeil. Généralement, tu sais, on m'enlève de cette affreuse situation, et puis bon... Mais alors là, tout d'un coup je me trouvais dans un train, je ne sais pas dans quel pays. C'était un train qui était rapide et j'avais l'impression que ça descendait. Et en même temps, dans la vision -- je voyais la ligne de ce train et je voyais au moins deux ou trois autres lignes qui coupaient transversalement.
  
   Transversalement.
  
  359
  
   Qui coupaient à angle droit la ligne du train dans lequel j"étais. Et alors j'ai su qu'il y allait avoir un accident.
  
   Oui.
  
   Alors, ce qui m'a réveillé, c'est que j'étais dans ce train -- je ne voyais rien, n'est-ce pas -- seulement j'étais, tu sais comme quand on est tout raide quand il va y avoir... on attend un...
  
   Un malheur.
  
   Un accident. J'étais tout raide comme ça, tu sais, tout prêt à... " Bon, qu'est-ce qui arrive? " C'est tout. Mais c'était suffisamment : je te dis, dans ce sommeil profond ça m'a tiré. Je me suis souvenu surtout parce que j'étais là tout raide à... d'une minute à l'autre il pouvait y avoir cet accident.
  
   Un train qui allait rapidement et qui descendait une pente, et les rails étaient coupés transversalement ou en angle droit?
  
   En angle droit par plusieurs autres lignes, il y en avait plusieurs. Et évidemment quelque chose allait arriver avec l"une de ces autres lignes.
   Cette vision-là ça peut être très bien simplement l'image d'une possibilité, parce que Dieu sait que la possibilité est la, hein.
  
   Oui.
  
   Ça peut être seulement l'image d'une possibilité. Mais ce n'est pas une fabrication de l'individu, tu vois.
  
   Non-non, tout de suite dès que vous l'avez dit j'ai senti que ça concernait soit le monde, ou plutôt un pays.
  
  360
  
   Oui, ça concerne un pays. Je ne pourrais pas dire du tout que c'était dans l'Inde. Et un train c'est évidemment une chose publique.
  
   Oui, c'est le train d'un pays.
  
   Le train d'un pays. Évidemment quand on regarde les choses extérieurement comme nous les connaissons, c'est évident que c'est aussi dangereux que possible, mais... alors ça peut être l'image d'une possibilité qui est là dans la conscience générale, mais enfin je ne sais pas, ma Douce, c'est tout ce que j'ai vu. Ça peut être une possibilité plus qu'une réalité, ou plus qu'un fait.
   Seulement, vraiment tu sais, j'étais raide dans mon train, là, je ne voyais rien, d'ailleurs. Seulement je me souviens, tu sais comme quand on attend, quand un accident va arriver on est -- si tu es dans une voiture, on se cramponne! Ça, c'est l'image qui est restée. Il était dix heures du soir, c'est-à-dire que je venais tout juste probablement de sortir de tout ce... on pourrait dire cet enfer.
  
   Mais vous ne voyiez rien?
  
   Rien.
  
   C'est-à-dire que vous ne pouvez pas dire s'il y avait d'autres passagers.
  
   Non, je ne voyais rien du tout.
  
   Ni comment était le compartiment.
  
   Ni... rien du tout, ma Douce. C'était dans le noir, autant que je puisse dire.
  
   Et pourtant quelque chose voyait les rails.
  
  361
  
   Oui, quelque chose a vu, d'au-dessus probablement, ces lignes qui coupaient à angle droit la ligne du train dans lequel j'étais. Et puis cette chose, l'accident est là. Enfin, "c'est là ": c'était dangereux, quoi. C'était plus que dangereux. Mais enfin, il suffit d'écouter la radio, de voir les journaux et de voir l'ordure du monde, parce que c'est une ordure. Je ne dis pas seulement l'Inde.
  
   Non, c'est mondial.
  
   Alors ça peut être quelque chose qui est dans la conscience générale, je n'en sais rien, mais enfin le fait est là.
   Une autre fois, il y a des années j'avais vu ce train de l'Inde qui roulait dans la boue", alors, d'une boue, d'un filth [ordures, immondices] qui recouvrait tout. On ne voyait même pas les rails, tu comprends, et on roulait là-dedans. C'était du temps d'Indira, d'ailleurs. Le train de l'Inde. Mais enfin, ça, c'était précis, c'était la situation. Mais là, c'est toujours... C'était l'image évidemment de l'Inde. Là, je ne sais pas du tout.
  
  (silence)
  
   Mais j'étais tout cramponné, cramponné tu sais, comme quand vraiment on... c'est ça qui m'a réveillé.
  
   Tout raidi.
  
   Tout raidi, comme ça.
  
   (silence)
  
   C'est évidemment une possibilité qui est là, mais...
  
   C'est-à-dire que c'est une grande possibilité.
  
   * Vision du 26-27 juillet 1984, Carnets d'une Apocalypse, Tome 4.1984. [N.D.É.]
  
  362
  
   Oh! sûrement, il y a une grande possibilité qui est là. Ça, ça nous pend sur la tête ou... ou sous les pieds. Mais enfin, dans la conscience extérieure, c'est évident, n'est-ce pas, on ne comprend rien de la situation. Mais enfin, pourquoi ça je vois ça, je n'en sais rien.
   C'est tout, ma Douce, tu n'as rien vu, toi ?
  
   Non, je n'ai pas gardé de souvenirs. Mais vous savez ce que c'était hier?
  
   Non.
  
   6 juin, en 44 les Alliés ont commencé leur assaut pour libérer l'Europe.
  
   En 44 ?
  
   44.
  
   Eh bien moi j'étais en plein dans l'enfer.
  
   Oui.
  
   Juin 44.
  
   6 juin 44.
  
   Oh, tu te rends compte, et c'est seulement au mois de mai d'après que...
  
   Oui.
  
   Pffft!
  
   Onze mois après. Bon, alors voilà.
  
   Oui, ma Douce.
  
  363
  
  (Sujata chante)
  
   Voyez, fai ajouté encore une ligne... Oh ! j'ai oublié.
  
  (Sujata reprend)
  
   Ce matin jeux dorés et derrière le ciel les nuages qui jouent. (Riant) Voilà, vous aimez ça ?
  
   Mais oui, ma Douce.
  
   Je ne sais pas, comme si je connaissais la mélodie mais je ne sais pas quel chant c'est. C'est un chant de Tagore, la mélodie, quoique les paroles, j'ai rajouté.
  
   Les paroles, c'est les tiennes (rires).
  
   Du moment! Ah, je sais, c'est la mélodie (Sujata chante), mais les paroles étaient toutes différentes.
  
  20 juin 1998
  
   Conversation avec Sujata
  
  La Musique
  
   Nous sommes le 20 aujourd'hui.
  
   Oui.
  
   20 juin, voilà les jours qui passent, bientôt la demi- année.
  
  364
  
   Et l'autre jour c'était le 18 juin, l'appel de De Gaulle. Et moi je prenais le " De Grasse " pour aller en Afrique du Nord. Tu vois comment les choses sont... Si j'avais réussi à prendre... si on avait pu débarquer en Afrique du Nord, eh bien, toute la suite de l'histoire aurait été différente.
  
   Oui, en fait ce qui paraît, sur le moment, comment dire? un malheur.
  
   Oui.
  
   Ne l'est pas.
  
   C'était la trahison des Français. Enfin.
  
   Et peut-être que c'est ça que vous étiez en train de réfléchir ou quoi? (Sujata rit)
  
   Ah Má!
  
   Alors je vous ai dit : je me suis réveillée à une heure et demie passée, et longtemps je n'ai pas dormi, mais j'ai dû me rendormir vers trois heures, et c'était pour faire tout un rêve. Je ne sais pas du tout ce qui est arrivé avant et après, mais un tableau est resté dans mes yeux. Nous nous trouvions vous, moi, et peut-être y avait-il deux-trois autres personnes, dans une toute petite chambre. C'était une chambre en haut, troisième, quatrième étage, je ne sais pas. Et là-dedans il y avait une plate-forme en bois, et vous étiez assis sur une chaise, sur cette plateforme, très préoccupé, très concentré faisant un travail. Ce travail, c'est qu'à votre gauche il y avait une table et devant vous, peut-être une plus petite table, plus basse et plus petite aussi. Ce qui était à votre gauche, et même devant vous, c'était plein d'instruments de musique, des dans le sens que c'étaient des cassettes-players [lecteurs de cassettes) , cassettes-recorders [magnétophones], des
  
  365
  
  choses comme ça.
  
   C"étaient des instruments, des machines.
  
   Des machines, oui, des machines.
  
   De musique uniquement?
  
   Uniquement.
  
   Devant moi, sur la plate-forme et à ma gauche.
  
   Oui, à votre gauche et sur cette table. Tout était plein de ces instruments, n'est-ce pas. Et vous étiez en train d"écouter avec une forte concentration. Et puis tout d'un coup vous avez trouvé ce que vous... parce que vous écoutiez une musique, et puis, probablement, vous avez réussi à comprendre où se trouvait une fausse note, alors vous vous êtes arrêté et vous êtes descendu de cette plateforme pour aller chercher ou appeler un mécanicien. Je voyais le mécanicien, je ne sais plus, il était de peau claire mais j'avais l'impression que ce n'était pas un Occidental. Il n'était pas aussi clair que X, par exemple. Mais il avait une chemise, je ne sais pas pourquoi crème, pas avec des dessins, unie comme couleur. Et jeune, un jeune. Il est donc monté sur cette plate-forme, et il voulait tout de suite manipuler pour écouter avant, après, etc. Vous l"avez arrêté net, disant que non-non, c'était exactement le point où vous aviez arrêté, c'était ce point-là qu'il fallait corriger. Et pourtant ce n'était pas un musicien, c"était un mécanicien. C'était là...
  
   C"était... là il y avait une...
  
   Une faute ou une erreur.
  
   Une fausse note.
  
  366
  
   Une fausse note.
  
   C'est très intéressant ça, tu vois, j'écris ou n'importe, même quand je fais une traduction de Savitri, quand j'écris un livre surtout, c'est vraiment un son qui me guide, et puis je sais que là, là, il y a une note qui ne va pas. C'est très.. presque constamment quand j'écris: là, il y a une note qui n'est pas juste. Et quand je relis Savitri, ce n'est pas la traduction que je regarde, c'est... j'écoute, si tu veux, et puis je sens : là, il y a une fausse note, là, il y a quelque chose qui ne coule pas, il y a une fausse note. Et puis combien de fois quand j'écrivais ces livres, dans la nuit je me réveillais en me disant : tiens, là il y a une fausse note. Et au lieu de mettre par exemple seulement " la ", il fallait mettre " une", tu comprends?
  
   Oui
  
   Oui, ça faisait une fausse note. Et j'ai souvent l'impression comme un musicien, disons Beethoven, qu'il devait se réveiller la nuit en disant: là, il y a une fausse note, là, ce n'est pas comme ça, là ça devrait être un " sol ", ou ça doit être un " ré " (Sujata rit). C'est vrai, c'est comme si: j'entends et je ne sais pas ce que j'entends, mais ou ça coule ou bien: ah ! là il y a quelque chose qui ne va pas, ça ne sonne pas juste.
  
   Oui, c'était bien une musique que vous écoutiez, n'est-ce pas, et pas avec des paroles, non?
  
   Oui, une musique, oui. J'ai constamment l'impression d'une musique qui est là.
   Mais ce n'est pas une musique comme nous la connaissons, c'est-à-dire, ce n'est pas quelque chose qui émane d'un foyer, d'un endroit, c'est comme une immense musique, tu comprends.
  
  367
  
   Oui.
  
   Ce n'est pas un instrument, c'est une espèce de totalité de musique.
  
   En tout cas à côté de vous et devant vous il n'y avait pas un instrument (riant) il y en avait plusieurs.
  
   Oui. Oui, c'est vrai, c'est une grande immensité, une musique, tu comprends, ça ne sort pas d'un endroit, et c'est ça que j'écoute quand j'écris. J'écoute : c'est une façon de dire parce ce que ce n'est même pas entendre, c'est... ça vient dans la plume, dans la main. Mais si je sens tout de suite: ah là ce n'est pas... ça ne va pas.
  
   Sur le moment même vous sentez?
  
   Généralement oui, il y a quelque chose qui s'arrête.
  
   Oh-oh! Oh!
  
   Souvent, ce n'est pas sur le moment même, c'est après. Après, c'est quand je dis : ah là, il y a quelque chose, une fausse note! Et ce n'est rien, tu comprends, ça ne ferait aucune différence sûrement pour un lecteur ordinaire, mais pour moi ça fait une différence. Et ça n'a... on peut dire que ça n'a rien à voir avec le sens. Et pourtant c'est la musique du sens. Et c'est le pouvoir du sens, ça c'est une chose que j"ai bien comprise, tu sais. Quand les Rishis chantaient ou exprimaient, c'était le pouvoir du sens, et c'est ce pouvoir qu'ils chantaient.
  
   C'est pourquoi ça reste.
  
   Oui, ça reste.
  
   Oui, ça reste, cette puissance.
  
  368
  
   Et je comprends bien, quand Sri Aurobindo traduit ce... c'est le plein du pouvoir du sens, et personne ne pourrait traduire comme ça. Parce que le pouvoir est la.
   Tu vois le son, vraiment une découverte pour moi, e une découverte, une vieille... le son est le pouvoir du sens Quand ces imbéciles de chrétiens disaient au commence ment était le Verbe (riant), pour moi je commençais à voir des conjugaisons.
   C'est ça le Verbe, c'est ça.
   Mais c'est vrai, au commencement il y avait un son, mais un son avec... une immensité de son. Et c'est ça que les, Rishis incarnaient, faisaient descendre, exprimaient. Alors c'est puissant. C'est puissant et ça a un pouvoir de marche.
  
   Dans les Upanishads, je ne sais plus lequel, on dit Om Sabdabrahman*.
  
   Oui, tout à fait. Ce Om, il est formidable.
  
   [---]
  
   Eh bien tu vois, c'est quelque chose comme ça, ça vibre-vibre-vibre, c'est sans fin et sans commencement, c'est une immensité de son.
  
   Ça vient de l'Éternel et ça va à l'Infini.
  
   Oui, je comprends ça.
   Et, de tous les musiciens, il n'y en a qu'un pour moi qui ait vraiment attrapé ça, c'est Beethoven, qui ait pu attrape quelque chose de cette immensité.
  
   C'est une immensité.
  
   *Le Seigneur de l'univers en tant qu'énergie primordiale du son [N.D.E.]
  
  369
  
   C'est pour ça que c'est si poignant, c'est plein, et des autres musiciens pour moi, aucun n'a ce pouvoir.
  
   Et cette plénitude...
  
   Ah oui !
   Bien, ma Douce.
  
   (Riant) C'était donc intéressant finalement. Je ne pensais pas parce que tout ça, pour moi ce n'est rien du tout, je vois les choses un peu amusantes quoi, ça ne faisait pas beaucoup de sens pour moi. Mais c'est plein de sens, vous le mettez, vous remplissez.
  
  Juillet
  
  
  373
  
  12 juillet 1998
  
  Conversation avec Sujata
  
  Les pillards déguisés mais Mère (l'Inde) est réveillée
  
   Nous sommes le 12 juillet. Alors vous savez, cette après-midi j'ai fait un drôle de rêve.
  
   Oui ?
  
   C'était tout un roman.
  
   Un roman?
  
   (Riant) Une aventure... je ne peux pas vous raconter tout, mais, en gros, je me suis trouvée dans un endroit un peu... c'est-à-dire ce n'était pas une ville, vous comprenez ? Même pas un village. C'était un peu ancien, une sorte de forêt. Et il y avait peut-être -- je pensais au début que c'était une troupe de gens qui venait faire un feu ou quelque chose comme ça. Peut-être pas [une troupe] théâtrale, mais enfin, probablement pour faire un feu ou quoi. Et puis j'ai vu qu'il y avait une sorte d'ancien bâtiment où il y avait un petit temple, et un peu plus loin des arbres, etc. Il y avait des jeunes filles, des femmes et des hommes, des hommes qui paraissaient plutôt comme (riant) des [...] qu'autre chose. Et je ne saurais pas vous dire de quel pays, si c'étaient des Indiens ou des Occidentaux.
  
   Oh un temple...
  
   Non, l'endroit, oui, c'était indien, mais les gens...
  
  374
  
   Ah les gens.
  
   Je ne saurais pas dire, ç'auraient pu être des gens de la Méditerranée. Les Italiens, souvent la peau n'est pas aussi fortement claire que [les gens] du Nord, n'est-ce pas.
  
   Oui.
  
   La peau était assez douce, pour certains, et curieusement ils ne me donnaient pas l'impression d'être des Indiens, c'est ça. Ils auraient pu l'être.
   Alors il y avait une jeune fille, plutôt, qui disait : non, ce n'est pas bien ce qu'on fait, etc. : elle protestait un peu.
  
   Contre ?
  
   Contre ces gens qui voulaient faire des banditries [brigandages], parce que, probablement sous prétexte de faire un feu, ils venaient faire un banditry. Puis à un moment donné j'ai -- oui, j'étais quelqu'un qui a crié " attention, attention! " parce que c'était très dangereux, ils faisaient comme ça (geste) avec des arbres, etc.
  
   Qui, "ils " ?
  
   Ces gens, je ne sais pas qui, surtout des hommes. Il y avait des femmes aussi, et puis cette fille qui était seule, qui tenait quelque chose comme ça (geste).
  
   Dans ses mains, pour lever?
  
   Oui, pour soutenir quelque chose. Et les autres... je vous dis, c'est difficile de décrire... Ils étaient sur quelque chose et ils faisaient monter... ils grimpaient, ils enlevaient des choses pour les mettre dans leur voiture.
  
  375
  
   Ah, ils volaient des choses.
  
   Ils volaient des choses et elle soutenait quelque chose -- je me trouvais un peu loin. Et curieusement tout d'un coup elle a jeté [quelque chose]. Il y avait une sorte de petite véranda et il y avait une porte qui donnait à l'intérieur et il m'a semblé voir quelque chose de rouge. Et en fait avais vu : il y avait une divinité, une femme habillée tout en rouge, un sari, comme un sari, et à ses côtés il y avait deux autres femmes. Et puis j'ai vu quelque chose bouger, alors j'ai regardé, j'ai vu que cette déesse, c'était une divinité n'est-ce pas, s'est penchée, et c'est ça qui a fait que son sari a bougé. Cette déesse était donc vivante, toute vivante, vous comprenez ?
  
   Oui.
  
   Et elle était très blanche, de couleur. Et elle se penchait pour caresser l'animal qui se trouvait sur son pied, probablement le lion.
  
   Oh! le lion, Durgâ.
  
   J'ai eu l'impression que c'était Durgâ. Et elle était vraiment en rouge, vous savez les brides [nouvelles mariées] de l'Inde portent parfois des rouges un peu comme ça. Mais elle était très consciente de ce que ces gens faisaient. Et ces gens avaient promis que s'ils réussissaient à faire ce qu'ils voulaient, ils donneraient des offrandes. Et puis, on ne sait pas ce qui est arrivé à cette fille, ils l'ont laissée dans la forêt, probablement un peu assommée sous l'arbre qui était tombé ou quoi et puis eux ils avaient comme un gros camion qu'ils avaient rempli de toutes sortes de choses.
  
   Volées.
  
  376
  
   Volées.
  
   Pillées.
  
   Oui, tout à fait pillées. Pillé le forest wealth [richesses de la forêt]. Il y avait beaucoup d'arbres qui étaient pleins de fruits, c'étaient comme des poires ou des choses comme ça. Ils avaient tout pillé, rempli ça, et puis ils sont venus avec leur voiture devant le temple et ils ont presque écrasé le temple avec, disant: oh, maintenant que nous avons obtenu, ce n'est pas la peine de propitier la déesse, nous allons au contraire tout démolir, ceci-cela. Ils parlaient comme ça entre eux. Et ils partaient.
   Voilà, c'est là où s'est arrêté mon rêve.
  
   Ça te donnait l'impression d'être plutôt des Occidentaux?
  
   Plutôt, oui, ce n'étaient pas tout à fait des Indiens et pourtant la peau n'était pas si claire que ça. Et c'était dans l'Inde, les choses arrivaient dans l'Inde. Ce n'étaient pas des Chinois, non.
   Voilà.
  
  (pause)
  
   C'est curieux parce que j'étais... vous comprenez: une chambre, une porte, j'étais un peu comme ça, j'ai aperçu le mouvement du sari (les vêtements c'étaient des saris) et je me suis approchée pour regarder et -- je n'ai pas vu les visages, mais elle, c'était la Mère qui était là, n'est-ce pas: elle se penchait, caressait... et j'ai presque eu l'impression que c'était Mère. Je n'ai pas pensé à Durgâ, Kali et Lakshmi, n'est-ce pas, comme si c'était Mère...
  
   Elle-même.
  
   Elle-même qui était comme ça.
  
  377
  
   Mais elle caressait le lion.
  
   Oui, elle était penchée, et quand les autres sont venus, elle était comme ça (geste): comme une statue -- les gens pensaient que c'était une statue. Je ne sais pas qui était à ses côtés : il y en avait deux autres, mais qui n"avaient pas bougé. Mais elle, elle était toute vivante, hein. C'était... oui, c'était tout à fait Mère. Voilà.
  
   Et la jeune fille là, qu'on voulait écraser, c'était toi?
  
   Non, ce n'était pas moi.
  
   Pourtant c'est celle qui regardait Mère.
  
   Celle qui regardait Mère. Peut-être aussi, à un moment donné j'étais quelqu'un de ces... parce que j'ai crié, je disais à cette jeune fille: attention, attention, ne te laisse pas écraser. Voilà, je ne sais pas qui j'étais.
  
   Eh bien, tu étais l'enfant de Mère !
  
   Non. Je veux dire, je n'étais pas, je ne faisais pas partie de ces gens-là.
  
   Oui, ça, ça ne m'étonne pas.
  
   J"étais arrivée par hasard, en me promenant.
  
   Enfin, le fait, c'est que ce sont des étrangers qui viennent piller l'Inde et y démolir ses temples.
  
   Oui.
  
   Ce ne serait pas des Arabes, non ? Parce que les Arabes ont quelquefois la peau un peu...
  
   Sombre.
  
  378
  
   Pas sombre vraiment. Regarde tous ces gens de " Saoudie " etc., ce n'est pas une peau sombre.
  
   Je ne sais pas pourquoi, je suis restée un peu avec l'impression que c'étaient comme des Européens, des Italiens. C"était un peu comme ça dans ma conscience, ce n"étaient pas des Indiens-Indiens, mais de vrais goundas, quoi.
  
   Oh! Eh bien le monde est plein de bandits et de... ça, ça...
  
   Oui, exactement.
  
   Bien, ma Douce.
  
  13 juillet 1998
  
   C'est très difficile d'être d'un autre monde tout en étant dans celui-ci.
   C'est un perpétuel déchirement.
   C'est pour cela qu'ils partent tous.
   Il faut que ça vienne ici.
  
  *
  
   Chaque année il y a 80 millions de plus d'e humains 80.
   C'est terrifiant.
  
  *
  
   Je ne sais pas si c'est un " déchirement ", mais c'est une EMOTION si intense, presque insupportable, comme des siècles dans un instant, comme tous les hommes dans une seconde.
  
  379
  
  19 juillet 1998
  
  (ces visas...)
   Toi, Seigneur, Tu sais, Tu sais et Tu fais.
   Quoi que ce soit, c'est pour arriver à ton But.
  
  28 juillet 1998
  
   On (X) m'a donné ces sonates de Beethoven que je n'ai pas entendues depuis... plus de cinquante ans, et je retrouve chaque note.
   Ça vibre perpétuellement en moi.
   Il y a une mémoire indestructible et des siècles indestructibles, avec leur pire et leur plus sublime.
   Il faut choisir la bonne Mémoire -- alors C'est là.
   Je suis perpétuellement à la recherche, ou à l'écoute, de cette Note-là.
   La mémoire est Musique.
   Même la plante est mémoire du Soleil.
   Une Musique a composé cette Matière oublieuse.
   Je suis à la recherche de cette Musique-là.
   Celle qui réveillera ces atomes et ces cellules à leur Soleil de toujours.
  
  29 juillet 1998
  
  Conversation avec Sujata
  
  Sujata tire Mère par terre, sur le sol,
  jusqu'à Satprem
  
  380
  
   Viens, ma Douce, dis-moi tout !
  
   Vous voulez écouter nos aventures de cette nuit ?
  
   (Riant) Dis-moi toutes tes aventures!
  
   En fait c'était la nuit du 28-29 juillet. Nous sommes le 29 aujourd'hui ?
  
   Oui, oui.
  
   Il devait être minuit passé. Alors voilà, je vais vous raconter.
  
   Oui, ma Douce.
  
   Nous nous trouvions dans une chambre, une grande chambre, très grande, rectangulaire mais large, je dirais que la largeur c'était de ma chambre, du mur jusqu'à votre chambre, c'est assez large.
  
   Ah oui.
  
   Et de longueur au moins une fois et demie sinon deux. C'était très nu. C'était très nu.
  
   (Riant doucement) Oui, j'aime bien ça.
  
   C'est-à-dire qu'il y avait peu de meubles et même pas un lit. C'était le soir. Je devais me trouver à trois mètres d'un mur à peu près, et vous étiez de l'autre côté de la chambre, vis-à-vis de moi, peut-être plus qu'à la moitié, presque trois quarts. Et il n'y avait pas beaucoup de tapis sur le sol. C'était le soir, la nuit j'imagine, parce que de l'autre côté il y avait une grande porte qui était fermée -- évidemment la nuit on essayait de dormir. Et il y avait un tapis là où vous étiez, et sur le tapis, un
  
  381
  
  matelas, je vois encore le drap tout blanc, et vous étiez allongé, endormi. Moi de mon côté aussi il y avait un tapis, plus petit peut-être. Et je ne sais pas, je n'arrivais pas à m'endormir. Alors j'ai commencé à penser un peu à Mère, " Mère, Mère ", comme ça : qu'elle vienne. Et puis tout d'un coup, j'ai commencé à m'endormir aussi, j"ai tourné ma tête et j'ai vu que Mère était là (Satprem rit doucement).
   Elle était dans une petite chaise, pas comme ça (geste). C'était assez... les accoudoirs étaient en bois, un peu plus larges que sur cette photo, et j'avais l'impression que c'était du bois sculpté. Et elle, alors, elle se trouvait un peu derrière moi et un peu à ma droite, c'est-à-dire : oui, moi j'étais à sa gauche, vous comprenez; elle était assise tranquillement et elle était plus près de la fenêtre, disons à un mètre et demi de la fenêtre. Et quand je me suis tournée comme ça, j'ai eu envie de m'approcher d'elle. Alors, sans me lever, en essayant de glisser, ou en me tenant un peu sur le tapis, je me suis approchée d'elle et j'ai étendu mon bras pour pouvoir la toucher. Elle voyait que je n'y arrivais pas, parce que j'étais aux trois quarts endormie et je faisais cet effort, car je n'avais pas envie de me réveiller carrément (rires). Et j'avais envie de poser ma tête, la toucher. Alors, tout d'un coup j'ai vu qu'elle faisait avec sa... oui, c'était la main droite, elle faisait un signe. Je me suis approchée et je faisais (riant) tout l'effort pour la toucher, je n'y arrivais pas, alors elle s'est penchée, elle a étendu son bras et elle a pris ma main, vous comprenez?
  
   Ah oui !
  
   Et alors je me suis approchée comme ça.
  
   Oui, comme tu es près de moi maintenant.
  
   Oui, même plus près, et puis j'ai posé ma main, j'étais
  
  382
  
   aux trois quarts agenouillée, pas complètement, parce que j'étais allongée, non?
  
   Oui.
  
   Alors je me suis levée un peu pour poser ma tête sur ses genoux. (Riant) Mais je trouvais que ce n'était pas confortable, cette position pour dormir (rires) alors dou cement j'ai glissé ma tête autour de sa jambe et je suis arrivée à ses pieds. Alors là, j'étais bien. Et pauvre Mère elle continuait à... elle avait sa main sur ma tête, et elle continuait à me suivre, là, sur ma tête, alors elle se pen- chait comme ça. Et puis un bout de temps a dȗ passer, tout d'un coup j'ai entendu le rire de Mère, elle disait : " Ah, ça ne m'étonne pas que tu te sois arrêtée là."
  
   Ah, aux pieds.
  
   Alors j'ai ouvert les yeux : qu'est-ce que Mère voulait dire, parce que le dernier souvenir que j'avais c'était d'avoir posé ma tête sur ses pieds.
  
   Oui.
  
   Ah bien, quand j'ai ouvert les yeux j'ai vu que je m'étais, je ne sais comment, approchée de là où vous étiez, où votre lit était, voyez. Alors, toute la longueur du sol: nous étions arrivées là. Et Mère, pour que je n'aie pas ma tête sur le sol, ou que je ne me cogne pas ou quoi que ce soit, elle prenait tant de soin -- et elle était assise dans sa chaise.
  
   Oui.
  
   Et puis elle s'est glissée sur le sol, et au fur à mesure que j'avançais (riant) elle gardait toujours ma tête sur ses... quand j'ai regardé, n'est-ce pas, elle avait les genoux pliés, comme ça.
  
  383
  
   Croisés.
  
   Ses genoux croisés. Les jambes croisées, oui, et ma tête était toujours sur son lap [ses genoux], vous comprenez. Alors j'ai sursauté, debout j'ai dit : " Mais comment ça se fait qu'est-ce que j'ai fait ? Comment j'ai fait pour...? " Parce que, pour arriver jusque-là...
  
   Jusque-là où j'étais.
  
   Oui, alors vous comprenez la longueur: au moins cette longueur de votre chambre.
  
   (Riant) Oui, sept mètres, six mètres, oui.
  
   Oui, certainement, parce que vous étiez à peu près à une dizaine de mètres d'où je me trouvais. Oui, disons six, sept mètres au minimum. Et alors, comment j'ai fait pour... j'étais endormie et puis : qu'est-ce que j'ai fait ? Comment j'ai fait ? Et Mère riait comme tout, et pour que je n'aie pas mal à la tête n'est-ce pas, sur ce sol, elle gardait toujours... elle s'est glissée avec moi, gardant toujours ma tête sur ses genoux.
  
   Ah! tu l'as emmenée jusqu'à...
  
   Oui, c'est ça qui m'a réveillée, parce que c'est là que je me suis arrêtée, semble-t-il, là où était votre lit. Mais quand je me suis levée, vous n'y étiez plus dans votre lit. Puis on s'est levées, Mère est retournée à son siège.
  
   Oui.
  
   Dans sa chaise. Et à ce moment vous êtes revenu d'une autre pièce, il y avait un corridor, une grande porte, probablement vous étiez allé dans la salle de bains, et puis vous êtes revenu. Et vous revenant, Mère était assise --
  
   384
  
  non, non Mère était encore debout peut-être pas... elle était assise encore et vous étiez debout, et probablement Mère a demandé l'heure. En tout cas je vous ai entendu clairement, vous disiez: il est deux heures. Et je me suis dit: oh il est deux heures, oh, je ferais bien de passer par la salle de bains (rires); alors je suis sortie par l'endroit où vous étiez rentré, et j'ai donc franchi cette chambre, et là, près de la porte, c'était plein de jolis tapis, très jolis. Et un peu... rien de brillant, mais vraiment de bonne qualité et de bon goût. Et curieusement, ce qui est resté dans ma tête, dans mes yeux, c'était qu'il y avait là des pots, peut-être en... Comment on dit, alabaster?
  
   Albâtre.
  
   Albâtre.
  
   Oui, c'est blanc.
  
   C'est blanc et translucide. Il y en avait plusieurs comme ça, et très jolis. Vous savez, très joliment fabriqués, de bonne forme, etc. Et puis je ne sais pas quoi, il m'a semblé voir... probablement dans l'un de ces pots il y avait un peu d'eau. Et puis je crois que c'est une grenouille qui a sauté, qui a touché mon pied, alors (riant) j'ai fait un geste qui m'a réveillée. Et quand je suis revenue un peu, j'ai dit : mais quand même, est-ce qu'il est vraiment deux heures ? j'ai regardé : il était une heure et demie.
  
   Oui, mais quand j'étais près de Mère, il ne s'est rien passé ? Il n'y a pas eu de geste, il n'y a pas eu de...? Non, tu es partie à ce moment-là.
  
   Oui, oui.
  
   Quand j'étais debout, tu dis, près de Mère.
  
   Oui, alors je ne saurais pas dire ce qui s'est passé.
  
  385
  
   Oui.
  
   Parce que je crois que Mère était assise là.
  
   (Amusé) Mais quand même, tu la tirais jusqu'à mon lit?
  
   Votre matelas, il n'y avait pas de lit, vous savez.
  
   Tu as tiré Mère (riant) jusqu'à moi.
  
   Et puis je me disais : mais comment j'ai fait ? J'étais tellement puzzled [interloquée], j'ai demandé à Mère aussi: " Comment j'ai fait ? " (Rires) " Comment c'est possible? "
  
   Ah! c'est charmant !
  
   Mais surtout je me disais : où est Mère ? Elle s'est glissée sur le sol (riant) avec ma tête sur ses genoux ! Au fur et à mesure que j'avançais -- je ne sais pas comment j'ai fait pour avancer, et Mère me tenait toujours.
  
   Oui, c'est comme ça, ma Douce, Elle te tient toujours.
   Oui, Elle nous tient! (Riant) Si elle te tient, elle doit bien me tenir !
  
   (Riant) Elle a éclaté de rire : " Ça ne m'étonne pas que tu te sois arrêtée ici. "
  
   " Ici ", c'était près de...
  
   De votre lit, de votre matelas.
  
   Ça ne m'étonne pas, c'est elle...
  
   Et avec un grand rire, et c'est ça qui m'a réveillée, alors j'ai ouvert les yeux. Parce que tout ce temps, depuis que
  
  386
  
  j"avais posé ma tête sur ses genoux, j'ai le souvenir d"avoir glissé et tenu ma tête sur ses pieds. Et après je me suis trouvée là, loin, sept mètres plus loin. Je ne comprenais pas ce qui s'était passé.
  
   Ah, c'est charmant. Et des vases d'albâtre blancs, d'albâtre.
  
   Oui, albâtre. Qu'est-ce que c'est ? Ça veut dire quai?
  
   C'était comme dans ta salle de bains ou quoi?
  
   Non, c'était dans un couloir, la salle de bains, c'était loin.
  
   Comme dans un couloir.
  
   Oui.
  
   Ah, ça veut dire une communication avec l'extérieur.
  
   Avec... oui, une communication.
  
   Avec l'extérieur, quoi.
  
   Probablement.
  
   Oui. Eh bien, peut-être qu'on essaie de verser... Mere essaie de verser des choses pour... qui sais-je.
  
   Je ne sais pas pourquoi, c'est ça qui m'est resté, plusieurs...
  
   Des vases.
  
   Des vases ou des...
  
   Ce sont des récipients, des... c'est-à-dire peut-être des êtres ou des consciences qui sont... qui reçoivent. Qui reçoivent
  
  387
  
  ou bien à qui elle ou toi, ou qui, qui sais-je, veut donner.
  
   Oh sûrement je ne voulais rien donner mais...
  
   Non-non, mais c'est ça, ce sont des récipients.
  
   Ah out.
  
   Oui, des récipients, ceux qui reçoivent. Oh ! il doit y avoir quelques récipients, tu sais, que l'on ne connaît pas toujours. Si l'Inde pouvait être un de ces récipients, ce serait pas mal.
   Ah, c'est charmant, ma Douce. Tu n'as pas le souvenir de sa robe, la couleur de sa robe?
  
   Vous, c'était bleu, ça m'est resté.
  
   Mes vêtements ou... ah, j'étais habillé en bleu.
  
   En bleu, oui. Même quand vous étiez allongé, je voyais -- c'était la nuit obscure, il n'y avait pas de lampes, rien. Et Mère, quand elle m'a tendu sa main : comme si je voyais qu'elle m'appelait, comme ça (geste) vous savez.
  
   Oui, avec ses doigts.
  
   Avec son doigt, alors c'est ça, j'ai essayé beaucoup de m'approcher d'elle. Je suis arrivée assez près, mais je n'arrivais pas à faire les derniers centimètres. Alors à ce moment-là Mère s'est penchée, a étendu son bras et elle a tenu ma main, parce que j'avais la main très tendue, comme ça (geste). Et j'ai le souvenir que la main de Mère était très blanche, très blanche. La main était blanche, je voyais un bout de bras aussi, c'était très blanc. Et elle n'était pas en sari, elle était en robe comme l'on connaît, vous savez?
  
  388
  
   Oui, ces robes longues c'est ça, oui.
  
   Oui, c'était ça, mais la couleur, je ne saurais pas dire, je crois que ce n'était pas blanc-blanc, non, il y avait d"autres couleurs aussi.
  
   Oui, oui, c'est ça, il doit y avoir toujours un peu de doré, un peu de rose,,,
  
   J"ai le souvenir de rose -- doré: je ne saurais pas vous dire. C'est-à-dire peut-être quelques dessins en rose.
  
   Oui. Oh c'est charmant, ma Douce. Tu vois, elle vient te voir et peut-être que grâce à toi elle vient un peu jeter us coup d'œil sur moi (rires).
  
   Non, vous voyez, elle était... si j"ose dire [à] la tête de la chambre: si on prend ceci comme longueur (geste) -- il y avait une fenêtre au milieu du mur, et sa chaise était à peu près ici (geste) à un mètre et demi de moi et moi je me trouvais à peu près au coin de votre cheminée. Et après j'ai donc fait l'effort pour arriver ici, et d'ici nous sommes reparties. Donc j"ai l'impression qu'elle était la, assise, et qu'elle veillait sur nous deux.
  
   Oui dans son cœur on le sait, n'est-ce pas, dans son cœur et dans sa conscience, on sait.
  
   Oui mon Doux, oui.
  
   On sait, mais dans la matière on ne sait pas. On sait sans savoir.
  
   Oui, on sait.
  
   Mais ça fait du bien de le savoir quelquefois. Ah oui.
  
  389
  
   Non, j'ai l'impression qu'elle veille sur nous très tendrement.
  
   Oh! sûrement, ma Douce.
  
   Et, comment dire, elle reste vigilante. Elle veille sur nous.
  
   Ah! on voudrait tellement que toute leur peine, n'est-ce pas, tout leur fabuleux travail suprême puisse, puisse entrer, dans cette Terre.
  
   Moi, je n'avais pas de matelas, j'étais sur un tapis seulement. Ah oui, peut-être que je tirais Mère sur la terre. (Riant) En tout cas sur le sol.
  
   Oui. Oh oui, c'est ma... c'est constamment, n'est-ce pas, que je suis dans cet appel pour que ça rentre là-dedans, que ça change.
   J'ai trop vécu les extrêmes de la vie, vraiment les extrêmes de la vie, pour ne pas vouloir que, ah!
  
   Que tout ça disparaisse.
  
   Ah oui, et que ça change.
  
   Ça change.
  
   Que l'autre côté des choses puisse rentrer dans ce malheur.
  
   Je me demande ce que ça veut dire, cette grenouille?
  
   Je ne sais pas, grenouille : Mère n'a pas donné un sens de multiplication de... je ne sais pas ?
  
   Non, ce n'est pas la grenouille, ça, c'est le poisson.
  
  390
  
   Ah, le poisson. Et pour la grenoume, qu'est-ce qu'elle avait dit?
  
   Je crois qu'elle avait dit... est-ce que c'est pour la gre nouille ou... je ne sais pas, je crois qu'elle avait dit utilité, utilité quelque chose...
  
   Utilité.
  
   Oui, modeste.
  
   Oui.
  
   Quelque chose comme ça.
  
   Oui, utilité modeste.
  
   Mais est-ce que c'est la grenouille ou comment on appelle... toad?
  
   Oh, c'est crapaud, non, ce n'est pas la même chose.
  
   Non, ça, c'était une grenouille.
  
   Oui, on voudrait être utile, n'est-ce pas, c'est certain, on ne voudrait pas rester dans les nuages, du tout, quoique de temps en temps (riant) on aurait bien envie de disparaître de là.
  
   (Riant) Voilà, je vous ai raconté...
  
   Ah oui, ma Douce.
  
   Une belle aventure.
  
   Oui, c'est charmant, ça fait du bien. Ça fait du bien. Oui, ma Douce, eh bien, il faut qu'on continue, qu'on la tire un
  
  391
  
  peu (Sujata rit). Oui, c'est ça qu'il faut, ma Douce, exacte-ment, qu'on la tire. Que tu la tires (rires).
  
   Vraiment, même maintenant je ne comprenais pas comment c'est possible, comment dans mon sommeil, quels gestes j'ai faits pour faire ces...
  
   C'est ton aspiration qui a fait tout mouvoir.
  
   Et pauvre Mère...
  
   Elle te suivait, elle se laissait traîner par toi.
  
   Oui.
  
   C'est ça, ma Douce, voilà, c'est exactement le travail que nous, que tu fais, que nous faisons, que nous voulons faire.
  
   J'ai eu tellement honte de... pauvre petite Mère, et elle riait (rires).
  
  30 juillet 1998
  
  Conversation avec Sujata
  
  Le prochain livre de Dhoum
  
   Qu'est-ce que tu dis, ma Douce?
  
   Cette après-midi, dans mon sommeil, je ne sais pas tout ce qui s'est passé avant, j'ai tout oublié, il m'est resté Juste une scène.
   Je me suis trouvée chez vous, il y avait un grand lit qui occupait presque toute la chambre, et puis je me suis
  
  392
  
  
  allongée la pour dormir, et je ne sais pas pourquoi, j'ai trouvé trois cahiers -- trois, j'ai le souvenir de trois. Comment on dit: reliés, hardbound? Je crois que c'était un peu comme vos carnets où vous écrivez vos expériences, un peu ce genre de carnets, avec des feuilles toutes blanches dedans, pas rayées. Et alors -- clandestinement, parce que c'était à vous et je n'avais pas demandé la permission (riant) j'ai regardé, cela ne me ressemble pas, enfin, je ne sais pas pourquoi j'ai eu la curiosité, alors je tournais les pages et je ne sais pas si j'ai tourné les pages des trois, peut-être pas. J'en ai pris un, l'ai ouvert, j"ai vu -- très souvent je fais ça : je commence par la fin, et tout ça, c'était blanc. Et puis j'ai vu qu'au début, sur pas mal de pages il y avait des dessins, pas dessinés à la main: comme de petites pictures [images] qui étaient collées, peut-être collées, probablement, mais très claires, les lignes de ces dessins étaient claires. Et je ne sais pas pourquoi, dans mon esprit c'était que vous alliez écrire un livre de science-fiction (Satprem rit) c'est pourquoi vous aviez, vous étiez en train de préparer les matériaux pour écrire un livre de science-fiction. Mais en même temps c'était clair dans mon esprit que ça n'allait pas être comme de la science-fiction habituelle, ça allait être quelque chose de très beau. Voilà.
  
   Les aventures de la beauté future. "
  
   (Riant) Voilà, Dhoum l'a dit.
  
   (Riant) Science-fiction !
  
   Oui, mais vous comprenez, j'ai lu des histoires de science-fiction, et, toujours, j'ai observé que ce sont des machines qui ont des pouvoirs, n'est-ce pas, avec des lumières ou ceci ou cela. Mais la nature humaine, ça reste semblable. Il y a toujours des goundas (brigands, assassins] ou il y a toujours de ceci cela. La violence est
  
  393
  
  toujours la. Mais vous alliez écrire quelque chose de très beau (Satprem rit). Ça n'allait pas être cette nature -- humaine affreuse, mais la nature humaine dans sa beauté.
  
   Ah oui !
  
   (Riant) Je ne sais pas.
  
   On aimerait, on aimerait écrire de la beauté future.
  
   Oui, Mère disait: c'est à vous que Mère a dit, n'est-ce pas, c'est un conte de fées pour -- Sri Aurobindo.
  
   Oh oui !
  
   Elle avait parlé de Sri Aurobindo.
  
   Oui, oui.
  
   Elle disait: " Si moi j'écrivais... " et puis elle disait un peu, vous voyez : conte de fées.
  
   Oui, je me laisserais bien entraîner.
  
   Dans un conte de fées, oui?
  
   Ah oui.
  
   Mais je ne sais pas, c'était très clair que c'était de la science-fiction (rires). Ce n'est pas venu comme " conte de fées ", vous voyez -- vous avez écrit La Clef des Contes.
  
   Eh bien, c'est la future science, ma Douce.
  
   Qui.
  
  394
  
   Qui sera la science réelle !
  
   Oui, alors voila.
  
   La science de la beauté divine.
   J'ai toujours aimé la beauté. La beauté pour moi c'est le vaste, c'est la musique. Et puis ce qu'ils veulent.
  
   Oui, surtout, il n'y a pas de limites.
  
   C'est ça, qu'on laisse venir ce qu'ils veulent. Oh, j'aime rais! Mais je ne veux plus écrire de la vieille vie qui se débat pour trouver, tu comprends?
  
   Oui.
  
   Je l'ai assez dit.
  
   Oui, oui.
  
   Cette vieille mort qui se débat pour vivre. Que ce soit la vie vraie, quoi.
  
   Sri Aurobindo disait:
  
   Mystic Miracle, daughter of Delight,
   Life, thou ecstasy,
   Let the radius of thy flight
   Be eternity*"
  
   Let the... " ?
  
   *Vie
   Miracle mystique, fille du Délice,
   Vie, toi la ravissante,
   Que la courbe de ton vol
   Soit l'éternité.
   Life, Sri Aurobindo, Collected Poems. [N.D.E.]
  
  395
  
  radius of thy flight...
  
  ... Be eternity". Exactement, comme je comprends ça : Daughter of Delight, Life, thou ecstasy ". Oui, la vraie vie c'est extatique. Il y a des moments où j'ai touché ça, où je l'ai dansé.
  
   Oui, oui.
  
   C'est vrai, il y a de la danse qui rentre dans le corps à ce moment-là.
  
   Comme l'autre soir, tout d'un coup, comme j'ai regretté de ne pas pouvoir filmer votre danse. Oh ! c'était...
  
   Oui, ça m'a pris comme ça.
  
   D'une grande beauté et de légèreté, vous qui pouvez à peine vous bouger, vous dansiez légèrement, comme de l'air, vous savez.
  
   Je ne sais pas, mais j'ai été pris tout d'un coup.
  
   Oui.
  
   Pris d'une émotion physique qui... (ému) divine ! Et on sent que là ça peut tout, c'est tout. C'est tout.
   Et puis ça chante et ça danse. Et puis c'est tout. Et puis ça n'a pas de fin. C'est de la beauté qui s'exprime.
  
   Dans des milliers de façons, ce n'est pas une seule façon.
  
   Oui, mais l'autre jour tu avais vu ces vases d'albâtre.
  
   Oui, l'autre nuit, oui, ce n'est pas si loin. C'était... nous sommes le 30 aujourd'hui, et j'avais vu [ça] la nuit du 28 au 29.
  
  396
  
   Oui.
  
   Alors c'est quoi ? Comment vous reliez ça?
  
   Eh bien je ne sais pas, c'est évidemment une matière de beauté, l'albâtre est translucide.
  
   Translucide, oui.
  
   Tu dis qu'il y en avait plusieurs, de formes diverses.
  
   Oui.
  
   On aimerait bien remplir ça d'un contenu, dans une belle matière, n'est-ce pas, remplir ça d'un contenu qui soit égal à la beauté de la forme extérieure.
  
  (silence)
  
   Je comprends si profondément, comme si je l'avais vécu, ces Bâuls ou ces je-ne-sais-pas, qui s'en vont nus et qui dansent et qui chantent sur les routes, ça, je comprends comme si je l'avais vécu.
   Nus, simples, avec une ektara*, ils chantent, ils dansent et ils vont, et il n'y a pas de bout à leur chemin.
   J'ai dû avoir beaucoup de sortes de vies. Mais j'ai l'impression que dans mes pires malheurs, j'ai toujours voulu extraire autre chose, que c'était là pour faire crier autre chose, faire chanter autre chose.
  
   C'est-à-dire que vous n'avez jamais accepté la limite d'un genre de vie particulier.
  
   Jamais.
  
   Instrument de musique à une seule corde, fait d'un manche de bambou et d'une calebasse. [N.D.É.]
  
  
  
  397
  
   Oui, c'était plutôt ça.
  
   Je ne voulais m'arrêter nulle part.
   Mais c'était ma grande difficulté physique à l'Ashram : rester. C'était ma grande difficulté physique. Mais enfin, heureusement il y avait Mère qui était patiente avec moi, qui comprenait.
  
   Ah oui, qui comprend comme Mère ?
  
   Ah oui, cette patience divine qui regarde son enfant : bon c'est bien, c'est bien. C'est ça, c'est la patience de la Mère divine qui regarde son enfant et qui sait ce qui est devant.
   Et puis il y avait ma Douce.
  
   Ça, c'était beaucoup plus tard, non?
  
   Oui, mais c'était là subconsciemment.
  
   Mais Mère, vraiment, elle veut toujours la plénitude de ses enfants, la pleine plénitude.
  
   Oui. Oui, oui, oui, oui. Je me souviens un jour, ça, ça m'est resté, quand j'étais encore dans mes cauchemars terribles. Oh ! ces cauchemars! Elle me disait : " Moi, je dis : il ne faut pas souffrir. "
  
   Oui.
  
   Ça, ça m'est resté, gravé : " Moi, je dis : il ne faut pas souffrir. "
  
   Vous voyez, quelle tendresse c'est, cette Mère divine, hein! Pour que je n'aie pas la tête par terre comme ça, elle a croisé ses jambes, et puis ma tête sur ses genoux (riant) et puis elle ne laisse pas ma tête par terre.
  
  398
  
   Et tu la tires. Non, ça, c'était étrange, cette vision.
  
   C'était vraiment étrange. Es la scène est restée gravée.
  
   Tu as tiré Mère littéralement par terre, tu l"as faite glisser par terre avec ta tête sur ses genoux pour la conduire à l'autre bout de la chambre qui était immense.
  
   Mais oui, immense, vous comprenez si la largeur était de votre chambre à la mienne, aussi large que ça, la chambre était deux fois plus longue, presque, n"est-ce pas, oui, au moins une fois et demie.
  
   Et tu la tirais
  
   Je ne sais pas comment, c'est ça, parce que j'étais endormie. J'ai le souvenir d'avoir mis ma tête sur ses genoux et puis ce n'était pas une position confortable, alors j"ai laissé ma tête glisser et comme ça je pouvais m'alloger proprement et ma tête sur ses pieds, n'est-ce pas, comme ça j'étais dans une bonne position (rire). Et puis je me suis rendormie, et je ne sais pas ce qui s'est passé, c'est seulement le rire de Mère qui m'a réveillée (Satprem rit). C'est vraiment étrange.
  
   Tu la tirais jusqu'à mon lit.
  
   Mère qui a beaucoup rit, c'est ça qui m'a réveillée, j"ai ouvert les yeux et j'ai vu qu'au lieu d'être à une extrémité de la chambre, je me suis trouvée au milieu -- plus qu'au milieu, n'est-ce pas, près de votre matelas, là. Et Mère qui riait: " Oh, ça ne m'étonne pas que tu te sois arrêtée la!" (Rires) Et Mère qui riait, c'est le rire de Mer qui a fait que j'ai ouvert les yeux. Un instant tout s'est enregistré: la scène, et puis j'ai sursauté, j'ai vu que Mère était là, j"avais ma tête sur ses genoux, et j"étais restée allongée. Alors j'ai dit : comment j'ai pu faire pour arriver
  
  399
  
  jusque-la? Et Mère, n'est-ce pas, qui était dans son fauteuil avec ma tête sur ses pieds. Je ne sais pas quand elle est descendue de son fauteuil pour avoir ma tête sur ses genoux, et puis comment on a fait, tout ça, c'est-à-dire (riant) qu'est-ce que j'ai fait à Mère. Pauvre petite Mère!
  
   Tu l'as tirée par terre.
  
   Oui, c'est-à-dire qu'elle a glissé sur le sol dans cette position, vous imaginez? Pauvre petite Mère ! (Rires) Comment c'est possible? Elle a glissé assise comme ça, et elle a glissé des mètres.
  
   Tirée par toi.
  
   Oui, parce qu'elle ne voulait pas laisser ma tête sur le sol dur (rires). Vous parlez de l'amour de Mère, la tendresse de Mère, voilà.
  
   Mais il y a la tienne qui tirait Mère jusqu'à moi, jusqu'à mon lit, jusqu'à mon matelas. C'était un matelas par terre, donc ?
  
   Oui, sur un tapis. Il y avait un tapis. Autrement le sol était libre, n'est-ce pas, il n'était pas complètement couvert de tapis. Et sur le sol, Mère glissait -- comment c'est possible, je ne comprends pas. Vous comprenez? Assise comme ça et puis... (Sujata fait une démonstration)
  
   Assise les jambes croisées.
  
   Oui, et puis par-dessus le marché...
  
   Ta tête était dans le creux de ses jambes croisées.
  
   Oui, et puis je ne sais pas comment moi je faisais, mais au fut à mesure elle avançait, comme ça. Vous imaginez,
  
  400
  
  et sur le sol, comment elle a glissé ? Peut-être comme ça (geste) ? (Rires)
  
   Ça, c'est de la science-fiction.
  
   Mais oui mon Doux (rires) ?
  
   Eh bien, c'est la prochaine fiction, ma Douce. C'est ça qu'on... Oh ! Je ne sais pas si j'écrirai jamais... Ce sera intéressant.
  
   Voilà, je vais vous laisser, on va écouter la musique celte, je vais mettre un peu la musique. Vous voyez cette musigue celtique: comme si ça m'était très familier.
  
   On pourrait écrire l'histoire d'un vieux druide revenu.
  
   Oui, volt, et qui change le monde avec son chant.
  
   Oh oui, ma Douce, ce serait beau, changer le monde.
  
   Avec la musique.
  
   Avec la musique, oui.
   Changer le monde avec un chant. Changer le monde avec un chant.
  
  Août
  
  
  403
  
  2 août 1998
  
   Le Pakistan, poussé par ses amis chinois et américains sont en train de BATIR un SCENARIO mondial (relayé par toutes les voix du Mensonge radiophonique) pour dire que ces s vilains Hindous (terroristes, bien sûr) sont en train de les attaquer et de violer leurs frontières et de tuer leurs innocents militants, et finalement ils déclencheront leur attaque en disant (avec le chorus mondial): voyez, ce sont ces vilains Indiens qui ont déclenché la guerre, et nous sommes obligés de riposter... leur scénario aussi sinistre que possible, relayé par toutes les voix asouriques. Et l'Inde elle-même est remplie de Mensonge et d'hypocrisie -- ils se battent comme des chiffonniers au Parlement tandis que l'Inde brûle de tous côtés.
  
  *
  
   Cette nuit, j'ai vu Sri Aurobindo d'une étrange façon, devant moi. C'était exactement comme sa photo sur ma cheminée, mais près de moi, toute lumineuse, mais je me suis aperçu tout d'un coup qu'au lieu d'avoir les deux bras appuyés sur son fauteuil, sa main droite était perchée, étendue, d'une étrange façon, comme s'il prenait ou empoignait quelque chose, les doigts écartés et comme des " griffes ", si j'ose dire, comme quand on va prendre ou saisir ou empoigner quelque chose. C'est cela qui m'a réveillé.
   Est-ce qu'il va empoigner l'Inde et la Terre ?
   Tout est aussi grave que possible.
   Je me souviens de ma vision: "  Il va y avoir un accident. " (C'était le 6 juin).
  
  404
  
  18 août 1998
  
   Sujata se souvient: il y a aujourd'hui 20 ans jour pour jour nous passions notre première nuit à Land's End. 404
  
  
  Septembre
  
  407
  
  6 septembre 1998
  
   Qu'est-ce qu'il y a à dire ?
   On me comble.
  
  *
  
   Si la Terre connaissait ce Comble-là...
   Ils ne supporteraient pas, ils penseraient qu'ils vont mou- rir et que c'est la fin de tout. Et c'est le Commencement Merveilleux..
  
  *
  
  Soir
  
   C'est évidemment une Puissance à écraser une montagne... Ça peut tout, même vous faire supporter l'impossible.
   Il faut endurer - et durer.
   C'est-à-dire qu'il n'y a plus qu'UNE Loi.
  
  7 septembre 1998
  
   Il y a des Notes Divines qui chantent dans mon âme, et je suis un malheureux scribe déchiré de ne pouvoir dire et dire et chanter pour la Terre.
   Celui que je comprends le mieux au monde, c'est Beethoven, comme quand j'avais 15 ans. Celui qui parle le mieux à mon cœur, maintenant, ce sont les chants bengalis de Tagore...
   Mais cela n'a pas la même ampleur.
   C'est une Immensité de Musique dont j'ai besoin.
   Finalement, c'est Toi qui chantes dans mon cœur.
   (avec un petit accompagnement de ma Douce.)
  
  408
  
   Cette nuit du 6 au 7, j'ai vu quelque chose qui certainement doit avoir un sens, mais que je ne comprends pas du tout -- typiquement ces visions de la nouvelle " conscience "...
   Dans une étendue de sable (dont je ne pourrais pas dire la dimension) je voyais sortir une douzaine de pierres dressées (comme des rochers de granit brun foncé). Je voyais d'au-dessus et je ne pourrais pas dire de quelle hauteur au-dessus, mais ces rocs dressés tout droit, émergeant du sable, étaient à une distance les uns des autres (vu d'où j'étais ils ne me semblaient pas plus hauts qu'une quinzaine de centimètres et écartés l'un de l'autre à quelques mètres, comme pourraient l'être des Menhirs de roc brun, mais sans forme particulière sauf qu'ils étaient dressés et " sortis " du sable ou émergeants). Cette pensée de " menhirs " m'est venue en me réveillant. Mais ce n'était pas " aligné ": c'était ici et là sans arrangement particulier.
   J'ai raconté à Sujata et elle m'a donné ce que je crois être l'" explication ", avec ces vers de Savitri :
   " In Matter shall be lit the spirit's glow " *... quand il n'y aura plus RIEN, quelques " têtes " de Matière émergeront droit au milieu du rien... C'est le Travail qui se fait.
  
  11 septembre 1998
  
   Je ne dirai jamais assez tout le bien que le mal m'a fait.
  
  *
  
   Et puis on s'aperçoit qu'il y a eu toujours UN.
  
   *Dans la Matière s'allumera le brasier de l'esprit ", Savitri, Sri Aurobindo, Livre I, Chant IV. [N.D.E.]
  
  409
  
  13 septembre 1998
  
  
   Ce matin, juste avant de me réveiller, j'étais comme dans ma salle de bains, et il y avait un gros robinet (beaucoup plus gros que ceux de ma salle de bains), grand ouvert avec une coulée très forte, et je voulais l'arrêter. Je mettais toutes mes forces pour fermer ce gros robinet (c'est cela qui m'a réveillé !) et je n'y arrivais pas, et je craignais que mon "bain " allait être froid (!). Une coulée inarrêtable. C'est tout à fait cela. Mère disait, je me souviens, " rien ne pourra l'arrêter, sauf: accident*. "
   Cette nouvelle conscience a une façon si matérielle, concrète, de vous faire voir l'état des choses!
  
  24 septembre 1998
  
  (d'après un chant de Tagore)
  
   Sans nous, qu'est-ce que le Seigneur aurait à aimer, seul dans son paradis !...
  
   *
  
   C'est pourquoi Il a fait ces millions de créatures... pour avoir la joie d'aimer... innombrablement. C'est Lui qui aime Lui.
   Mais qui s'aperçoit de sa joie et de son amour ? qui appelle? qui s'aperçoit de Lui qui est eux-mêmes.
   Ils aiment mieux les dieux crucifiés, et les paradis de la Mort.
  
   *Voir L'Agenda de Mère, tome 12, le 4 décembre 1971. [N.D.E.]
  
  410
  
  28 septembre 1998
  
   Tant de voix désespérantes...
   MAIS
   Si Ça entre dans ma terre
   Ça entre dans la Terre.
  
   Conversation avec Sujata
  
   Sujata à quatre pattes, elle veut couvrir Satprem
  Sujata et le Précambrien
  
   Nous sommes dimanche ?
  
   Oui, ma Douce.
  
   C'est le Mahasaptami*. Le půjá a commencé. Hier c'était Bodhana, c'est-à-dire qu'on a fait le... Demain c'est le grand půjá, Maha Ashtami**.
  
   Oh oui, qu'elle soit victorieuse.
  
   Oh oui. Alors cette nuit je me suis un peu tournée, retournée, mais pas trop. Puis j'ai ouvert les yeux et je me suis trouvée dans une chambre où il y avait deux lits, tout blancs d'ailleurs. C'était une chambre intime, je dois dire, ce n'était pas très large, et contre deux murs il y avait deux lits. Au début je crois que nous étions dans cette chambre, et puis j'étais sortie, vous étiez passé par
  
  
   *Mahasaptami : commémoration de la victoire de la déesse Durga sur un démon. [N.D.E.]
   **Maha Ashtami : huitième jour du půjå en l'honneur de la déesse Durga. [N.D.E.]
  
  411
  
  la salle de bains ou quoi. Puis je suis revenue. Et en revenant j'ai presque passé une porte, et sur mes quatre pattes (rires)!
  
   Tes quatre pattes !
  
   Comme ça, et puis je parlais parce que je pensais que vous étiez là, je vous racontais quelque chose, j'ai oublié quoi. Et puis tout d'un coup, j'ai réalisé : " Mais Dhoum n'est pas là ! " J'ai levé ma tête et je vous ai vu allongé dans un lit qui se trouvait à ma droite. Et j'étais comme ça...
  
   (Riant) A quatre pattes !
  
   Tout à fait, je vous racontais comme ça. Alors j'ai dit : "Mais, il va avoir froid, Dhoum. " Je vous ai vu bien couvert, mais j'ai dit : " Mais il fait froid, Dhoum aura froid." Alors je suis allée près de mon lit prendre une couverture. Mais une couverture comme j'ai, vous savez, de Suisse.
  
   Quelle couleur ?
  
   Vous savez celle très large que vous avez rejetée, disant que c'était trop large et lourd.
  
   Ah, je ne sais pas. Ah oui, c'est une couverture blanche ?
  
   Oui, elle était blanche, et avec... comment dire ? Ily avait quelque chose qui la couvrait. J'ai pensé que j'allais prendre ça pour mettre sur Dhoum.
  
   (Riant gentiment) Comme tu te soucies!
  
   J'ai commencé à la prendre, et puis je me suis retournée, j'ai vu que vous étiez endormi tranquillement. Je me suis
  
  412
  
  dit: si je fais ça, il va être réveillé. Et s'il a froid, il fera des mouvements et à ce moment-là, je verrai. Et je ne sais pas ce qui s'est passé, donc je n'ai pas mis de couverture. Et puis je vous ai laissé endormi, là, et j'ai dû sortir -- je ne me souviens plus exactement comment les choses se sont passées. Et c'est curieux, souvent je vois que c'est quelque part en haut.
  
   Oui.
  
   C'est tout ce que je peux dire, deuxième, troisième étage, Dieu sait quoi, mais en haut.
   [...]
  
   La première chose c'était ça, tu voulais me couvrir.
  
   Oui, je pensais: il fait froid, Dhoum aura froid. Je me vois prendre ça entre les mains et puis me tourner pour vous regarder. Vous dormiez très tranquillement.
  
   J'ai la sensation d'avoir mieux dormi, d'ailleurs, cette nuit.
  
   Cette nuit?
  
   Oh ! le soir j'arrive dans un tel état d'épuisement que hop! je m'en vais.
  
   Mais hier soir cela vous a pris un peu de temps, j'ai que l'impression, non ?
  
   Oh, pas tellement longtemps. Mais c'est si démesuré.
  
   Oui, je vois.
  
   Alors je prie simplement : hop! pour sortir de cet...
  
  413
  
   De cet état.
  
   De cet état, et on m'emmène. On m'emmène. C'est incompréhensible cette puissance, n'est-ce pas, comment on supporte ça, je ne sais pas. On est une espèce de pauvre animal qui est... qui subit. Il n'y a pas l'ombre d'une question, ni d'un doute, ni d'une crainte, il n'y a rien, tu comprends, on subit. On est donné, quoi.
  
  (silence)
  
   Mais avec la conscience profonde que c'est Eux.
   Il n'y a qu'à laisser faire.
   On ne sait même plus comment respirer, tu comprends. Oh! c'est une espèce d'agonie qui n'en finit pas, et une agonie sans mort.
  
  (silence)
  
   Ah! Ma Douce, heureusement que tu es là. Ah oui.
   Parce qu'on est dans un tel état de... je pourrais dire d'égarement, n'est-ce pas, que... comme si la seule réalité dans tout ça, c'était ta présence. Tout le reste c'est de la mort. Mais de la mort irréelle, tu comprends?
   En fait la mort est irréelle.
  
   Mais peut-être que plus que la mort, c'est l'irréalité.
  
   Oui, c'est l'irréalité. Ce qui fait la mort, c'est ça, c'est l'irréalité, d'ailleurs. C'est l'irréalité, oui. Et le seul point de réalité c'est ta présence physique, alors ça, là c'est... c'est là! Et puis " c'est là " ça veut dire : c'est éternellement là, tu comprends?
  
  (silence)
  
   Alors toute ma vie est engloutie là-dedans, tout le reste,
  
  414
  
  bon, on fait des duties [obligations, devoirs, on fait c cela, mais, mais... c'est une surface, n'est-ce pas.
  
   Mais vous savez, vous parliez d'être égaré.
  
   Oui, égaré.
  
   Cet égarement (c'est comme ça qu'on dit: égarement?)
  
   Oui.
  
   J'ai constaté que c'est quand vous êtes très plongé dans la traduction de Savitri.
  
   Oui.
  
   Après, quand vous sortez de là, c'est à ce moment que c'est le plus fort, cet égarement.
  
   Oui, c'est vrai.
  
   C'est beaucoup plus que le soir. Le soir, vous n'êtes pas tellement égaré, il y a l'épuisement.
  
   Il y a l'épuisement.
  
   Oui, mais là, c'est un égarement.
  
   Ah oui.
  
   Alors ça, j'ai constaté, et puis ça m'est venu d'un coup que c'est parce que vous travaillez avec Savitri.
  
   Oui.
  
   Et Savitri c'est un monde si différent.
  
  415
  
   Oh oui !
  
   De ce monde d'ici, de maintenant, que c'est ça, vous vous sentez tout égaré.
  
   (Emu) C'est le monde de la...
  
   Oui, de la prochaine...
  
   Qui se fait.
  
   Oui, qui se fait, qui est peut-être déjà là.
  
   Ah oui ! Il est déjà là.
  
   À notre insu! (Riant) Seulement c'est à notre insu.
  
   Mais ce n'est pas à notre insu dans le sens que je perçois ça, je le vis, n'est-ce pas, et quand j'ouvre les yeux ou que je dois regarder les journaux, je me dis: mais c'est une horreur!
  
   Mais oui, c'est une horreur et ça sent si mauvais, cette pourriture!
  
   Oh oui!
  
   Tandis que Savitri, c'est vraiment...
   Et pourtant là-dedans, rien n'a été oublié, n'est-ce pas, même ces horreurs-là ne sont pas oubliées, tout est là.
  
   Oui.
  
   Mais on dépasse ça.
  
   Oui. Tout est là.
  
  416
  
   Tout est là.
  
   Mais on est au-dessus, on est au-dessus, ou on est en dedans.
  
   On nous emmène vers l'avenir, comment ce sera, ça doit être.
  
   Ce n'est pas seulement qu'on nous emmène dans la conscience, matériellement, on nous emmène.
  
   Oui.
  
   On nous porte, on nous tire, on va là. On est en marche.
  
   Oui, heureusement.
  
   Ce n'est pas quelque chose qui se passe dans les hauteurs.
  
   Oui.
  
   Alors, c'est pour ça que ce monde tel qu'il est... oui, c'est fou, quoi. C'est dément; et on navigue dans cette démence, sur cette mer folle, mais qui n'en finit pas, qui a l'air de ne pas en finir.
  
   Tiens, hier je lisais le National Geographic*, je lis tous les jours un peu. Et hier je suis tombée sur quelque chose. J'ai pensé que j'allais vous montrer, ça peut vous intéresser beaucoup. Il faut que je vous le lise. Ou bien vous pouvez lire vous-même.
  
   Non, lis, lis.
  
   Vous voyez ces images, hein !
  
   * N№ 193, Avril 1998. [N.D.É.]
  
  417
  
   Oh oui, c'est comme un symbole de Mère.
  
   Presque, non?
  
   Oh oui, tout à fait. Ce sont les rochers... du Cam...
  
   Précambrien.
  
   Du Précambrien, ah tu vois, le Précambrien c'est quelque chose qui veut dire pour moi. J'ai souvent les sensations du Précambrien. C'est curieux.
  
   C'est vraiment curieux.
  
   Tu sais que le Massif armoricain, c'est du Précambrien?
  
   Oh! c'est vraiment étrange. Voilà.
  
  (pause)
  
   A billion years ago all the continents were glued together into a single enormous realm called Rodinia, a landscape with no trees, shrubs, grasses or even mosses. " [Il y a un milliard d'années, tous les continents étaient agglutinés en un seul énorme royaume appelé Rodinia, un paysage dénué d'arbres, d'arbustes, d'herbes et même de mousses.]
   Vous aviez vu, une fois, ce n'étaient que des roches, vous vous souvenez* ?
  
   Oui, oh oui, je me souviens, cet océan de roches.
  
   "It was a drab world of rock and sand. " [C'était un monde morne de roches et de sable.]
  
   * Voir conversation du 7 septembre 1998. [N.D.E.]
  
  418
  
   Je connais ce monde-là, il est très vivant en moi. Pour quoi ? Je ne sais pas.
  
   " The most vibrant color came from the green scum growing in lakes and ponds. " [La couleur la plus vibrante provenait de l'écume verte qui poussait dans les lacs et les mares.] *
   About 750 million years ago Rodinia started tearing apart at the seams, breaking into smaller continental chunks. Over tens of millions of years some of these slammed back together, shoving up Himalaya-size mountain ranges, rerouting ocean currents, and rewiring Earth's climate. These convulsions triggered as many as five ice ages, coating much of Earth with ice. " [Il y a environ 750 millions d'années Rodinia commença à se déchirer au niveau des lignes de séparation, et à se diviser en morceaux formant des continents plus petits. Des dizaines de millions d'années plus tard, certains se recollèrent brusquement, faisant pousser des chaînes de montagnes de la taille de l'Himalaya, déroutant les courants océaniques et modifiant le climat de la Terre. Ces convulsions déclenchèrent non moins de cinq âges glaciaires, qui couvrirent de glace une grande partie de la Terre.]
  
   " Five ice ages " ?
  
   " Five ice ages ".
  
   " Five ice ages ", pfou!
  
   The shattering of Rodinia had profound effects on the evolution of life. It eventually infused the seas with oxygen, allowing organisms to break through the size barrier. As oxygen levels rose, there was the potential for the proliferation of animal life." [La dislocation de Rodinia a eu des conséquences profondes sur l'évolution
  
  
  419
  
  de la vie. Elle finit par infuser de l'oxygène dans les mers, permettant aux organismes de dépasser les limites de leurs dimensions. Avec la hausse du niveau d'oxygène, le potentiel favorable à la prolifération animale était là.] Avant, il n'y avait pas d'animal life, n'est-ce pas. Avant, qu'est-ce qu'il y avait ?
   (Sujata cherche le prochain extrait qu'elle voulait lire.) Je vais continuer plus tard, je vais vous laisser.
  
   Mais c'est curieux comme ce Précambrien a un sens, je pourrais dire que je comprends.
  
   C'est cette description qui tout d'un coup m'a évoqué le souvenir de votre vision.
  
   Oui, mais souvent, quand j'ai commencé en 82 ou 83 avais... comme si vraiment je vivais de la roche... Må!
  
  (pause)
  
   Tu devais me lire la suite.
  
   Pour vous expliquer : les savants, à un moment donné, ils pensaient... ils étaient tout puzzled [intrigués] de savoir qu'au moment du Précambrien, tout d'un coup il y avait une explosion de vie ; mais ils se doutaient, ils disaient: mais ce n'est pas possible que ce soit venu comme ça, qu'est-ce qui s'est passé ? Alors, tout d'un coup (c'était en 1940) dans un endroit qui s'appelle Ediacara...
  
   Oui ? Où ça ?
  
   En Australie.
  
   En Australie.
  
   En Australie, oui. Alors tout d'un coup ils ont trouvé
  
  420
  
  ces fossiles, ils pensaient que c'étaient des jellyfish [méduses), soft coral [coraux mous] et worms [vers]: "The long-sought ancestors of the creatures that slither, scuttle, and soar across the globe today. " [Les ancêtres qu'on cherchait depuis si longtemps, des créatures qui, de nos jours, rampent, détalent et s'envolent partout sur le globe.]
   Eh bien ces espèces " lived between 600 million and 540 million years ago, at the close of the Precambrien " [vivaient il y a entre 600 millions et 540 millions, à la fin du Précambrien].
   Alors ces fossiles " range in shape from spoked wheels... " [se classent par leurs formes depuis des roues à rayons].
  
   Oui, c'est comme le symbole de Mère qui est dans l'empreinte de l'entrée.
  
   Voilà: " spoked wheels and miniature anchors to corrugated ribbons and lettuce-like fronds. " [Des roues à rayons, des ancres miniatures jusqu'à des rubans ondu- lés et comme des frondes de laitues.]
  
   " Fronds " ?
  
   (Geste) C'est ça : comme des lettuces fronds [frondes de laitues]...
  
   Lotus ?
  
   Non-non, pas lotus, lettuce.
  
   Lettuce.
  
   Lettuce: laitue. C'était un peu ce genre de choses, n'est- ce pas. Alors les savants disent : " A short time ago we thought we knew how these organisms related to
  
  421
  
  modern animals. Now we are not so sure, " [Encore récemment, nous pensions savoir comment ces orga nismes s'apparentaient aux animaux modernes. Main- tenant nous n'en sommes plus si súrs.] array Alors ils ne savent pas : " They belonged to a bizarre of flatbodied species that flourished briefly and then disappeared, leaving so few clues that paleontologists don't know how to classify them. Both dwelled in an age of ecological innocence, before predators started cruising the oceans, before animals acquired defensive shells and hard skeletons, before the world had sorted itself into hunters and hunted." [Ils appartenaient à un groupe bizarre d'espèces à corps plats qui s'étaient brièvement développées, puis avaient disparu, laissant si peu d'indices que les paléontologues ne savent pas comment les classer. Les deux appartenaient à un áge d'innocence écologique, avant que les prédateurs ne commencent à sillonner les océans, avant que les animaux n'acquièrent des coquilles défensives et des squelettes rigides, avant que le monde ne se partage entre les chasseurs et les chassés.]
  
   Ah oui!
  
   Donc, vous voyez, c'est ça. Je vous ai parlé de ça : il y avait ce Rodinia, n'est-ce pas ? " The shattering of Rodinia had profound effects on the evolution of life. It eventually infused the seas with oxygen, allowing organisms to break through the size barrier. "[La dislocation de Rodinia a eu des conséquences profondes sur l'évolution de la vie. Elle finit par infuser de l'oxygène dans les mers, permettant aux organismes de dépasser les limites de leur dimension.] Ils étaient obligés de limiter leur size, n'est-ce pas, leur taille.
  
   Oui.
  
  422
  
   As oxygen levels rose, there was the potential for the proliferation of animal life [avec la hausse du niveau d"oxygène, le potentiel favorable à la prolifération animale était là] explique un savant. Alors, je voulais vous ire la fin, qui est intéressante: " No one knows what caused this frenzied evolution of animal life. Some scientists think a change in seawater chemistry sparked the Cambrian explosion. Others believe a genetic innovation set it off. " [Personne ne sait ce qui a provoqué cette évolution frénétique de la vie animale. Certains scientifiques pensent qu'un changement dans la compo- sition chimique des eaux maritimes a généré l'explosion cambrienne. D'autres croient qu'une innovation géné nique l'a déclenchée.]
   Before the Cambrian, though, animals held no advantage. The curious fact about the Ediacaran is that large, bizarre organisms outnumbered small, mobile animals. Mollusks, worms, anemones, and other animals dwelled in the shadows of Phyllozoon, Charniodiscus, and other quilted species. There was no hint that animals would survive and Vendobionts [comme ils les appellent] die out. We're looking at evolution sitting on a knife-edge. It could have gone in many different ways', says Gehling [un savant]. "This was a time of experimentation. [Avant le Cambrien, pourtant, les animancs n'étaient nullement privilégiés. La chose curieuse à propos de l'Ediacarien ce sont ces organismes bizarres a de grande taille l'emportant en nombre sur les petis animaux mobiles. Les mollusques, vers, anémones el d'autres animaux restèrent dans l'ombre du Phyllozoon, du Charniodiscus et d'autres espèces capitonnées. Rien n'indiquait que ces animaux pourraient survivre et les Vendobiontes' disparaître. C'est assis sur une arête en lume de couteau que nous regardons l'évolution. Cela aurait pu aller dans de nombreux sens différents, dit
  
   * Nom donné aux fossiles de l'Ediacarien. [N.D.E.]
  
  423
  
  Gehling. C'était une époque d'expérimentation'.]
  (Riant) Ce qu'ils ne savent pas, c'est qui est l'experimentator, qui est celui qui expérimente.
   This is part of the explosion in animal life," says Narbonne, pointing out the myriad traces of Cambrian worms. " The whole world is starting to change, " Not long afterward, the pace of life escalated. Creatures developed shells and skeletons, teeth and claws, legs and tails. Animals began chasing one another. The strong ate the weak. Agression was born. " [Cela fait partie de l"explosion de la vie animale, dit Narbonne, en attirant l'attention sur les myriades de traces des vers du Cambrien. Le monde entier est en train de changer. Peu de temps après la marche en avant de la vie s'accéléra. Les créatures développèrent des coquilles et des squelettes, des dents et des griffes, des pattes et des queues. Les animaux commencèrent à se chasser les uns les autres. Le fort mangeait le faible. L'agression était née.]
  
   Ah oui. Eh bien, on est à la fin de cet age. On est à la fin de cet âge. Les gens ne savent pas à quel point. Ils s'imaginent que la transition dont on parle ça va vers un... quelque chose de plus intelligent, plus ceci, plus cela. Ils ne savent pas à quel point ce sera -- c'est radicalement différent. Oui, l'expérimentateur (rires) il en a assez de ces hunters and hunted.
  
   Hunters and hunted oui. Comme si tout d'un coup la mort avait créé la vie pour elle-même.
  
   Oui, exactement, la mort a créé la vie pour la bouffer. Eh bien ce n'est plus ni cette mort ní cette vie, qui vont ensemble. C'est une autre chose.
  
   Oui, ni hunters ni hunted.
  
   Oui, ce n'est plus la mort qui crée pour bouffer la vie,
  
  424
  
   Mais ça m'a intéressé, tout d'un coup je me suis demandé: mais pourquoi ma Douce rentre dans ma chambre à quatre pattes ?! (Riant) Tu es rentrée à quatre pattes quand même !
  
   (Riant) Oui, j'étais à quatre pattes, oui c'est vrai ! Mais habillée!
  
   Oui, je trouve que c'est très symbolique, ça veut dire que tu touches la matière (Satprem martèle un meuble ou le sol en parlant) complètement avec tes mains et tes pieds (Sujata rit). Eh bien oui, c'est ça que ça veut dire. " Pourquoi ? " n'est-ce pas, je me suis dit. Dans ce monde de vision, chaque chose a un sens précis -- qu'on a du mal à comprendre, quelquefois. Mais ça veut dire que vraiment tes deux mains touchent la matière, et tes deux pieds, tes genoux, touchent la matière. Tu touches complètement la matière, et la touches avec ce que tu es : la Conscience.
  
  (silence)
  
   Oui, je formais une sorte de carré, comme ça, bras-jambes.
  
   Oui.
  
   Parce que c'étaient les genoux qui touchaient, n'est-ce pas.
  
   Oui, vraiment tu la touches cette matière. Tu n'es pas du haut de ta grandeur à la regarder, tu es à quatre pattes (rires). Comme quand tu nettoies ta chambre. Oui, ma Douce, eh bien, c'est très bien tout ça.
  
   Mais je vous disais, cette blancheur du lit, etc., mais j'ai le souvenir que mon vêtement, la chemise que je portais, ce n'était pas blanc, c'était en couleur comme ça (geste) un peu, pas striped [rayée], peut-être avec des points,
  
  425
  
  comme ça (geste) avec cette couleur blanche et ça.
  
   Ah Mâ! souhaitons qu'on passe vite à cet autre... post-Cambrien.
  
   Oui. Voilà donc.
  
   Eh bien continuons. Ah oui ! Ils empoignent la Matière. Je te dis, j'étais surpris, il y a quelque temps, j"ai Sri Aurobindo, c'était tout lumineux, comme assis dans son fauteuil n'est-ce pas, et d'habitude il a les deux bras posés sur les accoudoirs, mais là il avait ses mains sorties des accoudoirs, penchées. Comme s'il voulait PRENDRE.
  
   Les deux mains?
  
   Oui, je crois bien -- non, c'était un bras.
  
   Gauche, ou droit ?
  
   Je ne sais plus quel côté. Mais comme s'il empoignait. Tu sais je voyais les choses d'en dessous, ça me faisait l'impression vraiment de quelqu'un qui va prendre. Qui prend!
  
   Qui prend.
  
   Qui se baisse, qui sort sa main pour prendre, c'est ça qui m'a frappé, qui m'a... Parce qu'on voit Sri Aurobindo toujours, n'est-ce pas, ses mains posées comme ça.
  
   Oui.
  
   Bon, eh bien, qu'Il empoigne tout ça, parce qu'il y en a marre de ce mensonge abominable.
  
  Octobre
  
  
  429
  
  6 octobre 1998
  
   Hier soir j'ai bien failli tout lâcher.
  
  ?
  
   Cette nuit, du 5 au 6, quand j'ai enfin pu m'endormir, j'ai vu un index blanc, impérieux. Qui se posait au milieu de ma table de travail -- c'était mon index. Ma main droite.
  
  *
  
   Jamais traversé une agonie pareille, un enfer physique.
  
  13 octobre 1998
  
   Voilà combien de siècles que je t'aime.
   Cette fois-ci, il faut que cet Amour se change en actes -- Ton Acte.
  
  14 octobre 1998
  
   Ce n'est pas donner sa vie qui compte, c'est donner sa mort.
   On "  donne sa vie ", et la mort continue. Il ne faut plus de mort, il ne faut plus ce Système-là.
  
   Il faut donner ce qui fait la mort. C'est beaucoup plus difficile et minutieux, détaillé.
  
  430
  
  15 octobre 1998
  
   Dans une seule note de Beethoven je trouve plus de réalité que dans tous leurs exploits interspatiaux et génétiques -- toute leur science de la Mort.
   Beethoven VIT.
   Et tous les dieux de leurs religions sont des dieux de la Mort.
   Et ce qui écrase mon corps est plus réel que toute leur vie respirante et galopante,
  
  *
  
   Le corps gémit et peine, mais il SAIT.
   Il sait que c'est la mort de la Mort.
  
  17 octobre 1998
  
   Chaque respiration est comme un coup de boutoir dans le corps.
  
  *
  
   Mais oui ! on enfonce la Forteresse terrestre.
   (en tout cas, c'est ce que je me dis pour me " consoler " ou m'encourager.)
  
  *
  
   C'est peut-être la forteresse moyenâgeuse que j'ai vue en 1946...
   Et puis la Liberté.
   Sur le dos du Cheval Blanc.
  
  *
  
   La première vision de ma vie...
   Il faut du temps pour arriver au FAIT.
  
  431
  
   Mais quelle Grâce fabuleuse m'a conduit à travers tout.
  
  21 octobre 1998
  
   Dans Savitri : " Le tourment cosmique (entre) jusqu'au fond de lui-même "... [de son être]
  (c'est ce que j'ai traduit ce matin).
  
  22 octobre 1998
  
   Les hommes pleurent et souffrent de ne pas Te connaître.
  
  *
  
   On ne peut avoir de cesse que tout soit Ça, que toute cette Terre soit Ça -- ce qu'elle est.
  
  Indian Express, 22 octobre
  New Delhi, 21 octobre
  
  Salope
  
  Sonia proteste...
   Sonia Gandhi, présidente du parti du Congrès, a ex- primé aujourd'hui de sérieuses appréhensions au sujet des réformes qui ont été proposées dans le système éducatif. Elle a déclaré au Premier ministre A.B. Vajpayee que son parti s'opposerait à tout changement destiné à renverser le consensus actuel sur la politique de l'éducation.
   Dans une lettre rédigée en termes clairs au Premier ministre, elle disait que la manœuvre de refont des programmes d'enseignement pour les " indianiser, les
  
   * ...Shall bring the cosmic anguish into his depths... " Savitri, Sri Aurobindo, Livre VI, Chant II. [N.D.E.]
  
  432
  
  nationaliser et les spiritualiser " était une tentative pour imposer à une jeunesse vulnérable un concept "  biaisé et faux " de la nationalité.
  
  *
  
   22 octobre: Un jour Noir pour l'Inde. La déclaration de cette Garce:
   pas de spiritualité en Inde
   pas d'indianisation de l'Inde.
  
  Novembre
  
  435
  
  1" novembre 1998
  
   La sensation d'être dans un cauchemar physique éveillé.
  
  11 novembre 1998
  
   Les voix perdues "...
  
  *
  
   Les Américains déclencheront leur propre destruction comme Hitler.
  
  15 novembre 1998
  
  il y a... 55 ans aujourd'hui) j'avais 20 ans.
   Une très étrange vision ce matin juste avant de me réveil- ler... quel que soit le sens de cette vision, je dis : au bout de Tout, il y a je T'AIME.
   On dirait que je suis né sous le signe d'une Tragédie et de a Mort-et peut-être (sans doute) est-ce cela que je dois défaire par ma vie et par mes actes. J'avais 20 ans...
   Oui, Seigneur, que je Te donne tout, et ma vie et ma mort.
  
  *
  
   Je comprends très intimement Beethoven. Il doit être de cette race-là. (Je ne connais rien de plus émouvant que son concerto en Ré majeur pour violon et orchestre.)
  
  436
  
   Voici ce que j'ai vu.
   J'étais dans un grand et beau jardin où il y avait surtout (ou beaucoup) d'arbres-je ne sais pas où, cela pourrait ressembler à Nandanam. Et j'étais devant deux grands (hauts) arbres qui étaient presque côte à côte. Je ne voyais pas tout cet arbre parce que je touchais et palpais de mes mains le tronc de cet arbre qui me semblait surtout très haut et très droit plutôt qu'épais, comme le serait peut-être un grand eucalyptus tout droit, et ce qui me frappait (mais après coup, au réveil), c'est que son écorce très lisse était toute blanche, comme si (presque) il avait été peint en blanc ! Et ces deux arbres côte à côte étaient très semblables, comme jumeaux. Mais j'étais très occupé à toucher-caresser une jeune pousse verte qui sortait du tronc, elle était très belle et on sentait sa puissance éclore ou en train d'éclore, et je me disais (un peu comme si je m'adressais à Sujata qui était près de moi, mais que je ne voyais pas --elle était là): mais ces deux arbres sont très proches l'un de l'autre, et comment va faire cette jeune pousse, cette nouvelle branche, pour s'élargir et pousser ― monter? Cette jeune pousse était juste à hauteur de mes mains et je la caressais, et je sentais que ces deux arbres étaient comme UN en deux.
   Puis je suis allé ou me suis retrouvé dans ma salle de bains, comme ma salle de bains ici, je reconnaissais même son crochet intérieur, et alors j'ai dit à Sujata près de moi : " Alors, demain matin, je me mets en route et je n'aurais même pas dit au revoir à... Z " (j'ai tout de suite supposé que Z était le symbole de ceux qui m'entourent et qui m'aiment). Mais ce... " Demain matin je me mets en route "...
   Cela m'a laissé songeur. Je me suis demandé au réveil si cela ne voulait pas dire que j'allais "  partir "..
   Et cette jeune pousse...
   Et ces deux arbres jumeaux...
  
  *
  
  437
  
   Aujourd'hui, il y a 55 ans, j'avais 20 ans et c'était mon entrée dans la Mort avec la gestapo, et c'était le commencement de ma vraie Vie... La Terrible question qui commençait : " l'homme, quoi ? " L'" Homme " était mort.
  
  
  *
  
  
  Je suis en train de terminer, ce matin, les dernières pages du Chant Deux de ce " Livre du Destin ".
  
  *
  
  Ma prière, c'est que ma Douce et moi, nous puissions aller ensemble jusqu'au bout.
  
  
  
  
  16 novembre 1998
  
   Le fait important, c'est cette pousse nouvelle qui sort de ce tronc-là.
   Le reste, c'est le reste.
   Elle était puissante, bien attachée et si verte (émeraude).
  
  *
  
   Leur Semence va fructifier -- ou fructifie.
  
  17 novembre 1998
  
  Conversation avec Sujata
  
  Les deux arbres et la pousse
  
   Vous avez vu quelque chose, la nuit du 15 au 16, non?
  
   Non, le matin du 15. 437
  
  438
  
   Oh! le matin même du 15!
  
   Oui.
  
   Nous sommes le 17 novembre.
   Oui, nous sommes le 17. Pff! Voilà vingt-cinq ans*.
  
   Eh bien le 15 novembre au matin, c'était aussi un jour tragique.
  
   Oh ! qu'est-ce que vous avez vu? Ah oui, oui, le 15 novembre, juste quand vous aviez vingt ans.
  
   Oui, le 15 novembre, j'étais à la Gestapo.
  
   Le soir?
  
   Le matin.
  
   Oh! le matin même !
  
   J'étais arrêté, nous étions trahis, n'est-ce pas. Enfin, bon.
   Bien, mais c'est curieux parce que c'est une vision frappante. Je sais que tu étais là, je ne te voyais pas, mais tu étais là, évidemment. Je ne sais pas où c'était, c'était dans un grand, très grand et beau jardin avec des arbres, on pourrait penser à Nandanam, tu comprends, un endroit comme ça, je ne sais pas où. Alors, ce qui reste de...
  
   L'image.
  
   De l'image. Je ne peux pas dire ce qu'il y avait avant, sauf que j'étais dans ce beau jardin, je te dis, ça me rappelait Nandanam, il y avait des arbres, il y avait beaucoup d'arbres. Et alors je me suis trouvé tout d'un coup devant
  
   * Départ de Mère le 17 novembre 1973. [N.D.É.]
  
  439
  
  deux arbres. Tu étais là, mais je ne te voyais pas. Mais c'était évident que tu étais là. Deux arbres presque côte à côte, peut-être à un mètre cinquante de distance, qui étaient tout à fait semblables. Comme je regardais ce qui était juste devant moi, je n'ai pas levé les yeux ou quoi que ce soit, c'étaient deux arbres très droits qui montaient très haut, du genre eucalyptus, très droits. Pas un arbre épais, large, etc., mais enfin un gros eucalyptus.
  
   Peut-être cinquante de diamètre, ou même plus ?
  
   Je ne saurais pas dire vraiment, je ne saurais pas évaluer, pas deux arbres épais, mais surtout ils étaient très droits, tu comprends, comme sont les eucalyptus. Je ne dirais pas du tout que ce sont des eucalyptus -- je ne sais pas ce que c'était comme arbres -- et qui montaient très haut. Seulement je ne levais pas la tête pour voir... je voyais ce qui était devant moi.
   Donc il y avait ces deux arbres côte à côte.
  
   Comment était l'écorce?
  
   Alors, je touchais le tronc de cet arbre, c'était juste à la hauteur de ma main quand je suis debout. C'était une écorce toute blanche, lisse, presque comme si ça avait été peint tellement c'était blanc.
  
   Hou!
  
   Un blanc-blanc. Et les deux arbres étaient semblables, côte à côte. Et alors je touchais ça, et il y avait une pousse qui sortait du tronc de l'arbre que je touchais, c'est-à-dire celui qui était à ma droite, celui que je touchais avec ma main droite. Une pousse puissante, d'un très beau vert, comme si ça allait être une branche d'arbre, tu comprends, mais c'était juste la pousse. Mais une pousse qui était large comme ma main, tu comprends, qui était forte, qui don-
  
  440
  
  nait une sensation puissante, ça sortait, ça sortait, tu comprends, mais c'était large, c'était comme accroché vraiment, ça faisait partie du tronc. Et c'était d'un très beau vert. Et je caressais cette pousse. Je caressais ça avec... je ne pourrais pas dire comment.
  
   Quelle sensation.
  
   Quelle sensation j'avais, sauf que c'était puissant, c'était puissant et c'était d'un très beau vert. Tu sais le vert quand il y a du soleil qui passe à travers, c'est un vert émeraude, très-très beau vert. Et cette pousse était large, je te dis, comme ma main ouverte. Et alors je me faisais une réflexion à moi-même, mais c'était comme si c'était à toi que je la faisais. Je me disais -- ça c'était une réflexion à moi, ça ne faisait pas partie de l'image, n'est-ce pas, mais j'étais là et puis on a les pensées qui traversent. Je me disais mais tout de même cette pousse, juste à côté il y a cet arbre, comment ? -- puisque c'étaient comme deux arbres jumeaux, tu comprends, ils étaient peut-être à deux mètres l'un de l'autre, ou un mètre cinquante l'un de l'autre. Je me disais : mais cette pousse, est-ce qu'elle va avoir de la place pour s'élargir ?
   Voilà.
  
   Donc cette pousse était du côté de l'autre arbre.
  
   Elle était du côté de l'autre arbre et c'était l'arbre qui était à ma droite. Et en effet, elle n'était pas juste devant moi, elle était juste un peu sur le côté vers l'autre arbre. Et ces arbres, une écorce, je n'ai jamais vu ça de ma vie, lisse, absolument lisse, n'est-ce pas, pas cikaï du tout, lisse et blanche, et blanc-blanc.
  
   On dit que les bouleaux c'est une écorce blanche, non?
  
   Oui, ma Douce, ce n'est jamais vraiment blanc.
  
  441
  
   C'était donc vraiment blanc.
  
   Blanc, oh oui, comme serait presque mon drap de lit, je pourrais dire. Comme si ça avait été peint, presque.
  
   Laiteux, non?
  
   Les deux oui.
  
   Non, je veux dire " laiteux " : comme du lait ?
  
   Oui, comme du lait.
  
   Comme du lait.
  
   Oui, comme du lait, tout à fait. Absolument lisse et un tronc tout droit. Et j'avais la sensation que ça montait très haut, mais je n'ai pas levé la tête pour le voir. Je pense à "eucalyptus " parce que c'est le seul arbre que je connaisse ici qui a un tronc tout droit.
  
   Oui, il y a aussi un genre de cikaï, comment dire ?
  
   Le mimosa ?
  
   Le mimosa qui monte tout droit aussi et dont le tronc n'est pas très gros.
  
   Oui.
  
   Mais suffisamment solide, vous voyez; mais l'écorce n'a rien à faire avec votre description.
  
   Eh oui, c'était surprenant. Mais ce que je regardais, évidemment j'étais frappé par la blancheur de ça, mais ce n'était pas ça qui m'étonnait, ce qui m'étonnait et que je regardais avec de grands yeux c'était cette pousse puissante
  
  442
  
  qui sortait de là. Et elle ne projetait pas encore, tu comprends, mais on voyait... c'était puissant. Et alors on a l'impression que ça faisait partie du tronc, ce n'était pas quelque chose...
  
   Plaqué.
  
   Voilà.
  
   Ce n'était pas plaqué.
  
   Non, du tout.
  
   Ça sortait de l'intérieur du tronc.
  
   Ça sortait de l'intérieur du tronc. Et cette pousse couleur émeraude, surtout contre cette écorce blanche..
  
  (silence)
  
   Mais tu étais là, comme si, eh bien oui, spontanément j'ai pensé que ces deux arbres qui étaient tout à fait jumeaux, c'était toi et moi. C'est vrai, spontanément c'est ça que je sentais. Enfin, sur le moment je ne me suis rien dit de tel, mais c'était comme une évidence.
  
  (silence)
  
   La pensée ne m'a pas traversé la tête, que c'était nous deux.
  
   Eh bien, je ne sais pas, sur le moment je n'ai pas pensé à toi et moi, sauf que je savais que tu étais là avec moi. Ça, c'était... bien que je ne te voyais pas. C'est en me réveillant que spontanément j'ai pensé que c'était nous deux, mais ça c'était après. Et aussitôt après cette vision, je me suis retrouvé dans ma salle de bains ici. Et alors là (tu étais là
  
  443
  
  aussi), là, je ne sais pas, ce n'est pas clair, j'aime mieux ne pas en parler. Mais tu vois je me suis retrouvé juste après cette vision presque sans...
  
   Un intervalle.
  
   Un intervalle du tout, je me suis retrouvé dans ma salle de bains ici. Et tu étais avec moi dans ma salle de bains. Et puis il y a eu certaines choses, je ne comprends pas bien, je préfère ne pas en parler.
  
   C'était le 15 au matin.
  
   Le 15 au matin, c'est curieux, ce n'était pas... c'était juste avant de me réveiller. Mais tu sais, quelquefois le matin tout d'un coup on tombe dans un sommeil profond. Mais généralement quand c'est le matin, ce sont des choses très de la matière, ce ne sont pas des choses, des visions de là-haut. Et ça c'est typiquement ces visions de la nouvelle conscience. C'est typiquement comme ça, précis, exact et puís énigmatique.
  
   (Riant) Oui. Ça n'aurait pas un rapport avec vos Carnets, par exemple ? C'est une pousse si forte qui poussait, n'est-ce pas.
  
   Ça ne me donnait pas du tout cette impression-là. Ça me semblait un fait. Les Carnets, c'est encore une traduction d'une expérience, n'est-ce pas, que je ne comprenais pas bien et que je vivais pas à pas. Ça, c'est un fait, tu comprends, c'est ça. Ce n'est pas une expression d'une expérience qu'on est en train de vivre et qu'on cherche à comprendre, n'est-ce pas, difficilement, ça, voilà, c'est un fait qu'on vous montre et puis je le touche et puis je le caresse. C'est comme ça, c'est tout, sans discussion, c'est comme ça, c'est un fait.
  
  444
  
   Seulement on ne sait pas ce que ce fait-là veut dire.
  
   Oh pour moi, certainement ça a un rapport avec le travail qui se fait, n'est-ce pas. Ça veut dire, ma prière depuis vingt-cinq ans, c'est que cette œuvre fleurisse, qu'elle continue, n'est-ce pas, que ce ne soit pas l'affaire d'un individu.
  
   Oh oui, qu'il y ait des pousses.
  
   Oui, que ça pousse.
  
   Que ça pousse.
  
  (silence)
  
   Voilà, c'est tout. C'est tout.
   Oui, que cette œuvre... que cette œuvre s'accomplisse, n'est-ce pas, ce qu'Ils ont fait. Que ça n'aille pas se perdre dans un samadhi avec des pèlerins qui viennent faire leur pranam, n'est-ce pas. Que ça vive.
   Ce n'est pas l'affaire d'un ashram.
  
   Oh non!
  
   Ce qu'Ils ont fait, que ça vive, que ça pousse, que ça soit, quoi.
  
   Oui, oui, dans le monde entier, pas dans un lieu.
  
   Mais oui, dans la Terre, pas dans un lieu... ...
  
   ... Particulier. Mais une question m'est revenue plusieurs fois. Précisément vous parlez de pèlerins, n'est-ce pas.
  
   Oui.
  
   Comme Ils ont vécu si longtemps dans cet endroit - Sri
  
  445
  
  Aurobindo et Mère, n'est-ce pas --, ils ont pris l'air de cet endroit, leurs corps étaient dans cette atmosphère. Il sortait, Sri Aurobindo, au début il est beaucoup sorti, il marchait, et Mère, on connaît. Alors est-ce qu'ils n'ont pas laissé une empreinte dans l'air de ce lieu ? Et puis, leurs corps mortels sont là.
  
   Oui, c'est vrai.
  
   Alors, est-ce qu'il n'y a pas dans cet air quelque chose précisément qui attire les pèlerins?
  
   Oui, mais ça c'est une autre chose, n'est-ce pas, c'est sûrement...
  
   Je ne parle pas de l'Ashram, non, je parle de Sri Aurobindo et de Mère et leur empreinte.
  
   Oui, ça, sûrement c'est là, il n'y a aucun doute, c'est là et c'est englouti.
  
   Oui, oui, mais...
  
   Mais c'est là, on ne peut pas enlever une empreinte pareille, et c'est ce qui fait probablement que des pèlerins viennent.
  
   Oui, évidemment, rien à faire avec l'Ashram tel que c'est maintenant, pas du tout, mais...
  
   Oui, bien sûr, oui les pèlerins sont attirés parce que ce sont des Indiens et tout de même il y a une perception.
  
   Non seulement les Indiens, il y a des Occidentaux aussi.
  
   Oui, il y a quelque chose là, qui est là.
  
  446
  
   Quelque chose de très matériel qui a été imprégné, non?
  
   Oui, mais tu comprends, toute leur vie, c'était pour la Terre.
  
   Mais oui, bien sûr.
  
   Alors, ça ne peut pas... que cette œuvre ne reste pas... bon, eh bien des pèlerins viennent et c'est très bien pour les pèlerins, ça leur fait du bien, n'est-ce pas. Mais ce n'était pas ça Leur but!
  
   (Riant) Mais non, jamais!
  
   Comme Vivekananda, son but n'était pas qu'on vienne faire des pranam sur... Il voulait que l'Inde soit l'Inde. Bon, et c'est ça qui compte. C'est très bon pour les pèlerins de Ramakrishna et de Vivékananda, tout ça c'est très bien, mais ce qu'il faut c'est incarner ce que c'est, ce que ces êtres voulaient, ce qu'Ils représentaient. Oui, ce qu'ils ont voulu mettre dans la Terre !
  
   Sri Aurobindo n'a pas cessé de point out [faire observer] ça, vous savez.
  
   Ah oui.
  
   Il a dit que la mission, si c'est devenu cristallisé, ça ne bouge plus.
  
   Eh bien oui, ça ne bouge plus, alors il faut des êtres qui.
  
   Qui font bouger.
  
   Qui suivent, qui suivent.
  
   Qui suivent.
  
  447
  
   Et qui suivent : étant donné Sri Aurobindo et Mère, ce n'est plus du tout une affaire de discours et d'aller convertir des gens, etc., etc. Non, pas du tout. Ce qu'il faut c'est mettre dans la matière, dans un corps. Et quand je dis un corps, ça ne veut pas dire un individu, c'est un corps qui est comme le corps de la Terre.
  
   Oui.
  
  (silence)
  
   Oh non! il n'y a pas d'individu là-dedans, du tout, comme dit Mère : l'individu c'est un tuyau, c'est tout.
  
   Mais encore, il faut que le tuyau soit suffisamment fort pour ne pas craquer sous la pression.
  
   Ah oui, ça. Et oui, mais ça, là on comprend qu'on est suprêmement porté, ma Douce, autrement ce n'est pas possible, tu comprends, ce n'est pas vivable, pas possible sans craquer, justement.
  
   Oui.
  
   Mais ça, on est suprêmement porté. Alors cette pousse, n'est-ce pas, ça veut dire que : ah bon ! voilà, maintenant c'est... ça pousse, tu comprends?
  
  (silence)
  
   Ma! Qu'est-ce qu'Ils n'ont pas traversé, ça je t'assure que je suis parmi les quelques êtres qui comprennent physiquement ce que -- au moins un peu de ce qu'ils ont traversé et subi, et seuls.
  
   J'entends Mère qui disait : " On ne me dit rien. "
  
  448
  
   Oui. " On ne me dit rien. " Ah oui, c'est terrible. Moi, quelle grâce, n'est-ce pas; bien sûr, j'étais dans le noir, je ne savais pas comment faire pour supporter ça. Je ne savais pas quoi, qui, qu'est-ce ? Je savais mentalement la volonté de Sri Aurobindo et de Mère, je savais ça dans les hauteurs, mais matériellement on est dans le noir à subir des choses impossibles, n'est-ce pas. Eh bien moi j'ai eu la grâce, tout de même, de loin en loin on m'a donné une vision ou une image du sens de ce qui se faisait. On m'a montré les difficultés, on m'a montré des images qui éclairaient un peu les pas dans le noir.
  
   En tout cas, ça vous montrait que vos pas étaient dans la bonne direction.
  
   Oui.
  
   Sur le bon chemin.
  
   C'est ça. Et on me montrait la difficulté qu'il fallait surmonter. Et puis alors, il y a cette sensibilité terrifiante, comme disait Mère, parce que plus on avance, plus: où sont les frontières, où sont les murs? Hein ? Il n'y en a pas, alors on...
  
   Tout rentre.
  
   Tout rentre. Mais heureusement il y a une protection merveilleuse ici.
   Voilà, ma Douce, eh bien continuons et que ça pousse.
   Mâ, oui mon amour.
  
  449
  
  18 novembre 1998
  
   Ce perpétuel Cri
   de Toi à Toi.
  
  19 novembre 1998
  
   Je me mets à la lecture de ces " Carnets ". Mon Dieu...
  
  20 novembre 1998
  
  (il y a 25 ans)
  
   J'achève le Prologue de ces Carnets.
   Tout est éternel et poignant et mortel.
   Une contradiction de Feu
   qui fait naître et
   renaître, et indéfiniment.
  
  29 novembre 1998
  
   " La Transition humaine " ??
   " La Légende de l'Avenir " ??
  
  
  Décembre
  
  453
  
  13 décembre 1998
  
   Fini les dernières épreuves de " La Légende de l'Avenir ".
  
  14 décembre 1998
  
  Conversation avec Sujata
  
  Arrêter la nourriture?
  
   Nous sommes le 14, déjà.
  
   Oh oui !
  
   L'année se termine.
  
   Surtout ce 12 décembre a commencé, je veux dire que pour moi, il y a quelque chose qui vire d'un autre côté à partir du 12, ta date*. Tout le mois de novembre et le début de décembre, c'est des catastrophes et c'est vraiment mortel pour moi, catastrophique. Et à partir du 12 décembre j'ai toujours remarqué depuis des années que tout d'un coup ça...
  
   Oui, mais pas cette année, vous voyez, cette année le climat n'a pas viré.
  
  (pause)
  
   Oui, ce matin, juste avant de me réveiller j'ai vu -- c'était longuement Mère, mais c'était comme d'habitude, si tu veux, ce n'était pas comme si...
  
   * Anniversaire de Sujata. [N.D.E.]
  
  454
  
   Tous les jours.
  
   On n'en prend pas conscience mais comme si c'était tout normal, comme tous les jours, si tu veux. Mais alors, malheureusement il n'est rien resté parce que j'étais... Il était question de nourriture, et il était question d'arrêter la nourriture. Et c'est ça le fait qui m'a frappé, il était question d'arrêter la nourriture, et puis à un moment, même, Mère s'est éloignée comme ... de loin, je me suis rapproché parce qu'elle me disait quelque chose et je n'entendais pas. Et alors simplement je me suis souvenu de mes propres paroles, je lui ai dit : " Oui, arrêter la nourriture mais je ne veux pas que ce soit une décision mentale. " Et elle disait oui. " Je ne veux pas que ce soit une décision mentale ": pas qu'on pense et puis on arrête.
  
   Pas comme ça, ça doit partir du corps même.
  
   Je ne sais pas, ma Douce.
  
   Plus le besoin.
  
   Mais la nourriture je m'en fiche tout à fait, c'est une habitude: bon, on mange... Je n'ai jamais faim. Je n'ai jamais faim et je dois dire que je me force, la seule chose que je prends avec plaisir c'est mon lait caillé et puis mon bol de café le matin, c'est tout.
  
   Mais " arrêter ", c'était pour vous? La question se posait pour vous?
  
   Oui, la question se posait pour moi, et c'était pour ça qu'on se rencontrait.
  
   Oh!
  
   Parce que c'était le sujet de la conversation, de l'échange
  
  455
  
  qu'il y avait. Alors je disais: " Oui, arrêter la nourriture, mais je ne veux pas que ce soit une décision mentale. "
  
   Oui.
  
   Et elle était d'accord. C'est le fait qui m'a frappé, simplement il était question de ça, et pourtant ce n'était pas une question dans ma conscience, je n'ai jamais pensé : bon, on va arrêter la nourriture, tu comprends, ce n'est pas quelque chose dans ma pensée (Satprem frappe la table de sa main), dans ma pensée, c'est le changement de l'Inde et de la Terre ! C'est tout. Il n'y a pas autre chose dans ma pensée. Et faire tout ce qu'on peut pour que ça soit, ça change. Alors, le reste il n'en est pas question. Des réalisations personnelles, ça ne veut rien dire pour moi, je suis comblé, Ils m'ont rempli, Ils m'ont tout donné.
   Toutes leurs fameuses réalisations elles sont là et je ne prends pas ça pour des réalisations, je trouve que c'est comme de respirer. Ce qui m'intéresse c'est que vraiment on sorte de cette abominable perversion, cette trahison du but de l'Inde, et de la réalité de l'Inde et de la réalité de la Terre. Alors c'est ça que perpétuellement je veux écrire ou dire, et puis faire. Faire, c'est-à-dire laisser faire, parce que je ne fais rien, je laisse faire cette puissance. Je n'ai aucun pouvoir là-dessus, c'est elle qui me manipule et me triture, et je sais qu'elle me conduit là où elle veut, et puis c'est tout, et ça durera ce qu'Elle veut. Mais enfin, il était question de ça, curieusement, parce que ce n'est pas dans ma conscience, mais il était question de ça.
  
   Ça me rappelle l'autre jour à la B.B.C., on parlait de cette dame qui buvait de la lumière liquide.
  
   Ah oui, oui. Ça, c'est une expérience, n'est-ce pas, parce que quand... Je ne peux pas dire. Oui, c'est nourrissant, on peut dire. Seulement pour moi, le phénomène est si écrabouillant
  
  456
  
  qu'il n'y a rien là-dedans sauf de pouvoir tenir le coup, c'est tout. Alors là-dedans, ce n'est pas... et on... par tous les pores de la peau on sait que c'est de l'Amour, on sait que c'est ÇA. C'est LE Suprême, c'est tout. Mais on comprend très bien que ça peut faire n'importe quoi, tu comprends? Il n'y a aucune loi, sauf LA Loi. Tout à fait, c'est une réalité absolue, tu comprends?
   Mais c'était bizarre. Malheureusement (il y avait des choses ou quelqu'un qui était aussi à côté de moi) rien n'est resté, ma Douce, sauf que c'était très matériel, comme d'habitude, si tu veux. Je n'étais pas surpris de La rencontrer, c'était comme si quelque chose se continuait.
  
  (silence)
  
   Non, ça ne peut pas être une décision arbitraire comme ça.
  
   Non.
  
   Je voudrais qu'Ils me le disent, si c'est à faire, tu comprends, je voudrais qu'ils me le disent.
  
   Oui, mais leur façon de dire, ce n'est pas par des paroles.
  
   Eh oui, évidemment, évidemment.
  
   C'est quelque chose dans le corps même qui comprend la nécessité ou pas, le besoin ou pas.
  
   Eh bien mon corps: tu vois, je n'ai vraiment pas envie de manger, du tout, tu comprends?
  
   Oui.
  
   Je le fais parce que, bon, il y a cette habitude qui est là. Je te dis, la seule chose que je prends avec plaisir c'est un
  
  457
  
  peu de lait caillé et une banane. Tout le reste pour moi, c'est pff! c'est du travail.
   Voilà, ma Douce, je voulais te le dire parce que c'est bizarre.
  
   Oui.
  
   Oui.
   Tu n'as rien vu, toi ?
  
   Non, je n'ai gardé aucun souvenir.
  
   Enfin, 12 décembre c'est une bonne date, ça, ça oui, depuis des années et des années je vois ça : à partir du 12 décembre, ça va mieux. Et avant je suis... vraiment c'est une... octobre-novembre pour moi c'est... Et j'ai vu pour la terre aussi, pour le monde. Ce sont des mois... c'est mortel. C'est comme exacerbé.
   Bien, ma Douce.
  
  Dans la nuit du 16 au 17 décembre 1998
  
   Les Américains laissent tomber des centaines de " missiles " sur l'Irak -- Hitler et Goebbels sont là, bien transmigrés.
  
  20 décembre 1998
  
   Fin de mon Introduction aux Carnets.
   C'est un autre " temps ", ou très court ou immensément long.
  
  458
  
  All India Radio, 21 heures, 20 décembre
   Au moins 500 millions de dollars ont été dépensés par les États-Unis en quatre jours de bombardements en Irak.
  
  28 décembre 1998
  
  Conversation avec Sujata
  
  Un point noir dans l'œil de Mère
  
   Voilà, l'année se termine, nous sommes le 28 aujourd'hui, 28 décembre.
  
   Oh, je suis content que ça se termine. Et puis l'année prochaine je serai encore plus content (rires).
  
   Oui, comme ça on avance dans le livre, on tourne les feuilles : voilà, on arrive.
  
   On arrive à la conclusion.
  
   Le dénouement, dans les histoires de détectives, c'est plutôt le dénouement: quand Hercule Poirot rassemble tout le monde et explique...
  
   Alors, ma chère Poirote, ma chère Hercule... (Rires)
  
   Non, Hercule, c'est vous, parce que vous faites une tâche d'Hercule, vous savez les douze labeurs...
  
   Ah! ma Douce.
  
   Je ne sais pas quels sont vos douze labeurs, enfin...
  
  459
  
   Alors, dis-moi. (Riant) Moi non plus je ne sais pas !
  
   Je me suis réveillée vers quatre heures moins le quart ou moins vingt, quelque chose comme ça. J'ai pensé, bon : je ne me lève pas avant quatre heures dans tous les cas, si c'est comme ça je reste tranquille. Mais je me suis endormie tout de suite, je me suis tournée et endormie, endormie pour me trouver, ce qui arrive le matin, à l'Ashram.
  
   Oui.
  
   Alors il y a eu toutes sortes d'histoires tout d'abord. En- suite je suis rentrée dans mon laboratoire, et j'ai vu que vous étiez là.
  
   Tiens!
  
   (Riant) Oui! J'ai dit : " Qu'est-ce que vous faites là ? " Et à peine... mais c'était un peu différent, quand même. Mais je crois que vous étiez à la table de... comment dire: en ardoise, ardoise noire, la grande table d'ardoise noire que j'avais au laboratoire. Vous étiez probablement assis là ou penché. Vous étiez tout à fait au fond de la pièce, près de la fenêtre, vous savez?
  
   Oui, oui.
  
   Et puis il y avait aussi le hanger [crochet de suspension] vous savez, où on mettait les choses à sécher.
  
   Oui.
  
   Vous étiez un peu comme ça, près de la table, un peu dans le coin. J'ai dit : " Mais qu'est-ce que vous faites là?" et je vous avais à peine posé la question que Mère est entrée !
  
  460
  
   Tiens!
  
   Elle est entrée, et je ne sais pas, j'ai dû dire quelque chose de... tendrement à Mère, et vous aussi, nous étions très heureux de voir Mère. Mais Mère disait qu'elle avait quelque chose dans l'œil, je crois qu'elle montrait l'œil gauche. Vous savez, parfois il y a une particule, comme un grain de sable ou quoi qui rentre. Elle était venue me voir précisément pour être soulagée de ça. Parce je gardais tout ça, non ? L'eau bleue, etc. Mais c'était plutôt vers vous qu'elle s'est approchée.
  
   Oui.
  
   Pour dire qu'il y avait quelque chose. Alors je pensais que vous alliez regarder, mais vous n'avez pas touché Mère pour voir. Et je ne sais pas qui était là -- peut-être vous même -- vous savez, j'avais un petit tabouret pour cette table, un tabouret... comment dire... cane.
  
   Oui.
  
   Comment dit-on?
  
   En osier.
  
   En osier, le siège était en osier, et c'est ça que j'utilisais, c'était là, vous l'avez tiré pour que Mère s'assoie. Et Mère s'est assise précisément entre le lavabo et la table, au milieu. Et vous vouliez regarder, et pendant ce temps je pensais que je pourrais aller chercher des... ouates.
  
   De la ouate, ouate.
  
   De la ouate, et j'ai vu que j'avais gardé tout ça prêt, je ne sais pas comment ça se fait, il y avait une table qui se trouvait de l'autre côté de la porte de Pavitra-da, il y avait ce passage, donc de l'autre côté, et j'ai sorti tout ça et j'ai
  
  461
  
  mis comme ça pour que Mère regarde. Et le temps que je me retourne, vous n'étiez plus là. Mais Mère a regardé tout ce que j'ai sorti : " Oh, tu coupes du coton comme ça?" C'était très... vous savez, des petits carrés.
  
   Oui.
  
   Tout très propre, très organisé, il y avait du coton absorbant, il y en avait non absorbant et de tailles différentes, etc. Toutes sortes de choses, la table était pleine. Et alors, comme vous n'étiez pas là, j'ai dit : " Dhoum est parti." Puis j'ai dit : " Est-ce que tu me montreras exactement ce que tu as ? " Elle, elle était d'accord, elle est restée donc assise sur ce tabouret, alors j'ai fait comme ça (geste).
  
   Tu as tiré la paupière, oui.
  
   Oui, pour voir. Mais, avec Mère, il fallait faire très vite, alors en un clin d'oeil j'ai regardé, j'ai dit : " J'ai l'impression qu'au fond, j'ai aperçu quelque chose de noir. "
  
   Oui.
  
   Et après, je ne sais pas, la dernière image qui m'est restée c'est que Mère, au lieu de mettre de l'eau bleue et laver, elle a pris des cotons trempés dans l'eau chaude et elle faisait un peu de fomentation, peut-être avec un peu de borax ou quoi, je ne sais plus. Voilà.
  
   Qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que ça peut être ?
  
   Quelque chose dans l'œil qu'elle avait, qui la gênait.
  
  (silence)
  
   Qu'est-ce qui peut... Curieux. Ça veut dire quelque chose, évidemment.
  
  462
  
   Quand on est avec Mère ou quand on travaille, on aimerait tellement que les yeux soient tout à fait clairs, que ce soit Mère qui regarde, n'est-ce pas.
  
  (silence)
  
   Oui, qu'est-ce qu'elle regarde comme ça et qui fait un point noir et qui la gêne?
  
   Juste un instant, il m'a semblé.
  
   Oui, oui, bien sûr.
  
   Après je n'ai pas vu, et devant comme ça, c'était tout clair. Elle n'avait rien.
  
   Il y a un point quelque part.
  
   Très au fond.
   Et je n'étais pas seule. Nous n'étions pas seuls, j'ai aperçu Suprabha, Lumière (Lumière, elle est partie) et une autre fille qui s'appelle Aruna, qui était là.
  
   Oui, bien, écoute, on verra. Qu'est-ce que peut être ce point noir ? Oui, c'est mystérieux quelquefois ces visions. C'est tout à fait exact, précis, mais quelquefois : quoi ? Mais on apprend après, remarque (rires).
  
  29 décembre 1998
  
   Vu, juste avant de me réveiller: je hissais la voile d'un très grand et vieux voilier, une énorme voile que je voyais toute gonflée de vent, et j'allais chercher très haut la drisse de cette grande voile, comme si j'étais tout petit là-dedans (d'ailleurs, je me voyais seul), je m'étirais et tendais tout
  
  463
  
  mon corps pour aller attraper le taquet de cette drisse qui était très haute sur le mât par rapport à ma taille. Cela me semblait un très vieux voilier comme d'antan, mais si beau, bien que je ne le vis pas tout entier mais seulement cette énorme voile toute gonflée de vent que je hissais.
  
  *
  
   Je me suis réveillé tout plein d'une Énergie, comme une Énergie nouvelle.
   Une Énergie qui est comme faite de Joie.
   Un sentiment de... la Victoire de Mère et Sri Aurobindo. après un long périple des âges.
  
  *
  
   C'était une voile carrée (aurique) gigantesque, je ne voyais même pas la vergue d'en haut qui la tenait. J'étais dans mon effort, tout petit, pour hisser cette énorme voile gonflée de vent.
   Mère m'avait donné autrefois (en 63, 30 octobre) un voilier comme cela, en me disant : " Un jour, on arrivera peut-être au port. "
  
  *
  
  Conversation avec Sujata
  
  Satprem hisse la grand-voile d'un bateau très ancien
  
   Aujourd'hui nous sommes le 29 décembre 98! Aiyoh [hélas] !
  
   (Parlant très fort) Eh bien, ma Douce, c'est la fin de leur Saleté ! De leur Mensonge! De leur Cruauté ! C'est la fin!
  
   Vous allez me raconter.
  
   *Date anniversaire de Satprem. [N.D.E.]
  
  464
  
  (pause)
  
   Mâ ! Bien, juste avant de me réveiller, j'étais sur le pont d'un grand voilier, mais un très ancien voilier, et je hissais la grand-voile de ce grand voilier gigantesque ; qui était toute gonflée de vent.
   Et je devais être très petit parce que pour attraper la drisse, il fallait que je me tende de tout mon corps et que je me berce tellement c'était haut pour moi.
   Et je ne voyais personne, mais je hissais cette grande voile qui était... elle était énorme, et elle était toute gonflée de vent, et je ne sais pas, j'ai senti quelque chose de très fort.
  
  (silence)
  
   Voilà. C'est tout.
  
  (silence)
  
   Je devais être tout petit là-dedans. Et puis je me vois encore m'étirant pour attraper... C'était très haut, n'est-ce pas, pour attraper. Tu sais les drisses sont attachées à un taquet, ce qu'on appelle un taquet. C'était très haut pour moi, je devais être plus petit, quoi.
  
   " Plus petit ", veut dire par rapport à...
  
   Par rapport à ce qui est là, quoi.
  
   Ah oui ! Mais il y avait votre effort.
  
   Ah oui, je me tendais vraiment, tu sais comme ça, pour attraper cette drisse. Mais je ne sais pas, ça me donnait... j'ai eu une sensation de quelque chose de très fort. Très fort.
  
   Et la voile gonflée de vent.
  
   Oui.
  
  465
  
   Et je sentais; oui, oui, cette fois-ci, cette fois-ci.
  
  (silence)
  
   Je ne voyais pas tout le voilier, pas, étais dans mon effort pour hisser cette formidable grand-y pas. Mais je comprenais que c'était un... très ancien et très grand.
   C'est tout.
  
   Oui, on n'a pas besoin d'une longue histoire, un petit tableau comme ça...
  
   Oui.
  
   Ça suffit.
  
   Oui.
   Ah! ma Douce, eh bien travaillons.
  
   Comme je vous disais tout à l'heure, le tableau... (Sujata cite une phrase en bengali)... Voila.
   Non, c'est magnifique ce que vous avez vu.
  
   Oui, je ne sais pas, mais je te dis, ça m'a laissé avec une sensation physique de quelque chose qui est très fort, d'une grande réalité.
   Une grande histoire et (avec émotion) une vieille histoire.
   Voilà, ma Douce.
  
  467
  
  SATPREM (1923-2007)
  
   Marin et breton, bien que né à Paris en 1923. Résistant, il est arrêté par la Gestapo à l"âge de vingt ans et passe un an et demi en camp de concentration. Dévasté, il se retrouve en Haute-Egypte, puis en Inde au gouvernement de Pondichéry. Il rencontre Sri Aurobindo et Mère. Bouleversé par leur
  sage: " L'homme est un être de transition ", il démissionne des Colonies et part à l'aventure en Guyane
  où il passe une année en pleine forêt vierge, puis au Brésil, en Afrique...
   En 1953, il revient définitivement en Inde auprès de Celle qui cherchait le secret du passage à la " prochaine espèce ". Mère, dont il deviendra le confident et le témoin pendant près de vingt ans. Il consacre un premier essai à Sri Aurobindo et l'Aventure de la Conscience.
   A l'âge de cinquante ans, il rassemble et publie le fabuleux document du cheminement de Mère, L'Agenda, en 13 volumes, écrit une trilogie, Mère: 1. Le Matérialisme divin, 2. L'Espèce nouvelle, 3. La Mutation de la mort, et un essai, Le Mental des Cellules.
   Puis, avec sa compagne Sujata, il se retire complètement pour se jeter dans la dernière aventure: la recherche du " grand passage " évolutif vers ce qui suivra l'Homme.
   En 1989, après sept années intensives passées à " creuser dans le corps ", Satprem écrit un court récit autobiographique où il fait le point de la situation humaine, La Révolte de la Terre. Puis en 1992, Evolution II: " Après l'Homme, qui? Mais surtout: après l'Homme, comment? "
   En 1994 paraissent deux tomes de correspondance, Lettres d'un Insoumis, qui témoignent du cheminement de Satprem pendant quarante ans -- un véritable voyage à travers l'humanité. Puis en 1996, La Tragédie de la Terre -- de Sophocle à Sri Aurobindo, qui décrit toute la courbe de l'humanité, depuis les Voyants védiques et les questions de Sophocle à l'aube de notre ère barbare, jusqu'à Sri Aurobindo qui nous donne la clef de notre pouvoir transformateur dans la matière.
   Satprem a écrit ensuite La Clef des Contes (1998), Néanderthal regarde (1999), La Légende de l'Avenir (2000), Mémoires d'un Patagonien (2002), La Philosophie de l'Amour (2002) et L"Oiseau Doёl (1999), publié en 2008.
  
  
  
  
  
  
  
  
  

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